‹ Lettres sur les révolutions du globe (volume 2)Chapitre 5 sur 26 · LETTRE III · texte numérisé non relu

LETTRE III

DES YOLGA.IfS.

D'après le peu que je vous ai déjà dit anr les vol^ cans, voas deves assez disposée à les coBsidéfier comme de tastes floiipîmitx.y parle mQyeB'âesq[iiela qael<{ues parties des matières en fusion qui Ibrmeiil

la masse interne s^échappent avec violence pour Tenir se répandre sur la surface du sol. Cette manière d'envisager les éruptions volcaniques est | je crois ^ plus latisfiEdsante qu^anciitie de celles qui ont «été pr<qposéeB}iisfa*îcl pour les esf^qoer. Touleales km* très hypothèses^ en effet, rapportant les éruptions à des causes purement locales , ne peuvent rendre raison de la singulière ressemblance qui existe entre les produits volcaniques rejetés aux extrémités les plus éloignées du globe.

On a oni expliquer suffisamment la formation des Volcans en supposant que les matières inflammables renfermées dans le sein de la terre prenaient feu spontanément; mais on n'a pas réfléchi que, pour que la combustion eût lieu^ il faudrait uécessaire-

Digitizad

54 LETTAE III. ^

ment le contact de Pair , et que 1^ foyer de3 volcans ett situé à des profondeurs trop considérables pour qu^on puisse supposer que Tair y pénètre. Ce qui prouve suHout tcombien cette supposition est peu fondée, c'est que quand, par accident, le feu prend dans les mines , Tincendic ne s'étend jamais au-delà de la limite des travaux, c^est-à-dire au* delà des lieux dans lesquels Tair peut pénétrer par les ouvertures qui se rendent à la surteice du sol.

On a supposé aussi que c*étaient les bases salifiables des terres et des alcalis qui s^enflammaient pour produire les volcans : je ne développerai ni ne réfuterai cette supposition; car il me faudrait pour cela entrer dans des détails qui demanderaient, pour être compris , quelques connaissances dea pretsntn priacqws de la cbimie (1).

• Il fiiujt cependant qoe je vous dise im mot d%né hypoiâièse qm a fait grand bkiit d'abord, et qui

pendant assez long-temps a été adoptée sans con-> tradiction : on la doit à Lémery , célèbre chimiste^ qui crut avoir trouvé le moyen de faire des volcans artificiels. Voici comi|ie il s'y prenait

U finsait fidre on trou dma la terre, nwtfeHt du fer tBPeeo dU' soufre antfcad de ce trou, puis huméelitil^le mélange : il t^és«lteitHle be procédé, toot^àfait semblable h celui au moyen duquel on obtient le dégagement du gaz hydrogène , qu'on emploie si

' (il'Gette bypoUièse a pourtant beniotmp de rapport avec la ihéorie de sir IIumpKr) Davi sur Ift cause île la èliiileiirtllIeTBe du globe. Y. cette dernière note à U fin du volume.

généraleoMBl M{oard^Ii« pour Téc^ifag» àé Btris,

1^ un dégagement considérable de ce gaz ; 2'* la production d^une chaJeur très-intense ; 3® une explosion proportionnée à la quantité des matières employée». Cette expérienoa différait pourtant, quant ù«a na-» tare , des phénomènes qui ont lieu dana les monta-^ gnea volcaiiiquea. D'abord Lteery mettait du fer à Tétat métallique dans son trou , et on ne troaye paa dans Fintérieur de la terre un sent atome de fer n»i tif : ce métal y est toujours dans un état de combinaison qui fait qu'on ne peut se le procurer que par suite d'opérations artificielles. Ensuite , quand on admettrait, contre tout ce que Tobservation nous apprend, Texistence d'une assez grande quantité de fer natif pour produire les Toleans , on serait * bien loin de pouvoir expliquer par rbypotlièse de Lémery les phénomènes les plus saillans des éruptions volcaniques. Cette hypothèse n'explique en effet que la première explosion accompagnée des matières soulevées par elle ; car aussitôt que le gaz enflammé sera parvenu a se faire jour à la aurfiice du sol, Téruption ne doit plus c<»iâster que dans h continuation du dégagemei^ de ce gaz , et les voloans ne devrmnt être , après la premîèFf explosioBi que des lampes immenses , très-commodes pour éclairer les contrées voisines tant qu'elles resteraient allumées.

La production des laves est surtout inexplicable dans. les idées de Lemery, qui ne rend mémt paf JÉaîaDn de Tezistence de ceux, des tremblemena de tem'^ui se fo»t sentir h des distances immenses»

En général , toute hypothèse dans laquelle on con sidère les laves comme le résultat de la simple fiiaion des parties métalliques qui se trouvent accidettlellement dans Tintérieur de la «roûte miné* nile 6tt par cela même iBadmissibk j ear le feu ne se oemfBlin^ae point dana les matières minérales aree autant de facilité que cette explication le svp^ pose. On peut entretenir, pendant plusieurs années , dans un même lieu , une chaleur de 143» du pyromètre ( c'est-à-dire une chaleur capable de fondre le fer ) , sans que les corps environnans en soient altérés; une distance de quelques pieds suffit pour les mettr»à rabri : comment donc pourrait^ on eoncevok^^que Tetnlirasement desTolcans se com* mnniquÀt k dressez grandes distances pour fondre les masses énormes de laves qu^ils rejettent. D'ailleurs, je le répète, si les laves ne sont que le résultat de la fusion des matières minérales qui se trouvent près du foyer allumé , pourquoi ne difCh^ rent^eUes pa» eoÊoaùé la nature des terrains où a'altaie ce foyer P pourquoi sont-elles si parftitement ëemblal^s entre elles , que ceUes qoi sortent det volcans situés aux extrémités les plus éloignées de la terre , ou qui appartieniicnt à ceux qui remontent aux époques les plus reculées , ne diffèrent pas plus entre elles que si elles sortaient du même foyer dans deux éruptions consécutives?

