‹ Lettres sur les mathématiques et l'enseignementChapitre 14 sur 15 · DR4MES · texte numérisé non relu

DR4MES

Sophocle Euripide Eschyle Aristophane

Plaute Terence Shakespeare Corneille Racine les Espagnols Voltaire ■

Alfieri Beaumarchais Schiller — - Gœthe

Vigny — — Hugo etc....

Le Prométhée pour les Grecs s'élève de tous à la plus grande hauteur tragique. Mon admiration la plus vive est pour Aristophane. Je le qualifie de Shakespeare ancien. Quelle verve ! quelle malice ! un fils argumente avec son père et lui persuade qu'il a droit da lô battre; comme c'est

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bien cela! ces mots étages, ces syllogismes, ces arguties du Phédon, du Gorgias, de l'Eutyphron! cette valeur en euxmêmes des purs raisonnements !

Plante, parmi les Latins, malgré sa rudesse , ses formes plébéiennes , est pour moi de la môme école ; c'est mon livre de choix.

Shakespeare ; le sauvage ivre a été couronné par les siècles; à mes yeux c'est le drame , c'est la Tempête, c'est le

Songe d'une Nuit d'Été, c'est non! pas d'analyse.

Le plus médiocre de nous s'enrichissant de l'aumône de ce dieu de la poésie , de la fièvre , du débordement , le vates, l'impossible, arriverait à marquer encore. 11 ne s'agit point ici de réciter un chœur de commune adulation; voici pourquoi ce nom m'émeut: je l'ai pris un jour, et la nuit s'est passée blanche ; je ne l'ai point quitté pour mes repas , je l'ai dévoré en quarante-huit heures. Pendant huit jours j'étais électrisé dans des proportions trop fortes pour mon frêle physique, et restais comme ivre. Cela m'est arrivé pour le Faust , et si je fouille mes souvenirs , je dois convenir encore que la Peau de Chagrin a exercé une impression du même genre quoique moins puissante; d'ailleurs je naissais à vingt ans,

Corneille et Racine sont auteurs dramatiques et non point tragiques ; les héros , tout en n'étant que personnages éminents, rois ou grands seigneurs, ne pensent qu'à leurs amours ; Phèdre est un drame , ou même plutôt un roman dialogué.

Molière; comédien de liant lieu dans le Tartuffe, comique

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toujours, poète dans le Don Juan cette œuvre étrange qui fait rêver , satirique admirable dans les Précieuses , il a écrit le Misanthrope avec un burin etn on point avec une plume; le Tartuffe passionne et se préfère au jeune âge; d'ailleurs il aide à la négation; plus tard Don Juan attire, et à l'âge mûr le caractère d'Àlceste soulève une haute admiration ; pour moi je l'ai compris fort tard. A proprement parler ce n'est point une œuvre littéraire, c'est de la pure analyse, de la mathématique concrète, inflexible comme la raideur géométrique. Cela est tout d'une pièce, et n'est pas amusant du tout. J'assistais un jour à la représentation d'une parodie bouffonne, et je m'essayais à annoblir les situations, épurer le sujet, élever les caractères, les unitariser; peu à peu j'obtins le squelette d'une comédie qui aurait pu s'appeler le Flatteur; je revins songeur, persuadé que je n'avais pas su lire le Misanthrope, et une sérieuse étude réussit à me convaincre que pour des génies aussi vigoureux, l'art logique était deviné, sans nécessiter le préambule mathématique que doit réclamer le vulgaire. Seulement je n'ai pu comprendre comment les partisans modernes de l'art pour Fart anatbématisaient Racine et acceptaient Molière; Racine est le type de la forme , c'est un soutien sérieux, et je juge faux, ou bien ils accueillaient malgré le Misanthrope. Ce portrait doit prendre place dans un livre intitulé Les Caractères, si l'auteur peut joindre à l'ingéniosité de Labruyère , à son style à tiroirs, la portée de vues, la puissance d'observation, la force, la sagacité, la franchise d'élocution du grand maître du grand siècle.

Beaumarchais résume au théâtre le côté vif, spirituel, incisif, mordant, railleur; c'est de la satire dialoguée par l'intrigue.

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Schiller a été l'objet d ? une de mes plus chères occupations; plus à notre taille, plus humain, pour lui j'ai trouvé des accents, et par le grand Williams je me sens écrasé. — Schiller est tout entier dans trois œuvres : Les Brigands ou la jeunesse; la fougue déborde, Frantz Moor est frère d'Edmond; il jette comme son précurseur l'anathèmeà la postérité; les bacchantes sont prêtes à couronner le poète. Don Carlos ou la virilité ; les instincts loyaux, les illusions premières colorent la réalité ; mais chacun a la conscience de son dévouement ; on réfléchit, on pense, on sent vivement encore, mais l'on sent moins. Valleinstein ou la vieillesse; un soleil couchant de poésie fraîche et souriante ; Thécla parfume d'un dernier rayon ; mais on est aux prises avec l'ambition, le

froid calcul, les intérêts; on achète et l'on se vend Que

je pourrais être long !

Le théâtre de Gœthe est voilé par une statue colossale.

