‹ Lettres sur les ouvrages de madame de StaëlChapitre 23 sur 28 · OU LETTRES SUR LE» OUVRAGES · texte numérisé non relu

OU LETTRES SUR LE» OUVRAGES

par les blâmer à. leur tour d’avoir trop de c&n-

. sidération pour les étrangers , ajoutant qué le patriotisme des nations doit être égoïste. ■

Mais comment lç patriotisme aurait-il pu naître chez les Allemands , privés:de tjiute institu-

lion qui les intéresse à la chose publique, et divisés en une quantité de petits états qui Délaissent pas la possibilité de savoir ou est la ■ nation ? Séparés par leurs classes, par leurs préjugés, ce qui leur manque pour former leur caractère est ce qui leur mailque* pour leur litté—

rature, leur philosophie, leur morale; c’est la

.. connaissance delà société publique, des hommes

, en contact, des rapports qui naissent de leur as-

sociation, de ce qu'on appelle enfin les réalités * humaines.' - v-'.-À-V

On rf accuse rypas fauteur de partialité dans sa manière de les juger comme hommes. Adnri- • rat lice de lents vertus, de leur probité inaltérable ,. mais piquante en parlant de leur lenteur, de leur lourdeur, elle s’élève bien haut quand elleleuradrcssé déplus sévères reproches.

• ,-ii-E JHADAMK DJi STACf- . 1 07

Elle peint avec de dignes couleurs cette absence, de fierté, d’énergie, de tout ce qui fait la dignité de l'homme ; et en signalant l’affectation qu’ils apportent dans le sentiment, si vrai etsi* pudique de sa nature , elle vous donne pour eux ce dégoût qu’inspire tout ce qui n’est en ce genre ni élevé ni sincère. Quelles nuances habi-; lement saisies et supérieurement développées sur le caractère et l’esprit des Allemands et des français comparés! Que de pensées, que de finesse et d^ profondeur, que de génie!'

On peut admirer, dans la trQisièmc partie , ce qu’elle dit plus particulièrement du caraco .

1ère allemand, v ; , , ■ ' .

Un examen de l’état des différents peuples :

de l’Allemagne , dont les plus éclairés sont ceux

du nord, présente un intérêt soutend ; on sent .

a tout moment que l’aùteur est à la fois penseur '

et voyageur, qu’il a vu lui-même avant de par- * 1

1er. On parcourt avec lui cjps villes savantes qui * se croient chacune , une grande importance/,

malgré l’absence général? de vie et d’actiyité,

dd

JL,

.’Mr,

et l’on se plaît à estimer ces universités où l’éducation est bonne , où les principes sont géné- ~ reux , comme si les lumières vous inspiraient

.toujours les; mçrries vertus ; vertus que les - institutions ne soutiennent pas , et que les étudiants, citoyens et guerriers en théorie, perv dent en entrant dans • là vie de leur pays.

• . C’est quelque chose de satisfaisant que ce s L considérations' sur un pays , exposées par une personne parfaitement; éclairée et qui se fait * bien comprendre. On éprouve à tout moment

Je plaisir de donner un assentiment complet à cç qu’on lit; Â .

. Ici , plus constamment que dans tout autre . ..'ouvrage , elle est dans le chemin de la vérité ,

. avec une manière simple et sage autant que belle ! Cette première partie est digne des plus grands éloges, el c’est peut-être la plus, remarquable et* la plus parfaite dans- son cn- . semble. J ; .- ' ■ ’ V

Passant de ce premier livre ; .au second qqi

traite de la littérature etdcs'arts/l’a.uteurjemar-

que que la division de l'Allemagne en petits états.

« ’Xt :

nuisible à la force politique , est favorable au

: ÿ" M 1 ■ il .\V f . "f# iA&r * . *' y v r } • TT

régner un esprit d’émulation et d’indé- Jance.

développement des intelligences, parcequ’clle fait,!

pendance.

Madame de Staël ne dissimule pas que les' Allemands sont entraînés par leur indépendance d’esprit à l’exagération. N’ayant pas , comme en France , un public qui les juge d’après des règles reçues, ils outrent jusqu’à leur

indépendance même , et semblent se plaire dans

les ténèbres. D’un autre côté, les Allemands

n’ayant point comme les-Anglais à donner une application à leurs idées, ne recherchant la vérité que pour elle et sans but déterminé , penseursetnon point citoyens, vont très loin dans leurs recherches, et se hasardent dans des routes nouvelles, où ils s’égarent très souvent. Ce court chapitre, qui est une comparaison entre les Anglais et les Allemands, nous à paru plein d’observatrons belles et justes. Les opinions de l’auteur sur l’ Angleterre sont les mêmes que dans

îio ; pures iis ouvragés son Ôuvrage sur la littérature ; elle présente de

nouvellés iflées daiÿs le meme esprit. C’est un ■ ^ ; y-: . .

mérite que cette conformité des opinions d un

temps à celles, d’un autre ; elle prouve, la jus-

te$se d’up esprit qui.,, n’aÿant point à revenir

sur ses aperçus , peut toujours marcher en'

avant.

Examinant les différente^ époques de la lit-*-

tératurc allemande, madame de Staël nous fait

suivre les différentes écoles qu’ont eues les Al- ' lemands, école française , école anglaise, enfin école allemande , celle d’aujourd’hui, qui -n’est que l’ahseriçë.de, toute école. Saris doute cette .