La quantité des matières reloUespréseate encore «ne difteulté non moins insunnontable ; car TEtaui ^ le Vésnve , et beaucoup d'autres volcans , ont vomty k différentes 'reprises , plus de matières brûlantes

de toute espèce , en laves , en cendres , en gai , qu'il faudrait poor former la totalité de la mon- Uignc d*oà elles tonft aolrtieitf Ces matières n'ont donc été détsMshées 4es ianos 4t 1» montagne» étf à filns forle vMSon, é\m lleaToiini'deton.soiiiniei^j comme |e supposait Buffom 'Tont le terrant tpà. €ê^ vironne Naples, à plusieurs lieues à la ronde, est évidemment produit par différentes éruptions volcani^es, et la matière des laves se trouve jusque bien au-dessous du niveau de la mer. Le pavé des rues de Fcnopéia était formé deeelte matière, dont on troove de plus une cooche t rès^ éfais s e sons les f^ademens de la Tâle; ce qui pronTO, de la manière la plus évidente ; qu^l y a eu des éruption9 du Vésuve antérieures à celle de 79. Depuis cette époque , les matières volcaniques entassées sur la ville par les éruptions Tont couverte d'une couche -de 10 à 12 pieds d'épaisseur. Quant à fierculanum, oomme cette TÎlk était siloée beanooiqi pins près que Pompéia da volcan , la inalière des laves s^est aeeumiilée sur elle en bien plus grande quantité ; elle est maintenant couverte d'une couche de produits volcaniques de 70 à 100 et jusqu'à 112 pieds d'épaisseur.

Tous ces faits prouvent clairement oombien il serait absurde de regarder comme de simples débris du Vésuve ^ de TEtna un* étendue de lextaindAnt ' le volume total eit si disproportionné avec celui de

ces montagnes ; mais , loin qu^on puisse s^arréter à

une pareille idée , il est prouvé que ce sont les éruptions elles-mêmes qui forment Jies montages. Le .

uffm m

Vésuve était, du temps des Romains, beaucoup moins volumineux qu'il ne Test aujourd'hui; d'après les descriptions qu*en ont laissées Strabc^^ Dion et Yitimve, il parait que^ de leur temps ^ la montagne appdée mamtenant i^MMfmAait la totalité dn Véaure; qae réruption qui eut lieu du temps de IPline renverra la portion du eône qui était vers la mer, et donna à cette partie de la montagne les dimensions et l'aspect qu'on lui voit maintenant. Quant au Vésuve, tel qu'il existe aujourd'hui , il a •été élevé par les éruptions subséquentes.

Une description du cratère du Vésuve, donnée •fAT Bh'Msini, qui y était descendu peu de temps avant Téniption de 1991 f prouve que, depuis ce •temps , la-montagne aVat prodigieusement compliquée (1). ^

Si l'origine de beaucoup de montagnes volcaniques ne peut, £iutc de relations suffisamment exactes, et à cause de la grande antiquité à laquelle eUe remonte, être prouvée d'une manière satisfiii- .sante, il en est quelquea^mes dont la formation, phiB récente , nous est connue de la manière la plus authentique. Ainsi deux relations de témoins oculaires montrent comment le Monte-Nuovo se forma, pendant une explosion violente, le 29 septembre 1638, dans un lieu où se trouvaient des eauzthermatea. Ju^éruption fut précédée de flammes qu^on aperçut vm une heure de la nuit; le Un a^accrut^ •et ifémptioo commença ; elle continua sans inter^

(1) Voyez note VU.

ruption pendant deux jours et deux nuits, après, quoi, les phénomènes clFrayans ayant cessée on. aperçut distinctement, dans la vallée où se trouvaient les bains d'eaux minérales , une montais de trois milles de circonférence , et dont la base couvrait une partie de ces liains et unehâteau dont nos descendans seront peut-être un jour Inen surpris de trouver les débris. Cette nouvelle montagne, dont i]BL position est parfaitement déctite, a con* servé jusqu'à ce jour le nom de Monte-Nuovo ; elle est très-voisine du Monte-Barharo , qui ne peut avoir eu une origine différente , mais dont la formation est antérieure. Tout porte à croire que Tile d'Ischia doit s^étre élevée du fond de la mer par suite d*une éruption sous-marine. L'histoire nous appsend qno les fies de Liparie ont été formées de la même manière. En 1707 , une nouvelle ile parut dans TArcbipel. Ces faits confirment merveilleusement les détails qu'ont donnés Strabon , Pline , Justin et d'autres auteurs , sur la formation de plusieurs iles de TArchipel, anciennement nommées les Cydadet^ qui s'étaient élevées de même du fond de la mer. Suivant Pline , la 4* année de la 135* olympiade , 287 ans ayant Jésus-Christ , les tles de Tera ( aujourd'hui . Santorini) et de Therasia furent formées par explosion; et, 1300 ans plus tard, on vit s'élever Uiera (aujourd'hui le Grand Kammeni). ^

Les volcans éteints, dont on trouve, comme je Tai déjà dit , des traces nombreuses dans tous les pays, loind'avoii^ été moins formidables que cens qui sont enjCore en activité de nos jours , paraissent .

0( ums tu.

avoir en général doilRé des produits plus considérables encore. En France , c'est dans le Vivarais et le Velay qu'on trouve les traces les plus étendues de CCS éruptions.

faujas de Saintrf ond a reconnu une bande de terrain Toloeii^Qe de fNrès de 80 lienos de longneor sur 4 de laigeor (tenne moyen ce qui donne mie tnrfi^ de IQé lieues eanrées^ de eerte que , quand on ne supposerait pas à ce terrain une profondeur de plus de 60 pieds, on aurait encore une masse assez considérable pour être bien sûr qu'elle n'a pu être produite par la fusion de Tintérienr d'aucune dei Montagnes des environs.

iki a eramt uninstant que les petites cavités ^ai SMUt réenltéee eons Paria dea pierres extraite» ponr ki conatmotions ne menaçassent la sûreté d^une par^ \ie de la ville ; que serait-ce donc pour les pays comme l'Italie et les parties de la France où des masses aussi énormes auraient été enlevées à la croûte minérale] cornaient concevoir que les cavités im» menses qai devraient nécessairement «zister sons le sel » dans cette eapposilion f n^eosaent jamais prodnit aneon acddenk?

Cette «onsidératioii , jointe à tontes orike «pie fai présentées , ne vous parait-elle pas propre à confira mer l'opinion qui donne pour origine aux matières volcaniques la masse brûlante qui compose la masse interne elle-même ? alors cette masse tout entière foiinusSant la matière dea éruptions , leur quantité Wn^pluarieaquidoivuéteuer, etêUe devientméme - |iresque insensible en compandsoii de la masse im-

