SYSTÈMES
chaleur qui les durcit relèvera un jour ayec yîolence (1).
» Un troisième suppose le liquide divisé en une multitude de lacs placés en amphithéâtre Ics'uns audessus des autres , qui , après avoir déposé nos couches coquillières, ont rompu successivement leurs digues potur aller remplir le bassin de Focéan (2).
» Chez un q[uatrième , des marées de 7 à 800 toi- ' ses ont y au contraire , emporté , par la suite des temps , le fond des mers , et Font jeté en montagnes et en collines dans les vallées ou sur les plaines primitives du continent (3).
» Un cinquième fait tomber successivement du ciel| comme les pierres météoriques, les divers fragmens dont la terre se compose , et qui portent dans les êtres inconnus dont ils recèlent les dépouilles Tempreinte de leur origine (4).
» Un sixième fait le globe creux, et y place un noyau d^aimant qui se transporte^ au gré des comètes, d'un pôle à Fautre, entraînant avec lui le centre de gravité et la masse des mers , et noyant ainsi alternativement les deux hémisphères (5). »
(1) Hutton et Flajiair, Illustrations ofthe Iloitonian theory of the cartli , etc. ; décembre 1802.
(2) Lamanon, en dirers eiidroit8diiJourn.de physique.
(3) Dolomîeu , en divers endroits du Jouinal de physique.
(4) MM. de MarsolisU j Becherchei sur Torigine et le dévcJeppement de Perdre actuel du monde. CUessen j 1802.
(^) M. Bertrand , Renouvettemeiit périodique des oontînens tewestees, BkadNwrg , 1779.
LETTRE I
m Lk Mkm inmirB bo olovb.
Ccstdono sérieusement, madame, que vous exigez de moi que je continue de vous entretenir par écrit de la science qui ût le sujet de nos derniers entretiens ?
J'aurais certainement plus d'une raison à tous présenter pour me dispenser d'obéir à un ordre semblable : car, en laissant de c6té ce qui me regarde, et pour ne parler que de vous , comment n'avcz- Tous pas songé que si j'ai pu vous intéresser un instant en olFraut à votre esprit des considérations nouvelles, il n'en sera plus de même quand une lettre vlexidra tous apporter périodiquement des idées aTcc lesquelles tos propres réflexions tous au-; ront déjà famÔiarisée ? Une lettre Toiis dira souTent ce que vous savez déjà , et ne vous dira peut-être pas toujours ce que vous désirez apprendre.
J'aurais encore bien d'autres motifs à vous opposer ; mais TOUS avez prévu toutes les objections en annonçant formellement l'intention de n'en écouter aucune. Je Tais donc entrer en matière , mais^si je deriens obscur ou ennuyeux , ne manquez pas de m'en avertir.
28 m LA MA6SK IRTERHE BU QLQJIB.
Notre terre a , comme tout le monde sait , la forme d'an sphéroïde (1) un peu aplati vers lc8 pôles. Son rayon est de 1,500 lieues. Les plus hautes montagnes ne s^élèventpas à plus de deux lieues audessus du niveau de la mer ; très peu de pays se trouvent situés naturellement au-dessous de ce niveau; et les plus grandes profondeurs auxquelles nous soyons parvenps en creusant dans les carrières , et surtout dans les mines , n^excèdent pas 1,800 pieds. Les inégalités du sol sont donc hien peu de chose quand on les compare à la masse totale du sphéroïde terrestre y et si la profondeur des ahîmcs creusés à sa surface nous effraie , si l'élévation des mcyxtagnefi àùot nous voyons les sommets se perdre dans ]«e nues nous confond d'étonnement, c'est que nous les jugeons en les comparant à Testréme petitesse des ohjets qui nous entourent.
La terre , dont la superficie nous semhle si inégale et si hissée d'aspérités , offirirait à un être capable d^en emhrasscr le contour d^i^i seul coup-d^œil Tas* peet d*«B globe aussi uni que ceux qui sortent des mai|iB d*uii ouvrier qui vient de les polir«
Supposons le sphéroïde terrestre représenté par une boule de trois pouces de diamètre : si on voulait sur cette boule figurer en relief les inégalités qui se trouvent à la surface de la terre , des protu- Jbéranoea légères , et prescpie insensibles même à rœil
(1) On appelle sphéroïdes les corps dont la forme se rapproche (le celle de la sphère ; toutes les planètes sont des sphéroïdes plus ou moins réguliers.