Monsieur de Vigny a écrit Chatterton, autre étoile des nuits du Faust.

Monsieur Victor Hugo. Son véritable titre de gloire est dans le théâtre. Brillant, sonore, imagé, c'est le Titien, le Rubens , le Delacroix des lettres. Quant au roi maure Aliatar, aux Tymbaliers du roi Jean, je les vois froidement. Marion Delorme, Hernani, Le Roi S'amuse , etc., sont des drames où le vers est fougueux , où le vers étincelle ; les jeunes hommes les récitent en alternant avec les ïambes. Mais l'œuvre la plus haute comme conception tragique, c'est Cromwel; c'est l'ombre chinoise du protecteur reproduite en noir sur un fond blanc; la silhouette , la surface, le trait, le crayon y est , mais le personnage n'est point creusé assez

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profondément. Ce beau talent est incomplet; le protecteur est peint avec son masque, et Ton ne sent pas sous Facteur le chef, le promoteur d'une grande évolution.

Egrener ainsi notre couronne littéraire ! tu me rendras la justice que je ne puis exposer des vues sur renseignement sans avoir esquissé, même avec de légères appréciations, l'ensemble des sujets qui dépendent de son domaine. Si j'ai mal parlé , j'apporte moi-même une raison de refus ; si au contraire, quoiqu'humble , j'ai dit juste, ce qui peut être le lot des hommes les plus simples, j'offre une garantie. Ce résultat d'une lente élaboration , d'un travail opiniâtre nécessitant une certaine force de volonté, me donne quelque faible droit d'avoir une opinion motivée sur le plus grave des sujets.

J'arrive à cette afFirmation promise : nous sommes Byzantins , remarques d'un causeur sur la pure esthétique.

Il faut surtout bien saisir que l'art se transforme, ses sujets changent; l'on demande à chaque jour du nouveau, tout en psalmodiant une copie monotone. Les voies nouvelles sont en dehors du plagiat antique; nous pouvons admirer profondément les grandeurs du passé , sans refuser à l'avenir de riches présents. Que veulent ces chantres qui , dans leurs rimes cadencées , regrettent les temps féodaux , la châtelaine chasseresse le faucon sur le poing , les cours d'amour , les coups d'épée merveilleux , les paladins héroïques , le bras fort d'un Guillaume des Barres? Ce ne furent point les motifs d'Orphée ou Synesius ; les sources sont autres, et non moins belles pour qui sait les sentir. L'absolu doit être banni de l'art aussi soigneusement que de

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tout rêve humain. Comme pour la morale, l'on peut préciser une distinction importante. S'il s'agit de la religion des viscères, de l'amour, l'art ne subit que de lentes, de séculaires variations; il change comme la race; mais pour les tentatives plus hautes, s'adressant à des thèmes plus grandioses, moins accesssibles à la foule, l'art est mobile comme le temps , comme l'espace, comme l'histoire, comme les liens. Àlcibiade aimait ainsi que Lauzun, Périclès comme Louis le quatorzième; Àspasie habite encore Paris; nous pouvons par nous-mêmes affirmer que Médée est toujours fière, que Chimène ne hait point Rodrigue ; mais Homère, mais Virgile ne sont plus de nos jours, sinon quelque harmonieux écho. Le plus grand tort de Boileau a été de croire que la formule latine de l'art pouvait suffire à embrasser toutes ses aspirations , toutes ses promesses, toutes ses merveilles. Le beau est relatif; les grands hommes sont relatifs; les époques sont relatives , sont à comparer, et nous y reviendrons. Nous pourrions reprendre chacun de ces grands noms, bolides étincelants , qui nous ont éclairés ou brûlés, et voir ce qu'à d'autres temps chacun d'eux eût exprimé d'après l'allure de son génie. Corneille de nos jours serait-il romain , Boileau possible? Son admiration exclusive pour des choses belles, très belles, (qui le nie?) mais qui doivent, à peine de déchéance, céder le pas à d'autres belles choses, n'est plus que l'enjeu d'une respectable érudition. Je ne voudrais point ressusciter d'oiseuses querelles , et raviver la lutte de Monsieur Dacier et de Madame Lamothe ; mais il me semble que cette question des anciens et des modernes n'a pas été saisie à son vrai point de vue. C'est encore comparaison d'époques; les trois unités ne sont point en jeu. Peut-on mesurer avec un mètre une pierre et un végétal , une longueur et un volume? Les temps ont changé : pour avoir

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religieusement vénéré les maîtres de Fantique poésie, on a cru qu'en dehors des moyens, des concepts qui les faisaient vibrer, il n'y avait qu'impuissance, et l'on s'est traîné sur des traces usées.

C'est l'opposition de la forme et du fond, parallèle à celle d'esprit et de cœur, d'absolu et de relatif, de défini et d'indéfini, de déisme et de croyances comparées.