même cUiu laquelle oa suf^ose qu'elles prennent / leur source. •

Si rhjrpoUièee qae nom «dmettom laim cette diffiottltéy si elle explique si bien Texislenee dee trem^ lilemens jle terre qui se fuit sentir eux plus gran^ des diâtanees , ridcntité de la composition des laves de tous les volcans de la terre , la ressemblance qu'elles présentent avec les plus anciens minéraux du sol prtmordiAl» ainsi que leur état d'incandes* oence ; si elle rend raison avec la même facilité de la ohalenr des sonroes d'eau minérale f ai elle est confirmée enfin par tontes les raisom que nom arom de croire à Tancienétat de fluidité du globe, ^avouerai , car il faut tout dire , qu elle n'explique pas aussi facilement le développement considérable des matières gazeuses qui accompagnent et suivent toutes les éruption <^ , et qui ne peuvent guère être que le résultat de la décomposition des parties aqne»* ses et terreuses da sol des montagnes Yckaniquea. Mais ee n^est pas une raison pour rej^r une hypothèse que tout concourt si merveilleusement à établir : elle sèule , par exemple , peut satisfaire Tesprit effrayé de la force prodigieuse qu il faut admettre dam le foyer des volcans pour élever les laves jus-> qu^au sommet de la montagne. Dam Tile de Xénériffe, le cratère dn yoloan est éleré de 0,000 mètres an^iessm de Tocélin» ce qui nécessite pour élever les laves, quand on ne supposerait pas le foyer plus bas que le fond de la mer , une force égale à la prèssionde 1,500 atmosphères. Or , comme Tasmosphèrc exerce sur nous une pression égale à celle qui ic-

'UXTBB tn.

rait produite par une colonne de 32 piedi> d'eau , on voit qu*on doit admettra, dans le foyer du volcan de Ténériffe , une force d'impulsion capable de soulever une masse d'eau de 48,000 pieds , c'est-à-dire de trois on quatre lieues d'élévation; or on ne peut •apposer dans la croûte minérale aucune fosee qui approche , même delnen loin, de eeUe-cL

On connaît actuellement avec exactitude une cen* laine de volcans brûlans ; on peut raisonnablement supposer que le nombre de ceux dont la position n'est pas encore déterminée n'est guère moins considérable. La moitié an moins des yolcans dont la Âtuation nous est connue se trouvent sur les Iles de l*océan , et la plupart de ceux qui composent Tautre sont situés au bord de la mer, ou à peu de distance des côtes. Cette circonstance a toujours été remarquée des naturalistes, et on y a de tout temps attaché une grande importance. On ne peut pourtant donner aucune* raison bien satisfaisante de cette situation \ il est yrai qu'on £ût jouer un grand râle , dans plusieurs hypothèses, aux commumcationi qu^on suppose exister entre la mer et les foyers toI- <»niqnes , mais il n'est pas facile de se rendre compte de la manière dont cette communication peut avoir lieu. Plusieurs volcans sont situés à plus de 40 lieues ^e la mer, quels moyens de communication peut-on supposer à une pareille distance? Tout proure, comme f aurai oceasiim de le montrèr plus tard, que les filtrations de la mer ayanoent fort peu dans les terres , et que tout ce qu'on a dit à cet égard est très-exagéré. ^

Après m^étre si long- temps étendu sur les causes générales de la production des volcans, je me rois forcé de renvoyer à une prochaine lettre le peu de détails qui me restent à ajouter sur quelques-uns des phénomènes particuliers qu'ils présentent.

LETTRE XT3

G0!inin]ATI01f DES rOLCANS.

Puisque vous m'accusez, madame , ii faut bien que je sois coupable; et je vais réparer ma faute, définissant aussi exactement que je pourrai les mots dont j'aurai à me s^ryir dans ce qui me reste à TOUS écrire sur les volcans.

On appelk yolo^m^ tantôt le réceptacle où se préparent les éruptions, tantôt la montagne produite par elles : souvent enfin on désigne par ce nom la montagne elle réceptacle ensemble.

Le mot de foyer désigne toujours le réceptacle qui contient les matières en incandescence et les causes incandescentes.

La dieminée est le conduit qui amène les yapeurs pendant ou après les éruptions.

Le cratère est le cône renversé qui termine la cbeminée ; sa structure est ordinairement très-compliquée , parce que chaque éruption la modifie en y ajoutant quel<lue chose : elle est simple dans le cas où il n'y a qu'une seule éruption. Aucun des volcans actuellement brûlans n'est dans ce cas; et on

n'en trouve de semblables que panni les volcans éteints: en Jbrance, par exemple , sur ki borcb

Chaipie éraption donne liea à un nouvetu età^ 1ère et 3 en résulte une nouvelle petite montagne, formée parla lare et les autres produits des déjec* tiens incohérentes qui surviennent avant Téruption, pendant et après elle. Le Vésuve présente cette complication d'une manière très-marc^uée, et il en est de même pour TEtna; dans ce dernier, Toft ofw dinaîrement la dbeminée principale rester tm^ quille, tandis que vers le hàêû se forme ne étup» tion. Le même phénomène a élé observé àTénériie et dans beaucoup d'autres lieux.

Les éruptions volcaniques sont précédées de symptômes précurseurs qu^on a observés particulièrement dans celles du VésuTe^ car cemme cette montagne est située dans un pays oh se mut trouvés, dqpuis quelques siédes, un grand nombre de bons obs^^ . tuteurs, ils ont eu soin de donner une description exacte de tout ee qu^ils avaient sous les yeux.

LorsquHme nouvelle éruption doit avoir lieu , rémission des vapeurs augmente pour Fordinaire à la cheminée centrale, de légers tremblemens de terre se font sentir, et on entend des bruits sonterrains ; les eauA minérales exaltèrent, les eaux douces se tronblenl, Vtm des puits diange de aireau , quel* 4 quefois les puits eux-mêmes se sèchent entièrement; enfin, on remarque souvent un dégagement d'acide carbonique dans les caves et autr^ lieux enfo^és sous le soL

$9, ' IVRll IV»

Souvent les tremblcmens de terre se font sentir pendant la durée même de Téruption ; quelquefois la terre n*éprouye aucune secousse , et Téniption est dite tranquille.

. De même tpCon apprécie asiez bien Tékiignement du tonnerre par Tintenralle qui sépare le momenft

où réclair brille de celui où l'on entend la détonation, on a cherché à calculer la profondeur des foyers volcaniques par le temps qui sépare l'éruption du bmit *qui la précède. 11 ne paraît pas qu'on soit parvèuu, par ce moyen^ à des résultats bie& positifs; mais cens qu'on a obtenus tendent à faire regarder ^tte profondeur comme immense.

Les laves sont les principaux produits rejetés dans les éruptions volcaniques; ce sont des matières métalliques en fusion, visqueuses, incandescentes^ qui sortent du cratère comme une vaste nappe de liquide enflanuné , coulent sur le terrain en renTer«» nnt ou brûlant tout ce qui s*oppose à leur passage» et s^avapcent avec une vitesse qui dépend de la force d^mpnlsion primUiTe, de la pente dutemdn» et des obstacles qui peuvent s'opposer à son cours. Suivant les modifications qu'apportent ces différentes circonstances , les laves mettept des années pour s'avancer de deux lieues, ou bien parcourent jusqu'à bnit lieues en vingt-quatre heures. Le temps què lés laves mettent à se refiroidir est ftrès*variable: il est naturel <[ne les pluies et les conrans d'eau de toute espèce Taecélèreift ; les Iknx marécageux dâna lesquels elles descendent produisent aussi nécessairement le même eflet.