Digiti
Lims I. 39
I armé d'un microscope, y tiendraient lieu des plus hautes jnoniagoes ; la plus légère égratignure dont sa suHacc pourrait être effleurée serait plus profonde, relativement à son diamètre , que ne le sont pour celai de la terre nos plus grandes cavités artificielles; et la vapeur qu'un souffle y ferait condenser serait peut-être trop épaisse pour représenter Tatmosphère jusqu'à la hauteur où se forment les nuages.
Four nous, atomes imperceptibles, qui végétons dans cette légère couche d'air humide , il n'y a point d^eiqiression pour peindre notre petitesse et la faiblesse de nos moyens quand nous les employons à agir sur le globe.
Et pourtant cet atome si faible a mesuré la terre, dont les dimensions Fécrasent; il a mesuré le soleil, un million de fois plus gros qu*elle ; il a calculé la distance qui le sépare de cet astre , dont ses faibles regards ne peuvent soutenir Tédat ; il a ireconna dans les ipil}iers d^étoiles qui brillent au firmament autant de soleils répandus dans l'immensité de Tunivers et emportant avec eux les globes sans lumière dont ils règlent tous les mouvemens. Capable dans sa petitesse de s'élever à l'idée d'un espace saosbornes^a terre n'est plus aux yeux de sa penséea grandie qa*un grain de sable perdu dans les espaces infinis*
N*y a-t-il pas là, madame, de quoi fiiirebien des réflexions sur la supériorité de l'esprit humain , qui lui fait concevoir de si grandes choses , quand la nature semble l'avoir condamné à végéter dans un cercle si étroit p Pourtant je n'ajouterai pas un seul mot : souvenons-noos seulement i dans tout ce qae
nous aurons à dire sur les révolutions du globe , que nos moyens pour le modifier sont si faibles, qu'on peut à peine compter pour quelque chose Tinfluence qu'il nous a été donné d€ pouvoir exercer sur lui.
On distitigoe ordinairemeiit dans le sj^éroïde terrestre detts parfies dont ies limites ne sont âxées gue d'une fiianière arbitraire t !<> la ntasâe interne, c'est-à-dire la pârtîe centrale, à laquelle nous ne , pourrons sans doute jamais parvenir; 2o l'écorce minérale , qui sert d'enveloppe à la masse interne, et dont l'observation ne peut nous faire connaitre que la partie la plus superficielle : on peut imaginer que cette enveloppe est épaisse de 10 à 12 lieues.
A ces deux parties principales nous joindrons, pour les étudier à part : !<> la masse des eaux qui couvre plus des trois quarts de la superficie du globe; 2° la masse atmosphérique, partie gazeuse qui l'entoure et Tembrasse dans tonte son étendue^ - en s'élevant à «une hauteur indéterminée.
Nous parlerons dWd>ord de la messe intenïie. . ' Il nVst probablement personne qui ne se soit demandé plus d'une fois si la terre reste constamment à peu près la même dans toute son épaisseur, présentant vers son centre une suite de couches analogues à celles qu'on rencontre près de sa superficie , ou* si y à une certaine profondeur , on trouve constamment snr tous les points du globe une seule et même substance qui en remplisse tout Tintérieur. Ces questions, que tout le monde se fait, les géologues n'ont pas manqué de se les faire ; et pour . y répondre ils ont imaginé les hypothèjics les plus
os LA MASSE IRTSERB OU GLOBE. 81
cRvéïrses. Ds ont stipposé l^érienr de la terre rem- ^ ' pli d^ean^ on defaz, ou dhine énorme masse de- «
pierre aimantée, ou de métaux, soit solides, soit à Tétat liquide. Diderot, cherchant surtout à s'expliquer raotion magnétique de la terre , regardait la partie interne du globe eoinmeformée d'un noyau vitrifié, sur lequel la coq^ét^tfllkil^^ dmsait, par son froMeméflty *mtoi^ MH>i* < |u eg:les coussins d^nne machine électrique ànr son vpliàtettu..
Toutes ces hypothèses ne peuvent plus^être soutenues aujourd'hui qu'on sait qu'elles sont incompatibles avec ce que des calculs incontestables peuvent notis apprendre sur la constitution de notre planète.
