LETTRE TII
COHTmiiATlOIl I>£ I.'ÉCOEG£ MUliEàLK.
DaBS met précédentes lettres je me suîs attaché , en Tons parlant de J*écorce minérale du globe, à TOUS fidre distinguer les deux parties dont elle se compose, dont Tune, le sol primordial^ a recouvert la masse interne de|>ms les temps les plus reculés , et l'autre, le sol do transport et de sédiment ^ est évidemment beaucoup plus réccnle , et forme Técorce I4 plus superûcielle : ces deux parties sont composées de couches successives très- minces, très-nomlireuses et très-dilS&rentes entre elles.
Les couches qui composent le sol frimordial, comparées à celles du sol de sédiment, en difi^rent surLout par la natnrc des roches; mais elles en diffèrent encore: 1° par l'épaisseur plus considérable des couches; 2« par leur plus grande constance et leur parallélisme mieux soutenu ; 3<» enfin, par la nature des produit» organiques qu'elles renferment Cette dernière circonstance ést extrêmement curieuse parles résultats auxquels elle conduit: elle nous apprend que la vie n'a pas toujours existé sur le globe;
GOlflIIlUATIOft IIB l'iGOlCB MIHiAAIB. 9$
c«r| bien que le» oeaclies ûm aol pHtaonfial mon*
trent évidemment, par leur cristallisation, qu'elles ont été formées dans un liquide (1), comme on n'y rencontre pourtant aucun produit organique , on est • ibreé de conclure que le liquide dans lequel elles Be sont déposées B^en formait pas, ou da mmm o'enlbraiftilaMtnqiiilût flOSoeptiMede UMmatahm. • Ce ii*eel pa» dmê les prauifcreiemdieadii soi de transport et de sédiment qu^on «einaMnoeè'tPOiifte» des traces des premiers degrés d^unc organisation extrêmement simple ; plus tard et dans les couches plus élevées , se manifestent les débris de coquilles et d'animaux marins» mais toujoiva précédés dea formations încvfBmqaes de substances oalcairee, otaune si la mature t^étaîtt pour aÛMi dtite ^ etsayém de cette maalèva à la fimnatiasi des cefuMei, enprépatant ka matériaux qdi anlvaiit é$m^t^ aomr position.
L'étude des couches successives, et surtout celle des animaux quelles renferment à l'état fossile, prouv^ avec la dernière évidence que la mer, après av^ èéjoumé aàaa déutc des nùUiert>de sièclcaaur naa ooartiéea, et f ayoir dépMé^ partaiit leader^ niera .^éiMat de son aéjour y 4ea amaa dtf leaqpiiBei (juiaurpaèaaBl'dalNmoftap en noml^re oeUes qu'on
(1) Cette opimoB est eelle de M, Caviçr et da plus grand BMabre desnaiarslistes vivans , auûsaRe n^ pas aâsn^ farloasatliaeaeep^. QMfiifls KéEdofl^ («a Batta était ée-eaiarfk)alldnMMflttaftm«Cien ie Fésèm (riaiaidisle ii, i'aslioftdaibi.
tBTTBS Tir.
pourrait trouver aujourd'hui dans Tocéan tout en-» tier, laissa enfin à découvert un sol projHre à nourrir des quadrupèdes terrestres dont les genres ont été détriûts par les^oataclyémes suivans. Si, avant cette retraite y la. mer avait- quelquefois eessé momenta- 'némentde couvrir nos contrées, clic n avait abandonné qu'un sol impropre à la végétation, et par là incapable de pourvoir à la nourriture des animaux d'un ordre un peu élevé.
Depuis ce temps , la terre que nous habitons a encore été plue d*une fois envahie par la mer , qui est v^Mie aubitemient è^en emparer; mais les traces qui / nous restent de ces inondations portent les caractères de mouvcmens tumultueux et peu durables, de sorte que les retraites fréquentes des eaux permettaient aux animaux, échappés aux dernières inonda-» tions, de se reproduire et de se multiplier. La dernièie un peu considérable, et probablement la seule q[nia*ea lieu depuis que Thomme existe sur la terre, est sans doute ee déluge dontle souvenir est conservé dans les traditions de tous les anciens peuples ; car Thomme , comme le couronnement de la création, a dû paraître le dernier sur le globe. On n'a. trouvé nuUe part ses ossemens à Fétat fossile , parce que la mer n'ayant pas changé de Ut depuis la devnière cataa*. troplie qpi a détruit presque toute son espèce , ses débris sont sans doute restés ensevelis dans les profondeurs de rocéaii.
