LETTRES SUR LJ» OUVRAGES
comme étant celles de. l’Angleterre. C’est Futilité qui est sa première pensée; elle lui donnç pour guide la sagesse , et elle ne veut d’enlhousiasme que celui que la raison peut approuver
et comprendre. . -
- Un des chapitres les plus admirables est sans
doute celui de la philosophie. L’auteur examine si, «d'aprcs le système des probabilités, tout ne
pourrait pas se calculer en politique comme en mathématiques. La morale, qui est la naturelles choses dans l'ordre intellectuel , serait la règle de ce calcul ', mais la morale dans sa plus hautp portée, appréciant .comprenant tout, senti-
ment , imagination ; car si la raison est la faculté
qui juge les autres, ce n’est pas elle seule qui **•'- * constitue l’identité de Têtre moral.
, Madame de Staël , après avoir montré cbm-
ment cette morale des nations , cette politique doit n’ètrc qu’un calcul basé sur l’iptérêt général , démontre comment il n’en saurait etfe ainsi de la morale individuelle . Op n’observe pas seulement par intérêt les-lpjs que celle-ci impose ;
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on les observe aussi par sentiment, et e’cst cc qui fait qu’on leur obéit encore lorsqu’elles
commandent des sacrifices qui nesemblent point d’accordavec l’intérêt personnel, la providence '
ayant, dit madame de Staël, « répété deux fois de certaines vérités à f homme , afin qu’elles ne pussent échapper ni" à son intérêt nia ses re- ^ cherches. » Sublimes paroles et digne interprétation des vues de la nature! Mais il faut lire ce ‘ chapitre poursç pénétrer des vérités qu’il renferme , pour faire comprendre la vertu à son intelligence, comme le sentiment se fait comprendre au cœur qu’il anime, Extrairé de. tels morceaux c’est presque un tort; .j’y* renvoie Aïod lecteur,. qui ne. saurait en faire trop souvent sa lecture. ..
Si nous avons, longuement détaillé ce que
renferme cet ouvrage,. ejest’ qu’il nous a paru l’un des plus bcauxque l’auteur aîf produits. On y trouve une foule. d’idée^, et ces connaissantes que l’étude seule ne pourrait produite , maisqui sont le fruit d’un esprit profond et fort, l/ac-
î?8 LETTRES SUR tES OUVRAGES
cent de la vérité et de la conviction sc trouve à chaque page , et la simplicité et la plénitude du style , la vigueur des pensées, 'la majesté et la gravité de la diction, se trouvent unies à cette
secrète chaleur , à cette sensibilité touchante
, qui jette çàet là des traits de sa lumière.
LETTRE if.
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Voici le premier ronian 4 e madame de Staël.
Jusqu’alors elle avait exposé des considérations > sur des questions générales. Aujonrd hui ? ses pensées se dirigeant sur la société de. Paris et sur l'opposition qui Se trouve quelquefois entré les lois de cette société et les passions et les caractères des individus , elle a, pour ainsi dire, mis eii action ses découvertes et sesprmwpes. Elle a donné la vie à son tableau, car il était susceptible de la recevoir, et devait en devenir plùs instructif et plus frappant. Madame de Staël pense qu’un roman doit être une révélation des passionsdu coeur humain, et que les événements qu’il présente ne doivent;s’offrir que comme les circonstances du développement de ces passions. La morale dans 4a vie lui paraît être le
seul et vrai mobile du bonheur, et le travail de
• l’écrivain est de retracé ce que la vie enseigne, en s’aidant à la fois de la raison , du sentiment
et de Timaginâtion. Telles sont les idées qu’elle émet dans une préface où l’on retrouve aussi ses principes larges et libéraux sur la littérature. Madame de Staël a prouvé dans son ouvrage
que tout ce qu’elle demande aux romanciers
était possible à elle, sinon à tous. Elle a déposé à la fois dans son ouvrage tout ce qu’elle avait éprouvé clle-mème,.et tout ce que le sentiment et le génie peuvent fournir par la divi— nation à une imagination créatrice. On peut ap-
pliquer à ses deux romans de. Delphine et de Corinne ce qu’elle a dit de l’Héloïse, que c’était « une grande idée morale mise en action
et rendue dramatique. >>
La grande idée de Delphine est le danger d’une haute supériorité lorsqu’elle n’est pas dirigée d’après les règles austères de la mOralc , et scion cette sagesse que donne la connaissance des hommes y sagesse sociale , plus compliquée
que celle delà nature, mais qui doit en conserver l’espni; , .>.<• .. •
L’ héroïne est une personne confiante et généreuse^ qui croit toujours trouver chez lés autres ce qu’elle, a dans l’âme qui , avec un* esprit distingué, mais beaucoup- de jeunesse ,
juge mieux les choses quc les hommes; qui cède aux mouvements de sa bonté , comme d’autres cèdent aux mouvements de leurs pasr
sionsj.etqui^ctaql toujours animée par dédoublés seftti rhepts,' ne voit, dans -ses action» que ‘ l’innocence «t l’intention qui lés dictent, '•>.
Cette femme entre dans le monde, et trompée ,,calomniéey’ elle est bientôt victime de scs vertus mêmes. i ; * *• . •
11 y a beaucoup de malheur dans la destinée de Delphine/; on ne peut lui reprocher que des imprudences, et elle ne devient réellement blâmable que lorsque le sentiment l’entraîne.
Pour que l’héroïne restât admirable , on- jjë 1 / . * pouvait pas la rendre autrement coupable , et
l'habileté de l’auteur consiste -à donner de
grandes leçons tout en rendant les fautes de Delphine respectables. Par’ un trait de talent , l’auteur a donné pour amant à cette femme un homme qui , avec unç âme violente et passionnée, a pris pour règle de sa conduite l’honneur,, et prend pour arbitre de. f honneur l’approbation où le blâme des hommes. On , comprend dans quels malheurs, dans quels tpurments ses idées pourront l’entraîner. Il a beaucoup de profondeur dans lès sentiments,
mais il n’en a aucune dans les idées. On sept que madame déSiaël a dû, pour soutenir un tel • caractère, sacrifier la supériorité d’esprit; car les idées et les principes de Léonce ne peuvent pas s’allier avec elle. Elle a voulu lui donner
en retour beaucoup d’énergie , d’élévation , de sensibilité; il a cette grandeur dont elle peut toujours douer ses créations parcequ’elle la. possède en .elle. Toutefois l’idée principale de ‘ ce Caractère oblige l’auteur à faire souvent adopter à Léonce une conduite qui décèle , dans sa crainte de l’opinion publique, plus d’ihquié-