Nous connaissons en effet exactement le volume de la terre , et il non» est également possible de calculer sa pesanteur : la physique et Fastronomic fournissent, pour arriver à cette connaissance, deux moyens différens et qui s'accordent assez bien entre tux'f ils donnent tous deux pour résultat un poid4 si considérable, qu^il devient nécessaire que Tinté» rieur du globe soit cinq ou six: fois ptos dense que ,lft croûte minérale, telle que Tobservatioii noua la montre dans les couches supérieures. Ce n^est donc ni de gaz ni d'eau que la masse interne est formée, et ce n'est pas même de la pierre la plus pesante que nous connaissions ; car, dans cette dernière sup* position , le spbéroi'de entier devrait encore avoir un pôide troia ou quatre fois moindre celui que donnent les calculs ; mais il faut qu^elle soit composée de substances aussi pesantes que les métaux les plus lourds* ^ • ' . . ^jU. .. . .
9& ' WTM I.
Et ces substaMes pesantes » probablement mêlailîqpes » n'exi^nt pas dans la masse interne à Tétat de sôHdité que leur donne la températnre qui règne à la sur&ce du sol. Tout tend à prouver qu'elles y sont soumises à Taction d'une chaleur capable de les tenir dans un état de fusion constante : c'est ce que pouvaient de tout temps faire supposer ces masses énormes de matières métalliques liquides qne vomit le sein de la terre par le cratère dÂi volcans , ma* tières qui ^ pour le dire' prématurément , présentent la ressemblance la plus frappante , quels que soient le lieu dans lequel on les observe et Tépoque à laquelle remonte leur projection à la surface du sol.
Les sources minérales» les eaux thermales de toute espèce , dont quelques-unes conservent presque lA. ' chaleur de Teau bouillante en arrivanjt à la surfeoe du sblp nous ofirent de Boavelles preuves de k tem^ pérature qui règne k une certaine profondeur.
Non contens de ces considérations générales , qui pourraient ne présenter qu'une apparence trompeuse , plusieurs de nos pbysicienj» et de nos géolo- -gistes se sn&t occupés de déterminer par des mesures rigoQAeuffes si réellement la chaleur des coudhea augmente à mesure qu*elles sont ntoées plus proioudément , et ils ont reconnu qu'il en était ainsi , au moins pour les profondeurs auxquelles il nous est possible de parvenir.
Au nombre des observations les plus curfeuses sur ce sujet, on doit d'abord citer celles de M* Xre-< l»ra, inspecteur des mines, qui, ayant occasion de ^visiter les cayités artificielles les plus profondes i a
DE LA KA88S tKmWB WS AtOBB. 88
reconnu, après des expériences réitérées et faites, avec le pliu grand soin, que la température des ro- 4siiea B*élére constamment en proportion de la pro« fondeur à laquelle on FoBserve, et qui même a cm pouToir établir que cette augmentation a lieu d'une ' manière régulière , et qu'elle est d'un degré par 100 pieds.
Un graL^à pombre d'autres observations, faites par différens géologues en plusieurs pays , ont tou- « tes conduit k la même conclusion sur Téiévation de température des co\iches profondes; et les résultats
auxquels elles ont conduit diffèrent de celui de M, Trebra en cela seulement que les observateurs n'ont pas cru pouvoir décider que l'augmentation., de température eût lieu partout de la même ipanière, et qu'il ont de plus remarqué que celle qui: oorrei^ pond à une profondeur donnée varie très-seusible». ment suivant les localités.
Parmi nous , M. Gordier , qui s'est particulière • ment livré aux recherches qui nous occupent, a , dans un mémoire tout récent , cherché à établir la réalité de cette augmentation irrégulière de la chaleur des couches situées à une certain» profondeur. U a cm apercevoir que la différence d'acoN^ssement se trouve , dans certaines locaQtés^ surpasser le double de ce qu'elle est dans d*autres.
£n général pourtant , l'augmentation de chaleur lui a paru plus rapide que ne l'avait trouvé M. Trebra^ et la moyenne des observations qui lui sont propres lui ferait penser qu'elle peut aller à un degré par 22 mètres, ou 70 pieds envlcon. Ce dernieir
34 tBim iU'
résultat pourtant u^est donné par notre académicien que comme approximatif, les observations étant bien éloignées d'être assez nombreuses pour permettre de fixer aucune mesure définitive. • .
Les observations fûtes dans les mines ne dont pas les seules qui puissent être invoquées en faveur de Taugmentation de chaleur des couches profondes , et un de nos plus célèbres académiciens (M. Arago) a trouvé le moyen de constater cette augmentation par des expériences qui ne laissent rien à désirer pour les profondeurs auxquelles elles s'appliquent^ son procédé consiste à.prendre la température de reau des sources dites artésiennes^ de celles qui viennent de profondeurs considérables , et qui , d'après la loi connue de l'équilibre de la chaleur , ne peuvent manquer de donner très-exactement la température des couches dans lesquelles elles ont séjourné. Le résidtat des expériences assez nombreuses faites, tant par IML Ârago'que par les physiciens qui se sont empressés de concourir à ses recherdies, a été de nature à mettre hors de doute Télévation de la cha'* leur dans les couches situées à une certaine profondeur au-dessous du sol.