Je sens fort bien qu'après avoii* si souvent parlé de ces révolutions fréquentes qui ont fait passer al« ' lernativement sous l'océan toutes les parties de nos
COWnifUATIOIl DE l/ÉGOBCE MINÉn.VLE. 97
contiaens, eldéierminé ainsi les différentes /bmo^ fions marines qui composent la plus grande partie deTécorce minérale, je dois, sans plus de délais , entrer dans quclc[ucs détails & ce stt|et. Et d*abord,
puisque je me suis servi du mot formation, qui reviendra souvent par la suite , il c>l l)on que je vous dise ce qu'il doit exprimer. En géologie, on entend par là un ensemble de différentes couches de natu-? res quelquefois très-différentes entre elles, mais qui ont d4 être fwmèw sans interruption totale de la cause .qui 1^ produisait.
Vous comprenez tout de suite sans doute que, bien que les grandes divisions de Técorce minérale soient applicables à toute Tétendue de la terre, et que partout on observe un rapport assez constant entre les formations successives , on doit cependant, quand on examine les choses en détail , trouver des différences partielles assez marquées pour que des recherches particulières soient indispensables dans chaque localité (1).
Tout prouve que les grandes chaînes de rochers ont été formées par le redressement des couches du sol primordial, avant la formation du sol de sédiment, et que ce redressement a porté leurs sommets à une hauteur que la mer n'a jamais atteinte depuis ; aussi ces sonunets * consistent-ils dans des crêtes
(1) Cette propoHition est contestée par quelques naturalistes , entre autres M. Féiussac , qui nie cette uniformité do composition , et prétend que depuis le dépôt de U craie tout sW fait pai taches.
vtmM Ttf.
nues et saillantes de granit, tandis que, sur les flftnMy le même granit qu'on reti'oinre est tonjoim en^estons, et a été saocesnTement recoai^eit par les matières qu'y déposait la mer.
Ces sommets ont done formé des Iles , et les eré-
tes prolongées ayant dû déterminer des bassins séparés , le liquide de chaciin de ces bassins a éprouvé à part des variations , par suite desquelles la nature des dépôts précipités changea néoessair^nent. . U en fut de même pour les êtres fivans qn^âs renfermaient dans leur sein ; et de là Tienbent , an mi* lieu de IViniformrié de eomposition dli adl de transport, considéré d'une manière générale, les diflttrences partielles relatives aux localités.
Il était bien naturel que le sol où se trouve situé Paris devint Tobjet de Fétude spéciale des hommes célèbres qui Thabitent, et qui, tout en satisfinsant lAie curiosité Irien naturelle, deraient donner Pexem- ]de de la manière dont on doit proééder à ce genre de recherches. GVstce qui a été fait par M. Cttvier , qui, conjointement avec un célèbre minéralogiste (M. Brongniart père), a exécuté le plus beau travail sur ce sujet (1). Je veux, autant qu'il me sera possible, vous donner une idée des résulteU aiÉi^ quels ils sont parrenut, et }e c<miinenee pur em*
(1) Essai sur la géographie minéralogiqiie de» environs de Pans , par MM. Cuvier et Brongniart. La prendèi'e édition a paT^en 1810: rouTragea été réimprimé depuis , etilaéié fondu ilans le 0raiid ounage de M. Cantr sor les ossemensfiossiiea.
prunier à Fouvrage lui-ifiême la drconscrîplion dcA limites éa goUe que formait avirefois le bassin daii& Itqaei Paris m M <Minstr«it.
« LebassindelaSenMestséparéypettdatttwiassls
grand espace, de celui de la Loire, par une vaste, plaine élevée, dont la plus grande partie porte vulgairement le nom de Beauce, et dont la portion moyenne et la plus sèche s'étend du nord-ouest au sud-est g sur un espace de plus de 40 lieaes, depuis Courville jusqu'à Hontsirgis.
