LETTRES SUR LES OUVRAG-ES
son ensemble. H en est de même de celui de-l’-a» îndur,- qui- renferme des beautés de premier brdre , où l’on trouve cet accent de l’âme ci du génie auquel on reconnaît madame de Staël-, mais qui contient une telle peinture des .^malheurs attaches au* grandes facultés’, aux grands attachements^ qy’il donnerait presque l’effroi" de la supériorité-,,, et fait bénir cent r fois lès désirs; méHl iodées ;"des sentiments tmrné< ‘ •
Mais non-, tout n’çst pas si -triste; du moins la seule autorité de son génie ne me suffit pas pour la. croire. Je né aérai pëût- être ainsi qu’une preuve de sa vérité dans une. autre cir-
constance , lorsqu’elle prétend qü’il ne faut lire son ouvrage qu’à vingt-cinq ans. Je n’ai pas l’âge où elle dit qu’on peut le comprendre ;'.fct v admirant les beautés- qu’il renferme , c'est peut-être seulement -lé temps qui me manqueront en.
sentir là vérité: Mais le temps est un maître
plus doux que .tout penseur ;■ if enseigne lentement les choses ; il ne vous apprend pas brusquement des vérités qui révoltent, parcequ’elles
I)E MAD>AtE DE, STAËL. ()
accableçâientrtrop pour qu’on veuille les e^oiré. Il fait marcher tout ensemble ; il apporte des motife de' consolations ou iUaffaibiit akjrs-qu’il éclaire. Cét ouvrage est donc, trop pénible pour la jeunesse, Les romans, de madame de Staël lui conviennent mieux. Gin y. peut attribuer les douleurs à ïa fatalité ou aux fautesdes hommes ; mais quand. ( on voit déplorer les sentiments mêmes,. et étendue les considérations- à l'humanité entièrè, alors on n’a plus de recours , et , v , '* ► ■ * \ • il. ne reste qu’à s’examiner pour savoir si l’on
n’a pas une médiocrité qui rassure-
En pajrlant du jeu , de l T avarice, madame de
Staël considère ce besoib d’agitation des hommes rV '• ■ ’ ** ‘ -
comme -une preuve que l’action de vivre .est une
souffrance qu’on ne su pportç qu’en en allégeant
le poids, Mais. cela est-il juste ? v b’hnmanité «e
trompe-dans le choix de ses jouissances; maisvou-
loirméttreen usage tontes sèsfaçultés, n l est-ce
pas plutôt vouloir sentir. sa vie tout entière que
vouloir y échapper ? L’inaction des facultés est
une souffrance, mais non pas Inaction de vivre;
LETTBBS sur lk§. ouvrages
puisque, dès que cette action est complète, elle est Un plaisir vif et sensible. • ’ •
Admirant quelques belles idées sur la vengeance, qui se.rencontrent à côté d’autres idées point assez méditées ; nous arrivons à l’esprit de pàrti> qui ne nous semble que la, passion de certaines gens pour des niées à la hauteur desquelles ils ne sortt-pàs.- Je ne sais si, madame de Staël est toujours ju^te en parlant de l’esprit de parti. Elle prend trop l’effet pour la cause; elle
ne distingue pas assez de l’espritde parti ce qu’il produit de bien en soi; en blâmant le motif, il ne faut pas flétrir tout 'ce qui serait admirable, si une meilleure raison le produisait. Elle n’a, pas dit assez que c’est par'eeque l’esprit de parti n’a rien de noble ou dq généreux que. le dévouement de sa vie et Iq sacrifice de ses intérêts personnels cessent d’être respectables; elle semble presque les blâmer en’gënéral Comme le reste. On sent qu’elle est jeune encore ; elle cède â des impressions qui la dôrriineht'taut entière dans le moment où elle écrit. Elle n’est pas menée par son
DK MADAME DK STÀFX.
idée à toutes celles qui devraient s’y allier ; elle ne rassemble pas toutes les considérations pour se faire des .idées générales ; elle ne s’élève pas au-dessus d’ elle-même pour tout juger et tout comprendre. ~ '
Dans son analyse des sentiments intermédiaires entre ' les passions et les 'ressources
qu’on trouve en soi, elle dit Vraiment moins Tin- ’ fluence des sentiments sur le bonheur, qu’elle ne recherche les peines qnî peuvent en naître. Elle oublie presque les jouissances de* l’âme. C’est le malheur, et non plus tout ce qui- compose les affections, qu’elle examine. Son çha-
pitre de l’amitié , celui de la tendresse filiale ,
paternelle e;t conjugale , blessent souvent l’âme
pàr une absence de justesse et dé vérité. Cet
ouvrage fut inspiré daps un moment funeste ;
tout y est pénible et soifibre , tout inspire le
découragement plutôt que la force et la éési- . " 4 , \ gnation/- * • •
Oui,' mille souffrances peuvent naître des
passions, des affections, de ce qu’il y a de
plus grand et de plus doux, sur la terre ; mais faut-il donc se priver de ces biens? et tout'attrister, tout détruire, est-ce mériter la reconnaissance et la foi du lecteur?
Le livré qui traite des ressources qu’on trouve en soi est celai qui nous a paru le plus vrai, et le meilleur - de tout l’Ouvrage. Ici toute l’admirable nature, de .madame de Staël se retrouve. Elle renaît à l’espérance, aux doux sentiments. Le chapitre sur la philosophie renferme dès beautésremarquables. Celui sur l’étude est admirable , comme celui de là'bienfai-» sauce, qui serait peut-être mieux- intitulé de la bonté et <le la .pitiés ,xar .quel mot peut valoir des mots d’une signification siisublime? V;
Mais si la femme qûi a analysé les passions a pu aussi analyser, d’une manière si supérieure', les ressources qu’on troûve en soi , si elle;à éprouvé les unes et jô'ui des. autres, si même elle- a dit que la' passion seule -pëut donner à la bonté toute son étendue , pourquoi ne prétendrait-on .pas sentir comme elle tout.ee
qu’on peut sentir , et se servir dçs leçons que renferment ses ouvrages, et de son expérience, pour diriger le développement des dons du ciel, et non pas les anéantir? La nature n’at-elle pas indiqué la succession des sentiments pour le bonheur ? Se conformer à scs inten-, tions, et vaincre sa nature autant qu’elle n’y est pas conforme., doit donc êtçe l’ouvrage de l’homme qui veut être heureux. ,
. Si ce travail est difficile, celui .d’étouffer entièrement ses passions doit Potre encore plus, s’il n’est pas impossible. D’ailleuts madame de Staël convient de l’ipsuffisance de ses leçons : « Le législateur, dit-elle , prend les hommes » en masse ,1e moraliste un à un. « 11 y a peu de certitude dans l’utilité de principes qui ,rrc peuvent réussir que s’ils sônt'prop.res au caractèçe auquel on les applique. Ici elle est admirable par sa sublime bonté, sa.pitié, sa haute intelligence.
Terminons cet examen en répétant ces paroles, qu’on trouve dans son ouvrage sur l’Al-
lcrmigne •: « L'homme a maudit le soleil,, l’a- » mour et la vie; il a souffert, il s’est senti » consumé par ees, flambeaux ■ de la nature; » mais voudrait-il «pour cela les éteindre? »