Il semblera peut-être qu'employer tant de moyens divers pour s'assurer du degré de chaleur des cour* ches terrestres situées au-dessous du sol, soit prenr dre des mojrens bien détournés pour arriver à une connaissance qu*on pourrait acquérir d^une manière directe. Pourquoi ne pas creusée tout simplement jusqu'à ce qu uue cause quelconque forçât de s"*ar- -^ter, Qt ue pas suivre le conseil de Maupcrtuis>
De LÀ MASSE IHTBEHE BU GLOBE. 35
anquel Voltaire a tant reproché d*ayoÎF demandé
qu'on fit un trou jusqu'au centre de la terre ? Ce serait assurément le moyen le plus sûr de savoir ce .qui s'y trouve, et c'est dommage que l'entreprise soit impraticable*
Pour arriyer seulement k 1(> ou 12 lieuea, il fiiodrait nn travail et des dépenses immenses. Cependant il serait bien curieux de tenter quelque chose dans ce genre, quand on devrait se borner à profiter des travaux exécutés dans les mines les plus profondes pour y enfoncer une sonde ; on pourrait ainsi avec une dépense qui n'excéderait pas celle • que pourrait j consacrer un simple particulier , porter un thermomètre à 1,500 pieds au moins au-»dcs- 80U8 de ces «avités : ce qui devrait donner, même dans l'hypothèse de Trebra, une élévation de 15 degrés au-dessus de la chaleur des mines profondes; or, on sait que, dans quelques-unes de leurs excavations . la chaleur est déjà si forte que les ouvriers sont obligés d'y travailler nus.
An surplus, si quelque gouvernement voulait entreprendre de se livrer à des recherches qui seraient d'un si haut intérêt pour la science , il pourrait arriver à des résultats beaucoup plus concluans^ et constater au moins si , à une distance très-voisine de la surface du sol, à quelques milliers de toises, par exemple , au-dessous des mines les plus profondes , la clnileur ne deviendrait pas telle , qu'elle s'opposerait n tout travail ultérieur.
Quoi qu'il en soit, ce que je viens d'exposer sullit pour faire comprendre qu'il est impossible de sup-
96 tITTAE I.
poser qpie b terre n'ait pas d'autre chaleur que celle qui lui est couunumquée par les rayons du soleil. Dans celte supposition, en effet, on trouverait
sous chaque latitude, à une certaine profondeur, une température qui serait la moyenne entre toutes celles qui se succèdent à la surface , et qui se prolon- . gérait toujours la même, jusqu^aux pins grandes piofondenrs.
Mais les dioses se passent «itrement* Il suffit bien de s'enfoncer quelques pieds au-dessous du sol pour se soustraire aux variations diurnes. C'est ce que tout le monde peut observer dans les caves un peu profondes. Il est bien vrai que plus bas encore la température ne varie plus du tout Celle des caves de rObservatoirei à 87 pieds sous terre* est restée la même depuis un demi-siéde ; mais si on s*enfonçait plus bas y on trouverait une température, de plus en plus élevée, ce qui suffit pour prouver Texisteuce d'une source de chaleur interne.
A la surface du sol, la chaleur solaire a besoin , pour agir d'une manière énergique, d'être concentrée ^nr la réfleuon des corps sur lesquels elle tombe ; aussi son effet est-il presque nul sur une smrfkce située à une certaine hauteur au milieu d'un air pur. C'est pour cette raison que le sommet de toutes les hautes montagnes est couvert de neiges perpétuelles.
8if auUeu de gravir une montagne , on s'élève à Taide d^un ballon , on trouve encore le refroidissement de Tatmospbère beaucoup plus rapide ; ce qui< tient au plus grand isolement de l'observateur et à
]»S tA MASSE IKTSERK DU ÛIÙBK, 37^
l'absence de tout corps propre a réflécbii* les rayons, solaires. Un célèbre physicien ( M. Gay-Lussac ), dans une expérience où il s'éleva à une lieue et demie environ au-dessus de Paris , fut soumis à un^ froid de 12 degrés au-dessous de la glace: ce jourlà il régnait, à la sur&ce de la terre, une chaleur de 25 degrés; plus haut* enoore, rinfloence des rayons solaires diminuerait, et on trouTerait on froid que nul homme ne pourrait supporter au^d^là de quelques instans.