On a dit avec autorité : le style c'est l'homme. Sans vouloir appuyer sur l'anecdote qui montre Daubenton le chercheur écrasé par Buffon le vulgarisateur, et subissant l'influence de ce trait académique dirigé surtout contre lui, le mot est grave et mérite réflexion. En acceptant la relativité nécessaire, tangible pour une époque, inacceptable pour une autre ; en comprenant que le poète qui veut traduire en langage vulgaire ce battement intérieur, ce bouillonnement de la tête et du cœur inspiration de son temps , doit suivant l'âge social varier ses questions de fond ; que tel qui s'est illustré en chantant la grandeur ou la désespérance des croyances de son jour, aurait eu, avec l'intelligence d'une autre phase, des chants pour des sujets tout autres ; il faut bien reconnaître que l'intérêt qui s'attache aux questions de fond est principalement historique, que le style brillant ou gracieux , sublime ou séduisant , fait surtout, par la beauté des images, le contraste des idées, le mérite des descriptions, la continuation de ces succès qui défient le temps. La forme en ce sens dure plus que le fond , vaut plus que le fond. Les monuments d'un autre âge ont laissé subsister, malgré les ravages des années, leurs formes extérieures; leurs usages ont changé; pour les œuvres d'art il est quelque chose d'analogue. — C'est encore l'opposition des gran-

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(tours factices de positions, de situations spéciales , avec le talent personnel; un général de division comptait avant Lagrange. D'ailleurs les contemporains récompensent davantage les services des hommes qui s'utilisent pour eux que de ceux qui pensent pour la postérité. — La forme , c'est la seule barrière, la seule différence entre les castes; les gens de forme ont raison de préconiser sa valeur ; demande à Madame Roland s'il faut la dédaigner; relis son jugement sur le côté gauche et droit de la Constituante. Considère les classes élevées en regard de celles qui supportent le faix social , dans leurs joies, leurs amours, dans tout ce qui se rapporte à l'organisme; la différence est nulle au fond; dans le second cas il manque le vernis, et vraiment tout peut se nuancer par la coupe du vêtement. Aussi j'ai bien compris qu'une société basée sur la forme, les convenances ou le savoir du convenu, ait acclamé Racine. Comme expression , il est inimitable, sans défaut; c'est l'homme par excellence, l'inégalable pour tous les ontologistes , les aristocraties, les diseurs de mots , les adorateurs de la forme. Quiconque écrit en vers doit savoir Esther et Àthalie , les deux plus parfaites et les plus froides de ses œuvres. — C'est encore l'art pour l'art, l'habileté technique, le savoir faire, la valeur d'exécution extérieure. J'ai beau chercher, ce mot ne reveille en moi aucune autre acception. Est-ce le bruissement harmonieux des muscles du palais? Est-ce quelque chose de préexistant par delà les mondes , dans les régions inaccessibles à la raison où régnent les quatre facultés, département ministériel ayant son trône dans les cieux, le partageant avec d'autres dieux rivaux? Ingénieur construisant sans but un palais idéal? Une phrase pure et correcte n'ayant aucune signification humaine? Le trait de Protogène, ligne pure et contours délicats? Vibration sonore et pleine ne traduisant

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aucune émotion? Bloc à peine dégrossi d'où sort un bras d'un modelé ravissant? Si ce n'estcela , quoi donc? Et si cela est, quoi donc encore? Certes, je ne veux point scruter longuement cette difficile appréciation du réalisme dans Fart, S'il doit traduire le vrai, c'esi-à-dire le réel, c'est en l'idéalisant, c'est en enlevant aux lignes de la nature leur incorrection; c'est une colonnequi prend sa base sur terre pour monter jusqu'aux cieux. Je suppose un poète grand seigneur, appelant à lui d'habiles faiseurs, écrivains, peintres, harmonistes, sculpteurs, etc. et disant à chacun: Vous, rendezmoi telle pensée, faites miroiter dans de beaux vers le sujet que voici. Vous, traduisez sur votre toile tel épisode; ce bras est trop long, cette jambe trop courte, cette draperie malhabile, corrigez et refaites. Vous, faites déborder le lyrisme pour éveiller le battement de mes artères au profit de telle sensation. Qui serait le poète ? Qui serait le créateur? Qui serait ouvrier?

Je voudrais te voir entreprendre un magnifique et charmant travail , comparer les époques au point de vue de la civilisation , du sol, de la végétation, de l'art, de la mythologie, de l'architecture, de la langue, etc. — Aux Indes, végétation touffue , poésie luxuriante , le gigantesque dominant partout ; le fauve est énorme , il se rue par bonds gigantesques dans une nature plantureuse sous les arceaux immenses d'une verdure en montagne. L'architecture , ce sont des blocs entassés , des statues à proportions colossales; le langage, j'en suis sûr, doit aller par bonds métaphoriques , par figures incroyables. Pour l'ancienne Egypte cela se retrouve. Il faudrait faire ressortir les formes parallèles de toutes les tranches historiques. — La Grèce, fine, spirituelle, diserte, joueuse de mots; ehei elle

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de jolis et petits monuments ; du mignon , du gracieux, de Fart pour l'art ; tout en rapport ; les Dieux , chacun à sa petite place du pouvoir; la langue, la poésie, l'architecture , tout est charmant , tout sent l'olivier , le ciel pur de l'Àttique, le miel du mont Hymète. — La Rome militaire a ses arènes , ses routes , ses temples , etc. On imprime aux soyeuses créations de la Grèce quelque chose de rude et de martial; l'ivoire est remplacé par l'airain, les Dieux sont durs. — Byzance arrive avec son luxe, son mélange de mauvais goût, sa ligne écrasée sous l'ornementation, emprunt de toutes les formes, absence de tout cachet, transition de croyances , genèse de renaissance ; nous sommes Byzantins.