» Celte plaine s'appoie ten le nord-ouest à im pays plus Mevé qu'elle , et rartout l»eaueoup pKi^ coupé , dont les rivières d'Eure , d*Aure , dlUon , de Bille , d'Orne , de Mayenne , de Sarthe , d'Huine et de Loire tirent leurs sources. Ce pays , dont la partie la plus élevée , qui est entre Séez et Mortagne f fermait autrefois la provinoe du Ferehe et une partie de la Basse-Normandie , appartient aujonr-. dliui au dépa rtement de FOme«^
» La ligne de séparation physique de la Beauee e% du Perche passe à-peu-près par les villes de Bonneval, Âlluye, Illiersy CourviUe, Pontgouin et Yerneuil.
» De tous les autres câtés, la plaine domine ee qui Fentoare.
» Sa diutoi du o6té de la Loire» ne nous intéresse pas pour notre objet.
» Celle qui est du côté de la Seine se fait par deux lignes , dont Tune , à Toccident , regarde TEure, ctTautre, à Torient» regarde immédiate- * moni la Seine»
ff
100 ism» Tii.
. » La première va de Dre^ix vers Mantes.
» L'autre part d'aupcèfi de Mantes, passe par Marly, Meudon, Palakeao, MaroooMy, la BerjLé' Alai9, Fontainebleau., Nemours, etc.
. Mais il ne &ut pas se représenter ces deux U<* gnes comme droites ou uniformes : elles sont au con-» traire sans cesse inégales, déchirées, de manière que si cette vaste plaine était entourée dVau, ses bords offriraient des goIiÇes , des caps , des détroits , et seraient partout enyirénnés d'îles et d^ilots.
» Ainsi, dans nos ^Tirons, la longne montagne où sont les bois de'Saint-Gload, de ViUe-d^Avray, de Marly et des Alaets, et qui s^étead depuis Sai^ Cloud jusqu'au confluent de la rivière de Manidre dans la Seine, ferait une île séparée par le détroit où est aujourd'hui Versailles, par la petite vallée de Sèvres, et par. la grande vallée du parc de Versailles. , .
» L'autre montagne, en forme de feiiilie de fi* guîer , qui porle BeUevae , Meadon, les bois de Verrière, ceux de GhAville, formerait une seconde tle séparée du coulincnt par la vallée de Bièvre et par celle des coteaux de Jouy.
» Mais ensuite , depuis Saint-Cyr jusqu'à Orléans, il n'y a plus d'interruption complète , quoique les vallées où cpqlent.les riYières de Bièvre, dlvette, d'Orges, d'Étampes, d'Essonne et de Lmog entament profondément le continent dn o6té de Test ; celles de Yesgre , de Voise et d'Eure , du oèté de Toucst.
» l^aj^artie de la côte la plus déchirée , celle qui
GOlinilVATIOlf ]»I l'iCOECX MliriftALI 101
prêtenterait le plas d'écnefh et d^flots, est celle qui
porte vulgairement le nom des Gâtinais français , et surtout sa portion qui comprcud la forêt de Fontainebleau*
» Les pentes de cet iminenBe plateau aotit en gé« néral assez rapides , et tons les escarpemens qu'on y Yoit I aÉBsi que ceux des Talléesi et les puits que Ton creuse dans le haut pays , montrent que sa nature
physique est la même partout, et qu'elle est formée d'une masse prodigieuse de sable fin qui recouvre toute cette surface , passant sur tous les autres terrains ou plateaux inférieurs sur lesquels cette grande plaine domine.
n Sa côte , qui regarde la Seine depuis la Mauldre jusqu'à Nemours, formera donc la limite naturelle du bassin que nous avons à examiner.