11 y a pourtant une limite au-delà. de laquelle le froid cesserait de devenir plus intense; c^est ce que tout le monde comprendra âicilement; mais ea qu'on n'imag^era pas d'abord, et ce qui pourtant est constant, c'est qu^on est parvenu k lixer quelle doit être cette limite. On sait que le froid irait en augmentant rapidement jusqu'à 40 degrés au-dessous de la glace ( ce qui donne un peu plus que le degré de froid sufilsant pour la congélation du mereure ) , mais qu'alors le thermomètre resterait atationnaire, quelle que fût la distance à laquelle on s'éloignât de la terr^; enfin , que cette température est celle des espaces planétaires de notre système solaire. Cest à M. Fourier qu'est dû ce curieux résultat. Ne me demandez pas comment ce grand géomètre a pu y arriver ; c'est son secret et celui du petit nombre d'homif^ qui peuvent être initiés à ses profondes recherches. Qu'il nous suffise de savoir que plusieurs considérations , outre la manière ^ dont la température baisse à mesure qu'on] s'élève dans Tatsmosphère, ont pu l'y conduire. N'est-il
Digiti^ca by
.tETTRE I
pas évidént, par exemple ^ qpie la différence qu'on observe entre la température qui règne pendant les hèures où le soleil brille sur Tborizon et celle.de la nuit, dépend nécessairement de cette tempéra- '
turc des espaces planétaires; que la différence des saisons est aussi nécessairement modifiée par elle. Il n'en faut pas davantage à un géomètre profond pour qu'il puisse ^ à Taide de ses calculs ^ remonter , d^une manière certaine, des effets connus .à la cause qui les produit. ,
Au surplus , ce qui assure la certitude du résultat annoncé par M. Fourier , c'est que , quel que soit le phénomène connu, et influencé parla température planétaire, d'où Von veuille partir pour arri- •ver à la connaissance de cette température ^ le calcul donne toujours le même résultat.
Les mêmes recherches ont appris d^une manière certaine à M. Fourier que la température des pôles, sur la surface desquels la chaleur propre du globe doit être très-peu sensible , et qui ne sont d'ailleurs qu'effleurés par les rayons solaires , doit être de très-peu supérieure à celle des espaces planétaires, résultat qui fait éyanouir bien des suppositions sur Fexistence d*une mer libre au-delà des glaces éternelles, et environnant immédiatement les pâlies.
Il y a soixante ans , un astronome de Gottingue (Mayer) supposaitque la température moyenne du pôle nord n'était pas inférieure àzérO| c'est-à-dire à celle de la glace fondante. Tout récemment, le célèbre navigateur. Soorjesby a détrflit cette erreur. Vn peu
1» LA HAsti.inmiiB va oiobb.
plus tard le capitaine Pàilry , si connu par ses courageuses entreprises , nous a appris que , dans Vile MelleYÎUe , sous le 75* degré de latitude , la température moyenne de Tannée était de^ld degrés t on a calculé qu^en admettant un refroidissement progressif jusqu^au 90« , sa température moyenne devait être de 32 degrés au-desous de la glace , en supposant toutefois que le continent Amérique se pro- . longeât jusque dans son voisinage ; car , dans le cas . où Tocéan se prolongerait )usqu*au pôle , la tempérMurft devrait être supérieure, et pourrait ne pas ^tre au-dessous de celle deTlle Melleville,*— 18« (18 degrés au-dessous delà glace).
Mais revenons a ce qui regarde l'intérieur du globe.
Si la croûte minérale était moins épaisse , la chaleur interne ^ devenant {ilus ^ensible à la surface • du sol, lui ferait éprouver une ten^rature pkn élevée que celle que nous ressentons dans l^état actuel des choses ; aussi tout porte à croire que la surface de lu terre a été jadis douée d'une température bien plus élevée que celle que nous lui voyons aujourd'hui.
Un grand nombre de naturalistes ont même été conduit» k' regarder notre globe comme uA petit soleil )eneroûté. Suivant eux., sa masse entière aurait
été primitivement incandescente comme celle du soleil. Par suite de son mouvement dans respace , il se serait assez refroidi pour permettre la solidification de Tcnveloppe la plus extérieure. Cette enveloppe solide a dû ^ dans cette hjfpothèse , deyenir de siède ■
40 snm I.
en siècle plus épaisse ; et la terre , qui se refroidit ainsi peu -à-peu, est irrévocablement condamnée à finir par n^étre plus qu^une masse glacée , roulant aam vie autour dW soleil dont la cfaalear iliminuant anan peu-à-pea, finira également par se dissiper entièrement.