— Puis la foi vive, la cathédrale catholique, l'ogive en pointe qui aspire aux cieux, le fer de lance, le clocher à la fine aiguille qui soutire les secrets aux nues, et parallèle à la pensée s'en va déposer l'encens aux pieds de l'Éternel; grand siècle, grande époque, grande chosç, grand passé.

— La dentelle moresque, civilisation arabe, déisme de l'Alhambra , etc. etc.

Notre siècle n'est à sa hauteur que par la science, et par une science non vulgarisée qui reste comme une propriété de quelques élus , un gagne-pain imposant dans la société une sorte d'infériorité à tous ceux qui la cultivent. Présente un savant dans ce qu'on appelle le monde, et tu verras si Molière ne pourrait ressusciter les Précieuses. Les arts sont fêtés, la science est dédaignée. Hé bien, la science aujourd'hui est un fleuve qu'il faut traverser pour arriver à l'art. Il faut s'imprégner de l'idée nouvelle, de l'idée scientifique; c'est la fontaine de Jouvence où l'art doit se rajeunir.

Il est peu de sujets qui ne prêtent à d'amères réflexions;

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partout, partout. Ici on édifie une nouvelle église gothique, on construit Sainte-Clotilde à Paris. Notre époque ne pourra pas se reconnaître avec ses monuments; l'archéologue de plus tard saura jalonner les âges précédents, et le nôtre restera comme un mausolée funéraire , laissant prise au doute et à l'incertitude. Notre architecture n'a ni siècle, ni nationalité; si quelque Juif-Errant voulait dans l'avenir éclairer ses étapes séculaires, il ne trouverait pour ce jour aucun repère distinct. Nous sommes Byzantins.

Mais que voudrais-tu donc? Hé qu'importe ma réponse! qu'importe ma chétive individualité! est-ce que je prétends à la flamme du génie? que sais-je? quand les pulsations individuelles, quand la pression des petits et des faibles aura fait jaillir de quelque belle intelligence le concept de quelque chose ayant son cachet, cela se fera. On répondra en tout genre à ce besoin d'harmonie entre la pure esthétique et l'art plastique. — En poésie, une grande voix dépassant Goethe de toute la supériorité d'un concept organique sur le doute et la négation , saura faire déborder l'inspiration et incruster son nom glorieux auprès des noms de Moïse et de Dante. — Aux vierges de Raphaël, aux fresques de Michel-Ange, on répondra; et déjà cette magnifique ébauche dont Chenavard était le peintre et Théophile Gautier le narrateur , déjà la Mignon d'Ary Scheffer sont des à-comptes sur la postérité. — Aux statues antiques, aux Vénus de Praxitèle, aux Cupidons de Phidias, on répondra. — Aux cathédrales catholiques , on saura opposer des monuments qui reproduiront la pensée en la complétant. Salles d'opéra, calcul pour l'harmonie et le bien-être, voûtes de cristal , l'inconnu. — Les éleveurs de cathédrales ont bien remplacé le Parthénon , les Propylées, les

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temples d'Éphèse et de Thèbes. A la honte de notre époque on a construit la Madeleine en exhumant des cartons poudreux de quelqu'architecte vieux de cinq mille ans, des plans beaux sans doute, mais qui nous signent notre brevet de Byzantins.

Partout il y a abdication nationale, même dans les détails. M. Cousin peint au pastel; le Théâtre Français, qui contient l'élite des interprètes de la pensée , est en quelque sorte le Musée de Cluny de la littérature. D'autres noms, d'autres aspirations doivent venir s'asseoir au banquet de Molière, et l'on ne doit point offrir ce festin à des romans dialogues, seules œuvres des contemporains de Gœthe. Après son rude élan nous avons reculé; l'acceptation d'un acte sur la première scène du monde dépend du plus ou moins d'élégance dans le langage et dans la situation sociale; ce sont des vaudevilles mieux écrits. Les héros habitent un salon et alternent avec Don Juan ; s'ils végètent dans une mansarde, ils restent aux boulevarts. La barrière c'est l'ornementation , c'est la forme; nous sommes Byzantins.

Sous Louis XLV, le grand mérite a été de fixer la langue; sauf Molière et Lafontaine, les auteurs sont de bonnes, d'excellentes grammaires. L'abdication a été plus complète en ce sens que l'on a même nié résolument , fortement la possibilité de se soustraire à la copie des anciens. Il semble vraiment que l'on ne puisse admirer sans être imitateur*

Du temps de Julien, une grande figure, littérateur, philosophe, soldat et tout cela hors ligne; le sujet colossal d'une de mes rêveries tragiques; il me semble entendre en-