• » De dessous ses deux extrémités, c'est-à-dire vers la Mauldre , et un peu au-delà de Nemours , sortent inunédiatement deux portions d'un plateau de craie qui s'étend en tous sens , et a une grande distance , pour former tûute la Haute*Normandie , la Picardie et la Champagne.
n Les bords intérieurs de cette grande ceinture , lesquels passent, du côté de Test, par Montereau , Sezaune , Epcrnay; de reliii do Fouest, par Montfort , Mantes , 'Gisors, CLaumont,pour se rapprocher de Compiègne , et qui font au nord- est un angle considérable qui embrasse tout le Laonnais, complètent , ayec la cÀte sableuse que nous yeno^s de décrire , la limite naturelle de notre bassin. * » Mais il y a cette différence , que le plateau m*
blewqm vient 4e U Be«poe ^ sii^rieiir à iNiat Ict autres, et par cooséquoit le plus moderne » «t qu'A finit entièrement le loDg de la oôte que nous aross
marquée , tandis qu^an contraire le plateau de craie est naturellement plus ancien et inférieur h tous les autres; quilnc fait que cesser de paraître au dehors, le long de la ligne de circuit que nous venons d'indiquer»; mais que, loin d'y finir, il s'enloBee râiT blement sous les si^érieurs ; qu'on le retrouTe par* tout où Ton creuse ces dermers,assez pr<^andément, et que même il s'y relèye dans quelques endroits, et s'y reproduit , pour ainsi dire , en les perçant.
» On peut donc se représenter que les matériaux qui composent le bassin de Paris , dans le sens où nous le limitons , ont été déposés dans un vaste eS" pace de golfe dont les c6tes étaient de cnsie.
1» Ce golfe faisait peut-être un cercle entier , une espèce de grand lac; mais nous ne pouvons {Wt le savoir, attendu que ses bords, du côté sud-ouest, ont été recouverts, ainsi que les matériaux qu'il contenait , par le grand plateau sableqx dont nous ayo^s parlé d'abord. »
A toutes les preuves qui se trouvent dans cette description, permetteMSoi, madame, d'cnajont^ une i|ui augmentera peut^tre la conviction où vous êtes sans doute déj^i que le Heu qu'occupe Fans a fait autrefois partie du fond d'un vaste golfe.
Si on examine les terrains situés sur toutes les parties qui ont dû former ses bords , on y trouve une très-grande quantité de cailloux roulés, souvent réunis «A poudings, semblables k ceuxqu'on tronv« sur les
Digitiz
coimiVAnoii m i'Aooaci mriiAU. iOI
grères ées golfes encore occupés par la mer. Aujourd'hui ils peuvent nous servir à reconnaître les limites de Fancien golfe dont nous parlons, comme les corp$ légers laiiwéf par la Seine mt ses rivage» , après ttsfi cme de aes eaUy nous îiiilii|iieiity lorsfa*eUe8 se aoaft retirées, Jiu^'oii elles se sont ^n* • éncs. MM. Cmrîer et Brongalart enftreiil fUm lofas éàns quelques détafls sur les lieu Ton tfonre oes cailloux.
w On les voit très-bien , en bancs immenses , près . Nemours , et précisément entre la craie et le ter- Tsift qui la suit.
» <>n les revoit à Moret, {très de la pimunide ; ils y forment encore de trU-bemoK poudings.
• Ije eerrain ifue Ton poMourten aHant do Beou^ mont-sur-Oisc h Ivry-le -Temple est entièrement composé de cailloux roulés, répandus plus ou moins abondamment dans une terre argilo-sablonneuse , rouge , qui recouvre la craie. C'est encore ici un des bords àtt bassin de craie.
« On les retroore du odté de Mantes, entre "tWel et cette Tllle , dans un vaHon qui est nommé sur les cartes la Vallée des Cailloux.
^> Du côté d'Houdan, ils sont amoncelés sur les bords des champs , en tas immenses. Enfin , la partie des plaines de la Sologne que nous ayons visitée, depèis Orléans jusqu'à Salbris, esteomposée d^un sable sfliceox brunAire » mêlé d'ue grande quan- M de cailloux ro^is y dbe pl«Bie«mespèoes. Ici, ce ne sont plus seulement des sâex , il y a aussi des jaspes et des quartz de diverses couleurs. On re-
UTTAK rXI.
