DU MONDE EXTERIEUR
Quel titre ambitieux! J'avais à choisir entre philosophie naturelle et causerie errante ; le premier, anglais d'origine, exigeait trop de talent , indiquait trop de présomption ; le second rappelle le cachet amical de notre entretien, et j'eusse préfère son abri sans la nécessité de faire ressortir l'objectivité de notre étude. Pour connaître le sujet enseignement, il me faut, après avoir esquissé la pure mathématique , montrer comment tous les témoignages des sens , germes de toutes les généralités dites scientifiques, bases de toutes les applications techniques, se classent après les vues précédentes , et dérouler devant toi le tableau des phénomènes naturels; plus j'irai , plus les objets de notre attention seront complexes, plus il y aura d'images pour les faire saisir, mais plus aussi de crainte que chaque image ne donnant jour que sur un seul point particulier , ne puisse induire en erreur sur le but total, sur la portée. Malgré le préjugé contraire , je crois qu'il est plus facile de donner des notions précises sur les mathématiques que sur toute autre branche de la cognition humaine ; on perçoit aisément les choses comparables aux deux faces d'une médaille, et l'éru-
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dition devient nécessaire pour un prisme aux facettes sans nombre. En commençant, nous avons cherché des rapports , et la loi de ces rapports, leurs liaisons constituaient l'analyse; la mesure, la comparaison, la conversion en nombre sera toujours notre but, et l'analyse ne pourra nous aider quand ses fonctions seront inextricables ; nous verrons que partout où les rapports sont liés par une équation d'ordre supérieur, la plupart des efforts de l'empirisme humain consisteront à ramener au cas simple du premier degré.
Littérateur, tu inclinais ta superbe pour t'enquérir auprès de ton humble ami, et ce faisant, tu le traitais du haut de ta grandeur , de mille choses se passant ici-bas ; avisons au moyen de t'en donner un léger aperçu; penchons-nous dans une pose recueillie , prêtons une oreille attentive aux bruits du dehors, et cherchons à saisir les linéaments de ce grand cadre légué à l'éternelle* admiration des hommes. Dire en quoi et comment les sciences peuvent donner à notre enthousiasme la sensation de singulières beautés ; en quoi et comment elles dominent l'ensemble des prévisions et des satisfactions matérielles de tous nos légitimes besoins ; en quoi et comment elles développent certaines parties de notre intelligence restée en quelque sorte sourde ou muette sans cette acquisition préalable. Jamais de raisonnements -, des faits ; toujours ce point de vue général des connaissances à déposer dans chaque tête, pour substituer le vrai sûr au douteux, au possible, à cette étude exclusive du grec, du latin, des formes, des catégories, de la logique , enfin à cette éducation du temps de Philippe-le-Bel , legs précieux sans doute , mais relatif du vieil Aristote. Quelle œuvre grande , quel service à rendre , si l'on pouvait exposer sans lourdeur, sans pédantisme, ce large réseau plus
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inextricable que les mailles de Vulcain; pour moi j'en désespère, et n'ose m'adresser à autrui que sous le voile tutélaire de ta sincère et chercheuse amitié.
Nous n'essayerons de nos forces qu'à propos de vérités expérimentales, et s'il en existe au-delà, ce que j'ignore, (je te déclare qu'à mon sens il serait tout aussi téméraire de le nier que de l'affirmer), nous laisserons chacun donner à ses nuages d'imagination une forme pittoresque ou gracieuse, grandiose ou ridicule, acceptable ou repoussée , et nous n'irons pointa la suite de Caïn, sur l'aile de Lucifer, quêter dans le chaos d'impossibles pourquoi. Vivant sur une sorte d'orange fanGée à travers les espaces , nous chercherons les conditions de son être, ses modifications possibles, rien de plus- En science , jo te l'ai répété, tout ou rien; un détail n'est pas; il n'y a qu'un ensemble; les principes généraux ne sont que le résumé succinct, rapide, complet, une large induction obtenue par les faits particuliers. — Les trois lois, bases de la mécanique, en sont Vultima ratio , et témoignent de sa réalité comme science ; les besoins de détails font élucider ensuite les questions plus complexes, qui sont classées à part pour servir de guide et de soutien à ceux qui entrent dans la carrière quand leurs aînés n'y sont plus. L'esprit de la loi consiste à déterminer les cas fictifs, abstraits, dans lesquels les faits s'accompliraient d'une certaine façon qui sert de partage, de fixation, pour l'erreur provenant des circonstances différentes de la réalité ; on néglige des influences secondaires , sauf à saisir la loi séparée des corrections partielles. La formule n'est en quelque sorte que la consécration légale d'un empirisme constant dont elle ne
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donne que l'approximation , et c'est dans cette connaissance des limites du vrai que consiste le pouvoir des prévisions scientifiques.
Cherchons autour de nous les faits soumis seulement au temps et à l'espace ; nous les nommerons : faits astronomiques ; les instruments d'investigation seront : le mètre pour mesurer la pure longueur; l'arc gradué pour mesurer les angles; la lunette pour préciser les alignements; l'horloge pour compter les temps écoulés. C'est par le rôle de ces instruments que l'astronomie dépend des sciences suivantes , et son progrès sera comme fécondé par celui de la physique pour tout ce qui ressort des secondes approximations ; la mesure métrique , indépendamment des verniers, micromètres, qm aident à l'insuffisance des yeux, ne peut se compléter que par l'appréciation de la température ; l'optique intervient pour l'usage de la lunette , et l'horloge ne peut se régler que le thermomètre à la main ; même avec les appareils compensateurs les plus délicats, il y a des différences d'allure d'heure en heure.
Je t'ai dit que le temps ne pouvait se comparer à un autre temps que par la mesure indirecte de deux espaces parcourus d'un mouvement uniforme; c'est là l'exemple le plus saillant , le plus simple , et l'un des moins aperçus, qui montre cette substitution de rapports égaux servant à calculer la valeur de l'un d'eux que l'observation directe ne peut fournir. L'horloge ou cadran gradué , qu'une aiguille parcourt d'un pas uniforme , sert de mètre au temps , et nous saurons la régler au moyen du pendule à battements réguliers, isochrones ; je ne veux pas d'érudition sur ce sujet; mais que dire à propos de ces moyens légués par
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Galilée, Huygens et les anciens clepsydres, sabliers, etc! Au reste tout phénomène à retours réguliers peut s'utiliser; ainsi, dans une certaine mesure, l'appétit d'un animal bien dressé ; le caractère particulier de l'horloge, c'est sa précision plus parfaite qui, pour d'habiles observateurs, laisse apprécier jusqu'à deux dixièmes de seconde ; en réalité c'est le bruit provenant des battements du pendule que l'on distingue pendant un petit intervalle , cela met deux sens à notre service ; Fouie est un auxiliaire qui , par les dissonances de notre organe et de la voix du pendule, apprécie les fractions de ses battements.
Je te fais remarquer de suite qu'une ligne ne détermine qu'une direction , et que deux points sur l'alignement de l'œil font pour lui le même effet ; ils s'équivalent. Ainsi, sans rien préjuger sur les distances , nous pouvons supposer autour de nous une sphère aussi étendue que notre caprice, et remplacer tous les objets vus dans 16 ciel par ce que j'appellerai leur équivalent astronomique, ou intersection de leu r ligne de vision par cette sphère idéale ; plus tard nous étagerons les points suivant leur éloignement; au début, cette image d'une sphère céleste nous sera plus commode.
Tu examines les étoiles, le jour au moyen de lunettes, la nuit en plein éclat; je suppose qu'ayant remarqué leur mouvement, leur lever, leur coucher, leur apparition, disparition, etc., tu aies cru voir l'une d'elle immobile à sa place. En curieux aussitôt, tu disposes le mieux possible dans cette direction une tige en fer bien fixée par ses extrémités , et tu la prends pour support d'une lunette pouvant faire avec elle divers angles. Tu fixes la lunette sur une étoile et
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regarde l'heure; le lendemain, tous les jours suivants tu recommences et, chose singulière, il s'écoule le même temps entre chaque retour, si ta lunette est restée dans uue position inébranlable; je ne parle pas des erreurs provenant de maladresse personnelle , des déplacements de la tige, de direction mauvaise pour l'instrument, etc. — Je prends tout cela comme l'héritage précieux que nous ont légué deux mille ans d'efforts. — Ainsi le monde emploie le même temps chaque jour à se remettre en place.
Si l'on essaye toute une nuit de suivre une même étoile , en faisant pivoter la tige en fer sur elle-même , et marquant à chaque instant l'heure à la pendule et l'angle dont tourne la tige , on voit que la lunette conserve le même angle avec cette tige , et que le mouvement est régulier , uniforme ; cela revient a dire que l'étoile paraît se mouvoir dans un plan perpendiculaire à notre axe de fer, qu'elle décrit une petite circonférence de la sphère, et tout enfin donne lieu à cette affirmation. — Tout se passe comme si les cieux étaient une sphère immense tournant autour d'un axe , d'un mouvement régulier, constant, uniforme, et les étoiles semblent clouées sur cette voûte.
On n'admire pas cela , mon ami ; réfléchis un peu, suis ce mouvement et si tu n'as pas un étonnement enthousiaste , si tu ne trouves pas que cette grandiose majesté, à l'allure ferme et tranquille, est plus colossalement belle que les terrible comme la nuit, noir comme le danger de l'aveugle grec, ne continue pas et déchire; comme beau , c'est ce que j'aide plus beau à t'offrir.
Cette grande loi , une fois reconnue , sera le moyen pra-
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tique de régler les horloges; la vingt-quatrième partie du jour sera l'heure que l'on partage en soixante minutes , la minute en soixante secondes, et l'on détermine expérimentalement la longueur de la tige d'un pendule dont une oscillation a la durée d'une seconde; ainsi des moyens complexes font apprécier un phénomène qui à son tour simplifie les utilisations de ces moyens.
Un astre ne diffère d'un autre que par l'angle de la lunette avec la tige et l'écart transversal compté par l'angle dont la tige a tourné. — L'on substitue à cet angle l'idée du temps employé à le décrire , quand la tige est immuable , et peu nous importe les noms barbares ou poétiques imposés à ces deux grandeurs coordonnées qui fixent la position relative dans le ciel. Prends une boule noircie; reporte sur cette boule les résultats de tes observations en plaçant chaque astre côte à côte , et tu auras ainsi une carte du ciel que tu décomposeras en zones, constellations etc.; l'on réunit par une figure les étoiles groupées, et toutes celles qui sont comprises dans le trait portent le nom de la constellation ; ces noms sont mythologiques en général, et je ne t'en occuperai point. Maintenant nous remarquerons qu'il est des astres qui se déplacent , qui changent de voisinage ; ceux-là , nous les appellerons errants, planètes > et notre machine en les observant tous d'une manière suivie, jour par jour, nous les fera reconnaître; c'est le seul procédé pour découvrir ces vingt-neuf planètes actuelles dont s'entretiennent par instants les journaux, et qui en 1800 se trouvaient au nombre de dix ou onze seulement.
En posant tous les jours les astres errants sur notre boule noire, nous verrons la route qu'ils semblent suivre dans le
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ciel, et les plus importants méritent une mention spéciale. Causons du soleil ; pour lui comme pour tout autre Ton observe chaque jour la grandeur de ses deux coordonnées , et Ton joint par un trait toutes les positions qu'il semble occuper sur la voûte; chose curieuse ; c'est une circonférence de la sphère. Le soleil se promène dans l'espace, et la courbe qu'il décrit est plane. Pour la lune mêmes phénomènes, même conclusion , quoique avec moins de netteté dans les lignes tracées. Pour les autres planètes on trouve sur la sphère des lignes à peu près renfermées dans un plan , et l'astre paraît à certains intervalles, tantôt rester en place, tantôt revenir sur ses pas, tantôt reprendre sa course en sens direct.
Voilà le premier aperçu : s'il s'agit des faits généraux, les moyens sont alors seulement assez simples pour que tout le monde soit capable de saisir la marche de découverte ; il n'est pas un enfant qui ne puisse lui-même obtenir seul ces résultats. Peu nous importe encore que ce soit à ces moyens ou à d'autres plus délicats que s'appliquent les contemplateurs des cieux; je te l'ai dit, la précision dans l'observation est tout ici ; on lui sacrifie tout , et le détail des compensations d'erreurs est le véritable talent du pur astronome; ce sont des gens qui comptent des temps , mesurent des angles , et vois combien c'est difficile , puisque la sagesse des nations a imposé une haute valeur à ce genre d'ouvrier; mais je ne veux point dire que cette faculté mécanique soit le seul attribut des astronomes , et ce n'est pas seulement avec leurs yeux et leurs oreilles que les Hipparque, les Tycho, les Kepler, les Bradley, les Herschell, etc., etc., ont créé, fondé, développé l'astronomie et sondé le vide sans fond du ciel ; ceux-là seuls qui ont fait de grandes découvertes
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étaient des esprits où la synthèse groupait un monde d'idées -autour de chaque point.
Pour nous, jusqu'ici, tous les astres appartiennent à la sphère céleste, c'est-à-dire que nous n'avons considéré que leur équivalent astronomique; cherchons à juger les distances. Nous n'avons qu'un seul moyen géométrique, indi que pour tous les cas où les objets sont inaccessibles : mesurer une base et construire ou calculer trigonométriquement le triangle correspondant. Cette base n'est pas à notre choix; nous sommes sur terre, et c'est de sa grandeur prise comme point de départ que nous pourrons déduire une jauge des espaces célestes ; nous sommes donc arrêtés par une étude préliminaire, celle delà figure de notre globe* de ses dimensions.
Quelle que soit la forme de la terre , elle ne peut être devinée qu'en la comparant aux formes les plus simples ; ainsi nous la couperons pat des plans pour étudier les sections; nous la rendrons mculatrice à une sphère, à un ellipsoïde, etc., en allant du simple au composé; la couper par un plan n'est pas chose facile; qui nous assurera que nos déplacements ne nous écartent point de droite ni de gauche? Une première induction nous éclaire ; plusieurs vues que je pourrais t'indiquer rendent probable la forme sphérique à très peu près ; alors des plans passant par le centre couperaient la surface par des circonférences , lignes que leurs propriétés font vite reconnaître ; admettons que la direction d'un fil à plomb soit celle du rayon ; le plan qui passe par notre tige et ce fil à plomb prend le nom de méridien , et l'invariabilité de direction de notre axe de fer, ou axe du monde nous permet de marcher dans un sens invariable
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aussi. Un picard, Snellius, eut l'idée de parcourir la route de Juvisy à Amiens qui est précisément orientée dans ladirection méridienne, en comptant les tours de roue de son cabriolet ; il put en conclure en toises le chemin fait, et ce procédé fort ingénieux est beaucoup plus précis qu'il ne semble au premier abord; au départ, a l'arrivée, il mesura l'angle de l'axe du monde et du fil à plomb , et la différence de ces angles fut en degré Farë parcouru; ayant l'angle et l'arc , il eut le rayon , et par suite la circonférence entière ; cela résultait de la plus simple géométrie; cette importante opération fut refaite en trois points fort éloignés : en Laponie, au Pérou* au cap de Bonne-Espérance, et l'on trouva, qu'à très peu près , les longueurs étaient proportionnelles aux arcs , propriété spéciale à la circonférence , et la seule , l'unique preuve complète de sphéricité. — Cependant cette vérification n'est qu'approchée; pour les résultats peu précis, cela suffit, mais en réalité les chiffres trouvés donnent des ellipses pour sections méridiennes, et l'on a cru pouvoir en conclure que la terre était un ellipsoïde aplati; la différence entre le plus grand et le plus petit rayon est de 4 sur 305 à peu près ; c'est une deuxième approximation souvent négligée dans la pratique ; remarque en passant que les plus hautes montagnes ont à peine % lieues , que le rayon de la terre est d'environ 1500, que par suite il n'est pas d'orange qui ne soit moins lisse que notre terre avec ses creux et ses aspérités apparentes. Cette question de mesure était si grave que de nos jours elle a été reprise avec toutes les ressources de la science; elle consacre les noms de Legendre , Delambre , Méchain, Borda, Biot, Arago etc. C'est du moderne, la science est jeune.
