‹ Lettres sur les révolutions du globe (volume 2)Chapitre 6 sur 26 · XrITTBl TI · texte numérisé non relu

XrITTBl TI

une série de couches successives la totalité des aui« maux quadrupèdes qui ont subi chacune des irruptions de la mer.

On comprend facilement combien il derait ; être difficile de déterminer les genres et les espèces d*animaux qui ne ressemblent parfaitement à aucun de ceux qui vivent maintenant sur la terre , et dont on ne possède que des débris imparfaits. C'est pourtant ce qu'a fait M. Cuvier , à Taide d'une observa- . tiâ^n profonde , et d'inductions si ingénieuses , que , si vous ne m'aviez pas interdit les renvois , je vous renverrais au grand ouvrage qu*il publie sur les s(lîimaux fossiles , pour que vous fussiez h même de les' apprécier. Vous y verriez qu'il est parvenu à déterminer et à classer les restes de 78 animaux quadrupèdes , tant vivipares qu'ovipares.

11 partage ces animaux en genres et en espèces , et il en compte 4d qui appartiennent à des espèces tout^ à-fiiit inconnues jusqu'à lui. Sur ces 4^ ^ il en est 27 dont les genres ont été perdus , et qui forment 7 nouveaux genres ; les 22 autres espèces se rapportent à des genres ou sous-genres connus. 29 animaux, ou appartiennent à des espèces connues , ou ne sont pas encore assez bien déterminés pour qu'on puisse se prononcer d'une manière positive sur leur etasdr fication.

Et qu'on ne croie pas que l'imagination de l'ob* servateur ait pu l'égarer dans ses recherches; l'assiduité avec laquelle elles ont été faites, aidée

sans doute par d'heureux hasards ( ear le hasard joue aussi bien souvent uu grand rôle da^ 1 histoire

SOL DE T&A.lf8F0ET ET J)£ 8£I>IK£KT. 39

de nos décooyertes)^ noué a procuré les squelettes

presque entiers de plusieurs de ces animaux, et tons ont jusqu'ici cumi)lùtcmcnt confirmô Jos conjectures avancées par M. Cuvicr sur des os ou même des portions d'os séparés.

Le résultat des recherches les plus positives ûiites sur les animaux fossiles a été de montrer, 'd^une manière incontestable , des couches d^eau douce ayec les débris des animaux qui Tiraient sans doute sur les bords des lacs ([ui les ont formées , entourées en dessous et en dessus de couches marines dont le dépôt avait précédé et suivi la vie et la destruction de leurs espèces. Chacune de ces couches prouve donc que la mer avait laissé son ancien lit assez long-temps à sec pour permettre le développment de différentes races d^animaux qu^une nouvelle révolution venait subitement détruire après un laps de temps plus ou moins considérable. Je dis que la mer venait détruire ««ôi^-^m^w^ ces animaux qui vivaient en paix sur un sol desséché peut^tre depuis des milliers de siècles : des découvertes merveilleuses ont prouvé ce résultat de la manière la plus ipositive. 11 n'y a rien de plus admirable dans ce îîenre que rbistoîre de Téléphant trouvé dans le uurd do la Lapoiiic, vers rombouchure de la Lena, au milieu d'une montagne de glace, et observé par M. Adams, naturaliste anglais

Voici I histoire telle que M- Cuvier Fa extraite des Mémoires de V Académie de Péierebimrg (tome VUl» * an 1815):

« En 1709, un pécheur tongouse remarqua , sur

LETTRE VI

le^b^fdtde k mer Glaciale^.aQprès de renbonehnre de la Lena , au milieu des glaçons , un bloo informe qu^il ne put reconnaître. L*année diaprés il

s'aperçut que cette masse était un peu plus dégagée : mais il ne devinait pas encore ce que cela pouvait étre.lVers la fin de Tété suivant, le flanc tout entier de ranimai et une des défenses étaient distinctement sortis des glaçons. Ce ne fut ^e la cinquièmn année que, les glaces ayant fondu plus TÎte que de coutume , cette masse énorme vintéebooer à la edte sur un banc de sable. Au mois de mars 1804, le pécheur enleva les défenses, dont il se défit pour une valeur de cinquante roubles. On exécuta à cette occasion un dessin grossier de Fanimal , dont j'ai . une copie que je dois à Tamitié de M. Blumenbach, Ce ne fut que deux ansaprèseila septième année de la décowrerie, que If. Adams, adjoint de TacadMie de Pétersbourg , et aujonrd^kui professeur à Mos> cou , qui voyageait avec le comte Golowskin , envoyé parla Russie en ambassade à la Chine , ayant été informé à Jakutsh de cette découverte , se rendit sur les lieux. Il y trouva ranimai déjà fort mutiléu Les Jakoules du voisinage en ayaient dépecé les cbairs pourmurrir leurs chiens , des bétes féroces • en ayaient aussi mfngé ; cependant le squelette se trouYsit encore entier, k Texceptoin d'un pied de devant. L'épine du dos , une omoplate , le bassinet les restes des trois extrémités étaient encore réunis par les ligamens et par une portion de la pean« L*omoplate manquante se retrouya à quélque djs« tance. Ia téte était couyerte d'une peau sèche ^ une