Personne n'a le droit de mépriser une pareille opinion , car elle a été admise par Buffon ; mais ne nous en effrayons pas trop non plus, car d'autres ^ savans ont prétendu avoir de fort bonnes raisons poiurv nous rassurer. L'un des plus célèbres d*entre « eux (l)a mémo prouvé mathématiquement que y dans Tétat actuel des choses, la obaleur interne du globe, si tant est qu'elle ait encore quelque inftuence sur la température de sa surface, ne peut relever de plus d'un dixième de degré, terme moyen; d'où il suit que le refroidissement total du globe n'entraînerait aucun changement appréciable dans les saisons de chaque climat» tant que Tintensité de la chaleur fournie, par le soleil restera la même : or rien ne prouve que cette chaleur ait diminué depuis les temps les plus éloignés.
Plusieurs géologues dont les opinions , il est vrai, ne sont pas plus fondées que celle de BuiTon, ne nous ofilrent pas une perq»eoliTe plus «gréahle : ils nous condamnent, nous , ou plntAt nos desoendans^ à voir les fleuves, -les laes, les rivières, toutes les mers, et l'océan lui-même, s' évaporer peu-à-peu, jusqu'à ce que la terre desséchée prenne feu au soleil-
Mal pour tuai, je préf<Srerais cette fin à l'autre : elle est plu» proraple , et le grand feu d'artifice qu'elle offre en perspective effraie moins l'imagination que l'éternelk mort glacée dont nous mena-^ çait Buffon.
Ajoutons que quelques chimistes nous asiUrenl que la terre doit renaitife de ses cendres > et qué cette grande combustion donnera lieu à une quantité d^eau si considérable , qu'il faudra qu'il s'en évapore pendant bien des siècles avant que quelques continens soient mis de nouveau à découvert.
Se terminerai cette lettre par une remarque qui Vous frappera sans doute; c'est que, quelque considérable que soit de nos jouts le nombre des volcans» il a dû l'être beaucoup plus encore autrefois.
n n'y a pas de pays o& Ton ne trouve , pour ainsi dire à chaque pas , des traces de volcans éteints ; On les reconnaît par les laves dont ils ont couvert le sol des environs y et qui s'étendeci souvent à de très-grandes distances.
Quelques géologues ont même été jusqu'à préten^^ dre que toutes les montagnes avaient une origine volcanique : ils ont eu tort ; mais il est constant que les recherches les plus éclairées nous montrent de jour en jour le nombre des anciens volcans comme plus grand qu'on ne l'avait cru jusqu'ici. On ne peut, en France y ùàxe des fouilles cijDquante lieues dans la même dkection, sans trouver des couches de laves. Les premiers volcans de la terre se sont presque tous ouverts dans le terrain primitif, avant que les terrains, secondaires fussent formés ; ils ont depuis
42 LKmiE I.
été recouverts par ces terrains, dont la formation
successive est si évidemment due à la mer ou à d^immenscs lacs d^cau douce. Mais n'anticipons pas sur ce que je pourrai avoir à vous dire plus tard, et contentons-nous de remarquer combien cette immense quantité de volcans ouverts dans le sol primitif, quand Técorce solide de la terre était moins épaisse, est favorable aux opinions dont je vous ai parlé. Plus tard, par la double raison de la diminution d'activité du foyer intérieur, et de Taugmcntation d'épaisseur de la couche qui le recouvre, Téruption' des volcans a dù être beaucoup moins fréquente, et c^est ce qui est arrivé en effet.
- Vous voyez que tt>us les phénomènes s^aecordent assez bien avec la supposition que la masse entière du globe terrestre a été primitivement dans un état d'incandescence, et même de volatilisation. Ce qui confirme encore cette hypothèse, c'est la forme même de la terre', renflée à Péquateur , aplatie au p^le; cette forme est précisément celle que ractionde la pesanteur a dû imprimer à une masse liquide. Une seule chose embarrassait les géologues partisans derincandescence primitive : c'était la difficulté de concevoir comment certaines roches , dont jusqu'ici on n^avait pu obtenir la fusion et la recomposition par aucun procédé artificiel» avaient pu être le résultat d*une cristallisation (1) au comment
(1) On «ifelle cristalUsaiion la forme régulière que pren- ' nent cofiëamment certains corps en passant de Fétat liquide a l^éCat solide.