En partageant la circonférence entière en 40,000,000 de
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parties , Pou a obtenu en tois,es une certaine longueur que l'on a prise pour unité ; c'est le mètre; dans la pratique i[ n'offre aucun avantage sur le pied dont le souvenir commence à s'éteindre. On avait voulu éviter l'inconvénient des mesures grecques qui, ne se reliant à rien de naturel , ne permettent pas leur reconstruction; le choix n'a peut-être pas été aussi heureux que possible ; vérification difficile , et qui lésait? La terre se contracte peut-être; on avait proposé l'élévation de l'eau dans les pompes, ou la longueur du pendule battant la seconde; tout cela au fond revient au même > et l'importance de l'opération ne consiste pas dans le résultat qu'elle donne pour unité conventionnelle.
En cherchant pour chaque lieu l'angle de la verticale et de l'axe du monde , puis l'écart transversal ou angle du méridien avec celui de Paris, on obtient la latitude et la longitude, mots connus, qui servent à dessiner sur une boule la représentation de tous les points de la terre ; ce sont encore deux grandeurs coordonnées dont la détermination précise est tout le. but delà géodésie, de l'hydrographie, et d'une grande partie delà géographie. Comme les globes massifs sont difficiles à manier et sont un portrait trop réduit, Ton cherche à représenter sur des plans la situation respective des lieux terrestres , et suivant le but, la construction varie ; les cartes sont ou terrestres ou marines, et dans les deux cas n'ont aucun rapport ni d'usage , ni de facture. Grâce à elles , on peut estimer les distances et arpenter au propre toutes les dimensions du volume qui nous sert de demeure.
Acceptons tout cela ; nous pourrons de deux points écartés observer simultanément l'astre dont on veut évaluer l'cloi -
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gnement, et la trigonométrie nous fournira encore les côtés d'un grand triangle dont la base est précisément la distance des deux observatoires. Pour les étoiles le résultat est si grand que l'opération ne donne rien qui vaille ; nos points de vision sont tellement rapprochés qu'ils paraissent confondus; pour le soleil on a 35 millions de lieues; pour la lune 80 mille; pour les planètes des nombres différents qui échelonnent leurs positions, À part les étoiles, voilà donc notre sphère céleste dûment qualifiée d'abstraction ; elle n'existe que pour la commodité de l'exposition , ou du moins, jusqu'ici, nous n'avons pas tenu compte du lieu réel des astres, mais d'un équivalent.
Autre point de vue : si tu observes l'angle que font les deux directions qui aboutissent aux deux extrémités d'un objet, tu as la seule grandeur qui puisse te faire juger de la grosseur! de cet objet; cet angle porte le nom de diamètre, et pour un même corps il varie en raison inverse des distances. Ainsi la grande opération trigonométrique étant une fois faite , une pure exploration de diamètre suffit dans tout autre cas pour apprécier la nouvelle distance. Je puis te faire remarquer que du diamètre et de la distance on peut conclure de suitela grandeur réelle de l'objet; le soleil est un million quatre cent mille fois plus gros que la terre , la lune quarante-neuf fois plus petite, et les planètes varient depuis de légères fractions jusqu'à sept fois notre globe.
Utilisons tout cela : je prends une feuille de papier sur laquelle je représente le cercle où le soleil semble orbiter; sur les rayons disposés d'après le mouvement angulaire, je porte des longueurs proportionnelles aux véritables distances ; j'ai ainsi , en joignant tous les points par un trait,
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le portrait de la ligne décrite par le soleil; elle se trouve être une ellipse presque ronde dont la terre occupe le foyer; cette ellipse bien connue nous permet de prévoir, d'escompter à l'avance les positions. Oui ou non, est-ce beau? en vérité , les coursiers d'Apollon sont pour nous Rossinante ; nous trouvons leur démarche boiteuse et devançons leur vol; nous mandons au soleil : à tel jour, à telle heure, tu seras là !
Pour la lune , résultats analogues ; elle décrit autour de la terre une orbite elliptique.
Les observations grossières que je t'indique suffiraient en réalité à une première ébauche; mais quand on veut davantage approfondir, on trouve qu'elles doivent être soumises à de nombreuses corrections. — Nous regardons de la surface de la terre , il faudrait être à son centre; cette cause d'erreur n'influe pas sur les astres éloignés, mais elle agit sur le soleil, la lune, les planètes; rapporter une valeur angulaire à ce qu'elle serait, vue d'un autre lieu, est une question de parallaxe; on sait la résoudre. — Le rayon visuel qui conduit à un astre n'aboutit pas à sa véiitable place; tu connais le fait d'un bâton mi-plongé dans l'eau , il semble brisé; l'air qui nous entoure infléchit de la même manière la direction lumineuse et la théorie physique de la réfraction donnera, par son retour, une précision peu nécessaire pour un simple trait. Je ne parle pas des erreurs d'instruments , d'observateurs , c'est un monde, mais un monde pratique.
Si nous savons réduire les observations au centre de la terre , nous pourrons les rapporter au plus beau des corps célestes; cette parallaxe dite annuelle transporte notre
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centre de vision à 35 millions de lieues d'intervalle, et de là , voici ce que nous pourrions contempler :
1 ° Toutes les planètes circulent dans des plans peu
inclinés en général , qui tous passent par le soleil.
2° Toutes les courbes qu'elles décrivent sont des
ellipses dont le soleil est foyer.
3° Les surfaces décrites par un rayon d'ellipse sont
proportionnelles aux temps écoulés.
4° Le temps du parcours total ou Tannée de chaque
planète a son quarré dans le rapport des cubes des demigrandsaxes.
5° Toutes tournent sur elles-mêmes en un temps invariable pour chacune, différant de Tune à l'autre, qui est leur jour. — Elles présentent successivement leurs diverses faces au soleil, et s'en font éclairer.
6° ——La terre, dont le bon sens n'est point troublé par des chimères, va humblement, modestement, sans réclamer, tourner à sa petite place la troisième dans l'ordre des distances; son jour nous sert d'unité de temps, son année compte 365,2422 jours.
7° D'autres petits corps dits satellites circulent dans
les mêmes conditions autour des planètes; la lune est celui de la terre; il est des astres qui en ont sept; l'un d'eux a un anneau, etc.... etc....
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Ces lois dont trois portent le nom de Kepler sont fictives, ce sont les premières approximations qui donnent le moyen de prédire à peu près, dans l'espace relatif, les positions relatives des corps célestes, en supposant le centre fixe; si le soleil se meut, comme cela est probable , ces courbes sont incessamment déplacées dans l'espace, produisant en réalité des spirales aux anneaux sans nombre ; je te le répète , nous n'avons que des rapports et peu nous gène la zone du ciel immense où nos évolutions s'accomplissent.
Les objections à faire au point de vue des apparences de rotation, de translation , etc , ne sont pas à réfuter pour ton esprit; j'expose d'autorité; crois-moi, elles sont facilement levées ; la grande importance de ne plus considérer la terre comme le centre de l'univers, comme le point où doivent converger toutes les forces de la création , t'a sans doute frappé ; c'est par là que sont mortellement atteintes toutes les théories des âges précédents , faisant de l'homme et de sa demeure le but unique de toutes les merveilles des cieux; ce spectacle grandiose n'est pas fait pour nous seuls, et ce n'est que par une incroyable exagération d'orgueil que l'homme a pu se forger des systèmes que sa personnalité seule emplissait tout entiers. Je ne veux pas te reproduire cette histoire tant rebattue de Galilée , l'un des premiers martyrs de la foi nouvelle , de la foi scientifique ; mais je dois insister sur ce que les prévisions utiles de l'astronomie gagnent peu, somme toute, à ce changement de centre pour le monde ; c'est surtout une école pour la moralisalion humaine ; c'est aussi pour ce motif que les éclipses , phénomène où le soleil se trouve caché par un astre , et dont les superstitions anciennes ont abusé , acquiert une valeur pour tout ce qui tient au supernaturel , à ce qui est
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après les choses physiques. Au reste, une série de faits étant appréciés, on cherche à les relier par une hypothèse, loi que Ton propose, et que Ton n'accepte qu'après vérification , c'est-à-dire prévision de l'avenir et explication de tous les nouveaux faits qui se rattachent à la même origine; c'est ainsi que les questions de précession, de nutation, $ aberration Avec mes nouveaux mots j'irais trop loin*
Avançons ; en se fondant sur les lois de la mécanique générale on conclut :
1° De ce que l'orbite est plane, force centrale
aboutissant au soleil.
%° De ce que c'est une ellipse, la force varie en
raison inverse du quarré des distmces.
3° — — De ce que les quarrés des temps sont proportionnels aux cubes des demi-grands axes , la loi est de même nature pour tous les astres , et l'on dit alors avec Newton : Les choses se passent comme si les grands corps célestes s'attiraient en raison inverse du quarré des distances, et enraison directe d'un multiplicateur constant pour chacun qui est sa masse.
Ainsi, appuyé d'une main sur les généralités mécaniques, de l'autre sur les observations astronomiques, on émet une des plus hautes conclusions humaines , ce qui faisait dire à Lagrange que jamais personne ne dépasserait la gloire de Newton.
Ne te semble-t-il pas voir cette imposante figure de Char-
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lemagne , le monde dans une main , le glaive de la science dans l'autre , déchirant les voiles , pénétrant la nuit sombre, sondant le ciel sans bornes et prédisant l'avenir.
Les successeurs de Newton ont cru pouvoir conclure que la matière représentée par une molécule , sorte d'entité dangereuse, manière d'atome crochu, obéissait à cette loi; M. de Boucheporn a dernièrement attaqué cette déduction avec une grande hauteur de vues , et l'un de ses arguments sérieux provient de l'impuissance des prévisions basées sur elle. La matière s'attire, est une proposition que, jusqu'à nouvel ordre, nous reléguerons dans l'inconnu; l'attraction n'est pas un fait, c'est une entité, c'est de la métaphysique. Quelle que puisse être la cause plus haute d'où dérive la loi de Newton , elle convertit l'astronomie en un problème de mécanique souvent inextricable comme calculs , mais bien posé en principe, et qui par ses vérifications presque incroyables de chaque jour, ses divinations séculaires, donne à proprement parler la plus puissante, la plus irrécusable des preuves pour les principes généraux de la mécanique. On voit alors que les lois célestes de Kepler ne sont que des jalons destinés à poser les astres à leur place, dans des limites d'erreurs que l'on corrige par les perturbations dues aux actions des autres corps, et qui toujours sont secondaires ; on vérifie par les grandes vues sur la conservation des aires, le mouvement du centre de gravité, etc., la nullité d'action des étoiles qui , à des distances inchiffrables , parce que le nombre ne peint plus rien à l'esprit , sont les limites de notre petit monde ; la faible longueur de 70 millions de lieues, diamètre de notre orbite , est in saisissable pour les étoiles même les plus voisines; elle peut se masquer par un fil.
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Les travaux de pure analyse ont été fécondés surtout par la difficulté des recherches relatives aux perturbations; la lune qui est, suivant l'expression d'Herschell , la grande aiguille d'une montre pour les marins, n'est pas à la rigueur suffisamment connue dans tous ses capricieux Méandres; malgré de très grands travaux, c'est à peine si le savoir actuel répond aul exigences de la navigation; l'écart transversal des méridiens correspond au temps que met le soleil à passer de l'un à l'autre, et il s'agit d'observer l'heure de chaque lieu à l'apparition simultanée d'uri même phénomène ; or, des tables donnent quatre ans à l'avance les distances de la lune aux principaux astres ; en observant en pleine mer et cherchant dans la table l'heure de Paris pour le résultat de l'observation , on obtient la longitude; quatre ans à l'avance t Depuis cinquante ans , les progrès sont tels ;jue les tables lunaires guident loyalement tout en laissants? désirer. Pour n'être point trop volumineuses, elles nécessitent l'usage de l'interpolation. Ce qui revient, entre les termes de la table, à calculer les intermédiaires par le redoublement d'une opération dont la forme la plus simple est celle-ci : de trois quantités connues en déduire une quatrième.
Un mot encore sur les marées : Descartes a deviné le premier qu'elles étaient le résultat des influences combinées de la lune et du soleil sur les eaux pouvant glisser , rouler sur la terre ; sans nous inquiéter de théories encore attaquées comme détails , je veux t'analyser ce phénomène et te montrer le cachet bizarre , singulier de l'ondulation marine.
La mer change de hauteur , et ses variations de niveau sont suivies, dessinées par un instrument, le maréographe;
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ïe dessin permet à chaque heure de lire la hauteur correspondante , et Ton remarque les instants où il y a étale , c'est-à-dire le moment du jour où la mer est la plus haute; c'est ce que Ton appelle l'heure de la marée; à ce moment la hauteur n'est pas la même tous les jours, et l'élévation au-dessus d'un plan fictif, niveau moyen , est la grandeur de la marée. Ainsi deux faits distincts, chacun dépendant de deux conditions séparées, le lieu, l'époque.
1° Question d'heure; elle est périodique et se reproduit par quinzaines ; l'heure s'obtient en ajoutant un terme variable suivant l'époque Seule à un terme constant pour un même lieu; les influences de lieu et d'époque sont nettement séparées et leur mutuelle addition légifère le phénomène.
2° Question de grandeur ; elle est périodique ; la
grandeur s'obtient en multipliant un terme variable suivant l'époque seule par un terme constant pour un même lieu ; îes influences de lieu et d'époque sont encore séparées; leur multiplication les combine pour donner le résultat; ainsi deux seules observations dans uit lieu peuvent y fixer toutes les particularités de la marée, pourvu que dans un port quelconque Ton ait eu le soin d'observer le phénomène avec continuité. Quant à l'assiduité , l'instrument a le moral fort et ne se fatigue point. Ceci est purement expérimental, s'obtient en vérifiant les chiffres de plusieurs lieux et de diverses époques et sert de contrôle aux théories essayées.
Cette ébauche astronomique est trop informe pour mériter à peirie le nom de canevas , de squelette du sujet; il entre seulement dans mon but de le faire sentir comment on avait
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fait toutes ces grandes choses, et cela non pas avec de petits moyens; c'est un tout, un ensemble qui nécessite la connaissance de mille détails. J'aurais pu t'amuser par des chiffres énormes, ou bien ente narrant les faits merveilleux que nous ont appris les observateurs dévoués qui s'épuisent à la studieuse contemplation des cieux ; des ouvrages élégants tels que le Cosmos satisferont à ce rôle, mais il n'est possible de démontrer, de suivre la chaîne, qu'à un homme bien armé sur les notions précédentes; il faut savoir l'analyse, la géométrie , la mécanique pour pénétrer au loin dans cette enveloppe extérieure, pour apprécier les conditions immuables , indépendantes de notre volonté , au sein desquelles nos êtres se perpétuent. Les sciences suivantes sont utilisées, mais comme retour d'idées, comme précision dans la détermination d'erreurs dues à de petites influences sans action sur les faits astronomiques eux-mêmes.
La science astronomique n'exige que le concours des yeux, l'observation pure; on compte des temps, l'on mesure des angles, et si l'on est obligé d'aider les sens trop imparfaits pour préciser les mesures, on sort de l'astronomie. C'est le berceau de la faculté d'observation ; c'est là seulement où elle existe dans toute sa pureté; vouloir l'appliquer autre part sans connaître ce que j'appellerai ses conditions solitaires , est à mon sens tenter un prodige; elle est applicable partout, mais son essence est là; le génie seul peut la démêler dans les autres branches de la science humaine.
En passant à ce magique ensemble , mon ami , quelle facilité l'on aurait à manier les phrases , à entasser les volumes ; au point de vue littéraire , je te laisse le champ libre ,
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trouvant au reste qu'il est peu nécessaire de gêner l'admiration qui naît de la grandeur des objets par le contraste d'une expression toujours pâle.
Je ne parlerai point cosmogonie ou hypothèses sur l'origine des mondes ; c'est un terrain presque religieux que l'état actuel de la science ne permet pas encore de sainement apprécier; peut-être ne saurons-nous jamais atteindre jusque-là ; les vérifications des opinions émises sont en partie géologiques, et ce progrès dépend d'un autre progrès. Qu'un corps immense tournant sur lui-même ait laissé, à diverses distances, se condenser des anneaux réunis, en globe et formé ainsi un monde planétaire, ou bien que ce grand corps ait projeté de sa ceinture des fragments énoiv mes pour jalonner sa route et escorter sa marche, etc., toutes ces idées peuvent séduire l'imagination, mais leurs preuves actuelles sont des doutes, des vues brillantes. L'on peut en dire autant des aperçus stellaires ; chaque étoile peut être un soleil escorté lui aussi de planètes, ses sujettes; rien ne sy oppose, c'est probable, mais est-ce assez pour affirmer? L'idée se perd au milieu de ces créations grandioses; loin de rapetisser l'homme , ces conceptions Télévent; l'aigle ose contempler le soleil.