marqaera que c6 sol de rivage convre la craie presque immédiatement, comme on peut Tobsen^cr avant d'arriver h Salbris, etc., et qu'il est bien dilfércntdcs sables du pays cbartrain, de la Beauce^etc.y qui ne contiennent aucuns cailloux roulés, n
La craie qui forme le fond du golfe ou bassin dans lequel soni >déposés les terrains de nos enyï* ronsi est une formation beaucoup plus ancienne et plus importante qu'on ne Fa cru pendant long-temps; elle se retrouve dans un grand nombre de lieux différens, et clic est recouverte partout de quatre ou cinq formations bien distinctes, qui lui sont certainement postérieures , ce qui prouve qu'elle remonte à une très-haute antiquité. On ne doit pourtant pas la placer au rang des couches les plus anciennes du sol de sédiment! il existe en effet dans pluneurs Veux (à Honfleur , par exemple) des couches de ce sol évidemment antérieures à la craie , et dans lesquelles on trouve des crocodiles fossiles ; or, les crocodiles ne vivant que dans certains fleuves et sur leurs rivages, leur présence dans ces couches inférieures prouve d^une manière 'évidente que» dans ces lieux , des eaux douces et des terres sèches ont précédé la fmnation de la craie.
11 nVnest pas ainsi dans le bassin dont nous nous occupons ; la craie des environs de Paris n'est séparée du sol primordial gue par une seule formation (le calcaire compacte) qui ne renferme point de fossiles, et elle parait lui avoir succédé, sans aucune -retraite des eaux, par suite d*un simple changenient danala nature du liquide.
. CONTUillATlOR DE L^ÉCORCE MINÉRALE. 106
Le genre hélémite est le fossile caractéristique de la craie ; on y trouve , dans nos environs i des dents dé squale, animal marin. Dans quelques autres lieux,
on y rencontre des tortues et plusieurs reptiles de l'ordre des sauriens; mais ce sont, loujours des êtres vivant dans la mer , de sorte ([u un ne jjcut conserver le moindre doute sur Torigine marine de la formation crayeuse.
LETTRE TXII
Quand la mer, qui avait déposé la craie, se fut retirée, le pays que nous occupons avait un aspect, sous tous les rapports, bien différent de celui qu'il présente aujourd'hui. Figurez-vous une vaste campagne de craie blanche , formant, non pas une surface unie 9 mais un baMÎn à fond inégal et bosselé , présentant çà-et-là des battes considérables à fiices nettement coupées. Ces buttes dîflR&raient de celles qui les ont remplacées en ce qu'au lieu de s'élever toutes , comme ces dernières, à une hauteur à peu près égale, elles présentaient de très-grandes différences sous ce rapport. La plupart, en effet , étaient fort basses , tandis qne d'autres , comme celles de Meudon et du Calvaire, avaient nne élévation qui les a presque constamment tenues au-dessus du niveaii des mers qui ont depuis envahi notre pays. Aussi , tandis que les premières sont recouvertes de tous les terrains formés par ces mers , les protubérances des autres montrent encore la craie presqu'à nu , telle qu'elle existait pnmitiv^ent, formant de véritables Iles de cride w milieu da terrain qui les environne.
CORTIHVATIOR OS L'i^GOBCE XI]!liEA.LI. 107
Au reste, ces lieux , qui étaient les plus éle^ de nos environs dans le temps où la funuation crayeuse était à la surface du sol , no le sont plus aujourd'hui, elles inégalités de cet ancien terrain n'ont prcsqu'aucône correspondance avec les in égalités actaelles.
La ertiê est testée à nu pendant an assez long espace de temps , car plustettrs olMerrations incontes* tables pro'litent ipi^eUe avait eu le temps de se 8olidî6er qtkand la mer est rerenwe la eouvrir et y déposer des produits entièrement diffcrens.
Pendant que le sol crayeux était à découvert, il s'y forma des amas d'eau douce qui y laissèrent des dépôts. La matière de ces dépôts est connue sous le nom d*argtle pkstiifne; on loîa donné ce nom , à cause de la propriété qu'elle a de prendre et de conserver aisément la forme Cfu^on lui imprime; elle est onctueuse et tenace; on s'en sert, suivant les différentes qualités, pour faire delà porcelaine fine ou des grès^ on en fait aussi des creusets , de la poterie rouge y etc.