9BS TCMLOâKB. 67

La' sapefûda deê laves te refroidit et te dnrck

beaucoup plasTite que rintérîcur , et il arrive souvent qu'on voit sortir d'une masse de lave un courant de matières incandescentes; quelquefois aussi on voit y à travers des fentes qui se forment à la surface , déjà refroidie, la matière eaeore br4lante à l'intérieur.

n est très-importaiit de noter fa*<m ne doit pas plus juger d^on courant de laves par les surlaees qu'il présente à Fair , que d'un métal en fusion par les scories qui le recouvrent.

Un dégagement très-lent et paisible de vapeurs peu abondantes, mais corrosives et qui dégagent beaoeonp de soufre, succède ordinairemeiit aux éruptions de laves.

Des vapeurs bien plus intenses scmteeUes quiré^ sultent de la trituration des laves, qui, réduites en poussière très-fine par le choc qu'elles éprouvent en l'air, forment ce qu'on appelle les cendres volcaniques. Ces cendres couvrent Thorizon d'un voile si épais, que, dans topt l'espace au*dessns énqnel elles se trouvent, on ne peut marcher qu^li Faide d*une lumière. Les vents transportent les cendres voIcaniq[ue8 aux distantes les plus éloignées , et souvent avec la plus grande rapidité. On ne s'en étonnera pas , si on fait attention que la vitesse du vent peut aller jusqu'à 132 pieds par seconde, ce qui ferait 29 Henes par heure, et 700 Ueoes par 24 heures , s^l soufflait pendant tout ce temps dans une même direction et avec la même violence.

On voit quelquefois sortir de la montagne , pen-

•8 LETÏ&E IV.

dantrérupiion, une grande quantité d'eau boueuse; mais y comme on Fimagine fiicUement, ce n^est pas une raison pour croire , comme planeurs naturalis-. tes , à de Téritables éruptions boueuses. Cette circonstance s'explique aisément , ijuand on sait que les cavités des montagnes volcaniques renferment souvent de vastes amas d'eau : si. doue ces cavités viennent 11 être trouées, les eaux s'échapperont, entrainant avec elles les terres dont elles sont chargées, et quelquefois les poissons cpti s^y nourrissaient. M. de Humbold a obserré ce phénomène, et il a' .

décrit les poissons rejetés des flancs de la mon-

tagne.

Un autre phénomène pourrait plus facilement in- • duire en erreur , en simulant des éruptions aqueuses. Il arrive quelquefois , quand les éruptions ont lieu dans un instant ou Tatmosphère est très-rcbargée d^humidité, que Tair brûlant qui sort du cratère dissout cette humidité et la refoule dans les répons supérieures ; alors Teau se condense, pour retomber en torrens qui entraînent à de grandes distances la terre de la montagne , les pierres , etc. ; et comme le cratère est enveloppé dans l'obscurité , on se persuade facilement que ces torrens sont rejetés par son ouvetture.

11 n'est pas rare de voir des éruptions sans laves; lorsque cela arrive, la montagne volcanique éprouve presque toujours un bouleversement complet et nu abaissement sensible de sou sommet. Dans les Andes, des montagnes ont perdu jusqu'à la cin.. qnième ou sixième partie de leur hauteur ; mais dans

BBS TOIOAirs. . 69

re cas, la base gagnait ce que le sommet perdait.

De même qu'il y a des tremblcmcns de terre sous-marins, il y a aussi des volcans sous-marins. On eh connait dans FArchipel grec, près de Fis-* lande, etc.; leur existence est incontestable, et , leurs éruptions sont accompagnées des mêmes tremblemens de tei^re, des mêmes dégagemens de Tapeurs que celles qui ont lieu sur le continent; ils sont du reste assez peu connus, à cause de la difficulté de les observer.

Une choae importante à remarquer , c'est que tous les volcans connus jasqa*ici sont assis directement •ur le sol primitif; il n*y a aucune exception à cet égard , ni pour les anciens , ni pour ceux qui sont encore brûlans : le sol de transport et de sédiment , quand on le rencontre dans les montagnoji \ulcaniques , est toujours placé au-dessus des courbes de laves, de sorte qu'où ue peut se dissimuler, qu il aét<^ le résultat d'un ordre de choses subséquenljàil* première éruption.. r « .

Je terminerai ici, madame , ce qjae favaisrii yous dire sur les yolcans ; mais , pour tous ^ou^cr une idée plus exacte du tableau que peut présenter une éruption, je vais faire transcrire, pour vous Tenvojer, la relation d'une éruption volcanique de. 1 Etna en 1069 ; j'y joindrai la relation fort courts de l'observation d*une ile nouvelle , sortie de la meK près de Tercère, en 1720, à la suite d^ime éruption» sons-marine (1). .

(l) Voyez, le» uolcs Y, Y l et VII.

LETTRE V

B£ L*iGO&G£ MlN£RA.i£ DU ^hWi»

Tout concourt, c(Hnme tous avez pu le voir, tnadame > à nous fiore considérer la masse interné comme un énorme amas de matières métalliqpet fbndues par la cbaleur ; cependant «quelque concluantes que me paraissent les considérations que j'ai eu Fhonneur de vous présenter, nous serons toujours forcés de reconnaître que nous n'avons sur ce sujet que des conjectures, et jamais sans . éôute nous ne connaitrous par Tobservation directe ce que le raisonnement nous porte à admettre suf ee^ point. U n*en est pas ainsi relatirement à la croûte -minérale , cette partie qu^on doit considérer eomme la coque qui enveloppe la terre.' De celleci nous connaissons au moins , par une obscrv ation directe et assez facile , sa partie la plus superûcieile^ jusqu'à 15 ou 1,800 toises. Si on ne pouvait aller au-delà, ce serait bien peu de chose sans doute eu conqparaison de l'épaisseur totale du sphéroïde , ou même seulement de Técorce minérale, s^é»

tend incomparablement plus loin; mais les révolutions éprouvées sur le globe fournissent aux géolo-

BS L'icOACE miftAXE DO GLOBE. 71

goei dn mojma bêttxcoup phM ètendui d*eip}ora«

n CfltliMii fiicfle en effet de te comrahMre que les montagnes dites primitives , c'est-à-dire les plus anciennes et les plus élevées , ne sont point formées par unç accumulation plus considérable des dernières eoncbes , bhob par un redrettenwiit de toulct les couches qat knr élévation eomporte , de sorte qae ]« coimaissanct de la cMnposilioii d^iine montagne, élerée de 4,00^ toises, je suppose , an-dessns du ni» ▼eau de la mer, est équivalente à celle qu'on acquerrait en examinant, au moyen de fouilles artificielles, les différentes couches dont le terrain est formé jusqu*à la profondeur de 4,0i>0 toises.