Situ savais, ami, combien d'hommes et des plus éminents doivent, à leur ignorance complète de ces choses, une insuffisance de jugement. Je veux te raconter un fait ; Il y a quelques années, je me trouvais en relation avec un abbé fort distingué, et malgré le désaccord de nos opinions, comme je respectais le détail de ses croyances, en n'essayant que des oppositions de synthèse, nous nous liâmes. Ayant constamment vécu dans la comtemplation du daimon
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de Platon, de l'être incréé, de l'absolu, il niait bien des réalités. Il affirmait qu'ici bas il n'y aurait jamais qu'empirisme , qu'habitudes pratiques ; tout en étant d'accord avec lui pour certains faits , je pensais que cet empirisme tend graduellement à s'éteindre , ou du moins que la loi , dans son esprit, donnait les limites entre lesquelles il oscille, et que c'est connaître le vrai relatif que de saisir les digues qui le contiennent ; pour lui les faits étaient isolés, sans rapports , sans liens ; il niait le progrès historique, et tout en reconnaissant que nos besoins matériels avaient beaucoup gagné en facilités de satisfaction, il rejetait dans l'absolu de la parole divine toute notion d'amélioration ; il ne voyait que des accidents qu'un hasard providentiel pouvait seul reproduire , et dans les événements rien n'était loi , périodicité , prévision. Pour lui le progrès catholique n'était pas humain, mais un progrès en soubresaut; le monde à cette époque, subissant une influence extérieure, avait été en quelque sorte désorbité ; du jour au lendemain un choc moral incalculable avait tout changé ; l'humanité s'était réveillée sous le coup d'une transformation, etc. Son habitude de masser ses idées autour d'une arête commune, avait fait de son esprit quelque chose comme un frère du mien, et nous causions beaucoup, mais en exposant; c'étaient des tableaux de corrélation. Quand nous étions sur le terrain des causes, il prétendait que nous, gens pratiques, ne cherchant que des rapports, ne voulant en ce bas monde que gravir échelon à échelon, nous rapetissions le problème du grand tout, et qu'ils étaient bien plus larges, eux qui s'élevaient jusques aux causes; à mon tour j'essayais de faire comprendre que donner à l'imagination une part trop grande , en la lançant à lapoursuite de choses non vériflables, devait amener pour plus tard le doute et le
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scepticisme, et que bâtir un monument utile sur des fondations peu sûres était d'autant plus dangereux qu'un premier orage, renversant l'édifice, nous laisserait sans abri; que ses convictions sur les causes pouvaient être vraies , mais qu'engager sur une probabilité sa vie, sa pensée , plus encore, la vie , la pensée des autres , était, sinon téméraire, du moins peu imposable ; l'esprit humain peut se forger mille systèmes , il se plaît à courir sans frein au milieu de choses que personne ne peut démentir pas plus qu'affirmer; il se retranchait sur l'autorité ; alors nouveau champ, distinction sur ce mot à triple ambiguïté, etc. Je n'en finirais de te montrer le dualisme entre deux natures ainsi faites, toutes deux franchement simples , toutes deux franchement vraies, sans calcul, sans arrière-pensée , l'une bercée dans la foule , l'autre dans les nuages des temples.
Un jour il vint à moi et me parla d'un personnage de passage dans la ville; c'était un grand vicaire, je crois, d'une distinction exceptionnelle même dans l'église, et appelé sans sa modestie aux plus éminentes fonctions; le sacerdoce de charité était pour lui le mobile, l'appât; il ne voulait rien être, elc. Après ce portrait flatteur, il me proposa de me présenter à lui et j'acceptai son offre avec empressement. J'arrive auprès d'un homme à cheveux blancs qui me reçoit avec une paternelle indulgence , et la causerie s'établit. N'ayant nulle prétention de traiter d'égal à égal avec un vieillard devant plus savoir puisqu'il avait plus vu , je posai bien modestement quelques jalons au sujet des lois et pris de suite la question à son vrai point , esprit des lois, en m'efforçant d'expliquer ces quatre syllabes; voici la réponse que j'obtins et que je tç prie de méditer : « Mon enfant , du temps de Ptolémée » la mode était de croire que la terre était centre et que
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» tout orbitait autour d'elle; la mode est maintenant pour » Newton; cela changera. » Je n'avais rien à dire; des cheveux blanchis, un cœur d'or, un dévouement de chaque jour, une belle nature; je m'inclinai profondément et, coupant court, m'efforçai de montrer qu'en dehors des réalités d'ici bas il est un côté par lequel les gens de cœur peuvent toujours mériter le respect profond , l'affectueuse sympathie de ceux-là mêmes qui plus jeunes se dévouent à d'autres dieux.
Je te livre sans commentaires cette anecdote très caractéristique à mon sens , et la considérant comme un repos , je vais poursuivre notre roule.
Concrétisons encore : prenons les corps de notre terre avec leur poids , leur état solide ou fluide , les bruits qu'ils occasionnent, leur température, leurs couleurs , leurs saveurs, leurs odeurs, leurs propriétés de toute nature ; la connaissance des lois générales suivies par ces, propriétés sera la physique. C'est une branche d'étude de la nature qui se subdivise par voie d'abstraction , de simplicité décroissante , de complications graduelles , en chapitres divers. Nous embrasserons des phénomènes étrangement complexes qui nécessiteront un retour d'idées perpétuel , soit pour connaître les conditions dans lesquelles l'abstraction doit se placer pour deviner les modes de variations , discerner l'influence plus ou moins considérable de chaque cause, soit encore pour préciser les mesures et là, comme partout, on peut affirmer que pour commencer à apprendre il faut déjà savoir. J'indiquerai seulement , dans un narré rapide , quelles sont les conditions d'utilité pratique, de possibilité d'étude , de beautés correspondantes et d'action spéciale sur
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l'intelligence; pour nous ces fluides impondérables, pesanteur, calorique, lumière, magnétisme, électricité , seront des mots , des agents extérieurs incompréhensibles introduits pour le besoin d'explications fictives. Notre drapeau portera ce mot de Newton: Physique, défie-toi de la métaphysique.
Commençons par détacher tous les témoignages des sens en conservant seule l'impression de ce poids , de ce clou qui nous tient attaché ici bas, de cela seul qui forme notre prison , qui nous empêche de courir dans l'espace sans bornes sur les ailes du caprice sans bornes. Ce fait qui nous rive à la terre comme un forçat à sa chaîne est tellement général que l'on n'y accorde aucune attention. Nous ne verrons que des effets, des poids, nous mesurerons, nous chercherons la loi suivie par les résultats, sans nous demander si la déité , la personnification pesanteur , anime ou fait penser ce qui obéit à son joug, et sans nous perdre à la suite de Voltaire sur le mot nébuleux de force , entité moyen-âge substituée à l'entité payenne.
La sensation de poids est la seule réellement complète que nous ayo&s d'un effort , et sous ce rapport ce chapitre sert de base à la mécanique numérique. Les poids ne peuvent se comparer , se mesurer directement que par l'instrument appelé balance ; dans la plupart des circonstances , pour ne pas charger les supports d'un double fardeau, l'on a recours à des moyens détournés qui font apprécier le poids par une longueur métrique ; telles sont les différentes sortes de romaines, bascules , dynamomètres , etc.; le peson ramène la recherche à celle d'un angle.
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L'on voit en expérimentant qu'à volumes égaux les corps n'ont pas le môme poids ; cela conduit à la notion et au chiffrage des densités ou rapports des poids à volumes égaux ; ici toute la difficulté s'attache à la précision manuelle de l'opérateur, et l'on fait un tableau pour les corps solides , liquides et gazeux. Le poids constituera dans la plupart des cas comme une sorte de prolongement de la pure géométrie, et très souvent même , le seul moyen pratique d'arriver à la comparaison de volumes irréguliers»
L'idée de pression exercée par un poids sur le support conduit pour les fluides à envisager la poussée sur les parois du vase qui les contient et sur un corps quelconque plongé dans son milieu; cette poussée dans ce second cas est égale au poids du volume fluide déplacé, et ce principe expérimental a reçAi le nom de principe d'Archimède; grâce à lui, les applications de toutes natures pour toutes les industries qui se rattachent aux eaux, aux gaz etc.. ont un fil conducteur; le navire, l'aérostat, cet autre navire aérien , mille moyens d'entrer dans le domaine du poids, de l'étudier, de le scruter , l'explication de phénomènes sans nombres, font de cet énoncé l'un des plus utiles , des plus pratiques , des plus généraux de la physique.
En passant au gaz l'on est amené à considérer l'air qui nous entoure comme un fluide pesant , et l'on cherche à évaluer sa pression en l'équilibrant par une colonne de liquide ; les hauteurs sont en raison inverse des densités , et Je mercure à cause de son poids s'utilise seul pour les baromètres; ici encore c'est une longueur linéaire qui donne la jauge indirecte de la pression atmosphérique; l'eau exigerait des tubes de 10 m , fort incommodes, tandis qu'une longueur
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de 0,80 suffit. — Il y a deux cents ans a peine que Ton sait cela et que Ton ne fait plus rire les écoliers intelligents par l'horreur que le vide inspire à la nature. Le baromètre est pour nous l'indication des changements aériens, et quand le temps est lourd, suivant l'expression vulgaire, c'est que l'air pèse moins; c'est un pur phénomène physiologique qui laisse dilater tous nos ressorts moins comprimés du dedans et du dehors; pressé d'ordinaire entre deux forces équilibrées d'un kilogramme par centimètre carré, notre système organique se gonfle par suite de la diminution de cette force, et nous éprouvons une gêne. Cet instrument doit varier suivant la hauteur à laquelle on observe, et en effet il sert à mesurer l'altitude des montagnes ; il ne peut s'utiliser que pour de grands déplacements verticaux, et certes, tu conviendras que cette appréciation de la pure longueur est un bel exemple de Y indirection des procédés. Si l'on conçoit un espace, non pas vide, car je ne sais si ce mot représente une réalité, mais privé d'air , on a précisément la notion de ce que l'on appelle la chambre barométrique ou partie du tube laissée vide au-dessus du mercure; pour de nombreuses recherches il est utile d'obtenir de grands espaces dans les mêmes conditions, et la machine pneumatique satisfait à ce rôle ; c'est une pompe à air qui n'a sur la pompe ordinaire que l'avantage d'une construction très délicate. Ici la physique amusante commence à trouver un large champ.
Nous avons étudié le poids en dehors du temps ; si l'on fait intervenir cette autre notion , l'on a trois sujets d'étude :
1° Lois delà chute des corps , dans le vide, dans
les liquides, dans les gaz. — Machines à ralentir le mouvement, plans inclinés, machines d'Atwood, indicateur de
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Vatt utilisé dernièrement au conservatoire etc.. Je te l'ai dit; c'est la base de la mécanique.
2° Lois des mouvements des liquides sous l'influence
de la seule pesanteur; toutes les applications pratiques au mouvement des pompes, aux canaux, aux rivières, aux navires etc.. dépendent de là, et toutes sont en enfance; de l'empirisme modifié par l'expérience personnelle, quelques tentatives insuffisantes cherchant à créer pour ces cas la relation de l'abstrait au concret, c'est là tout notre bagage, et pour les plus simples questions d'écoulement, l'on marche encore à l'aventure.
3° — — Lois des mouvements des gaz, théorie des vents que l'on peut à peine ébaucher ; par suite des causes nombreuses qui concourent , on sait moins encore , et tout se réduit à quelques résultats pratiques pour les gazomètres. — La résistance que les gaz offrent à un corps en mouvement, la force avec laquelle ils pressent sur une paroi donnée sont des questions capitales qui, malgré de nombreux essais, demandent à être reprises d'ensemble à un point de vue large, et celui qui voudra pénétrer dans cet arcane devra envisager la question de bien haut. Le tir des projectiles a servi à baser quelques inductions, en comparant la parabole théorique à la courbe réelle obtenue par le moyen de filets verticaux coupés de distance en distance parle projectile en mouvement; l'on a suppose que les résistances croissaient proportionnellement au quarré des vitesses, et cette loi empirique suffit en général pour la première approximation. Ces résistances qui dépendent encore de la nature du fluide et de la surface du corps en mouvement peuvent convaincre tout esprit impartial que la question des ballons
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est loin d'être résolue ; un oiseau pèse à peu près 700 fois le poids de l'air qu'il déplace , car sa densité est à peu près celle de l'eau sur laquelle il surnage à peine ; ainsi la perdrix frappée par un plomb tombe comme une masse et n'est point, comme dans le cas de l'aérostat, retenue par la poussée de l'air d'après le principe d'Archimède ; l'oiseau qui s'envole fait effort sur son jarret pour s'élancer à une hauteur qui lui laisse la liberté de ses ailes et une couche d'air inférieure assez épaisse pour que son élasticité produise par le battement des plumes une force de suspension et de locomotion; le ballon sera pour les chars aériens ce qu'est la patte de l'oiseau, et n'aura qu'un effet contraire au mouvement toutes les fois que l'on ne marchera pas dans la direction d'un courant d'air; la direction et la vitesse seront fournies par des puissances mécaniques utilisant l'air à la fois comme soutien d'un parachute, et comme doué de force élastique.
La plupart des questions qui se rattachent à la pesanteur sont classées dans les cours de mécanique ; à moins que ce ne soit au point de vue mécanique industrielle , c'est un tort pour moi. Il me reste à humilier ta dignité d'homme en te montrant comment la notion de travail mécanique appliquée à la pesanteur peut utiliser le plus puissamment le roi de la création ; à Vincennes , pour des travaux de terrassement, deux plateaux, l'un chargé de fardeaux, l'autre d'un homme supérieur en poids , étaient unis par une longue corde s'enroulant sur une poulie ; le poids de l'homme faisait monter le fardeau, et notre roi abaissé jusqu'à terre gravissait les escaliers pour redescendre sur un nouveau plateau. — Cela était juste et sage ; la plus grande valeur
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mécanique de l'homme c'est son poids, et ses jambes permettent d'en redoubler l'usage.
Nous avons négligé, abstrait, toutes les autres conditions d'existence des corps. — Restituons une seule de ces propriétés, ce fait de chaleur qui nous vivifie, cette sensation générale que nous éprouvons tous, à laquelle nous ne - pouvons pas nous soustraire plus qu'à celle du poids, et cesser de la percevoir c'est mourir ; un aveugle peut nier la lumière, mais quel que soit son pyrhonisme, il accepte forcément la pesanteur qui l'attache , la chaleur qui le fait palpiter; cherchons dans une impression chaude ou froide des moyens de comparaison, et pour un temps les corps ne sont ni pesants, ni gros, ni lumineux, ni etc., ils ne sont que chauds.
En personnifiant la chaleur , un fait, dans l'entité calorique , on en avait inventé un très grand seigneur à saluer chapeau bas, ayant son caractère, ses allures propres; plus encore , on avait opposé le chaud au froid , deux messieurs toujours l'épée au poing, se disputant fort, orateurs à la tribune, Pitt et Fox au parlement. Ce temps n'est plus; cherchons les effets , apprécions la manière dont nous les sentons; puis, comme ils sont très complexes, il nous faudra les produire par des moyens variables à notre gré , abstraire, abstraire, abstraire encore.