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core la Musc en pleurs tombant à ses genoux et l'implorer en ces termes:- César! César! les temples sont vides , les bois , les prés , les plantes , les cieux ne sont plus animés ; César, au nom de la poésie , que les Dieux conservent leurs trônes ; César , on relègue leur ombre dans des régions inaccessibles : ce maître solitaire sera si loin de nous qu'il sera comme absent. Les hommes justes d'un autre âge élaient payés de leurs vertus par la visite des Olympiens; on n'engage plus pour nous qu'une douteuse immortalité; Philémon et Baucis verront briser leurs liens ; la forme du lézard ne punira plus le traître à l'hospitalité ; le lion de Némée désolera nos forêts, etc. César ! relevez nos croyances, relevez nos autels , ressuscitez notre unité grandiose sous laquelle se sont abrités les Grecs, les Romains, les Indiens, les Egyptiens, tous nos pères. Qui leur déniera le titre de grandes nations? Pourquoi quêter dans l'inconnu des principes nouveaux? Pourquoi, parjures de nos ancêtres, refusons-nous à l'avenir notre 'antique passé? César! au nom de l'art, de la religion , de la nationalité, nous vous adjurons de ne pas déserter la lutte , de ne point plier devant le Galiléen ; que nos lares ne vous voient point apostat.

Il fallait être bien fort pour repousser ces prières , et , parmi ceux qui blâment Julien , où trouver des hommes d'état susceptibles de ne pas écouter les Libanius catholiques; de nos jours on recommence Julien ; nous sommes Byzantins. Le César eut l'inintelligence de son temps; n'ayant point de formule du mouvement social, il a cru, de son pas rétrograde, substituer la vie à la mort; il n'a point entrevu que les nouvelles splendeurs d'idées, d'unité, ne céderaient en rien au passé; que le beau allait s'asseoir sous

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les auspices du catholicisme de Platon , du spiritualisme , au banquet du nouveau.

Hé bien! de nos jours ils sont les mêmes; apostats de l'avenir ils se refusent à voir ; ocidos habent et non videbunt, pedes habent et non ambulabunt. Nous sommes Byzantins.

La poésie, disent les uns, c'est le mysticisme dans le temps et l'espace; vous nous enlevez les champs de l'air, vous nous fermez le bleu chemin de l'infini, vous disséquez, vous tuez par votre desséchante analyse. La poésie c'est la foi. Ha ! Bysantins que vous êtes, vous criez comme Libanius et la muse de Julien. Oui, la poésie c'est la foi. Mais de quelle foi s'agit-il? Pas de foi, pas d'art. — Foi payenne, art correspondant; foi catholique, art correspondant; même sous Louis XIV, foi en l'autorité, en la forme, foi de la vénération. Aujourd'hui; Bysantins, nous blasphémons ce qu'ont respecté nos pères, et ne voulons point saisir dans la science à larges ondes la source abondante de nouvelle poésie, de nouvelle unité, de nouvelle religion , de nouvelles grandeurs.

Ho! misère! rameau vénéré de l'art, rameau maintenant débile et presque desséché! De notre temps ils ont répondu au grand nom de Gœthe parle théâtre de Madame, ou par le roman maladif caricature de Scudéry, et sous le prétexte d'analyser le cœur, ils l'ont gâté chez tous. Rameau vénéré ! te faut-il aller cueillir sur la tombe des morts? leurs ombres ne s'indignent-elles point de ces pâles copistes venant exhumer leur souvenir d'un passé qu'ils profanent? Sophocle, Homère, Aristophane, Dante, Sha-

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kespeare, Goethe, ne surgirez-vous point de vos froides demeures pour maculer au front ces hommes qui se vantent de vous comprendre , et qui tentent la reconstruction de vos monuments? Vous qui, à votre époque , saviez tout ce que l'écrin de l'intelligence renfermait alors de pierreries; vous qui aviez sucé le lait de la science contemporaine à peine en ébauche ; vous qui de nos jours auriez accumulé tout ce que le savoir humain a entassé , découvert, modifié ; vous qui au lieu de blasphémer la science , de l'immoler à vos froides railleries , vous seriez écriés : Sainte et bénie soit-elle pour enlever l'homme à la matière , pour le transformer en directeur des forces motrices , pour supprimer la fonction manuelle. Science , mère du progrès , généreuse et tendre, qui tend à chaque jour le pain du lendemain pour permettre à l'intelligence de se replier sur elle-même, pour doter l'homme du pouvoir de penser* Source de lumière, de progrès matériel» de progrès moral. Sainte et bénie soitelle , pour ennoblir nos natures, et les exhausser jusqu'aux plus infimes à la hauteur de ces régions immenses où règne le beau. Sainte et bénie soit-elle pour révéler à nos neveux les conditions nouvelles dans lesquelles Fart doit enchâsser ses joyaux.

Dante! Dante, accueille mon ardente prière; je t'invoque, réponds. Tu venais à Paris, ta ville déjà de pur intellect, savoir si ton vaste cerveau avait bien saisi tout le spectacle humain. Dis-moi, en ce jour, est-il une seule route de l'esprit qui te fût restée étrangère? Après avoir harmonisé ta colossale nature à l'ensemble des choses créées , qu'auraistu chanté? Est-ce encore les grandeurs géantes de la synthèse catholique , ou bien l'épopée formidable des magnificences de l'humanité?