Un autre moyen d*ex]^ontîonoommode est fourni ans géologues par le» tremUemeiis de terre; leurs •eooosses yiokntes ojFanl son? eut re&Tersé et jeté , dans une position presque korusentale, des masses im* mensesdusol, elles ont rendu superficielles des couches que leur profondeur naturelle aurait sans doute long-temps dérobées à nos recherches. C est par ces moyens que les géologues pemrent se flatter d'avoir «oquis une connaissance asseï satisHsisante du sol, jusqu^à plusieurs lienee de profondeur. Les volcans, enfin , fournissent encore on dernier mojen, Inen . accessoire à la vérité, en ramenant de rintériear do sol quelques matières qui n'ont éprouvé aucune espèce d'altération.

On distingue dans l'écorce minérale deux parties: 1« le sol primordial 9 qu'on suppose avoir reeovrertde toute aneitnnelè 1« sphérosde; 2*te sol

'72 LETTRE V

de transport et de sédiment, qui , plus superficiel que le premier, Fenveloppe dans toute son étendue. On Ta nommé ainsi parce qu^il est principalement formé des matières transportées par les eau&on déposées par elles. Nous voyons encore les parties les plus récentes de ce sol se former sous nos yeux au dessus des plus anciennes , par la décomposition ou Téboulement des montagnes; parTaotion des fleuves, qui déposent les matières terreuses qu'ils tiennent en suspension; par les éruptions roloaniques, etc.

L^écoKce minérale ne porte point les caractères d^une masse formée d^un seul Jet; elle #st, au contraire , composée d'un nombre très-considérable de couches, qui sont évidemment le rivsuUat d'opérations successives. Ces couches diffèrent entre elles sous le rapport de leur épaisseur , de leur composition, et des produits qu'elles renferment. Il me suffira pour donner une idée de leur nombre, de dire que celles dont Tépaisseur passe dix mètres sont dites trè8*puissantes, et que leur ensemble compose pourtant toute la profondeur de Técorce minérale , qui s'étend jusqu'à plusieurs lieues.

Les couches du sol primordial diffèrent de celles dont se compose le sol de transport et de sédiment, non-seulement par leur contexture presque toujours plus dense , et par leur épaisseur plus considérable, mais aussi par leur situation. En général, elles conservent mieux la situation horizontale , elles restent ^ parallèles entre elles dans une plus grande étendue ; enfin, on les voit moins souvent que celles du sol de sédiment diminuer progressivement d'épais*.

M L*£c<mci xnriiAiB vu oton. 7Z

6cur, et disparaître lucme tout-à-l'ait dans certains lieux. Les couches du sol primordial sont , en géné-^ ral| composées de matières plus dures que celles du terram de-transport et de sédiment , et c*est à elles que convieiidrait particulièrement le nom de roche, pris dans racccption qu^on lui donne ordinairement; car en général on ne désigne par ce nom que les substances minérales d'une contexture dure et pesante* 11 n'en est pas ainsi dans les ouvrages de géologie : on j distingue par le nom générique de roc^la matière d^nne couche , quelle que soit sa nature, fût-elle d*argile ou de sahle. . i C*est une question qui nVst pas encore résolue pour les géologues , que celle de savoir quel a été le mode déformation des couches du sol i)riinitif. Les uns. le regardent comme le résultat de la cristallisation des partiea les plus superficielles du sphécoïde lorsqu^il commença à se refroidir ; et on désigne ceux qui ont cette opinion sous le' nom de 'vnlcanistea ou plutonistes. Les autres , au contraire , les regardent comme des précipités formés dans des mers'

qui en tenaient en dissolution les principes coustituans.

Relativement aux couches du sol de transport , il n'y a qu'une opinion , et tout le monde s'accorde k les regarder comme formées par les eaux.

On se tromperait beaucoup si on considérait les différentes parties qui composent le globe comme dans un état permanent de repos et de tranquillité. Si les couches dont se compose la croule minérale ne sont pas incessamment agitées comme ks parties,

tnfu T.

liquides et gazeuses qui sont à sa surface (la mer et Fair) , elles sont pourtant presque continuellement modifiées , déplacées , usées , par les compositiona el décompositions, par Tagitation qa*j cainsent le» amrces situées à des profondeurs très^grandes , et surfont par les trembUmens de ferve. H n*y a smomiepartîe de réeoree minérale qui B*aîtété ainsi plus ou moins fortement agitée à plusieurs reprises: ce sont tous ces mouvemens qui ont causé les modiiioations dont nous avons parlé. Si on pénétrait plus ayant dans Finténeur du globe, et qu'on arrivât dans la masse interne » tout porte à croire qu'on la Terrait agitée de mouTenens plus firécpena ^ plus violen» encore (1). Ces nuMmmens doivent être favorisés par Tétat de liquidité brûlante dans lequel elle se trouve , et par les éruptions qui ne peuvent manquer de déterminer à la longue , dans son intérieur , des vides assez sensibles. Je ne parle pas de Faction du magnétisme , qui , dans les idées les plus pn^blesy doit l'agiter incessamment. Ainsi tout est réellement en monrement , tout ehange sur ce globe , qui nous paraftrait au premier ooup-d'œil dans un état de fixité si parfaite.

Je ne donnerai point ici les noms des roches dont se composent les couches du sol primordial , jus* qu'aux profondeurs aiizi|aeUes il nons est poss&le dapénétrert ilsne vonepréseiliefaîeatfMdii aaiM

( 1 ) On a trouTé même dans la considération de ces mouvomens la matière dNme foits objection contre rh}^iotlièse de Uqadictiûn totale de la nasse ibterae. (Yqjres note IV.)

m L^iQoiGB amiiAiji mr «ion. 711

plus ou moins barbares, sans laisser aucune idée dans votre esprit. Je dois pourtant faire exception en faveur de la roche la plus importante de ce sol , du g ranit f que tous connaissez certainement , puisqu'on en fisdt un ntage si fréquent dun notre pays 9 où on le désigne Tulgairement sons le nom de pierre de granit. Ici , à cause de sa grande du* reté et de son inaltérabilité , on Femploie pour les bornes placées devant les murs ; mais on n'en fait pas usage dans les autres constructions , à cause du prixéleyé auquel il revient , et de la difficulté qu'on éprouve à le tailler. Si , en Bretagne , nous yoyons presque tons les monamens pnblks et (articidiere oonstndts ayec cette pierre , c'est à eanse du prix modéré auquel on peut se la procurer , et aussi parce que Tabsence de pierre plus molle ne laisse pas la liberté du cboix. Bans une grande partie de notre province f le terrain primordial se trouve presque à nu » ce qui doit naturellement nous porter à conclure que ces parties ont été moins que beau* coup d^autres soumises ans diffi&rentes imqplions de

' la mer , qui , comme nous le Terrons bientôt , ont formé ailleurs la plus grande partie du sol de trans-

' port et de sédiment.