Le premier fait est celui-ci : un corps plus ou moins chaud est plus ou moins long; la main, l'impression du toucher, dans de très faibles limites, permettent de dire : cela brûle , cela gèle , cela est plus chaud , cela est plus froid, et cette vague estimation doit être remplacée par une
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comparaison précise; en un mot, il faut coter la chaleur en nombre comme nous avons coté la longueur, la surface, le volume, l'impulsion, l'effort, etc.; mesure indirecte de la chaleur par la mesure directe d'une étendue ; comparaison de deux orateurs calorifiques par le rapport de deux longueurs ; voilà la base. — Tout ce qui revient à la même longueur, dans les mêmes conditions de température , est un thermomètre; on place deux points obtenus par l'effet de deux énergies de température conventionnelle, et l'on divise l'intervalle en parties égales qui permettront , par une échelle fixe , de traduire en nombre un effet de chaleur, sans que du reste nous puissions savoir si ce nombre a quelque rapport avec la puissance d'action du phénomène. — Les corps qui varient le plus en longueur pour un même changement de température sont les thermomètres les plus commodes, et c'est pour cela que le mercure est utilisé ; de plus le verre ne se dilate presque pas , et le tube qui contient le mercure peut servir d'échelle graduée ; je ne veux pas entrer dans les détails de graduation, sauf à y revenir plus tard. Ayant un premier thermomètre , tu cherches à comparer les dilatations correspondantes de tous les autres corps, solides, liquides, gazeux, et les expériences te feront, suivant les circonstances, choisir comme thermomètre plus avantageux telles ou telles de ces substances variables ; pour les basses températures , où le mercure se congèle , on emploie l'alcool ; pour les cas où le verre entre en fusion , on choisit le fer, ou même de l'argile qui se contracte , sans que l'on puisse toujours établir le rapport qu'il y a entre les divers modes de nombrer la chaleur.
La comparaison des dilatations en longueur et en volume fournit autant de lois empiriques qui permettent de prévoir
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l'état d'un corps dans des situations déterminées; le rôle pratique de ces connaissances est véritablement incroyable; je t'en citerai un curieux exemple relatif à l'énergie musculaire que le fer développe dans son accroissement ou son retrait; les murs du Conservatoire tendaient à s'écarter; pour les rapprocher , on a traversé le bâtiment par une forte tige de fer chauffée dans l'intérieur ; des boulons maintenaient les murs aux extrémités de la tige, et quand elle fut refroidie , la barre en diminuant de longueur a rapproché ces murs.
Il faut insister avec force sur ce que ces lois, ainsi obtenues , ne sont relatives qu'aux conditions générales où nous sommes placés. Elles seraient peut-être différentes si la moyenne de nos températures variait fortement , et nous n'avons le droit de les appliquer que dans les limites circonscrites par nos expériences ; autrement le vague, ou bien des inductions restées à l'état de question et ne pouvant être que le support d'hypothèses exigeant des vérifications particulières; cette remarque, dont s'écartent trop volontiers de jeunes esprits , peut seule nous prémunir contre de téméraires déductions. Cela seul, introduit dans la question poids, densité, la change complètement; les volumes varient, donc il faut indiquer à quelle température on opère , et si pour beaucoup de cas la pratique peut se passer des corrections qui en résultent, elles ont dans d'autres une grande importance ; pour le baromètre, les hauteurs de mercure, les règles, subissent l'effet de la chaleur, et la plus minime question de géométrie, celle qui consiste à mesurer directement une ligne droite , ne peut être complétée , malgré l'aide des micromètres, verniers, etc. que par l'appréciation du thermomètre ; il faut opérer dans les mêmes conditions , ou cor-
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riger les rapports. Sans cette faculté d'abstraire, quelle serait notre impuissance en face de ces millions de causes agissantes pour le plus minime effet? Chacune à son tour apporte sa correction cotée à part, et suivant le degré voulu de précision on la néglige ou on l'accepte.
Je ne tiens pas à ce que chacun puisse mesurer une longueur, mais si les procédés deviennent familiers au point de vue purement intellectuel , je croirai difficilement qu'il n'y ait pas dans l'esprit quelque chose de plus qu'avant.
Suppose maintenant que l'énergie de l'action chaleur croisse , et tu verras la plupart des corps solides fondre ; c'est un changement d'état; ils deviennent liquides ; à leur tour les liquides se tiansformeront en vapeurs , et Ton peut croire que les gaz ne sont que des vapeurs permanentes dues à des actions calorifiques énormes par rapport aux conditions d'existence du même corps à l'état solide. Le phénomène inverse, qui consiste à diminuer l'énergie de la chaleur, liquéfie le gaz ramené à l'état vapeur, le solidifie même sous des moyens réfrigérants assez puissants. C'est un ordre de faits unique; ce n'est que la chaîne immense du milieu dans lequel existent les corps; leur caractère solide ou fluide ne constitue qu'une seule de leurs propriétés, et tel que nous palpons l'hiver nous sert de boisson l'été. Cela a conduit à deux séries de questions importantes :
1° Chercher quelle est la quantité de chaleur néces-
saire pour rendre liquide ou gazeux un solide donné.
jî — — Chercher quelle est la quantité de chaleur à enlever pourfendre liquide un gaz, solide un fluide.
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Les comparaisons pour chaque cas des chaleurs absorbées ou dégagées donnent lieu , en faisant choix de certains corps pour unités , à des théories pratiques sérieuses , et Ton qualifie ces faits de chaleurs spécifiques, c'est-à-dire spécifiant par leur allure la nature des corps. Les points de fusion , de vaporisation , de solidification apportent une singulière remarque ; elle consiste en ce que la température reste invariable pendant toute la durée du changement d'état ; c'est la base de la graduation des thermomètres en leur fournissant des points de repère.
Dussé-je le fatiguer, je veux te répéter encore combien notre existence et celle de tout ce qui nous entoure est ici bas relative, contingente. Sur notre terre les conditions d'organisation sont comprises dans des limites d'une centaine de degrés en dehors desquelles chaque être se détériore, périt ou change. L'homme ne peut supporter, sans briser tous ses ressorts , une extension de limites de plus de 80 degrés. Le lézard est plus tenace , le fer plus encore, et en fait de races, l'on peut presque chiffrer la supériorité par la délicatesse d'organes qui restreint les limites de vitalité. Essayons, dans deux cas différents, d'une image frappante: je prends une planète très rapprochée du soleil et dans laquelle la température soit assez haute pour que le fer y soit liquide , et l'eau un gaz permanent et très raréfié. Je ne dis pas qu'elle existe , mais rien ne s'y oppose ; les êtres organisés sauront sur une autre échelle habiter cette demeure et satisfaire à leurs sensations ; peut-être boivent-ils le fer en guise d'eau, et respirent-ils l'eau en façon d'oxigène et d'azote? les pierres réfractaires de nos plaines glacées leur servent de métaux malléables. Si nous reportons notre pensée sur les planètes situées au loin du centre
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de chaleur , là peut-être, on boit l'oxigène ramené à l'état liquide, et l'on se bat avec des armes d'acide carbonique durement trempées ; la glace remplace notre platine ; le cimeterre de Mars servirait de neige aux mains de nos enfants, et la foudre de leur Jupiter nous arriverait en pluie.
Il me sera difficile de te mieux faire sentir que dans Fimmense échelle de la nature, placés entre des échelons voisins , nous ne pouvons que sonder les limites en tout sens de notre milieu, et chercher à le bien connaître pour l'utiliser et l'améliorer. Fais de l'absolu maintenant, raisonne à priori, arrive au vrai; j€ t'en défie !
Les questions de vapeur se rapportent à l'une des plus considérables des applications modernes; les machines à vapeur méritent un poète , mieux que l'on n'a fait; pour moi je passe.
La chaleur se communique d'un corps à un autre et tra* verse l'intérieur d'une substance avec des nuances , des modifications nombreuses. Les lois de cette transmission importent, et l'on mesure la conductibilité pour chaque corps , pour l'air, etc. Si tu tiens à la main une barre de fer chauffée par l'autre extrémité , la chaleur te sera sensible ; elle le serait moins ou même pas si la barre était en brique , ou substance réfractaire. La façon dont deux corps échangent leur température , se refroidissent, dépend delà surface , du poli, du milieu environnant; l'émission , l'absorption, le rayonnement, etc. donnent lieu à des mesures, des lois, des prévisions, qui s'appliquent depuis les phénomènes de la rosée jusqu'à ceux du chauffage dans les pays froids.
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La chaleur dirigée sur une plaque polie , sur un miroir, se réfléchit suivant certaines lois; elle se réfracte, c'est-à-dire incline sa direction quand elle traverse un milieu ; c'est par ce fait qu'un verre de montre peut concentrer les rayons solaires au point de brûler et d'allumer; sans remonter jusqu'à la fable d'Archimède, Bufîon a enflammé des planches de chêne à 300 pas de distance au moyen d'un miroir parabolique.
Ces questions ont donné lieu à des travaux analytiques énormes , qui dans la plupart des cras ont pour but de chercher parmi les effets naturels quelles sont les quantités numériques, les constantes dont la connaissance permet plus facilement de conclure d'autres quantités numériques pratiques. Fourrier, entr'autres,aété dans ses recherches un véritable créateur , et s'il était permis à un obscur causeur d'exprimer un regret , ce serait de voir dans son œuvre un mélange continuel de théories analytiques, géométriques, mécaniques, physiques, où les découvertes relatives à chaque ordre se croisent pêle-mêle. — Voisbienlerôle de l'analyse, elle ne peut qu'indiquer au physicien les coefficients dont ses expériences doivent chiffrer la valeur ; elle ne vient qu'après, sert beaucoup par moments, mais le plus souvent l'enfance du calcul ne permet pas de dépasser la fonction d'observateur. Dans la chaleur l'élément différentiel nous fait encore pénétrer dans l'intimité du phénomène; la vitesse avec laquelle varie la température, son énergie de variation, correspond à la notion de dérivée d'une façon presqu'aussi primordiale que la pure vitesse mécanique ; l'on peut établir la théorie de Yosculation des températures, et faire entrer la série de Taylor dans la comparaison des mouvements calorifiques.
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Quant aux sources de chaleur, les moyens de production, cela fait la moitié de l'industrie , et c'est à des actions chimiques qu'il faut se reporter presque en totalité. Ces théories ne peuvent donc être complétées que par la chimie, retour d'idée , effort d'une science plus partitive , moins générale, composée de notions plus variables, et cela indépendamment de lois considérables devinées par des analogies avec la lumière.
Je pourrais, sur ce chapitre des applications, discourir longuement et curieusement; la satisfaction de tous nos besoins , depuis la plus simple cuisine jusqu'aux larges conceptions sur la vapeur, le chauffage , dépend de cet ordre d'idées; toi-même sous l'aspect matériel tu n'es qu'une sorte de machine où l'aliment réparateur est le charbon qui entretient la production calorifique.
Plus que partout ailleurs je t'ai fait sentir notre relativité ; déjà, dans certaines limites, nous influons sur les phénomènes , presque au gré de notre caprice; ils sont plus variés, plus instables et par suite plus libres ; accorde à ce dernier adjectif toute son extension. Mon but est presque atteint, sur les autres branches je vais courir.
Parlons d'acoustique, c'est-à-dire du son; il a trois qualités : le timbre , la hauteur et l'intensité ; on n'a point encore pu mesurer le timbre ; il flatte l'ouïe ou l'affecte péniblement , mais rien en dehors du plus ou du moins. L'intensité se trouve dans le taême cas; un son nous paraît plus ou moins violent, c'est du plus ou dit moins sans degré de précision. Quant à la hauteur du son , ce qui le rend harmonique, les résultats obtenus sont tellement magnifia
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ques que cette branche de la science est presqu'aussi complète que l'astronomie.
Le son résulte de vibrations dans un milieu donné ; le nombre des vibrations, dans un temps déterminé, fixe la hauteur ou la gravité , l'acuité ; on distingue parfaitement à l'oreille ce que Ton appelle l'Unisson; des instruments spéciaux tels que le sonomètre, la roue dentée deSavart, la sirène de Caignard-Latour , etc., sont établis en accord avec le son produit, et le nombre de vibrations se lit sur l'instrument. — On peut apprécier jusqu'à 48000 vibrations par seconde pour les notes élevées, 8 pour les plus basses; ces limites dépendent de l'auditeur ; on peut donc convertir en nombres et constituer la théorie de l'harmonie par son côté le [plus important; l'intensité, le timbre jouent un rôle ignoré. Je me contente d'une seule remarque : ut, mi t sol, qui forment l'accord parfait, sont en relation de 4, 3, 5; le rapport du nombre de tibrations appelé intervalle musical est ici très simple; de plus, les quarrés sont 16, 9, 25 qui ont cette bizarre propriété que 25 = 16 + 9. Or les quarrés des vitesses correspondent aux forces vives , c'est-àdire au travail mécanique produit sur l'ouïe ; la sensation agréable peut provenir de la valeur si élémentaire , si perceptible à la fois des énergies d'action ; les effets sonores se superposent sans se troubler.
Le son se communique par les divers milieux, air, eau, bois, métaux, etc, et dans le vide, il ne se produit point; on mesure sa vitesse dans toutes les circonstances, et voici les chiffres obtenus: dans l'air 340 m par seconde, dans l'eau 1400 m , dans le bois 15 fois plus, dans le fer 17 fois plus avec la distance, l'intensité varie, c'est un travail,
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et l'amplitude des ondes diminue, par suite l'effet va rie aussi; le timbre s'altère quelquefois; la hauteur ne change pas.
Le son se réfléchit; c'est ainsi que se produit l'écho. La Nymphe qui animait nos bois, nos murs , la divinité explication de l'incompris d'alors, a fui pour faire place à la froide analyse; est-ce un malheur? rien ne t'empêche de colorer d'images les tableaux naturels , et les forêts vertes ne sont pas moins belles pour n'être plus peuplées de Dryades, Hamadryades et autres souvenirs de collège ; l'homme dans son orgueil n'avoue jamais son ignorance, et quand il ne sait pas, il met un mot nouveau, divinité dans le passé, entité dans le présent , pour éblouir la foule.
Les moyens de production ou instruments musicaux se divisent en deux grandes catégories; dans un cas ils sont à cordes que l'on fait vibrer au moyen d'un archet, dans l'autre ils sont à anche ou lame métallique qui oscille avec une rapidité dont dépend la hauteur du son; l'appareil buccal de l'homme remplace l'anche dans le cor de chasse et autres cas.
La science analytique, aidée d'un principe d'Huygens sur les centres de vibration et de l'énoncé de Bernouilli , a beaucoup fait; les vitesses dans les milieux tels que le bois, où Ton ne peut expérimenter , ne sont connues que par déduction. Sur les plaques vibrantes , les lignes nodales , il y a des choses littéralement charmantes , je n'exagère point ; elles mériteraient un chantre, un écrivain. Le sens de l'ouïe a tout fait ici , et le physiologiste ne peut arriver à l'étude de l'organe sans une indispensable préparation.
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À la lumière , non pas le cri d'Hamlet, mais un monde tellement vaste , que pour citer seulement les faits recueillis par les observateurs, sans parler iïx et à'y, il faut des volumes ; les corps ne sont plus ni pesants , ni chauds , ni sonores, ils sont vus; rien de plus.
L'on ne sait pas encore mesurer la lumière , et cependant c'est le premier pas à faire ; soit pour l'intensité , soit pour la coloration nous n'avons pas d'instrument suscep. tible de traduire en nombre ; les expériences dites photométriques sont en enfance ; le sens de la vue ne conserve pas l'impression pour la comparer, et deux images voisines, nuancées de la même teinte , laissent souvent l'observateur douter de lui-même ; les dissonances permettent de comparer les bruits ; les dissonances lumineuses sont moins perceptibles, et plus tard les moyens photographiques seront peut-être appelés à résoudre ce problème. On a cherché à établir des teintes identiques en faisant varier rinclinaison d'un plan qui reçoit la lumière ; il y aurait là un angle de lumière analogue à l'angle de frottement pour coter l'intensité; mais cela est soumis à toutes sortes de difficultés ; j'avais pensé à chercher quelle est la longueur d'un liquide déterminé capable d'éleindre une lumière; ce procédé, qui permettrait avec des instruments très simples d'apprécier deux lumières sans nécessiter la simultanéité de vision, donnerait lieu, j'en suis sûr, à une série de belles et curieuses expériences; je voudrais pouvoir les entreprendre. La lumière se réfléchit suivant certaines lois quand elle rencontre mïï corps poli ; elle se réfracte en pénétrant les milieux transparents ; ces notions qui ont conduit aux théories analogues sur la chaleur sont la base de toutes les questions relatives aux miroirs, aux lunettes, aux phares, etc.
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La lumière se disperse, c'est-à-dire se décompose en sept couleurs en se réfractant ; l'arc-en-ciel n'est qu'un résultat de ce phénomène produit par le passage des rayons solaires à travers les vésicules pluvieuses. Iris aussi abandonne son écharpe ; les volontés d'en haut n'ont plus de messagère.