cernent des choses. Mais cette difficulté u'cxiste " plus : un chimiste allemand, M. Mitcherlich , est parvenu tout réceimneiit à former ainsi les substances pierreuses. Eu exposant à la chaleur des hauts fourneaux les matières trouyées par Fanalyse dans plusieurs espèces de cristaux qui entrent dans la composition des roches, il a vu se produire ces cristaux avec leur forme et leur caractère. Il a refait ainsi de Famphibole , du mica , de Thyacinthe. tt Gétte précieuse découyerte, dit M. Guyier (1), parait porter enfin presque au degré d^une démon-» stration rigoureuse une hypothèse célèbre , avancée sans preuve par Descartes , Leibnitz etBufTon, et à laquelle les travaux récens de M. de Laplace avaient déjà donné un haut degré de vraisemhlancè. On * peut donc regarder anjonrd^hni comme une chose à pea près proofvée , que la terre a nne chaleur propre , indépendante de celle qu^elle reçoit du soleil, * et qui est un reste de sa chaleur originaire. Ce retour aux idées énoncées jadis par nos plus grands hommes prouve qu'il ne faut jamais mépriser les conjectures, même les plus hasardées, des hommes de génie ; c^t m de leurs privilège» que la yérité leur appa-* ralt souvent jusque dans leurs rêves.
(1) Discours sur les progrès récens de la cbimie , prononcé en mai 1S26 1 dans une séance des quatre académies.
LETTRE II
BE8 TBBKBLSKBNS 9E TEBHB.
Comme ks Toicans paraissent tous «voir lenns foyers sitaés dans les plus grandes profondenrs , et
au-dessous même des terrains primitife , on doit présumer que la cause qui produit leurs éruptions est très-voisine de la masse interne, si ce n'est pas la masse iateme elle^néme, comme tout porte à le croire.
Cest donc des voicans que je dois maintenant vous parler , pcmr suivre Tordre que je me suia
prescrit ; mais les tremblemens de terre sont des phénomènes qui accompagnent si fréquemment leurs éruptions» que je commencerai par vous en diris quelques mots , quoique peut-être je n'aie rien de nouveau à vous apprendre.
Les tremblemens de terre n'ont pas lieu uniquement sur les continens ; ils agitent souvent le ibnd de la mer , la masse entière de ses eaux ; et la secousse se communique parfois d'une manière très* sensible aux vaisseaux qui voguent à sa surface. Le capitaine Osmen voyageant en 1660 dans les mer»
BIS muiaufs bs t&u
du Sud, le vaisseau éprouva des secousses qiu eemisionèrent une grande frayeur à l'équipage. On jeta Fancre , et on vit qu'on était bien loin de toucher la terre. La même chose arriva k Lemaire dans le détroit (foi porte son nom. lie fameux tretnMemeat de terre qui di6tnnsit lisboniief le l** noreiÉbre 1755, sepnrfoiigea, àce qu^il paratt, k desdktances immenses; et le même jour, une agitation extraordinaire des eaux , sans aucun mouvement' sensible sur la terre , fut observée en difierens endrgits de rAngielerre(l).
Les tremblonient de terre se font ressentiri tantôt dans un espace trds-limité, tantôt dans une étendue de pays trèa-considérable; on en a vn agiter le sol à plusieurs centaines de lieues, et, dans ce cas , ils n'ont jamais lieu sans être suivis d^érup- . tions volcaniques.
Les pays qui avoisinent les volcans brôlans sont incontestablement ks pins eiqiosés an tremblemens de terre; mais il existe quelques régions» comme la côte de Barbarie et le pays de Maroc | qui font exception à cet égard : ils sont agités de secousses fréquentes , sans avoir à souffrir des ravages des volcans. Une xdiose remarquable pourtant| c^est que, dans les pays où ce phénomène se remarque^ on retrouve des traces incontestables de voVcans étdnts. Urne sendile, medame, que œci prouve d*une manière assez évidente que la cause des tremblcmens de terre est toujours analogue k cel *
<t) TfsasMlioas phUotopliiq|mi.
le qui produities éruptions ; et que, si quelquefois ils se font ressentir sans en être accompagnés ni suivis , cela tient h ce que reflfort des matières enflammées n^est pas assez considérable pour triompher de larésistance que lui oppose la CHroûte minérale^ Le revers n^rîdional des Pyrénées est exposé k des secousses si fréquentes , que M. Ramond a compté à BagnèreS'dc-Bigorre jusqu'à soixante tremblemens déterre : aussi remarque-t-on de toutes parts, dans ces montagnes , des traces très-évidentes d^éruptions volcaniques. Il en est qu^on suppose ne pas remonter aui^delà du quaftorzîème siècle. Ali reste y il ne &nt pas perdre de vue que , quand il n^ a pas de volcans dans les pays à tremblenens de terre, on y remarque constamment des sources Iher* maies.