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Cherchons une filiation pour l'artère du doute. —D'abord te souvenir des rhéteurs, les arguties de controverse, les luttes de la seholastique; avant de descendre jusqu'à la foule et faire tressaillir le poète, le mal sillonne l'intelligence pure» — Le doute vient s'asseoir aveG Spinosa au seuil de nos pensées, puis brûler à Fardent foyer de Diderot, puis s'éclairer de l'ironie Voltairienne, puis enfin déborder à la voix de Gœthe. — Après s'être allumé au feu de la pure dissection spiritualiste , il arrive au duelliste dont le grand nom lui sert de baptême; ceux-là ont été les plus grands, qui ont palpité sous la même impression ; le dernier éclair français s'appelle Georges Sand , anglais, Byron. J'espère que c'est la dernière pulsation de cet horrible mal. Lélia a richenieîit traduit ht fièvre. Déjà la réprobation se fait autour de ce nom * et c'est à tort. Organa utile , elle périra sur le bûcher préparé par ses mains. Son souvenir restera sérieux et honoré surtout parmi ceux-là qui ne voient point l'art immobile, qui s'écartent d'une route usée par elle, qui la remercient d'avoir broyé sa chair aux ronces sanglantes du chemin , en montrant aux vibrantes natures les dangers de sa trace. Spinosa du sentiment, si elle avait à refaire son évolution > peut-être elle serait autre; peut-être chanteraitelle les grandeurs d'avenir de la femme, et n'aurait nui besoin de faire gronder l'esprit de la révolte , être hybride , mentant à son sexe, et descendant de son trône féminin pour épouser notre rude sort. Elle est morte , elle a frappé fort, à elle un reconnaissante! respectueux hommage.

Pour chaque branche de l'art, il serait possible de saisir le parallélisme avec les faits extérieurs qui le reflètent au même titre qu'ils nous apprennent l'analyse psycologique. Pour emprunter un mot du piquant Rivarol , !e monde c'est

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le soleil , Fart son clair de lune ; et pour bien apprécier , sachons voir le soleil.

Sachons rendre justice à tout; admirons la foi payonne dans son unité naissante , dans ses productions ; la foi catholique dans sa grandeur passée, dans la poésie nouvelle qu'elle a su révéler ; le sentiment de la négation avec le côté amer de Fart qu'il a suscité; la science comme la base nouvelle où nous devons puiser l'inspiration f le lien.

Déjà plus calme , je réagis contre ces quelques pages remplies de longueurs faciles à éviter, brèves là où peutêtre j'eusse pute moins déplaire. Si j'ai plié sous l'emphase permets-moi de l'attribuer à l'influence du titre de Byzantin. Les natures impressionnables peuvent moins se soustraire à ce qui fait le trait d'une époque. Au reste cette emphase provient en général de la disproportion entre le sujet et l'expression. Orateur, ou poète, ou jetapt en pâture à la foule les proclamations guerrières, Mirabeau à la tribune , Dante sur l'autel catholique , Shakespeare l'inspiré , Napoléon dans les camps, n'étaient point emphatiques. Dans les situations vulgaires, le ridicule atteindra les mots tonnants do l'un, les phrases échevelées des autres , les paroles sonores comme l'airain du dernier. Les grandes choses supportent seules les grands mots. Les lys ne tissent ni ne filent , et cependant ils sont vêtus avec plus de magnificence que Salomon au jour de sa gloire ; cela n'est pas emphatique, L'emphase ne gravit jamais sur les sommets sublimes où s'agitent les destinées des hommes ; je puis accorder le mauvais goût , mais je refuse l'emphase.

Pour me désorbiter violemment , je passe sans transition

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à quelques noms de critiques; je ne parle pas des commentateurs qui sont la plaie de Fart , mais de cette tribu guerroyante, fille de la satire alliée à l'urbanité ; hommes d'érudition, d'un goût pur, chargés d'un imposant sacerdoce, devant éclairer , mûrir le jugement , absoudre ou condamner. Ce rôle important nécessite une grande hauteur de vues , des conceptions larges , et sous ce rapport je puis te répéter encore : nous sommes Byzantins.

Quand il s'agit de noms consacrés , de plumes avec lesquelles le public compte depuis longtemps , toute opinion, même hostile, doit se couvrir du manteau des convenances, et affecter l'allure des salons.

M. Villemain est le maître par excellence. Si comme fond je puis regretter une sorte d'insuffisance, je confesse que dans le détail ses successeurs pourront peut-être l'égaler, mais non le surpasser, Goût pur, sobriété d'ornements; c'est un esprit grec, et son style marmoréen fait ressortir la rocaille Pompadour de la plupart des feuille tonnistes. Il y a en lui de la chaleur, et j'entends encore d'ici ce serment sur la tête d'une mère pour absoudre un fils accusé. Ses études sur le 18 e siècle, sur l'Angleterre, etc., sont des modèles.

M. Gustave Planche est son plus proche parent. Plus de rudesse , d'âpreté , moins de ciselures ; la même différence qu'entre les dieux d'Athènes et les dieux de Rome.