La vitesse de la lumière, la rapidité de son sillage, s'ofotient, en la supposant uniforme dans les espaces célestes, par un procédé astronomique qui te sera très accessible : quand Jupiter et la terre sont du même côté du soleil , on compare le moment observé de l'éclipsé d'un satellite à l'époque calculée de ce p' énomène; puis quand la terre et Jupiter laissent entre eux le soleil , leur distance s'est accrue de 70,000,000 de lieux, diamètre de l'orbite , et la comparaison nouvelle entre les résultats du calcul et de l'observation donne une différence de 7 à 8 minutes en plus; c'est donc là le temps employé par la lumière pour parcourir l'axe de l'écliptique ; c'est à peu près 80,000 lieues par seconde. Sur terre des expériences directes ont donné des chiffres qui ne peuvent servir à contrôler ceux-là ; la vitesse est probablement, sûrement même, différente suivant le milieu où s'accomplit sa route, puisque la réfraction revient à cette différence de rapidité dans le parcours ; c'est par les lois de la réfraction que Ton peut conclure le sillage lumineux dans les corps diaphanes. Ce qui peut au reste dotiner la plus haute image de la grandeur des cieux , c'est que les étoiles les plus voisines emploient au moins trois ans pour nous faire parvenir leur lumière; le temps exigé pour arriver au but a occasionné cette fameuse découverte de Bradley, 'aberration, qui, par un certain retour, fournit la plus
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décisive, la plus directe des preuves du mouvement circulatoire de la terre.
J'ai omis lunettes, télescopes, microscopes etc., dont le progrès rend seul possible celui de la précision astronomique , et dont la puissance s'allie aux lois de la chaleur pour compléter les plus simples questions de mesures géométriques. Je veux essayer de te faire sentir comment, par des théories basées sur des faits minimes en apparence , on peut quelquefois conclure des actes considérables ; un phénomène de polarisation qui revient, somme toute , à une exception dans les lois de la réflexion , permet d'indiquer si une lumière émane d'un corps incandescent , ou d'une flamme gazeuse ; on a pu juger ainsi de la constitution du soleil!!....
Quant aux sources de lumières, elles sont essentiellement chimiques comme celles de la chaleur , et leur production économique sert de règle à l'industrie; celui qui, en 1700, aurait annoncé l'éclairage entier d'une ville par un seul centre gazeux, aurait passé pour dangereux ou pour fou.
L'analyse a été pour cet ordre de recherches d'un secours beaucoup plus puissant que l'on n'avait le droit de l'espérer; c'est même le problème des réfractions qui a conduit Fermât à sa fameuse théorie des maxima; de nos jours, les Fresnel, les Lamé, les Cauchy, etc. ont beaucoup produit.
Un mot encore à propos d'un ouvrage récent; M. de Boucheporn , ingénieur des mines , dans un écrit d'un style magistral, a semé des vues d'une largeur et d'une hardiesse incroyables sur le principe général de la philosophie natu-
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relie; à mon sens cet écrit est provisoire, mais je suis étonné qu'il n'ait pas remué le monde savant officiel ; à chaque page, si ses inductions sont justes, il marque la trace d'un monde d'expériences physiques à tenter ; Tune des plus remarquables consisterait à produire la lumière par une simple rotation qui devrait peut-être s'effectuer dans le vide; j'ai éprouvé un respect profond , une sorte de frisson involontaire quand l'auteur parle de cette solennelle et décisive vérification numérique qui lui fait retrouver une série de sept nombres mécaniquement , obtenus par Fresnel. La lumière malgré tout est neuve encore , quoique son étude isolée soit plus considérable que toute la physique d'il y a cinquante ans.
Sans prononcer les nomsdeNiepcede St-Victor, de Talbot, de Daguerre, sans traverser le nouveau monde que peut créer la fixation des couleurs, je cours à l'électricité, au magnétisme. Phénomènes similaires dépendant d'un même ordre de causes , réunis depuis trente ans par l'autorité d'Œrsted et d'Ampère ;
Un jour je demandais à un jeune collégien ce qu'était T électricité ; c'est, me répondit-il, un fluide impondérable composé de deux essences différentes qui tendent à se rapprocher ou à s'éloigner suivant leur espèce; mon horreur pour le vide, égale à celle de la nature, me fera te dire simplement que les corps, dans certaines circonstances, tendent à se rapprocher, que l'accumulation de la force produite est un rêve industriel , que l'on y touche sans l'avoir encore atteint, et que déjà l'humanité s'est construit un bras nouveau.
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Sans parler de l'aiguille aimantée qui apprend; sa fo&te au marin, voici les principales applications de l'électricité,
— L'écriture de la plupart des phénomènes naturels qui f avec une précision presqu'absolue, cotent eux-mêmes l'image ou le nombre qui doit les remplacer. — Le paratonnerre. Jupiter est cloué sur son siège, nous rions (fe ses colères, de son totumnutu; l'Olympe est désert, les cieux sont vides de volontés. — Un nouveau thermomètre d'u&e sensibilité idéale. — Tous les arts pratiques, depuis les machines à vapeur qui bientôt succomberont sous ce jeune rival, Jusqu'aux métiers à broder, à tisser, à filer* c'est en un mot une force nouvelle, puissante, facile* — La dorure, ou en général l'application de métaux sur tous les corps.— La galvanoplastie ; la formation des empreintes , des moules, etc.
— La production de lumière éblouissante, de véritables soleils factices. — Le télégraphe électrique; rien que cela : toutes les volontés en contact avec une volonté , instantanément, 100,000 lieues au moins par seconde; détermination des longitudes ; règne de la pensée ; un seul homme parlant au même instant à tout un pays; un pianiste habile entendu sur l'heure du monde entier ; un nouveau monde plus grand que l'Amérique.— Cette nomenclature, aucourant de la plume dont chaque mot exigerait un volume , en dit plus que toute exagération de paroles; — Les sources, les moyens de production sont encore chimiques, prèsqu'exclusivement; le frottement, le contact hétérogène peuvent suffire par fois.
Parmi les faits extérieurs, nous avons, en dehors des propriétés perceptibles par les sens en général , constitué l'étude plus spéciale de ce qui se rapporte à l'ouïe, .à. la ?ue ; on peut mesurer , comparer quoique incomplètement^
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et cet adverbe indique l'imperfection de la science t les progrès qu'elle doit réaliser ; il faudrait pour la rugosité , la sapeur, les odeurs, des branches nouvelles delà physique r bases des théories physiologiques correspondantes; il ne s'agit pas ici de la sensation ; je ne veux point aller rêver à la suite de Condillac sur les conditions de cette communication que j'accepte sans essayer de la comprendre , tout en pouvant , au fond du cœur , conserver l'espoir que des générations mieux préparées sauront tenter sur ce domaine d'utiles 1 investigations ; mais * disserter comme lui quand on ne sait même pas apprécier le fait objectif, particulier aux corps , extérieur à notre organisme, est au moins puéril, ou bien oiseux; le difficile ne cède à l'opiniâtreté de l'homme qu'après le facile.
La réunion de toutes les influences physiques sur les faits atmosphériques constitue la météorologie, science qui n^aura de prévisions fructueuses que quand les télégraphes électriques pourront relier entre eux des centres d'observation nombreux et simultanés. Un Institut hollandais vient d'être créé dans ce but; les observations isolées ne sont rien dana ce cas , ou peu dfe chose.
Pour terminer cette communication-' physique Mie foisplus étroite que tu ne peux le supposer, je te prononcerai le mot de chimie qui comprend l'étude des lois que suivent les corps dans leur composition et décomposition. D'abord Ah chimie , c'est-à-dire transmutation des métaux , fabrication* de l'or , elle a pris un caractère plus» réaliste depuis Para^ celse et rang de science avec Lavoisier ; Guyton de Morveau a légiféré son langage, l'a harmonisé, et maintenant faisant corps avec la pure physique , elle est la base de tous \e§
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arts , de tous les moyens humains ; la métallurgie . la production des acides , etc. font de la chimie l'élément le plus précieux de toute industrie prospère. Grâce à elle le daguerréotype peut fixer les* couleurs, la médecine préparer ses baumes , et dernièrement M. Chevreul gagnait à la France plus de 200 millions par ses études sur les corps gras et la bougie stéarique ; son royaume, c'est la production de la chaleur , de la lumière , de l'électricité.
La recherche des éléments d'un corps a donné un sens au mot analyse , et la reconstruction de ce corps au mot synthèse; il y a des lois très belles', très générales sur la substitution des éléments les uns aux autres, et c'est en cela que consiste la science.
Ce qu'il faut surtout comprendre, c'est l'instabilité des productions sous l'influence des milieux et sous la pression des deux agents de composition et de décomposition , la chaleur, l'électricité ; telle combinaison ne subsiste qu'entre les limites de 10° à W° du thermomètre à mercure; telle autre, sans se détériorer* supporte des changements de 3 à 400°. Les substances organiques en général sont la réunion des principes eux-mêmes complexes que l'on ne peut séparément obtenir par suite de l'impossibilité où l'on se trouve de maintenir les conditions nécessaires à leur stabilité; ils se désagrègent ou se reforment en proportions moins éphémères > ayant que l'on n'ait pu saisir leur première allure. Voici un exemple d'une humilité peut-être choquante, mais qui me suffira ; prends un pain ; dans un certain état, il sera un aliment sain , substantiel ; un peu trop cuit ou brûlé , ce ne sera qu' un charbon indigérable; quelques degrés en plus ou en moins dans la chaleur du four suffisent pour changer ses
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meilleures propriétés. Ce sont des difficultés de cet ordre qui maintiennent l'état d'infériorité de la chimie dite organique, et sous ce rapport les tendances de M. Becquerel sont un véritable progrès ; il opère sous de petites influences qui peuvent séparer un corps en ses composés médiats sans altérer ces derniers.
La préparation chimique est toute entière dans cette phrase triviale , ôte-toi de là que je m'y mette ; un corps étant donné, contenant dans sa substance un élément à obtenir, est traité par d'autres corps qui substituent dans le premier un élément personnel au lieu et place de celui qui s'isole; dans les minerais de fer, par exemple, on a souvent un composé de fer et d'oxigène qui, traité par le charbon à une température élevée, laisse dégager le fer en produisant une union dite d'acide carbonique entre le charbon et l'oxigène; le composé qui tend à se former, a, dans les conditions de l'expérience, une plus grande stabilité que le précédent; dans d'autres conditions ce serait souvent le contraire , et cette affinité produite en partie par le milieu , qui marie deux éléments, doit être considérée comme un fait, et non comme une entité servant de base à une chimérique explication.
Voici le réseau des parties les plus élémentaires de l'étude relative à la matière; plus l'on s'éloigne , moins la pure analyse mathématique peut s'utiliser; sur un belvédère, par dessus les toits d'un édifice , qui s'aperçoit de la puissance des fondations.
Partout on mesure un effet relatif à une seule influence ; partout on cherche les lois de ces mesures pour indiquer
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d'avance la norme de chacune; à chaque cas, l'abstraction se fait corps en quelque sorte , et l'expérimentation cote séparément chaque influence en n'en laissant varier qu'une seule ; c'est en cela que consiste ce mot tant préconisé , Y expérience , et je ne connais pas une seule production intellectuelle qui puisse en donner une plus haute idée que le travail de Dulonget Petit sur le refroidissement; ayant à tenir compte de dix causes au moins , à les abstraire pratiquement, ils ont éliminé, isolé successivement chacune d'elles, et construit pour chaque cas une série de tableaux numériques dont les variations ont indiqué la loi ; la réunion de tous les tableaux représentant le fait physique tout entier. Pour guider les expériences, il convient de prime abord de s'appuyer sur une vue générale souvent reconnue fausse plus tard , mais qui sert de fil conducteur dans le dédale; ces hypothèses ou idées préconçues doivent porter sur les faits eux-mêmes, sans intronisation d'agents destinés à produire d'apparentes clartés; on suppose que la loi des faits est telle ou telle, on prévoit, on devine, et si l'accord entre la prévision et la réalité se maintient, alors on affirme ; l'hypothèse cède dès qu'un fait certain se dresse à son encontre ; il vaut mieux dire franchement je ne sais pas , que de se réfugier sous le manteau d'un mot plus vague encore que le fait qu'il s'agit d'éclaircir; une explication ne mérite ce nom que quand elle rend compte plus simplement des faits, que quand , par son secours , les questions ont fait un pas ; dire cause et bercer son auditeur sur les ailes de l'imagination doit être relégué dans les habitudes d'un passé avec lequel il faut rompre; l'élude saine de la nature exige une préparation morale qui rend tout progrès des sciences élémentaires comptable même envers l'histoire; tout esprit qui veut pénétrer dans le dé-
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tail du monde extérieur doit s'imposer une discipline rigoureuse, en rejetant toute cause première, en enfermant la prévision dans les limites expérimentales ; agir autrement, c'est tenter l'illusion et la convier à s'asseoir au banquet des réalités.
La mathématique , la connaissance des lois de la forme et du mouvement , le sentiment des conditions astronomiques ont permis à l'homme de scruter l'organisation matérielle ; il a pu sérier ses idées , observer avec précision et enfin il a expérimenté; il a comparé les résultats ensuite, mais c'était secondaire. Dans la physique , l'expérience est pure , dégagée de toute préoccupation, complètement volontaire; nous modifions à notre gré; la faculté expérimentale doit se sentir là , mieux qu'ailleurs , parce que là, ses conditions d'existence sont les plus élémentaires; autre faculté , affranchie , développée ; l'homme est plus fort d'un tiers. Comme utile , l'ensemble de ces connaissances sert de base à la fonction de l'ingénieur, ou trait d'union entre les saines théories et les saines pratiques ; mais pour la plus mince construction , pour le plus chétif édifice, il doit faire intervenir des notions sur notre nature animale ; en dehors du pur intellect, il est incomplet, si son éducation ne lui donne pas jour sur la simple biologie. Partout au reste les mathématiques, c'està-dire la déduction à priori , sont impuissantes; excepté en astronomie, leur rôle vient en sous ordre ; la science pure est sans force, et souvent ce n'est qu'un empirisme grossier, traditionnel qui préserve à l'aventure de graves erreurs. Les constructions navales, par exemple, sont le résultat de comparaisons multipliées avec des types plus ou moins heureux, et l'on ne connaît même pas la loi de la pression et de
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la vitesse qui devrait imposer la forme de chaque ligne d'eau suivant la destination de l'œuvre.
Pour en finir, et tu dois me remercier d'avoir été si bref, je te dirai : Le langage scientifique est à refaire; d'ordinaire il ressortit à l'usage, et ici l'usage n'a que voir; quelque jour impuissant esprit, embrassant tout d'un coup d'œil, Guyton de Morveau de la science totale, lui créera une technologie harmonique. Les sciences reviennent à mesurer, et c'est par leur précision sous ce rapport que l'on peut comparer leur degré d'avancement. L'avenir de l'industrie, c'est-à dire de la satisfaction de nos légitimes besoins , de la substitution de la machine à l'homme pour toutes les fonctions avilissantes, pour celles qui n'exigent que l'instinct mécanique et non la réflexion, est tout entier lié à ces trois termes : chaleur, électricité, chimie ; la chaleur , l'électricité sont des agents, des moteurs , des efforts, la chimie leur source, et la mécanique leur moyen de transmission. Faire agir l'acier pour laisser penser l'homme entre pour une forte part dans mon socialisme pratique.
La classification des corps matériels, d'après leur nature, leur essence chimique, leurs formes, leurs couleurs, etc. constitue la minéralogie; cette étude'est un préambule qui conduit à comparer les végétaux, puis les animaux; cet ensemble, c'est la biologie, la plus immense, la plus complexe, la plus variée de toutes les sciences fondamentales; les points de vue sont tellement nombreux qu'il faudrait un temps considérable pour te donner un léger aperçu de ce vaste édifice ; le roman des sciences devient plus facile et plus épineux à la fois; on peut intéresser, amuser davantage, mais pour un but d'assimilation , quand on ne veut point frapper la curiosité
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d'an esprit par les singularités naturelles, on se trouve en face de difficultés invincibles , en ne comptant même que l'impuissance du langage ; chaque science a sa nation. Sans pénétrer parmi les moyens scientifiques qui donnent jour sur les êtres organisés, je m'efforcerai de te faire saisir quelle est la part de développement qu'apportent ces nouvelles notions dans l'entendement humain , et ce en quoi leur élaboration se relie aux connaissances antérieures, les nécessite, et frappe de stérilité tout esprit qui veut s'enfermer dans un unique domaine.