Le granit est la plus ancienne des pierres qu'il nous soit donné de voir dans la place que lui assigna la nature ; il s'enlbnce sons tontes les autres ooncbesi et se r e tr ouv e encore dans les lieux les plus âevés t où il forme les crêtes centrales de la plupart «des grandes chaînes de montagnes. Lk il existe pour rordinaire à nu y et ce n'est que plus bas qu'on voit

76 txtm y.

des couches de formation postérieure , placées successivement au-dessus de lui , dans Tordre où la mer les a déposées plus tard. On serait tenté de regarder le granit comiue formant le noyau ou la charpente de Técorce minérale tout entière.

Ydilà déjà plitsieurs fois c^u^il m^arrive d'attribuer au séjour de la mer sur les lieux qui maistenani for* ment la surface des oontinens, les différentes couches du sol de transport et de sédiment ; vous êtes peutêtre curieuse de connaître les raisons qui ont conduit à adopter cette opinion , reçue aujourd'hui sans contestation par tous les hommes dont le sentiment peut compter pour quelque chose en pareille matière : jeyais faire mon possible pour satisfiiiro votre curiosité.

Lorsqu'on perce un pays de plaine pour en étu" dier la composition , on rencontre , comme je vous l'ai dit, une suite de couches horizontales placées les unes au-dessus des autres, dans une situation à peu près parallèle. Ces couches , de matières yariées, renferment, pour la plupart, des débris de corps marins, des arêtes de poissons, et surtout une innombrable quantité de coquilles qui quelquefois composent à elles seules toute la masse du sol à une très-grande profondeur. Ces débris de corps marins sont presque toujours si parfaitement conservés» qu'il est impossible d'éleyer le moindre doute sur leur nature. On les retronye dans lea pierres les plus dures i comme dans le sable , ou dans les ferres molles ; et elles sont situées à des profondeurs oh certainement les hommes n'ont jamais pu aller les dé-

i« VicmcM siHiiALE dd globe.

poser. Voltaire , entraîné par son système sui?! dPat* taipie contre les traditions religieuses , craignant sans doute qu'on ne voulût chercher dans Texistencede ces débris une confirmation du déluge universel fit toul son possible pour persuader que les co(juillos, dont on piirlaildéjà beaucoup de son temps, avaient été perdues autrefois , à Tépoquc ou les pèlerinages étaient en vogue, par ces hommes qui en rapportaient de leurs voyages à la Terre-Sainte. 11 serait ridicule aujourd'hui , comme vous aile» le voir y de s'arrêter à réfuter une pareille opinion. Voltaire montre également son ignorance sur ces matières , quand il parle de ces amas comme s'il avait été question de petits tas semblables à ceux des écailles d'huitres qu'on jette devant les portes; car c'est par bancs de 100 à 200 lieues qu'on les trouve. Ën Touraine , il existe une masse de 130 millions 680 toises cubiques de terrain presque uniquement composée de coquilles entières ou brisées, «ans mélange de matières. Les paysans des cantons voisins les extraient de la terre , et s en servent pour fertiliser leurs champs. Ces coquilles sont toutes placées horizontalement , comme celles qui se trouvent maintenant dans la mer : aussi , pour tous ceux qui ont observé ce phénomène sur les lieux , il est resté évident qu'iLpronve Texistence des eaux de la mer dans la Touraine , où elle a dâ former un golfe à une époque de bcaui «jup aulcrieurc aux temps historiques les plqs reculés.

Cette opinion est si évidente d'elle-même , et si unanimement adoptée aujourd'hui, que si je ne

78 * tiSTTBE T.

prenais à tAche de vous faire mention de tont cé qa*ona paimftginêr de différent, je ne tous parlerais pas de Thypothèse qui attribue à une action désordonnée des forces créatrices de la nature la formation de CCS productions marines dans le sein de la terre , fondée sur celte futile raison, que la plupart des coc[uilles trouvées ainsi à Tétat fossile ont à Textérieur une couleur semblable h celle despi«r> res oà elles sont renfermées* Cette opinion se trouve mentionnée dans un ouvrage imprimé en 1749. - Quoique à cette époque la connaissance de ce» faits fût encore bien neuve et bien rétrécie , l auteur ne laisse rien à désirer sur la manière dont il la réfute , d'après un écrivain antérieur à lui. Comme je ne serais pas sùr de m' expliquer aussi bien qu^ii le fait lui-même , je prends le parti commode de tous transcrire quelipies pages de son livre.

m Comme ces coquilles sont composées de pellicules appliquées les unes sur les autres , il est naturel qu\àprès la mort du poisson surtout elles sHmbibent de la vase , du limon ou du sable , où elles sont ensevelies , et qu'elles en prennent la couleur. Mais elles sont d^ailleurs distinguées à lemr extérieur de la substance des pierres où elles se trouvent , par une matière vitrioliquc , et par un poUment qui les en sépare aisément. Si vous les laissez même tremper long-temps dans l'eau , elles se dépouilleront de leur pétrification , et on partie de la couleur qu'elles avaient contractée ; ce qui justifie parfidtement qne ces coquillages , ces arêtes , ces dents de poissons, sont de véritables corps marina.