. - *’• ; 7 r t ■' ’ ; ■ mVh 4 / h • 4 " .* • • u * '

manière de se former une école est la bonne, et tpute littérature qui est son propre ouvrage , .comme tout homme qui s’est formé lui-même;

est ceqù’il y a de pltisénergiquei . . '

a Madame de Staël ,a exprimé un sentiment

c^uc personne rie démentira, quand elle a dit qpe nos premiers poëtcS lyriques en Erance étaient peut-être nos grands prosateurs, Bossuet Paspal , t’énéldn., Buffon , Jcan -Jac^

* ftp maïjamê (Se stake. 111

qûes ; S tous ces grands noms il laüt joindre le sien; et aucun de ccs hommes ne £e montra plus poete qü’elle ne l'est elle-même dans son ■ chapitre de la poésie; die, eh a l’émotion , la. grandeur et la force. " ••>

Divisant,* comme dans un autre de ses ou- , vrages; la littérature en littérature du Midi et littérature du Nord, l’une imitée des aneiens, l’autre née du moyen âge , eUc appelle la, poésie du Midi classiquef, et celle du Nord romantique. Il faut avouer avec elle , quelque classique que soit la poésie française , que tout l’avantage doit être à celle qui, ah lieu d’imiter ce qui nous reste des anciens , se conforme à‘, . ce qui est de son temps et se met en rapport

avec hcrus. Après unè revue pleine d’intérêt des pôëmes et de la poésie des Allemands, madame deStaël, passant, à l’art dramatique, établit entre

les tragédies allemandes et françaises la différence qu’elle a montrée entre les poésies classique et romantique : et,\ tout eh soutenant que tien ne peut être comparé à /'ensemble imposant

LETTRES SUR LES OUVRAGES et bien combiné de nos chefs-d’œuvre , elle ob- . serve que l’unité d’action est réellement la seule importante; que les deux autres, de temps et de lieu, doivent être absolument subordonnées à celle-là » et enfin que le moment est arrivé en France de se frayer des routes nouvelles. Elle fait comprendre d’ailleurs comment il serait impossible de tracer des règles absolues à un art qui doit s’approprier aux mœurs des nations qui le traitent. Les Français, dit-elle, considèrent limité de temps et dé lieu comme une condition indispensable de l illusion théâtrale; les étrangers font consister cette illusion dans la peinture des caractères , dans la vérité du langage , et dans l'exacte observation des mœurs du siècle et du pays qu'on veut peindre. Le chapitre sur l’art dramatique est intéressant et plein d’idées remarquables et mesurées. L’admiration pour les beautés du

. . r «• -*• Pv . •

théâtre allemand n’y est point exclusive ; c’est la bonne foi, la justice, l’impartialité la plus grande: et c’est si bien la vérité^ que le public

français s’avance chaque jour vers des idées semblables.' ,

Remarquons ici que cet ouvrage n’est pas seulement un ouvrage sur l’Allemagne ; c’est la littérature , la philosophie comparée. Chaque branche des connaissances littéraires est traitée d’une manière générale, en même temps qu’elle est présentée comme on la conçoit en Allé*magne. ...

Nous admirerons l’examen que madame de .

Staël a fait des différents chefs-d’œuvre ailemands. Heureux l’autdur qui a un tel interprète 1 . Mérite d’analyse , mérite de sentiment , tout est en elle; et l’on sent à tout moment combien une âme belle et généreuse a de puissance pour comprendre le génie et le faire .

comprendre aux autres. Peut-être reprocherat-on à cet examen Une disposition trop marquée à la bienveillance ; les critiques légères demanderaient peut-être plus de développement et

d’importance; on v voit plutôt le désir de faire goûter aux Français lés beautés de la littérature

1 1 4 tFTTflES- SVK LES OnVHAGF.S

allemande , que la volonté de garder envers

cette littérature une justice complète.

Riencependantn’est admiré sans restriction;

leur refusant le mérite des conceptions de la

Comédie, mérite qui appartient à la France , madame de Staël remarque que leurs historiens manquent d’esprit. national, comme leurs auteurs comiques de connaissance de la société. •- Eh ! comment ces historiens auraient-ils pu .acquérir un esprit national? L’étude qu’on peut

faire du peuple allemand est toute libérale par

ses résultats, comme l’est sans doute celle de tout peuple chez qui la liberté n’est rien venu développer, ün doit de lajrécannaissancè à madame de Staël pour avoir si bien mis en évidence , non pas seulement combien la gloire s’oublie sans la liberté, mais encore combien sans elle tout perfectionnement est difficile.

Les reproches qu’on fait à un individu peuvent s’adresser àsa nature seule; les reproches qu’on fait à une nation ont leurs motifs dans les institutions par lesquelles' ce peuple est régi.

11 n’est point de branche de la littérature

• allemande qui ait été portée plus loin que la

critique ; il devait en être ainsi chez des écrivains qui sont surtout forts dans la théorie, ;

Dans les arts c’est aussi surtout la théorie qu’ils savent. Ici madame de Staël a placé les critiqués les plus sages, et qui, d’abord adressées aux Allemands, deviennent générales et peuvent servir de règles à toutes les littératures ; respecter legoût, qui ie’ est que la^ vérité ; se garder

de l’affectation en toüt genre ; rechercher l’or- . • > * • ' dré, qui peut seul rendre les écrits profitables

au lecteur; enfin, ne pas pousser , comrtie les

Allemands, l’arjalySe jusqu’au point où les idées

sont si fines que le but de s’instruire est dépassé.

Madame de Staël ,' voulant faire connaître

la philosophie de rÀllëmagrie , a présente des considérations sur la philosophie en général , comme elle l’avait fait pour lâ littérature. Bien plus, elle a donné rhisloirê rapide, mais belle,; de la philosophie en France et de la philosophie en Angleterre. ' , • -, - , •

Page 1