L'homme jette ses regards autour de lui; animé d'une puissance qui le rend différent de tout ce qui l'entoure , il veut se connaître ; les lois de son organisation dépendent , se subordonnent à celles de faits extérieurs dont l'étude approfondie sera la base de son appréciation. Il sonde l'existence de l'être animé ; il reconnaît que la plante elle aussi est organisée , qu'elle naît , vit et meurt; en dégageant dans le végétal la notion de matière inerte , de substance réparatrice , il se trouve en face d'un inconnu que l'abstraction permet de déchiffrer en recourant aux notions élémentaires du temps, de l'espace , de la grandeur pure ; ainsi : matière, végétal, animal, homme, c'est l'immense chaîne. À la matière tu juxtaposes un je ne sais quoi qui fait l'être organisé; à ce dernier quelque chose quile rend susceptible de locomotion, de déplacement, de suite dans ses actes; puis enfin, en ajoutant encore un nouveau je ne sais quoi , tu obtiens l'être humain; ce supplément s'est appelé le moi, l'âme, le subjectif, l'interne,
Les lois d'organisation dépendent du nombre , de l'espace, du temps, de la matière , du végétal, de l'animal, et
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Ressayer à une investigation sur un sujet si cher, sans connaître tous ces ordres de faits, n'est digne ni de notre époque, ni de notre intelligence.
L'objet delà biologie est de déterminer les relations de fonctions à organes , de scruter les conditions d'influence des milieux où l'être s'agite, et enfin de classer. Qu'il s'agisse: de botanique pour les végétaux; de zoologie pour les animaux, poissons, oiseaux, coquilles, insectes etc.; d'antropologie pour l'homme, la première chose consiste a créer un système de numération qui permette de nommer, de donner à chaque type différent une étiquette , une appellation différente; ceci est le côté secondaire, éruditifde cette branche de nos connaissances, et la physiologie relative à chacune de ses catégories constitue la science proprement dite qui permet de prévoir.
Un mot sur la question des noms: quand il s'est agit de nombres , on les a groupés en classes comprenant chacune trois ordres ; c'est élémentaire , et un très petit nombre de mots suffisent à exprimer les grandeurs les plus considérables; ici nous partagerons en classes, en ordres, en familles, en genres, variétés etc.. Mais crois-tu que l'on ait eu le soin par des appellations générales de permettre de retrouver dans l'extrait baptismal la trace de chacune des subdivisions? Hélas! chaque plante en botanique porte un nom particulier, et quels noms I solarium tuberculosum pour la simple pomme de terre; le pédantisme moyen-àge a enlacé d'une étreinte de fer, d'une étreinte latine toutes les nomenclatures , et nous qui avons eu le sens d'appliquer aux nombres l'idée arabe, nous sommes restés chinois sous beaucoup d'autres rapports; au reste les difficultés sont
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grandes; en botanique, qu'il s'agisse des idées de Linné, de Tournefort, de Jussieu, de Candolle, de Richard, etc., Ton n'est pas d'accord sur les classes, familles, etc. — Quand je m'appliquais à ces études je m'étais amusé, sur le système linnéen, à me formuler un essai de nomenclature; la première syllabe de gauche correspondait à la classe , la seconde à la famille, la troisième au genre etc., et une lettre antérieure marquait à laquelle des trois grandes catégories cotylédonnées appartenait le type en question; j'ai obtenu des noms très baroques, grave inconvénient c'est vrai, des mots dans le genre de abecalomu, mais qui me donnaient l'avantage, suivant mon degré de savoir, d'écrire à l'inspection d'une plante la moitié , e tiers de son nom , tandis qu'actuellement il faut un petit Linné , ou dictionnaire de poche, pour la plus simple appréciation.
La technologie est à refaire, et je reconnais que ce n'est point à des médiocrités de mon genre qu'appartient ce rôle; je regrette de voir des hommes éminents pouvant, par l'autorité de leur nom , imposer une numération ( j'insiste sur le mot ) se croire dispensés, parleur savoir personnel, de faciliter à d'autres, moins heureusement doués, le chemin qu'ils parcourent.
La physiologie vient après, et de notre temps on entre dans l'édifice par les combles; les jeunes adeptes, sans avoir très souvent la plus mince notion des bases, s'élancent à la suite de brillants rêveurs sur ces matières qu'ils s'assimilent, Dieu sait comme !
Quels sont nos moyens d'action ? La chimie fournit les bases de la vie végétative. Lajjphysique nous indique les
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conditions de la pure expérimentation ; en général , dans notre nouvel ordre de faits , l'expérience est purement pathologique , c'est-à-dire que l'on cherche dans les cas anormaux , accidentels , la trace des différences et des altérarations. Pour les plantes et les animaux sacriflables elle peut s'appliquer davantage , et voici un exemple curieux qui suffira pour nous indiquer la mesure de son rôle : M. Flourens a fait absorber à des canards des aliments colorés de garance, et en les tuant à diverses époques, a reconnu que les os se renouvelaient en sept ans d'une manière complète ; ce mode analytique est nul et de plein droit quand il s'agit de l'homme, et quoique nous ne soyons plus au temps où Vesale était poursuivi pour la dissection d'un cadavre , comme ayant osé mutiler l'image de la divinité, nous n'offrons au dieu de la science , en sanglants sacrifices , que les humbles victimes du temps deClaudius; alors nouvel aruspice , le biologiste fouille les entrailles pour y chercher l'avenir. L'astronomie donne les influences du milieu dominées par notre position dans l'immensité , le modèle des sciences exactes et la pure observation. Les cinq sens concourent à l'exploration des faits , et qu'il s'agisse d'étudier un type vivant , ou de pénétrer dans l'organisation interne avec le scalpel , de disséquer , nous avons toujours des phénomènes à observer»
Mais comment utiliser ce monde de détails impossibles à convertir en chiffres , à mesurer avec précision ; pour disjoindre, démêler ce chaos, on n'a qu'une seule ressource: dresser un immense tableau de tous les êtres organisés , prendre ceux qui n'ont que des organes rudimentaires , de véritables poches digestives, des tubes que l'on retourne sans troubler la vie, et remonter la chaîne ; on voit la corn-
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plicatioii s'accroîtra , les organes se multiplier , les fonctions leur correspondre; à organe nouveau , fonction nouvelle, et la fonction est spécialisée sur un organe; plus les types se compliquent, plus l'être croît en dignité, en liberté, en valeur; on compare tous les organismes en spéculant séparément sur les parties , les sexes , les phases du développement, les races, etc. Un type ne peut être apprécié que par sa dégénérescence chez les autres , ou sa complication supérieure, par son rang dans la chaîne; l'impuissance humaine se fait un levier de la méthode comparative, et les oppositions offertes par deux types voisins, ne différant que par un seul organe , permettent d'en faire l'histoire, de prévoir son rôle.
Les mathématiques , partie de la science générale où Ton peut convertir en nombres chaque phénomène , ont une action de pure éducation, de méthode, de logique. Puis, à son tour, la biologie nécessitant ce travail préliminaire, écrasant l'esprit non préparé sous les faisceaux réunis de ses moyens néeessaires , se retourne et réagit sur chaque science précédente; sur la physique, sur l'astronomie, en procurant le classement de leurs observations, la découverte des lois par la comparaison des facteurs numériques fournis par l'expérience; sur les mathématiques, en les dotant du plus puissant levier de généralisation.
Oh ! mon ami , c'est grave ; il y a quelque temps je voulais publier un essai sur la méthode en pure analyse , ( théorie des nombres ) C'était de la biologie ! Cette série de Taylor, c'est-à-dire la comparaison des formes algébriques, leur mutuelle substitution dans des limites pratiques , la comparaison des formes géométriques, leur remplacement
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par la tangente, le cercle oscillateur, etc., la comparaison des formes mécaniques , l'appréciation des forces] par le mouvement régulier, varié, les osculations de toutes natures, analytiques, picturales, sculpturales, thermales, etc., la substitution de puissances à d'autres puissances, tout cela c'est de l'anatomie comparée, et je n'ai saisi ces fraternelles dépendances que sur les bancs d'une école de médecine.
Je me borne à ces quelques réflexions et respecte trop ce sujet pour oser t'esquisser en quelques pages la division de ses parties; j'aurai satisfait à ma tâche si j'ai réussi à te convaincre qu'ici bas tout se tient, et que l'isolement tue comme une dépravation. Si quelque nouveau Jéhovah renouvelait en ma faveur , comme dans la parabole de Salomon , la réalisation de mon vœu scientifique le plus cher , je n'oserais rien demander ; mon plus modeste désir équivaudrait à pragmata panta.
Comme questions concrètes , la biologie sert de base à l'art médical , à l'enseignement pratique , à tous les moyens de satisfaction pour nos besoins qui tous dépendent de notre organisation. C'est avec quelque regret que je vois s'intituler médecins ces jeunes gens que quatre ou cinq ans d'études , partagées entre la clinique et la dissolution , élèvent tout au plus au rang d'empiriques secondaires , et pour mon comptej'auraisplusde confiance dans les prescriptions d'une sœur de charité ayant vingt ans de traditions dans les hôpitaux , que dans les conseils de la plupart d'entr'eux. Au reste , le temps viendra où , en dehors des affections qui tiennent à cet inconnu qui distingue l'homme, au moi affectif , au moral réagissant sur le physique , et dont le rôle est ignoré , la chimie , sans parler de la préparation ar-
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tificielle des substances calmantes ou actives , sera plus encore la base de toute médication. Un principe presque général consiste à dire qu'à sécrétions normales, organisme normal, et l'analyse chimique des substances rejetées par le corps fournira l'indication des ingrédients nécessaires pour rétablir l'équilibre.
Cette science à peine créée , encore niée par beaucoup d'esprits qui n'acceptent point l'enchaînement nécessaire par influence supérieure, la prééminence de la vie organique sur la vie animale , et de celle-ci sur la vie intellectuelle , sera désormais le champ de bataille des vérités d'en deçà et d'au-delà ; mais comme cela saisit , mais comme avec un peu d'àme, d'imagination, l'on se sent transporté; tout homme qui a mordu à ce fruit, et qui ne conserve pas l'âpre désir de le cultiver à ses heures , n'a pas d'intelligence. Je me rappelle qu'aux premières études sur la partie technique, Yostéologie, je me trouvais dans un cabinet où je voyais livre en main ; il me prit un léger accès de folie à propos d'un des os de la mâchoire, Y apophyse zigomatique; j'allais tour à tour secouer par ce meuble tous les squelettes présents ; mon cher , sur sa forme , on sait si l'animal est carnassier , herbivore, rongeur, omnivore; oir sait quels champs il occupait r on peut commencer le narré de sa vie; c'est magnifique! Entre les mains de Cuvier, cela s'est appelé paléontologie pour les races anciennes; avec quelques débris d'un être , on l'a reconstruit tout entier ; grâce à ces témoins , ces martyrs des âges légués à chaque date de notre globe, la géologie, s'aidant de ses coupes à travers les terrains superposés , a pu reformer la constitution successive de notre monde à travers le temps et l'espace ,< créer la géographie des siècles évanouis, et faire à l'origine de la terre
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le tracé de son histoire ; l'avenir est riche, et tous humbles zélateurs 4es nouveaux dieux , nous devons acclamer la science ; c'est la colonne de feu qui éclairait Moïse. En avant ! En avant! Pour notre cri de ralliement.
Je veux te donner une idée de la façon encore aetuelle de spéculer à propos deces notions et tu jugeras quels bonds gigantesques nos neveux ont à faire.
La-mark dans ses idées générales sur les êtres soutenait qu'un seul type naturel avait conduit à tout; que sous l'influence corrosive, destructive ou conservatrice des milieux, ce type s'était graduellement transformé tout en laissant subsister à divers degrés les organisations précédentes ; la chenille devient chrysalide, puis papillon. Cuvier prétendait au contraire qu'à chaque époque avaient correspondu des créations différentes de prime jet.
Quelle est la vérité? Je me récuse en face de ces deux noms; voici maintenant un élève connu de Cuvier, M. Flourens qui vient dire : « Cuvier, mon illustre maître, s'est » trompé ; il n'y a qu'un seul homme comme il ri y a qu'un » seul Dieu. » Malgré le profond respect que j'ai pour cette raison et pour M. Flourens, Dieu avant l'homme, je crois que si elle lui était fournie à lui-même contre des faits avérés, il saurait la faire plier.
Il y a du reste à cet égard une vue très belle de Charles Fourrier; il a prêté le flanc à la moquerie, mais au fond voici son idée : à chaque époque les conditions extérieures unies aux qualités <ie la croûte terrestre , à l'atmosphère ambiant, ont donné lieu à des créations qui peut-être se
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produisent encore de nos jours; ainsi nous apparaît la géologie avec ses races détruites, races paraissant tout-à-coup, jaillissant delà terre sous la pression de lois inconnues, puis disparaissant avec un milieu incompatible ; cela rentre dans l'affirmation de Cuvier, sans exclure dans des cas nombreux l'hypothèse de Lamark.
Certes , en acceptant la donnée d'enfance du mot ïébovah , n'y a-t-il pas plus de grandeur à le voir planer audessus d'une nature se suffisant a elle-même, se reproduisant par le jeu de ses propres forces, qu'à le peindre sans cesse repétrissant son œuvre et magnétisant en quelque sorte le globe, à chaque époque, pour y faire éclore la vie. Ne heurtons point nos réalités contre nos croyances, et si Ton tient à courir sur les brisées de Spinosa , et à imprimer à son entendement un semblant de concept sur la première cause, qu'on ne s'essaye à cette rude tâche qu'après avoir entrevu cette immense échelle de Jacob dont nous comptons les degrés voisins de nous; elle traverse notre terre et ses deux extrémités se perdent dans les nues ; l'ange de la science parcourt ses gradins en laissant un sillage lumineux qui nous permet de les voir ; de leur écartement pouvonsnous conclure ce qui existe par delà les mondes?
Entre le commencement du temps , de l'espace, des causes, Ton peut placer des millions de globes étinceïants, des deux gras d'étoiles sans avancer d'un pas. Je suppose qu'un principe généralise la matière, plus encore la nature entière , plus encore l'incompris , sommes-nous plus près de la première cause? Nous ne pouvons accepter que des gradations de temps, d'espace, de cause, et hors de là, il n'y
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a plus que l'autorité au nom d'un prophète et d'une révélation.
Fils de ce siècle , nous procédons de Bacon et de Descartes , du novum organum et de la méthode ; nous appliquons aux sciences cette décomposition en numéros d'ordre , en 1° — 2° — 3°, etc. sur laquelle insistait tant notre professeur de philosophie , l'abbé Noirot ; nous ne comprenons pas qu'on s'attaque aux questions complexes avant d'avoir élucidé les plus élémentaires et emprunté à leurs procédés de recherches de nouveaux moyens d'action. La biologie par exemple ne doit , ne peut s'étudier qu'avec un esprit développé par l'influence des sciences précédentes. Mais, me dis-tu , comment donc ont fait les créateurs , les Linné, les Bufïon, les Jussieu, etc.? ils n'étaient que spéciaux. Quelle heureuse objection ! Juge de l'intelligence chez certains types privilégiés; sans préparation ils ont bondi par dessus les difficultés; Àuriols de l'esprit, ils ont gravité vers le vrai sans l'appui des marches nécessaires à la foule. Le génie consiste à entrevoir, à dévoiler ce qui est , avec un petit nombre d'éléments, de points de départ; aussi, combien comptes-tu d'hommes susceptibles de se frayer seuls leur chemin ? Le talent doit-il donc avoir le privilège de conserver pour quelques personnalités le sentiment des réalités humaines? Et n'est-ce pas, pour lui , un but élevé que de grandir les intelligences moins riches et de les amener à la perception des harmonies naturelles? La biologie exige, comme organes , le développement de certaines facultés; mais par la vertu de ce mot, exige , elle procure elle-même les phases de ce développement; si quelqu'ouvrier veut fabriquer une aiguille , il s'applique séparément, comme pour un but unique, à chacune des nuances de cette fabrication ;
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quelle force supérieure il faut pour séparer ce qui est simple dans les faits complexes sans une éducation préalable! Au reste Buffon, vulgarisateur surtout, qui a donné, en France, le goût de l'histoire naturelle , créateur mêlé , où des vues magnifiques touchent à de graves erreurs, serait une preuve que pour le seul talent il y a souvent insuffisance; tout se tient ici bas, je le répète; il n'est pas jusqu'à, l'archéologie, la biologie de la pierre, jusqu'à la numismatique, sa sœur de bronze, qui ne soit une application de la méthode comparative quand la fonction observatrice a fait son rôle.
