‹ Lettres sur les ouvrages de madame de StaëlChapitre 5 sur 28 · LETTRE III · texte numérisé non relu

LETTRE III

SUR l’oUVRAGE DE LA LITTÉlt AT'URE.

Cet ouvrage dbit dtre le sujet d’an examen plutôt que d’une critique; car il est rempli d’une raison telle qu’on est à la fois convaincu et charmé. On n’a qq’à suivre l’ordre dans lequel il est écrit pour en faire sentir le mérité

et l’importance. •, ,

L’auteur établit que le monde est perfectible,, et que la succession' des événements humains n’est qu’une succession de progrès plusou moins rapides. Àiqsi donc, elle nç veiit pas dire que cette' progression est une, s^ns interruption; mais seulement qué les âges héritent des âges 1 , et que le travail d’un temps sert de moyen au

travail d'un autre. ,Mais sans (joute il «!en faut

pas moins un nouvel ordre de , choses pour qu’il y ait une nouvelle sphère d’idées.,

l(j LETTRES SUR LES OUVRAGES

Il y a des bornes aux progrès des arts, il n’y en a point aux decouvertes de la pensée: les arts sont le fruit de la jeunesse des peuples; la pensée naît du temps, se développe avec lui, et comme lui est infinie.

Madame de Staël fait vpir comment la littérature des Grecs,, la- littérature de la jeunesse du genre humain devait être une poésie d’images. On a peint et chanté la nature, pareeque c’est elle .qui s’est djabord offerte aux yeux des hommes. % *• v . -

Il a fallu à la pensée de. nouveaux rapports , une plus longue expérience. Les. Romains, qui avaient les connaissances dès Grecs, des intérêts plus graves , des caractères plus forts , ont eu moins d’imagination , mais plus do pensées.

Suivant la raarche^de la littérature latine durant la-république, puis sous Auguste, et jusqu’auxÀntonins , l’auteur a peint la grandeur du caractère romain en écrivain qui tropve dans son âme ses couleurs, et qui sait s’élever jusqu’aux plus hautes vertus. Ce n’est pas de

fi

l’esprit seulement qu’il faut pour de certains travaux, c’est le talent qui vierrt d’une nature

généreuse , et c’est celui-là qui appartient essen-

tiellement à madame de Staël; 4

Cette loqgue période de temps, . qui ‘ suivit l’invasion des barbare.» ne lui paraît- point avoir nui aux progrès de l’espèçe humaine ; elle lès développa d’dne manière nouveHe et féconde.

L'homme put s’instruire par des rapports nou-r

veaux, par ses besoins., pâr ses misères; toutes les affections humaines laissées libres lui révélèrent leurs secrets, et la puissante douleur vint donner'de nouveaux aliments èt.un nouveau caractère à la pensée. *

Une des premières cause» de la grandeur des

modernes , ce fut rétahlisSement'de la religion chrétienne. Tfe# pour conso.ler des misères du

mofide, rile.récbncilia,pour àmâidirè,le Nord

et lc Midi, et donna naissance’ à' des' vertus de bienfaisance etde pitié inconnues aux anciens. Le chapitre sur la religion est admirable, et les pensées et les hautes v considératipns qu’il

l8 LFrtfKjÿ SOIT LES OTTVRAGES

rèrtftthic soritd’ùne beauté éternelle. L'auteur 1 û dit d’une manière non moins remarquable l’influence salutaire’ que les femmes ont du prendre dans des temps qui développaient toutes lès qualités du; cœur ; la morale a dû naître de cette sainte égalité établie par l’amour êntre l’Wmwrt^’éfe la femme. n ;.

Passant alors de -ce' coup d’ceil générai sur les temps modernes jüTexamen particulier des différentes littératures de l’Europe, madame»' de Staël divise d’abord la littérature en deux

parties /colle du Midi oud’Hotnère , celle du Nord ou d’Qssiart. Ici n’est paè Corinne qui juge l’ïtalîer, madame de Staël parle de ce pays, de ses habitants et de ses lettres ateç une sévérité qui s r est beaucoup adoucie daûs la suite. Ellfc'fie trouve aux Italiens aucune ëlç* vation, dans liane, aucune profondeur dans l’amour,, aucune vérité dans lès expressions; elle leur reproche jusqu’à l’harmonie de. leur langue.*" qui flatÇe i^preille ét- trompe l’esprit sur le' mérite réel de leurs ouvrages, -, .

Iffi M'A'DÂMK f»E; STKEt*. .. • 19

Portée par son génie vçrs les littératures . *

fortes et mélancoliques du Nord, eHe vous fait 'pénétrer avec elle dans (Pes âmes énergiques qui, sous un ciel sombre, rêvaient à mieux que la vie.

*- • L'est en Angleterre , dans ce. pay s de la liberté et de la réflexionj que sè- trouvent tes pensées lés plus profondes, les imaginations les plus Hardies; les sentiments les plus vrais: Mais les Anglais, qui ont beaucoup .d’indépendance dans léûr manière de voir, qui' - écrivent pour les classes moyennes avant d’écrire pour celles qui seraient les meilleurs juges, analysent quelquefois trop longuement la même chose , épuisent trop un sujet avant de ie quitter. .*

Les mêmes raisons qiii, les tenant séparés les uns des autres.-, aàstfrônt leur indépendance , leur ôtent les moyens d’ârrivèr àia comédie. Il fant, pour saisir les nuances de.çaractère,cqnnàitre tous les’ développements du cœur bumain j* et les Anglais jugent plus en masse ; ijs n’ônt pasla déKfcatessè dçsFrançais; .et, comme ils s’amùsënt 'moins ordinairement, ils n’ont

Page 1