SOL DB TaAVmiT IT Bl siDIHBKT. . 91

des oreilles, bien conservée, était garnie d'une touffe de erin. On distinguait encore la prunelle de FcBil ; le cerveau se'trouyait dans le crftne y mais desséché ; la lèvre inférieure avait été rongée , et la lèvre supérieure détruite laissait voir les mâehelières. Le cou était garni d'une longue crinière ; la peau était couverte de crins noirs et d'un poil ou laine rougeâtre (1). Ce qui en restait était si lourd , que dix personnes eurent i>eaucoup de peine à le transporter. On retira , seLm IL Adams , ]^us de trente livres pesant de poilact de crins que les ours blancs avaient enfoncés dans le sol humide en dévorant les chairs. L'animal était mâle ; ses défenses étaient longues de plus de neuf pieds en suivant les courbures y et sa téte, sans les défenses , pesait plus de quatre cents livret. M. Adams mit le plus grand soin à recueillir ce qm. restait de cet édwintiUon unique d^nne ancienne création. 11 racheta ensuite les défenses à Jakutsh. L*empereur de Hussie , qui a acquis de lui ce précieux monument moyennant la somme de 8,000 roubles. Ta fait déposer à Facadémie de Pétersbourg. v

Ce qui semble surtout digne de remarque dana celte merveilleuse histoire , c'est la do^le fourrure dont la peau de cet animal antédiliivicQ était couverte y e^ qui parett si heureusement adaptée au cli-

(1) On peut voir au MoséiUB d'histoire naturelle un hocaX eaaj éns nt dnpMl elèela peaade cet éléphant j gresde salla des fcisiles, près la porte qui ooudnit à lasaUsdes miiiétmoLj 2* ameire en s'éloignaat de cette porte à gsudie.

92 Ktmi Vf.

mat du pays dans lequel on Ta retrouvé. Si on fait atteation à la différence qui existe , sous ce rapport, entre les éléphans qui ont yéch jadis dans les • régions polaires et' ceux d^aujonrd^hm» qui leur res* Semblent dVilleurs si fort, et auxipiels la nat«re s'est pourtant bien gardée de donner des poils qui n'auraient pu que les incommoder dans les régions brûlantes qu ils habitent , on aura une nouvelle preuve de l'attention vigilante avec laquelle elle sait mettre rorgantsatîoii des êtres wans en rapport avec les circonita&ees localea dont elle les en*-' toore.

Il faut pourtant remarquer que nous ne pouvons savoir d'une manière positive quelle était la température du nord de la Laponic à Tépoque où ces éléphans y vivaient.

Je reviendrai sur ce sujet , et pour le moment je me contenterai de vous £iire observer que certainement elle n'était pas idors aussi froide quelle Test de nos jours , et que de plus la conservation de l'éléphant de Adams prouve que dans ces lieux elle a changé assez rapidement pour que lanimal ait été saisi par les glaces en moins de temps qu'il n'en aurait fallu pour faire tomber ses chairs en pntré&ction.

Cet exemple si frappant des révolutions subites du globe n'est jas le seul qu'on puisse apporter en preuve de leur existence : et le cabinet de Saint-Pétersbourg , outre Téléphant dont nous venons de parler, renferme le squelette d'un rhinocéros fossile trouvé en 1771 sur les bords du Vilhopi, à quelques pieds de profondeur , et si parfaitement

SOL 9s iluNflf o&T ST ofi skDOom. ' 9^

conservé^ qu'il était également recoii?ert de ses chairs et de sa peaU.

Peut-être, en lisant le récit de ces merveilleuses découvertes , poui rait-oii élre tenté de croire que les observateurs ont été induits en erreur ^ et qu^ils ont pu prendre pour antédiluviens des restes d'animaux dont la mort ne remontait qu'à quelques siècles. On a pu commettre et on a commis en effet autrefois de pareilles erreurs ; mais la chose n'est plus possible aujourd'hui, car les espèces trou» vées à l'état fossile diffèrent presque toutes de celles qui existent maintenant, par des caractères particuliers; et Tétude de ces caractères, grâces aux travaux des naturalistes de nos jours, est si avancée ^ qu'il n'est personne , pour peu qu^il ne soit pas trop étranger à l'histoire naturelle , qui ne puisse les reconnaître facilement.

Si vous m'en témoignez le désir, dans une' de mes prochaines lettres je vous parlerai des animaux fossiles les plus remarquables , cl des caractères qui les distinguent de ceux des mêmes cs{»èçcs qui sont encore virans parmi noiis. '

Page 1