Celte coDMohe varie beaucoup d^épatssenr; très^ pidssante dans «pielques lien, elle s^omincit dans d^autMs jusqu'à nWoir plus que quelques pouces , ce qui s'explique facilement par l'inégalité des mas> ses aqueuses qui l'ont déposée.
Jusqu'ici on n'a rencontré aucun corps fossile dans les couches inférieures de cette ai^e f mais dans les eoudies supérieures , on trowe un grand nombre de Ms pwreiMit des ^étaux ipd, vers la fi nde Tépo^ que qui Mut oocupe , erdssaienl sans donte «ur notre sel.
108 tm&Ë viii.
. . On trouve auBai daiy les mêmes couches supérieures qiieli{iie8 corps marins, qui 9 lorsque la mer est revenue , ont dû dans le fond de ses eaux se mêler aux produits d^eau douce enfouis dans Targile
encore molle.
Ce premier terrain d'eau douce déposé sur le sol de craie n'en changea pas bien sensiblement la surface; mais la mer, qui vint ensuite j séjourner pendant un temps qui ne put qu^étre très-long , laissa de nouveaux dépôts d'une importance bien plus grande sous tous les rapports: ces dépôts fomient le terrain connu sous le nom de calcaire grossier marin, et il fournit les pierres employées pour la construction de nos édifices; c'est lui qu'on désigne dans les ouvrages de géologie sous le nom de calcair0 grossier desen/virom de Paris,
11 présente une suite de couches considérables , renfermant des coquilles nombreuses, et remarquables sons plus d*un rapport : elles sont toutes en éfFet, comme celles qu'on trouve dans la Touraine, si bien conservées, que leurs arrêtes les plus délicates, leurs épines lesplus saillantes, ne-sont souventpas même endommagées. On les rencontre dans une situation, horizontale, comme si on les avait placées exjfrèê , et plusieurs conservent leur éclat nacré. Une autre circonstance non moins importante à noter, c'est la variation qu'on observe d'une couche à Fautre relativement aux espèces : ce n'est pas que chaque couche soit sous ce rapport entièrement dillerente de celles qui Tavoisinent, mais ii&è espèce très-commune, ye suppose, dans une couche in&*
ricurei le deTient un peu moins dam celle qui la recouTre immédiatemeiit, et dans celle-ci, on verra
paraître quelques individus d'une espèce nouvelle; la couche supérieure renfermera au contraire une grande quantité de cette nouvelle espèce -, et, ainsi de suite y on voit les premières espèces disparaître el éire peu^peu remplacées par les nouvelles, de manière ^*on peut suivre assez facilement les vat nations, q[ue le changement de nature du fluide a ftit éprouver avec le temps aux animaux <{u*il nourrissait. Sans doute il a fallu un loniç espace pour produire de pareilles différences ! Mais qu'est-ce que le temps pour la nature? Quelques milliers d'années sont beaucoup quand nous les comparons à la durée ordinaire de notre existence, mais c'est bien peu de chose pour celle du globe entier.
• Pour moi , quand je pense que Tordre actuel des choses remonte à cinquante ou soixante siècles tout au plus, je suis tenté de le croire d hier. Douze uu quinze fois le nombre d'années que peut vivre un chêne; cinquante ou soixante fois celui qu'atteignent souvent les hommes mêmes, nous conduiraient aii-ddà du temps oii la race humaine a paru pour la première fois sur le globe. Nous sommes si jeunes sur la terre , que nous n'avons pa* ( ncore eu le temps de reconnaître la j^clitr portion de sa surface qui nous a été cédée par focéan. Si cette conviction de la nouveauté de notre espèce a quelque chose, de mortifiant pour notre vanité , j'y vois des motifo pour se livrer à des espérances de perfoctionnemena futurs. Nous sommes bien jeunes enr
110 &BTTBS Yin.
cote pottlr*étr« êages ; .et |ietit^trt not neveiuL re*
ttoadé ttot «oti préjugés , nos lidieidei îostitiitioiBi^ notre ttUfénr de nous détruire , et ce penchant aux mesures de violence que la raison désavoue comme rhumanité. Mais je reviens à mes coquilles.