Les résultats immenses du siècle actuel seront débordés d'ici peu quand il y aura un but unitaire dans l'enseignement; le progrès accompli depuis «50 ans, depuis l'élan donné aux allures scientifiques par la première école normale, est plus considérable que celui qui date de Galilée à nos jours; la dorure, la galvanoplastie, les chemins de fer, le daguerréotype, les moyens anesthétiques , éther ou chloroforme , le télégraphe, le gaz, la vapeur, les métiers à tisser etc.. Tout cela c'est peu de chose, j'en jure au nom des merveilles qui se préparent.
Allons, c'est trop tarder; notre route est longue encore.
Nous avons envisagé la matière , le végétal , l'animal r l'homme, en suivant l'ordre de complication croissante, en augmentant le nombre des éléments variables , et nous arrivons enfin au terme le plus complexe , l'homme collectif.
L'histoire, telle qu'on l'entend, est la reproduction des événements , le narré des faits ; scribitur ad narrandum et non ad probandum; dans cette acception elle n'est point
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science pas plus que le droit. Nous devons toujours soigneusement distinguer ce qui constitue l'érudition et ce qui se rapporte à l'ensemble des lois régissant les phénomènes et permettant la prévision. Je veux exposer à mon amical écouteur quelles sont, à mon sens, les conditions d'existence d'une science parallèle , plus généralement niée que toute autre et recommandée par bien peu de noms encore à l'attention des chercheurs de vérités.
L'on ne peut mesurer actuellement l'amplitude des effets historiques, les expérimenter, les prévoir, les escompter d'avance; est-ce raison pour déclarer que vaine serait toute tentative de coordination? Pour les partisans de cette opinion je transcris une réponse célèbre, un mot à Campo-Formio, et pour la science de l'histoire: Aveugle qui ne lavoit pas. Je reconnais cependant qu'au jour où nous sommes la divination est nulle , et que mon affirmation dépend davantage d'un sentiment que d'une certitude ; les lois des cieux étaient préexistentes à ceux qui les ont dévoilées.
L'humanité est un être collectif qui se développe dans le temps et dans l'espace en suivant certaines lois de même que les planètes ; en face du moi qui se perpétue à travers les âges, se présente un fait objectif , extérieur à l'agrégat humain, qui est le sujet de notre étude; pour beaucoup de gens les hommes sont des molécules indépendantes , grains de sable sans liens , sans cohésion , dispersés au hasard et ne se groupant que par caprices variables. Pour d'autres c'est un être doué de la vie, ayant une existence propre, à la manière d'un essaim d'abeilles dont on peut suifre et prévoir les évolutions collectives en dehors de chacun de ses petits centres de vitalité. Parmi ces derniers il en est qui
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ont voulu représenter le mouvement comme circulaire, comme périodique. On a considéré une nation comme une mouche enfermée dans une cage de verre; elle se heurte aux parois pour chercher Tunique ouverture; les uns disent : la cage est fermée , d'autres la route est devant , d'autres elle est en arrière; stationnaires, progressistes, arriérés.
Les phénomènes complexes , et ceux-là le sont à un degré incomparable à tout autre, sont variables, capricieux, mobiles, plus libres, et jamais certes je n'espère que la prévision, jamais, puisse descendre au détail. Nous pourrons saisir les grands mouvements, formuler quelque chose comme les lois de Kepler de l'histoire, et reléguer dans un avenir lointain la recherche des petits écarts ou perturbations ; cela nécessite un point de vue très haut ; l'observation doit porter sur de larges zones , et ce qui constitue actuellement le bagage des hommes à vues courtes est précisément l'ensemble de ces petits déplacements ou oscillations secondaires. Si nous prenions l'écart produit par Jupiter sur l'orbite de Vénus pour loi de son mouvement, quelle serait notre erreur !
Notre but sera de rendre justice au passé tout en le refusant pour le présent, pour l'avenir; à conditions nouvelles, fonctions nouvelles , et ici bas rien n'est absolu , rien n'est immuable; une doctrine, un système , l'expression d'une loi ne peuvent subsister, mériter un nom qu'à la condition d'être assez large pour rendre justice à tout, pour ne rien laisser en dehors.
lie mot nouveau de sociologie a été proposé pour désigner cette science des mouvements historiques à laquelle
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s'appliquent les grandes lois mécaniques de tout déplacement.
L'homme est armé au point de vue intellectuel ; il raisonne, observe, expérimente , compare, et son cerveau est apte à utiliser Ses organes, chacun d'eux ayant reçu son éducation élémentaire. Est-il beaucoup d'esprits ainsi préparés? Non, certes; aussi que de progrès, que de pas désirés! De jeunes hommes compilent les faits historiques sans avoir la maturité provenant de l'expérience ou de la mise en harmonie avec les faits; ce n'est pas ainsi que l'on doit monter à l'assaut.
Au début , le chercheur historique éprouve le regret d'arriver dans un monde encore si jeune , où les phénomènes en trop petit nombre offrent peu de prise, et ne fournissent que quelques points épars de la courbe parcourue ; avec les matériaux des narrateurs, matériaux que le talent d'expression, le style de chacun aura su faire goûter, il dressera pour la France, par exemple, un tableau de l'état social à chaque époque différente; ce sera un daguerréotype fidèle dont les récits des temps Mérovingiens seraient à peu près l'un des éléments, mais seulement, hélas! pour le côté en quelque sorte plastique. Ce tableau représentant une société partielle n'est même pas fait pour notre époque ; au moment où je parle il n'est peut-être pas dix hommes capables de dire: La société française en ce jour est constituée de telle sorte; l'on y pense, l'on y vit, l'on y échange, l'on y travaille , l'on y aime ; les liens sociaux, gouvernementaux, industriels, affectifs etc.. sont ceci et cela; c'est peut-être chez Balzac , un pur romancier, qu'en dégageant les noirceurs et les types exceptionnels destinés à ombrer,
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à faire relief , que Ton trouverait le plus de traces susceptibles de faire juger ce que nous sommes ; on ne sait pas Factuel , et' Ton veut reconstruire le passé, construire l'avenir!...
Ces états stationnaîres , celui actuel, puis après la révolution, cinquante ans avant, puis un siècle, puis etc., en resserrant ou écartant les limites suivant la rapidité ou l'importance des changements, remonteront ainsi jusqu'à l'origine de notre société , ou plutôt à nos premiers documents ; par eux l'on saura comment dans chacune de ces situations l'homme était membre actif de la ruche humaine. Ceci fait pour la France , on le répète pour toutes lès autres nationalités et l'on obtient ainsi une série de tableaux étiquetés France, Angleterre, Allemagne, Espagne, Italie, Russie, Turquie, Inde, Chine, Afrique, Amérique, etc. etc. Pour chacun d'eux, une première opération permet de reconnaître quel est le sens des variations subies par chaque sorte de manifestation humaine. Ensuite une comparaison latérale <aux mêmes époques donnera jour sur les différences, les changements provenant des climatures* des races , etc.
Ces deux sortes de comparaisons, Pune dans le temps pour le même espace , l'autre dans le même temps pour des espaces divers , utilisent surtout pour la formation des matériaux la pure observation, et la logique; l'expérience n'intervient guère plus que dans la pure astronomie , et , comme pour la base médicale, l'étude organique ne prête son concours que pour les cas anormaux, maladies nationales, atrophie d'un peuple soiis la pression d'influences délétères, physiques ou morales.
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Si ces tableaux stationnaires, peignant l'état matériel, physique, intellectuel, moral de l'humanité d'un temps, étaient nettement formulés , quelque grand esprit saurait en faire jaillir l'expression des lois suivies ; mais, ami, sur ma chimère j'ai d'autant plus d'amertume que je sens trop l'impuissance momentanée de mettre en relief les rouages sociaux des temps passés , ou même des temps contemporains pour quelques cas difficiles à élucider, quand cela n'est pas réalisé pour notre temps, nos mœurs, notre organisation*
Pour moi, et je veux te faire sourire, étant donnés toutes les nationalités moins une, tous les mouvements moins un , et la loi totale , je veux reconstruire , édifier , inventer , proclamer le seul inconnu ! en sommes-nous là? en serons-nous là jamais avec quelque génération richement dotée par ses aïeux? Jamais! c'est une limite ; la formule mathématique de l'histoire contient des millions de variables , et nous ignorons tout , même pour une seule.
Remarque bien que la difficulté des recherches provient en partie de ce que la création des tableaux stationnaires exige une vue générale sur la marche , la progression , le changement de ces états , pour saisir parmi les détails du panorama ceux qui importent davantage , et ceux à reléguer au second plan; cela exige une série de tâtonnements, de travaux préliminaires et avortés qui reculent encore une solution sérieuse.
Dans le monde des faits qui s'accomplissent parmi des hommes réunis en groupe, dans ce croisement intime de vies séparées qui, plus ou moins concourent à la vie totale ,
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certains faits se rapportent au mouvement historique proprement dit, dont la vitesse suit des lois observables et analogues à la dérivée de la fonction ; il y aura possibilité de créer une osculation sociale , de pénétrer dans l'expression des puissances d'action, des impulsions, des oscillations dont l'équilibre dépend des forces vives historiques,
De même que l'étude de l'homme isolé s'est éclairée , ou plutôt constituée par l'accroissement d'organes qui toujours correspond à un accroissement de dignité dans l'échelle animée, nous devrons élucider, comme travail accessoire, les cas d'associations inférieures , plus simples, plus élémentaires , moins larges, comme manifestations extérieures, comme action collective; ces groupes instinctifs tels que ceux des abeilles , des fourmis, des castors, mettent sur notre route des vues précieuses, des germes féconds sur les premières agglomérations humaines, alors que le côté intellectuel peu développé laisse aux seules influences matérielles, végétatives, animales, le soin de donner de la cohésion à un agrégat nécessaire.
Mais quelle doit être notre attention à ne point appliquer à des types aussi différents , ne contenant point le même nombre de variables, les résultats formulés séparément pour chacun d'eux! On a vu ces animaux se soumettre toujours à l'influence supérieure, exclusive, personnelle, d'un seul, et l'on a pu croire que telle devait être aussi la destinée des groupes d'hommes. Certes, à l'état élémentaire, originel, •sauvage, cela est vrai, cela se vérifie avec une scrupuleuse exactitude; mais avons-nous le droit de le conclure pour les agrégats modifiés, perfectionnés, composés de types tous agissant sous l'influence du nouvel inconnu qui nous
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exhausse au-dessus de tous les autres types? Humblement, Je {'ignore. Pour tout ce qui se rapporte à nos travaux inférieurs nous pouvons puiser dans ces comparaisons d'utiles enseignements; on voit les fourmis garder, dans des locaux séparés , des pucerons qu'elles nourrissent, et chaque jour elles viennent leur extraire un suc visqueux , rougeâtre qui sert à leur nourriture , comme mets délicat, comme dessert; n'est-ce point sur une petite échelle de véritables vaches à lait, parquées dans une étable, machines destinées à transformer une herbe indigeste en un lait délectable et savoureux? Quelle prévision!
Si le sérieux est un substantif équivalent au mot lourdeur f je crains bien , hélas ! d'avoir été fort sérieux ; daigne équitabiement partager ce tort entre deux motifs: ma propre faiblesse et le peu de lignes consacrées à ce grand sujet.
Quelles que soient les bornes très étroites ou je veui me renfermer, je serais trop peu clair si je n'essayais, par quelques exemples, de spécifier le cachet caractéristique de ces lois dont l'avenir, comme une dette, apportera la connaissance à nos successeurs ; je me garderai bien de te citer toutes celles auxquelles je puis croire, voire même toutes celles auxquelles je puis accorder une valeur soit d'art soit défait; quelques réflexions au sujet des principes mécaniques régissant tout ce qui vibre dans le temps et l'espace , un large énoncé; rien déplus.
Loi de Kepler ou de production des mouvements : les causes sont en rapport de grandeur avec les effets; les phénomènes historiques ne sont pas des accidents; j'ai le droit île qualifier de banales , de mesquines, de puériles ces re-
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marques visant à la hauteur: A quoi tiennent les destinée® des empires? Ou bien : Si tel homme se fût trouvé là, si telle petite circonstance se fût produite, que serait-il advenu? Le caprice ou le hazard d'un seul n'influe pas sur l'évolution de plusieurs.
Nous aurons des frottements historiques retardant ou brisant le mouvement; comme pour la pure matière , le progrès consiste à réaliser une sorte de chemin de fer pouf accélérer la vitesse. Parmi les sources de production , de translation sociale l'on peut, avec M. Bûchez, compter une idée; si cette idée est religieuse, c'est-à-dire servant de lien, de faisceau, dans cette acception latine de religare (mot dont nous ferons , si tu veux bien , un substantif afin de dégager ce qui se raporte au supernaturel , à l'ultra-p ysique) , une nation l'adopte, se coordonne, se moule sur elle, et se déroule dans le temps et dans l'espace; ML Augustin Thierry a vu que le moyen d'effort extérieur , d'action, était l'esprit belliqueux, la conquête; dans le passé cette loi se vérifie ; pour l'avenir on peut affirmer que , tant qu'une seule race sauvage existera , tant qu'un seul centre sur le globe nécessitera l'emploi de moyens violents , tant qu'en un mot, il y aura des points guerroyants, analogues aux points d'ossification des organismes naissants, l'état de guerre se maintiendra; actuellement les trois seules races françaises , anglaises , allemandes pourraient à la rigueur s'en passer, et encore leur faudrait-il être dans un véritable lazaret. Mais, est-ce raison pour écrire comme ce colonel en 1853? L'humanité marche
sous le pas de fer du soldat;*. ,. f aurais, du feu de
mon cigarre, brûlé là bibliothèque d'Alexandrie, et fait piaffer mon cheval sur la tête de tous les idéologues I
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Sans nous arrêter à la composition des mouvemonts, passons à cette loi de Newton , prolongement ou corollaire de celle d'inertie. Comme dépendances, nous trouverons la loi des oscillations. Ainsi corporations, jurandes, maîtrises, lien destiné à régir un groupe d'hommes , association répartissant sur de faibles individualités l'excédant de forces résultat de cette union, période ; sentiment des abus, destruction, retour provisoire à l'isolement, période; puis actuellement nouveau retour, satisfaction donnée au besoin de mutuel appui ; pour avoir trop sacrifié au Dieu de la liberté , nous sommes pour un temps transfuges de ses autels; balancement entre l'individualisme et la règle. Nous reviendrons à ces vues. On doit justement remarquer que dans ce mot vulgaire : Rien de nouveau sous le soleil , le cas des idées est plus commun que tout autre; telle aspiration d'une époque, impossible à réaliser sur-le-champ, se reproduit avec d'autres moyens ; de son impuissance à son apparition ne concluons rien contre sa valeur actuelle ; le temps et l'espace ont changé. Nous la verrons exiger sa part objective, puis céder à d'autres besoins, puis ressusciter encore.
Autre oscillation: Dictature ou réalisation énergique. — Régime constitutionnel , ou sommeil réparateur , générateur, — Convention ou fermentation bruyante.
Sur l'amplitude des effets historiques on peut retrouver de véritables quantités de mouvement , de véritables travaux utiles dans le sens de la matière; sans parler de cette loi des chocs où tout le monde prend le sentiment des désastreux résultats de toute révolution saccadée, brutale, on peut expliquer certains faits par les forces vives sociales ; l'équilibre entre les résultats d'action se montre tout aussi
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clair. — Ainsi la pression féodale jusqu'à 93, les tortures des Jacques, les révoltes écrasées des communes, les luttes oppressives ensanglantées par des évêques de Laon, les dragonnades , les souffrances de la question , etc, , etc, , les martyrs de l'autorité. Révolution française, massacre des prisons, noyades, mitraillades, etc. les martyrs de la liberté. Ce devait être atroce; en cinq ans, comprendstu? en cinq ans balancer huit cents ans ; et encore de nos jours, petits-fils des acteurs, pouvons-nous sainement juger nos pères .