9t L*ibcomGi wmkhàSM vo «lobe. M

« Scilla rapporte divers groupes de pétrifications très-reinarquablcs. On voit dam les uns plusieurs de CM coquillages nélés les uns avec les autres , et des doits de poÎMons entrelace». Celles de la mAduNFa •npérieuresontdktniipaées de celles de rinftrieore , et cdlet de la mAekoire droite oai voe lorme dîl^ fércntc de celles de la gauche.

v> Woodward , auteur anglais , a composé depuis un traité pour prouver que la plupart de celles qu'on troiiye dans la petite ile de Malte sont des dents d^na poisson appelé chien marin. Un groupe singulier , inniTé daiM la dissertation de Scilla , est celui où Ton Toit une mâchoire pétrifiée à laquelle trois de ces dents tiennent encore. De là Fauteur conclut que celles qu'on voit détachées de leur luâchoirc, et insérées dans ces pierres , n'ont point une origine différente de celles-là : aussi y en a-t-il encore , dans ces groupes, avec leurs racines comme sans racines. On y voit aussi de ces dents ayee leor émaOy d^Mitres auxquelles il B*en manque qn^une partie. ^

*> Si ces productions venaient de la pierre même, dit Scilla , la substance et la couleur de ces dents seraient égales; mais Témail en est plus dur que Tintérieur , et la couleur en est diTcrse. Si eUes se formaient dans la pierre , ce serait ou par accroisse* ment ou tout à la fois; mais, en oommen^asl du petit pour aller au grand , la dent rencontrerait dans la dureté de la pierre un obstacle kson accroissement. Au contraire, en admettant qu'elle s'y produit dès le commencement dans toute sa grandeur ,

80 imBM T.

on va contre les règles de la nature , (jui ne fait ses ouvraç^os que successivement.

)> On voit aussi dans ces groupes plusieurs de ces dents usées : or , pourquoi le seraient-elles si elles n^avaient point secvip Ces groupes contiennent encore divers coquillages écrasés f ce qui ne serait pa^ s*ils 8*étaient formés dans la pierre. B^autres sont brisés en plusieurs pièces , qui se distinguent par le rapport (rune pierre à Tautre. On y voit des hérissons de mer, à côté desquels sont leurs défenses pétrifiées comme eux ; et ces pierres réunies . formeraient le hérisson parfait, comme les morceaux d*une porcelaine cassée, réunb ensemhle, feraient la tasse ou Tassiette brisée.

» Les pièces de ces coquilles portent d'ailleurs les marques sensibles de leur rupture; on yoitqu'eUe» ont été brisées : au contraire , si ces débris étaient Touvrage de la nature , les bords en seraient unis commcle reste du coquillage; il^ seraient arrondis comme le sont ceux d'un vase que la main de Ton» \rier a dressé. Telles sont les extrémités d^un corps tronqué formé dans la matière naturelle. Que la nature produise un animal sans bras ou sans pied, Textrémité à laquelle manque ce pied ou ce bras ne sera certainement point dans le même état que si le fer en eût rctranclié ces parties , ou si elles en avaient été séparées par quelque accident; elle sera revêtue de peau , et unie comme le reste du corps.

» On trouve encore dan»ces groupes des représentations de matrices de coquillages, les uns naissans, d'autres plus avancés. On y voit des coraux et des

peaux de scrpcns en i^rand nombre. Un des plus singuliers est ^elui qui représente une éercviss(,' de mer tenant entre ses serres un coquillage déjà à moitié écrasé. Serait-ce, dit Tauteur, l'effet du pur hasard qjai aurait imité si parfisiitemeiit ce qvâ se passe chaque jour dans la mer entre Fespèce des éerevisses et celle des coquillages qui sont la proie de celle-là ? Enfin , il y a dans ces groupes une coquille oii se trouve Tanimal même pétrifié : .preuve sans réplitpie qu'il y a vécu. » ,

Ce même Scilla , qui prouvait d'une manière si concluante Foriginc marine des coquilles qu'on trouve dans rintérieur de la terre et jusqu'au sommet des plus hautes montagnes , cherche à expliquer leur production, au moyen d*une hypothèse ^*il suffit d'énoncer pour en feire sentir le ridicule.

Il suppose qu'il existe des conduits au moyen desquels la mer communique avec tous les points de la terre; que les germes des poissons s égarant le long de ces conduits , viennent se placer dans rintérieur des terres, où ils se développent. Il serait y |e le répète y aujourd'hui ridicule de chercher sérieusement à prouver , d'ahord , que ces canaux prétendus n'existent pas ; ensuite, que, quand ils existeraient , il serait impossible que les germes des poissons, après a\oir voyagé jusqu'à leur extrémité, pussent filtrer à travers les montagnes , s'élever à leur sommet, et y deyepir féconds après y être parvenus.

LETTRE ¥1

SQL Itt TXASAf (AT IT SB ttouavr.

Pespèrc, madame, tous resterez suffîsammentoonYaincae , par ma dernière lettre , dePexifrtenee des corps marins dans Fintérienr des con-

tinens , aussi bien vers le sommet des plus hautes montagnes que dans les vallées les plus profondes ; et que vous aurez de plus reconnu que ces débris ont appartenu à des animaux vivant dans la mer , etqui n^ontpu être déposés où ils sont que par elle. Par conséqaent , la présence de Tocéan à une époque qfaelconqne y et pendant un temps plus on moini long , sur la partie de la terre que nous liabitons^ doit être pour vous une chose prouvée.

Mais ce séjour a-t-il été Teffet d'une crue subite des eaux , par suite de laquelle la mer , entraînant avec violence tous les produits qu'elle renfermait dans son sein , les aurait transportés péle-méle dam les Ueoz enyahis par elle ? Pour peu qu'on j réâécbisse, on Terra bientAt qu'il n*en a pas été ainsL

Il serait en effet impossible de concevoir , 1* comment la mer eût pu entraîner ces énormes amus de

SOL SK TaA.!f8P01T BT DE 8ÉDIM£Nr. M

coipdlles f capaMes, eominc je Pal dé|à dit, de tùiÊ^ rrir quelquefois plusieurs centaines de lieues; 2* en

admettant qu elle les eût transportés , comment elle aurait pu les faire pénétrer à Tintéricur du sol, dans tous les lieux où nous les trouvons aujour- ' d'hui : car il faudrait supposer qu'elle eût délayé la furfiice de nos eontiacns à des prolbadeurt Immen- •es ^ et de jdus » comme on troore fréqnenmient des débris de corps marina dans Fintérieur des pierres les plus dures ^ on se trovrerait forcé d^ad» mettre , contre toute vraisemblance et toute possibilité, qu'elle les eût liquéfiées pour déposer ces débris dans leur pâte ramollie.

Quand on passerait sur ces difficultés insurmontables , onen rencontrerait d'autres non moinagrani^ des. H les coquilles avalent été tnmuHneusement «mportées par les eans, elles deninent atrok été touttes brisées par le flottement quelles auraient éprouvé, soit entre elles, soit contre les rochers et la surface des continens ; on devrait donc les rencontrer toutes par morceaux et entassées péle-méle dans le plus grand désordre. Mais , au contraire, la plupart se sont conservées dans un état d'intégrité si ' parfiûte 9 qu'on les trouve encore avec leurs angles les pins aigosy leurs arêtes les plus saillantes } et que sur plusieurs on distingue même fort bien la substance nacrée qui brille à Fintérieur.