M. Sainte-Beuve conserve les qualités brillantes et les défauts de Volupté. C'est le cousin de Charles Nodier, avec moins d'originalité, de dissection grammaticale. M. de Sainte-Beuve doit écorcher le papier sur lequel il écrit. Fin,

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sagac<3, perspicace , intéressant et micrographe; il doit écrire avec une vrille ; s'il rencontre une plage de sable, il détaille chacun des grains; en astronomie, il eût excellé dans les pratiques d'un observatoire ; en physique, il eût spéculé avec une précision inusitée sur les atomes moléculaires ; en biologie, il eût classé les monades, les infusoires, etc.

M. Saint-Marc Girardin;je ne voudrais pas attaquer le talent, et malgré cela je désire m'élever avec force contre le successeur officiel de M. Villemain; le souvenir de l'un s'est grandi de vingt coudées au contact de l'autre. L'Étude des Passions dans le Drame m'a impressionné comme une œuvre médiocre, et cependant je n'oserai le dire. Je reconnais des vues calmes, saines, mais un froid glacial ; sauf un mot sur Ulysse dépouillant la ruse pour embrasser Laerte, ce livre est un livre d'hiver. Le jugement sur Chatterton m'a froissé; pauvre fiévreux de génie! n'était-il malade que d'amour propre? ne pourrais-je en jurer par M. de Vigny? l'intérêt n'est pas dans Kytty Bell, pas plus que le Faust dans Marguerite. — Si dans Alfieri l'enflure dépasse le débordement poétique, je ne puis refuser à ce frère cadet de Shakespeare la verve fougueuse, et de vibrantes sensations.— Pour acquitter une dette de respect, je dois accorder au moderne Àristarque de la raison vraie, de la pureté, de la sécurité, et toute œuvre de pure forme qu'il juge avec faveur n'a rien à craindre en face du public. Je préfère M. de Sainte-Beuve quoique avec moins de confiance dans ses jugements ; il est plus analyste, plus sagace, mais moins haut.

M. Iules Janin est érudit, cite l'antique, s'exclame ivre de grec sur Tibulle et Théocrile , la verdure et les mon-

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tagnes. Il transforme Fart en souvenirs, et en souvenirs exclusivement greco-latins, et en souvenirs seulement gracieux. Sans dénier une valeur réelle , je récuse la portée » méconnais la grandeur, et regrette le jeune auteur de Barnave.

Je sais tant de gré à M. Théophile Gautier de son admiration pour Gœthe, de ses pages sur Chenavard, que je veux le citer. Pour le Jupiter de Weimar, il n'a pas d'expressions assez hyperboliques, assez foudroyantes, assez pleines d'éclairs ; je ne sais quelles sont les raisons de ce culte , et j'avoue que l'auteur de tant de «îots heureux , de tant de pittoresques figures ne me paraissait pas en harmonie avec l'œuvre la plus philosophique, la plus historique qui soit. Au reste , il est vraiment et sincèrement artiste ; la couleur est son cachet.

Pour être juste j'aurais plus d'un souvenir, plus 4' un hommage à joindre à ces quelques lignes; mais j'avoue ma répulsion profonde envers la plupart de ces critiques du jour, Juvenals du feuilleton , que Barbier appellerait ces beaux fih, jeunes gens le chapeau sur l'oreille , aux allures cavalières , qui manient la cravache plus encore que la plume, et font de l'art un oreiller pour leurs plaisirs. Ce serait à rire de leurs façons quelque peu mousquetaires, si l'on n'en souffrait. L'un d'eux s'exprimant à propos de M. Dumas , talent réel , savant de premier ordre, disait : maintenant que nous en avons fini avec M. Dumas, passons à d'autres!!! Un second écrivait qu'il s'éreintait ( textuel ) pour former le goût du public. Bon jeune homme ! que cette parole lui soit légère!..... On pourrait en citer de moins fortes.

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Us ont de l'esprit , de l'entrain , de la verve , mais ils sont d'une nullité radicale. Ce sont les Lansquenets des lettres. J'ai connu quelques hommes hôtes de ce milieu. Us niaient toutes lois, en disant: qu'importe? La théorie des sens était le titre de supériorité ; il s'agissait d'être plus ou moins doué pour la forme. Us s'intitulaient artistes et affichaient une incroyable ignorance. Cela peignait à s'y méprendre une draperie à la Parhasius , copiait des raisins à la Zeuxis , chantait une roulade, versifiait gracieusement, improvisait un rondeau, rimait un douzain, sculptait galamment; et moi, en vérité , entre ces gens et un habile tourneur je cherchais la différence, et ne la trouvais que dans une question d'élégance. Us faisaient descendre à leur niveau ce titre si fier d'artiste, ce titre à la Cellini. Pleins d'esprit, je le répète, guerroyant à merveille , égayant une assemblée, soutenant avec agrément de futiles paradoxes , très amusants , très agréables, mais vides. Baladins du vrai, prenant le rire pour but , et l'ironie pour Dieu .

Si l'on n'y prend garde et vite, l'ignorance tuera l'art ; il râle en ce moment.