Au reste je suis homme , je ne vise pas à la sécheresse et ne prétends point répandre des larmes algébriques , supputer en centilitres ce qu'ont versé mes yeux pour chaque cause , et escompter l'équilibre entre les résultats produits par la lecture de ces horribles scènes ; en dehors du cœur dont la voix fait frémir > il y a un sentiment de justice , et , par contre, en face même du marie thecel phares , pour un célèbre coupable, pour Balthasar lui aussi , j'ai pu trouver des pleurs.
Maintenant je livre à tes méditations une des lois de Comte , une seule : les sociétés se transforment en passant par trois catégories principales qui, au point de vue théorique , sont :
4° Théologiques ou croyantes.
2° Métaphysiques ou doutantes.
3° Scientifiques ou sachantes.
Cette loi se retrouve dans le développement de l'être
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humain , et correspond comme terme du pouvoir, comme pratique aux trois dérivées:
\ o Théocraties , régime militaire.
2° — - — Règne des entités et des légistes.
30, Savants et industriels.
À l'origine tout est Dieu , puis , par gradations d'influence» on partage le pouvoir en divers départements ministériels , et enfin Ton comprend que la pluralité , c'est la nulhté, suivant la parole du fils latin de Socrate; alors germe, s'élève , s'épanouit cette grande et magnifique plante qui s'appelle la notion d'un seul Dieu ; cette idée peut s'améliorer comme détails, mais jamais, certes, elle ne dépassera la grandeur de sa donnée primitive.— Le monde n'étant plus régi par des agents divins , les hommes leur substituent des entités aussi chimériques , laissant passer l'esprit sans plus le satisfaire ; c'est alors le règne des mots : la nature, le droit, la force, la justice, le devoir , la matière , la chaleur, la lumière, l'électricité, l'attraction, etc., etc., toutes grandes personnes à individualités fort tranchées. — Cet appareil inutile se rejette au contact des faits , et l'on pénètre dans le domaine du réel en ne demandant au possible que du possible et limitant les espérances de l'homme à la recherche de rapports sans limites ; l'on ne rejette rien, l'on ne nie rien, mais on n'affirme qu'avec sécurité. — Au début, l'autorité s'appuie sur la force, le sabre fait la loi; puis l'autorité s'appuie sur des mots, de creuses définitions, l'avocat s'impose; puis l'autorité s'appuie sur la prévision , chacun apporte sa part de dévouement aux communs intérêts , l'art et la science se prêtent un fraternel appui. Essaye de juxtaposer ce vaste théorème sur l'édifice historique, et
quand ton opinion mûrie se croira le droit d'être, alors je te communiquerai la mienne.
La science historique, une fois créée , donnera jour sur ce monde interne, sujet des psycologues; ce qu'ils appellent la science ontologique est une analyse à vol d'oiseau qui n'a rien de commun avec la marche lente et circonspecte qui convient seule aux habitants de la terre.
Ici je fais un appel amical à toute ton attention. L'être interne se développe parallèlement au monde extérieur, et j'accepte volontiers cette image des horloges de Mallebranche.
— J'appellerai 4, J5, C, etc.... les qualités de l'être, qualités matérielles, intellectuelles, affectives, morales, etc.. rangées par ordre de puissance. — La faculté A se faisant sentir avec énergie , dominant tous les besoins , une régularisation sociale se fixe sur cette base; il en résulte une station.
— Cette première faculté ayant satisfaction, sa sœur B demande voix et place; évolution sociale, changement, mouvement pour la contenter; deuxième station. — La faculté C, à son tour, se montre, et elle aussi réclame impérieusement son droit; nouvelle évolution , parfois violente, parfois sanglante, suivant le degré de cohésion de l'organisme antérieur. — L'absence du rouage social correspondant à l'une des qualités humaines n'est sensible au début qu'à quelques types exceptionnels plus richement dotés que tous les autres sous ce rapport, et qui, parmi leurs contemporains, semblent oiseaux privés d'air sous la cloche d'une machine pneumatique; ces martyrs d'un état historique étouffent, puis le nombre de ceux qui vibrent harmoniquement venant à s'accroître, le milieu change ou la société périt. — Quand une faculté a imprimé son cachet d'une manière trop puis-
santé , des évolutions secondaireslendent à rectifier ce véritable trop plein , à faire revenir en deçà d'un but dépassé , et à donner une plus ample part aux premiers éléments; cela crée les oscillations secondaires, analogues aux battements d'un pendule ; la qualité , la densité du milieu influent sur le nombre des vibrations. — Quand toutes ces facultés auront, à leur tour , imprimé au prisme social une facette parallèle, la reconnaissance des lois suivies permettra de classer toutes ces puissances d'impulsion; alors, sans partir dénotions premières inaccesibles ou de définitions alambiquées , on saura ce qu'est l'homme, on affirmera ce qui domine en lui, on comparera; dans le d'où viens-je, où vais-je 9 où suis-je, on aura le troisième terme, le où suis-je, et l'on esquissera dans de faibles limites le chemin des deux extrêmes.
Les résultats occasionnés par l'effort nuancé des qualités i,#,6\ etc. feront connaître dans l'échelle des causes le gradin rapproché. Ainsi , en acceptant pour vraie la loi de Comte , en supposant qu'elle soit la plus générale , on arrive à conclure que chez l'homme il y a , parmi les plus hautes facultés: \° — un besoin de croyance; 2° — - un vague désir d'explication , un effet transitoire ; 3° — un besoin de réaliser une certitude extérieure. Il serait sans doute fort curieux de suivre sur les diverses phases de l'organisme français le parallélisme subjectif et objectif; un point de ce travail délicat peut montrer toutes les sociétés armées, non pas seulement contre les nouvelles facultés aspirant à la vie , mais contre de délétères influences , ce qui affirme le mal en dehors de toute dissertation.
La science historique créée saura faire rejailir son progrès sur toutes les sciences précédentes , et j'ose , sans har-
diesse , ajouter même jusque sur la pure mathématique ; elle permettra de déterminer les relations du physique et du moral, de sonder les fonctions et les organes du cerveau, etc. Cabanis et Gall à deux points de vue divers.......
non; je rassemble mes guides et coupe au plus couru
Le problème de la philosophie ancienne, parfaitement pose par les sages de la Grèce , n'a une solution générale que là. Au début, Thaïes, Ànaximandre , Anaximène , Pythagore , etc. , comprenant l'harmonie entre le moi et le non moi , n'ayant pas de moyens explorateurs du monde externe, ont tous échoué; tous ils cherchaient un lien général, coordinateur , une chimère explicative, donnant l'un à la terre , l'autre à l'eau , l'autre etc. , le pouvoir résumé, synthétique. Un seul, Socrate, se repliant sur lui-même , s'était dit : les faits extérieurs nous échappent , le gnôthi seauton saura nous les révéler; les facultés A X B,C, connues nous apprendront l'histoire et l'univers entier; c'est une idée colossale; ainsi d'abord, méthode objective, étude du moi par sa correspondance avec les lois du non moi ; puis problème retourné , méthode subjective ou recherche des lois par la comparaison de l'être bien déterminé. De nos jours la scène a changé; nous pouvons explorer, scruter, analyser, quoique encore très imparfaitement, et nous retournons à la première méthode, sauf, après une large oscillation, à revenir à la seconde, en se balançant perpétuellement de l'une à l'autre.
Ce mot si général de philosophie, ou ensemble des choses incombant à la cognition humaine , a été de nos jours particularisé dans le sens rétrici, partitif d'une seule de ses ^aces; l'on a scindé en deux branches l'objet de nos con-
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naissances ; à Tune on a refusé les moyens de recherche propres à l'autre, en réservant à la dernière les preuves dites de sentiment ; on a doté d'une supériorité complète celle qui consistait à mâcher dans le vide , à spéculer sur les divinités de Manfred ; on a créé l'autorité du magister, produit les chefs d'école, cherché des critériums impossibles du vrai, et laissé la prévision, seul témoin de la certitude, s'appliquer seule à l'autre branche
Est-ce du fatalisme , cette manière de comprendre l'histoire? Est-ce du fatalisme que d'être forcément soumis aux lois géométriques? Est-ce du fatalisme de ne pouvoir remonter le cours des temps? Est-ce du fatalisme que, bon gré, malgré, le soleil nous apporte par égales périodes des saisons variées? Est-ce du fatalisme que la faim, la soif, le sommeil, etc., nous tiennent dans leurs inflexibles chaînes? Est-ce du fatalisme que l'on soit forcé de naître et de veiller? La liberté nous laisse le champ des détails; nos mouvements s'accomplissent dans un vaste édifice dont les portes sont closes. Dans le courant qui nous entraîne, embellissons nos heures et ne cherchons point, enfants capricieux ou indociles, à lutter contre l'immuable.
Le côté pratique de l'histoire c'est la politique dont l'une des branches, celle qui se rapporte aux besoins animaux, a reçu le nom d'économie politique; elle donne les conditions de l'existence industrielle, et, à ce titre, occasionne une grande partie des chocs, évolutions, bouleversements; son importance ne doit pas faire oublier que les fonctions organiques en souffrance, qui produisent ces luttes correspondantes, sont inférieures à celles qui dérivent de notions plus hautes, moins isolées , par suite plus puissantes. Je
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tiens d'autant plus à te bien préciser cela, que les secousses produites par le boire et le manger sont toujours moins âpres, moins violentes, moins inflexibles, que les secousses religieuses, par exemple.
L'économie politique, dans un état social déterminé , est un fait, et nous ne pouvons pas plus influer sur ses propriétés que sur les faits astronomiques ; on peut se demander quelles sont les conditions d'organisation pour que chaque faculté reçoive la plus grande part de satisfaction possible, et que les rapports de producteur à consommateur soient les mieux pondérés ; ainsi recherche de la fonction sociale jouissant delà propriété d'être maxima pour une ou plusieurs variables, problême véritable du calcul des variations inattaquable sous cette forme, puisque l'analyse ignore souvent pour une seule inconnue; il s'agit , en dehors des lumières d'en haut, de formuler un système dans lequel chaque rouage soit tellement pondéré que les conditions de maxima soient remplies, et en outre, comme limites, que chacun obéisse le plus possible à ses tendances, tout en restant harmonique à l'ensemble; les types exceptionnels chez lesquels une faculté prédomine sont seuls à souffrir , et servent de pionnier d'avenir à la couche sociale suivante qui sera nécessaire quand ces types ne seront plus exceptionnels, mais vulgaires.
Tout cela, bien entendu, dans des allures pratiques toujours différentes, de la rigueur abstraite de la théorie; la tendance libre, c'est la liberté infinitésimale du quart d'heure, c'est ne sentir la pression extérieure que dans un sens où l'on est amené à marcher seul, c'est désirer le printemps quand il arrive. C'est en dehors des faits indispen-
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sables de réparation delà machine humaine que cette liberté provenant des rouages peut avoir son essor ; on n'est pas libre de lutter contre ses besoins, et contre tout ce qui n'est pas modifiable.
Les conditions d'organisation, et c'est là le plus important, doivent non seulement satisfaire aux relations de maximum et d'harmonisation , mais surtout rentrer dans le cadre de la science historique , c'est-à-dire être un état possible sous le réalisme extérieur, en un mot ne pas être relatives à une planète différente de la terre, placée dans d'autres milieux , ayant une histoire tout autre.
Cela recule la solution pour tout ce qui nous passionne, nous entraîne , nous révolte, nous tue, après J h reconnaissance des lois de la société ; aussi aborder cela, le comprendstu? sans connaître les lois de l'espace où l'on est, du temps où l'on se déroule, de la matière notre base, notre milieu, des races et ce sont elles qui changent , qui "sculptent leur propre statue! — Je déclare hautement, qu'à mon sens, il y a insuffisance de la part de tous ceux qui ont tenté d'emplir cette tonne des Danaïdes, et les travaux de beaucoup sont peut-être des réalités prises de çà et de là , telle dans une planète, telle dans une autre. Donc actuellement je suis négateur en science historique ; elle peut avoir une existence objective, et j'y crois; mais elle ne peut s'affirmer puisqu'elle n'a rien prévu; peut-être qu'en ce moment, elle se fait, peut-être est-elle faite; mais pour mériter le titre de science, elle doit demander ses preuves à de longues périodes, à des ondulations, à des mouvements que verront les premiers nos arrières-neveux.
Aussi, quelle que soit la grandeur d'un esprit ou les sympapathies qu'il détermine en moi, je refuse de suite et de plein droit toutes ses solutions quelles qu'elles soient , comme forcément avortées; pour prédire la société future, il faut connaître la nôtre ., avoir traversé le milieu mathématique, physique , biologique , s'être imprégné de toutes ces causes d'influences, et tant que l'éducation n'aura pas mis chacun en mesure déjuger, les forts à même de créer, les faibles de soutenir leur drapeau , je m'inscris en faux contre toute prévision sociale, et préfère l'empirisme traditionnel modifié, corrigé le plus sagement , à chaque pas , au danger des romans et des illusions.
Je cours au devant d'un reproche apparu sur tes lèvres ; ces preuves de sentiment que j'ai niées méritent quelques réserves; ce mot délicat, à sens multiple, emprunte une importance considérable aux qualifications de sécheresse , de manque d'un sens , d'étroitesse de cœur, sous lesquelles bien des gens écrasent ceux qui n'acceptent point toute sa prépondérance ; dans la vie privée , parmi les stimulants personnels , le sentiment compte en première ligne ; ceuxlà qui s'usent à rechercher des lois même purement matérielles, ceux-là qui, pionniers de l'avenir, s'efforcent de réaliser le fil moderne d'Ariane, sont guidés par le seul sentiment. Actuellement ceux qui croient à des lois historiques, morales , obéissent à une large induction qui n'est encore qu'un simple sentiment. Si tu veux reporter ta pensée à l'ancienne distinction entre les sciences nécessaires et expérimentales, tu reconnaîtras que cette barrière enlevée peut nous mettre sur la voie pour supprimer la seconde ; en examinant d'un coup d'œil l'ensemble de tous les systèmes, hérésies, utopies que chaque âge a vu fleurir, tu avoueras,
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je l'espère, que tous se basaient sur des preuves de sentiment, que tous contenaient quelques éléments vrais plus ou moins mélangés , source de leur passagère vitalité, et qu'une idée, acceptée par un seul homme, doit à ce seul fait de ne pas être complètement inadmissible sous toutes ses faces. Quelles garanties avons-nous donc pour poser sur ce terrain mouvant les assises de la grande voie humaine? Comme homme, je puis être, je suis sentiment; comme race, comme histoire , je le redoute; cet écueil m'a donné l'épigraphe : du monde extérieur. Les esprits à vues singulières, primesautiers, sont écartés en masse, non pas de la lice à tout venant que nous offre le champ du vrai, mais d'une autorité régulière; sinon, c'est la révélation que l'on accepte , c'est l'Esprit Saint que l'on invoque.
Il est bien difficile de s'arrêter quand on touche à ces questions qui imposent l'abondance à la plume la plus ingrate ; daigne m'en savoir quelque gré.
Je ne voudrais rendre comptable de ces doctrines qui que ce soit au monde ; formulées , groupées par l'influence d'acquisitions éparses , je dois cependant en reporter les premiers germes à notre professeur de philosophie, l'abbé Noirot (1); si ta mémoire n'est pas ingrate, tu n'as pu oublier cette tête fine et sagace, intelligente et spirituelle, se dévouant à développer des enfants étourdis ; je désirerais que ces lignes eussent quelque valeur , pour qu'un lointain écho de ma vive reconnaissance pût bruire à ses oreilles, et témoigner d'un vénérant souvenir.
(l) Recteur actuel de l'Académie de Lyon.
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J'ai omis avec soin, inhabile écolier, d'entretenir un maître tel que toi des narrateurs de l'histoire. — Lear plus grande valeur est surtout littéraire ; pour eux il s'agit de faire goûter un sujet , d'iniéresser, de plaire. Celui qui de tous mérite peut-être le plus d'attention, eu égard au choix de son époque, c'est Gibbon; il a traité la période byzantine et sera le précurseur de celui qui plus tard racontera les événements de notre temps. Nous sommes byzantins, affirmation que j'aurai lieu de te longuement développer; comme attrait, ceux qui m'ont séduit écrivent h la manière de Schiller pour la guerre de trente ans, véritable épopée dont Vallenstein est le héros; de Michelet, de Thierry etc.; la liste en serait longue.
Puis-je enfin terminer cette trop longue épitre? Hélas! pour réponse je soumets à tes réflexions le double tableau que voici :