Ajoutons qu'on trouve aussi des débris de plantes à l'état fossile , et qu'elles donnent lieu à faire une remarque semblable. En effet , le célèbre Jussieu , dans «ne dissertation sur ce sujets imprimée an

84 ' lETTRE TI.

' conuDCDcement du dix-huitième siècle (1), fait obsenrer , parmi ces plantes (toutes d'aiUeuvs oa iscoiinues aujourd'hui, ou au moins étrangères aa , pays dans lequel on les rencontre il y en a bien

• plusieurs brisées , mais qu'on n'en trouve aucune repliée sur ellc-nièmc ; on les rencontre toutes couchées à plat dans toute leur étendue, comme si on les avait collées avec la main, ce qui suppose qu'el* les ont été déposées tranquillement dans une sub^ stance molle , qpA depuis Vest durcie en les con» serrant dans son intérieur.

TJne .preuye non moins forte de la formation de nos terrains par un séjour tranquille de la mer, se tire de Funiformité de composition des couches horizontales dans une grande étendue de terrain , et même dans des montagnes séparées actuellement par des vallées ou^ des bras de mer ; car , dans ces montagnes y on ne manque pas de trouver aux mé- , mes hauteurs des couches qui se succèdent d'une manière si semblable , qu'il est impossible de ne pas reconnaître qu'elles ont été formées en même temps dans les mêmes eaux, avant les grandes révolutions qui les ont séparées ; ce qui d'ailleurs est évident y à la simpic inspection de leur extérieur ^ par la manière dont leurs angles saillans et rentrans se correspondent.

Concluons de tout ceci que les débris de corps

(I ) .'^ur les herbes , coquilles de mer et autres corps qui so (iDuvent dans certaines pierres de Saint-Cliaiunoul en Lyoa-

toi Bt TlàHfPOB^T IT Bl séBIHElfT. 85

marins que la mer a laissés dans nos contincns sont le résultat d'un séjour tranquille qu'elle y a fait, et qu*oii doit chercher ailleurs les preuves du déluge qu'attestent les traditioiis religieuses de tons le» pays.

Le séjour de la mer a été très-long , puisqu'il a permis à des dép(^ts si considérables de se former ; bien plus , il a été assez prolongé pour que les produits organiques qu'ils renferment se soient modifiés de la manière la plus sensible , par suite du changement de température ou de composition des eaux. Les co^piilles fossiles les plus anciennes ne ressemblent en rien à celles que la mer renferme aujourd'hui dans son sein ; mais peu-à-peu on les voit changer de nature, et les dcrnii rcs, si elles n'appartiennent pas aux espèces qui vivent encore de nos jourSy peuvent, au moins, être rapportées aux mêmes genres. Cette différence parait, je le répète/ exiger qu'on accorde à ces premiers débris une antiquité qui les place bien loin au-delà de la première époque de Texistence de la race humaine. .

Au commencement du siècle dernier on n'avait encore pour expliquer la composition intérieure du globe et la formation des couches qui composent son enveloppe la plus superQcieile , que les données que je viens de vous présenter; aussi ceux des au- ^ teurs dont l'imagination avait essayé de fisire des théories sur ce sujet n'avaient donné que des aperçus assez vagues. Les meilleurs esprits voyaient bien que la mer avait séjourné jadis sur nos terres; mais, faute de documeus suffisans , on n'avait pas été au-.

6$ iimi n.

delà de la supposition d'une diminution graduelle des eaux de la mer , qu^on supposait avoir autrefois couvert toute la surface du globe jusqu^au sommet des plus hautes montagnes, et s'être pcu-h-pea retirée, laissant à déoouyert des terrains qui serraiml bientôt à la propagation des animaux et. des végétaux. Des rectierches qui ne datent guère que ém commencement de ce siècle ont donné des idées beaucoup plus précises sur ce sujet.

C'est à une étude plus approfondie des corps fossiles que nous devons les lumières réeentes acquises sur la théorie de la terre. Sux seule, cenune noue ranrons dit , nofos donnent la certitude que le globe nVi pas toujours eu la même enveloppe ; eux êmâê nous apprennent que les couches se sont déposées lentement dans un liquide, et que ce liquide a changé de nature. C'est par eux aussi , comme nous allons le voir tout à l'heure, qu'on a pu reconnaître d^une manière incontestable la nature des diverses conches, et constater que si la pliqpart sont de formation nieriue, il y en a aussi de formatiott d^ean donce ; par eux seuk , enfin, nous allons être en état de prouver que leur mise à nu a eu lieu plus d'une fois, qu'elle a été occasionée par le transport liquide des masses ,* et que les révolutions ont été subites (1).

La france a le bonheur de posséder un nature*

il) Un natiiraUstoUnle (M. Conslant Frèfssi ) a , ium un tfaTsil léeeat, éneuoévaeepiBiou pouilsut diiftieate* Oaptnt veîi (usIsTHI) sneidés trés-s eeoinct e dssoe sja*

' SOL BK TAAJfSfOlT BT DK SÈDÏMMMT. S7

liilA tel qm k natorcm produit mtiiitiit, cidotrt Ift TÎe ne petit mmqver de ftrîre mie brflknte épo*

cpie dans l'histoire de la science. M. Cuvier, doué du plus grand génie d'observation , et de la connaissance la plus approfondie des lois de la nature , est parvenu k recomposer , au moyen des débris, prèsqœ touioors très-imparfaits , qii'oa trooTe en léuilkint la terre, leequelette de la plupart dés animaoK aaxqueb ils ont appartenu ; par ce mayea ^ il A emiehi la science de la cMttaissanee d!*m grand nombre de quadrupèdes terrestres entièrement iacoûnus avant lui.

L'étude de ces derniers animaux est encore plus importante que celle dea animaux marins.; car , leur mee étant ndBvat connue, on peut être pins aâr quHs appartenaient à des espècet ou des genres inconnus Mi)oiird*hni. Ils indkfuent de plus que les couches dans lesquelles ils se trouvent ont été desséchées , puis inondées de nouveau , quelquefois même subitement , comme nous le verrons bientôt ; et d'ailleurs il est évident qu'une irruption marine a dû faire périr tous les qtfadnipèdes qui Tiraient à la suïfiice àm sol I tandis qu^on conçoit que les animaux ma* fins pourraient y résister, du mcnis en fraude partie (1) , de sorte qu'on peut espérer d'avoir dans

(i)Des redierclies toutes récentes de M. Cuvier pstaissent éisbiir que les auianna marins n'ont fiai plus survécu aux o^ isefyives de li nature queles antres, et qi^apràselMqaeeiK tsstroflie la rsee entière des aninianx a été renouvelée dans les pajs qui eneni éléli victime.

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