Ha! l'Esprit. L'arme de l'ironique , de l'incroyant, du méchant, dp maudit, du médiocre , du petit ; dans l'allégorie de Satan , la personnification du mal , le démon a de l'esprit. Je le hais. Il n'est pas une sainte et belle chose, depuis le lien catholique jusqu'aux sources les plus minimes de l'art, jusqu'à la famille, qu'il n'ait froissé, moqué, taché, flétri. Arme toujours blessante pour les grands noms , les grandes choses, lelum imbelle pour les médiocres , arme terrible qui ne se rougit que d'un noble sang. L'esprit, c'est le bourreau de la raison; il transforme la hideur, il amuse,

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il plaît, il attache, il fascine; la tourbe humaine se laisse prendre à ses paillettes, et les Talleyrand s'imposent avec sa magie.

Je parle de l'esprit de ces chevaliers du roman, de ces pourfendeurs du vrai , de ces crânes qui disent nous , pour se constituer en arbitres du mérite, qui jugent avec leurs souvenirs de collège et l'expérience acquise dans une vie de débauche; leur livre se pense aux côtés d'une fiiie perdue, et s'écrit à la lueur de son boudoir.

Voici pour mon début la question qui me fut faite: Savezvous juger un bronze? rimez-vous facilement? etc.. savezvous! Use peut qu'un peau sujet réveille en moi de vives sensations, qu'un thème heureux soulève le voile des souvenirs sur une large hauteur; mais d'un détail technique dégrader le mot d'art!

Je visitais un jour , avec une personne affectant le parler des ateliers, les salles d'une exposition. Je vis de très belles peintures, de belles plantes avec un œil énorme; on me dit : Gulliver. Puis des chevaux magnifiques; puis de belles femmes nues; puis de beaux portraits représentant des broderies avec une tête au milieu; puis, puis, etc. Moi, profane, qui devais être initié par mon guide au sentiment du beau , j'étais honteux de ne voir là que des preuves d'habileté picturale et rien pour l'art. Sur l'honneur, je m'en pris à ma chétive organisation. Je rencontrai enfin un tableau qui me parlait; un Christ vendu par Judas, que j'aurais couvert de douze ou quinze cents pièces d'or, si j'avais été riche. Ensuite je regrettais que M. Chenavard eût découpé trois toiles sur son poème; ce qu'il raconte demande

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ta fresque, Je monumentaux pans nus et vastes, et non point le détail de chaque épisode. Sauf ces tableaux, j'aurai tout donné pour la simple gravure de Mignon aspirant au ciel ; je rêve en la voyant, et ne pense point à comparer les procédés de peinture en 1800 aux moyens imparfaits d' Appelle.

Mais enfin que voudrais-tu donc? J'accepte tes colères, tes vives allocutions , mais au moins, pour parler si haut, lu vas proposer quelque chose? J'admets qu'inhabile metteur en œuvre tu ne puisses réaliser, mais tu as des plans? Hélas! que me demandes-tu? Si j'ai quelques pensées chères, les dépouiller de leur voile obscur, les vouer à tes sarcasmes! Que pourrais-tu conclure de la nullité d'un algébriste ? Hé bien ! soit ; je vais t' exposer avec une naïve bonhomie un plan qui m'a séduit, un seul. Songes-y, si ton amitié ne peut couvrir son blâme d'un indulgent réseau, je retourne à mon tour le jugement contre toi.

Je suppose, entre mille, qu'il s'agisse d'exposer le mouvement catholique ascendant par une série d'actes tragiques. Nous aurions :

1° spartacus , la souffrance dans la forme sociale.

2° saint-paûl, l'avènement du verbe nouveau.

3° dioglétien, la lutte, ou Tancienne société se redressant

pour ne point périr; le martyr, ou le témoin du nouveau , sacrifié à la conservation du passé.

4° Constantin, le triomphe.

5° julien, îa réaction; l'avenir est sombre; on veut s'abriter sous les liens consacrés par les siècles.

6° théodose, rétablissement.

7° — — ■ les cmmui^s, i'enLhousiasme , l'apogée.

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Essaye une construction pareille pour le jnouvement descendant; suppose qu'un esprit vigoureux , le cœur bondissant* la tête enflammée, puisse jalonner cette route des splendeurs du langage ; ne sera-ce pas une belle œuvre ? Concevoir n'est rien ; c'est la terre vierge et inculte qui n'attend point toujours la moisson.

Mais sais-tu bien que si fêtais richement doué t j'aurais pris , après tout , le vrai moyen d'arriver aux sommets de Fart ; ufie belle nature qui se sent imprégnée de lyrisme doit tout apprendre ,, tout entendre, tout connaître* Rassure-toi ; û je subis de passagers entraînements , je cède toujours à l'implacable et froide raison. Je juge du dehors.

PermetMnoi, pour terminer, de répondre par un sourire au froid mépris decês gens qui* partisans de la science infuse, dédaignent les durs travailleurs , et ces pionniers courageux et hardis qui placent tout espoir , mêiBe pour l'art , dans l'accumulation, la concentration des efforts de tous. Volontiers je prendrai pour nôtre commun drapeau:

TOUT POUR i/àRT.

Allons , ami , à l'union des sciences et des lettres, à l'initiation scientifique , au secours des vulgarisateurs ; à Fart , au savoir !

Ami , je bois à nos amours!

Avenir et amitié.

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VIII e LETTRE

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