Les secousses des tremblcmens de terre différent, quant a là durée , depuis quelques secondes jusqu'à deux sdnntes et ^us ; elles ne difilèrent paë moins rquant à leur nature t tantôt , ën effet , elles se font ressentir comme de simples balancemen s , comparables à ceux qu'on éprouve sur les ondes ; tantôt . on serait tenté de croire qu'elles sont le résultat d'une percussion violente , qui aurait lieu de Tintérieur à Textérieur ; quelquefois , enfin , le sol a Tair de se mouv<»r en tournoyant sur lui-même »et 1 efi^B^ est asses sensible pour indispôser les personnes suseeptâ>lesd*étre incommodées par la mer ou étourdies sur les bauteurs : cet clTct a été remarqué très-souvent.
Quant à rintensité des secousses » cUe u csl pas
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moins variable que leur durée et leur nature ; elles sont si faibles quelquefois , que lors même qu^elies surviennent au milieu de la nuit , on ne s'en aper- . voit çuèn qu^aux légers moaremens qu'ellas Imprir ment ans batteries de cuisine , et au bruit des cloches , qu'elles Ibnt sonner en agitant les murs ^pii les soutiennent.
' Dans d'autres cas , et malheureusement trop souvent , les tremblemens de terre sont des phénomènerterribles qui causent des désastres incalculables ^ et ruinent entièrement le pays où ils se font ressett> tir : tel fut , an 1755 ^ cehd qui fit périr plus de quarante mille personnes à Lisbonne et dans les envi* rons ; tel fut encore celui qui ravagea la Sicile en 1693 , et qui se fit sentir d'une manière si épouvantable à la Jamaïque. £t , il y a à peine deux ans, troosayaB pu lire dans les journaux quelques détails sur les tremblemens qui ont détruit Alep , et forcé ceux de ses malheureux habitans qui purent échapper , à abandonner la ville ponr chercher leur salut sous des tentes , au milieu des déserts.
Won-seuleraent ces terribles tremblemens de ler- .re détruisent les hommes et leurs habitations , mais ils ont encore asses dé puissance pour changer , au point de le rendre méconnaissable y Taspect du sol qu'il» ont ébranlé ; ils précipitent du sommet des plus hautes montagnes d'énormes rochers ; quand les couches supérieures se trouvent placées sur un terrain meuble, des montagnes entières i)euvent même être renversées , et vont couvrir de leurs débris les plaines sur Jesquelles elles 4ominaien^
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tfoivreat k «ours des flairos et des ttfié»et est siis> pendu , les lacs sont sabiteneiit dessééhést, tendis
que des sources d'eau considérables jaillissent dans des lieux inaccoutumés. Sur les côtes , on yoit la mer s'éloigner rapidement, et laisser ses rivages à sec y ou bien, au contraire , soulever ses flota d'une manière effrayante , beancoupan-dessiis de lew wâh ireau ordinaire, €t inondes de audheorenx payscontre lesquels toute la nature parait conjurée. So 1566, un tremblement déterre, qui eut lieu prèsde Lima dans une étendue de cent soixante-deux lieues , fit monter la mer de quatorze brasses ; à la suite d'uD autre , i'ile de f ormoso se trouva , pendant douze heures , entièrement cenverte par la mer ; à Xisbonne , la première secousse fit remonler les eaù du Tage y qui inotfdèsent la Tflk.
Dansles ancienstreinblemensde terre^ il parait qm des gaz enflammés se dégageaient souvent des fissures produites par les secousses; mais on ne trouve aucune observation bien constatée de ce fait dans les relations modernes ; et si des incendies yiolens se sont «anifestés quelquefois, •oommo cela eut lieu k iâsj|^onne , ce n*a jamais été qnè dans des liens habités ^ où ils ont été produite par des foyers domeeliques.
Vous eoifiprendrez facilement , sans doute , corn** ment les phénomènes dont je viens de parler doivent être le résultat naturel des inégalités , souvent très considérables, qui snnriennent si^bi^ment dans le soi , agité«par les secousees.
Si , en efibt , une partie dn Ut d\me tifiè» s'4- Hre, cette partie restera nécessairement à sec; e(