Dans les dernières couches, leur nombre diminue ]^-*è«pe« , et elles finissent ptF disparaître entière'* Inent. Quant ann emiètet eondies ^ eliet ne ref sent pas iniiiédkttfnieifl tmr Fafgfle pla»ti<pie , dïH en sont séparéés par nnè couche de sable d^nne épaisseur variable ; et c'est une chose qu'on remarque constanimcnt , que Finterposition d^me plus ou mcôns grande quantité de sabie entre deux for* mations différentes.
Le calcaire eoquiitti&r f fr cu ic r étendu Mr Fmrgih pfasHquê sitft ^ conHttie edtti-d , les inégalilés du" sol de la craie ; mais il lèê adoucit , en se déposant phu abondamment dans les vallées que sur Textrémité des buttes ; c'est ce que nous apprennent les cavités creusées dans nos environs ^ soit pour la construction des puits, soit pour Texploitation des carrièroi.
La met, après aroir ùà% eor aoa paragea le long léjour peisdant kqaei alla dépota la fmnation iatportante dont je viens de parler , se i«tkm, al j laisaa de vastes bassins d^eau douce , qui déposèrent de nouveaux produits très-remarquables parce qu'ils renferment les premiers débris des mammifères terrestres dont nous retrouvions des traces. On reaciaitro Mon 'ena effiel dafts la draie, ot mtaa avenct la crtite,dèetorlnt>, deaorocoâaaaatdli é i wis an-
GoirnniiLnoi m VànM nHiiAu. 111
très animaux de la classe des reptiles ; le calcaire coqiiillier renferme , dans certains lieux , des os de lamentiju et de phoques , qui sont des manuiiifères marifu i mais les mammifères terrestres ne te ren* cottivent qot ômêlts temîoe à'easa doute, dont nous allons nous occiïper.
Ces terrains ne forment point de conofaes absolument continues sur toute la surface du bassin de Paris; mais ils y sont déposés comme par taches, présentant des interruptions , comme on devait s'y attendre d'après leur mode de formation. On en distingue plusieurs :
1* Celui fu'on désigna sons le nom de etUcairê êUieêWf : c'est celui qui fournit les pierres dont on se sert pour la fabrication des meules. Le caractère de cette formation est de ne renfermer aucun fossile ; ce qui , pendant long-temps, a tenu en suspens sur sa nature.
2« Le gypse , placé comme le précédent au-dessus du ûohàfirê grouier» Le tenaÎQ où on le trouTe doit être regardé comme un omn^pesé de trois masses, dont la plus superficielle, et par ccrnséquant lader* BÎère formée, que les ouyriers appellent partout la première, parce que c'est elle qu'ils rencontrent d'abord dans leurs travaux, est la plus importante. C'est spécialement dans son épaisseur qu'on trouve les ossemens et quelquefois les squelettes entiers de ces quadrupèdes terrestres, lût paimoOkMwms et les ênoploihériumêp etc., les plus anciens du glabe» ^ inconnua Bujomrd'bm dans la nature vivante. Ils ont yéou aur le bord des cami qui ont dépoeé ces ter»
112 IITTBE YUI.
rains , et ne pararenl lans doute qu^à la fin de cette époque, puisqu'on, ne les trouve jamais dans les deux
masses inférieures. Pourtant leur race a dii se soutenir long-temps dans notre pays; car la masse qui les renferme a, dans quelques endroits , jusqu'à vingt mètres d'épaisseur.
3* Au-dessus du gypse sont placés des bancs de marne de deux espèces , et dans les lits inférieurs de cette marne se trouvent, avec d^autres fossiles du règne animal , des troncs de palmiers pétrifiés en silex , ce qui tend à prouver qu'à Tépoquc où les palœothériums vivaient sur noire sol , la température y était plus élevée qu'elle ne Test maintenant.
L'effet qu*ont dû produise les différens dépôts d*eau douce sur le eolcotr» eoquiiHêr est &cile à comprendre^ et Fobservation des coupes fiâtes dans nos environs nous le montre tel que nous devons
rimaginer : on les trouve plus abondans dans les lieux où le calcaire grossier avait laissé des vallées , moins épais au contraire sur les élévations ; il dut donc naturellement en résulter une plus grande tendance de nos terrains à* présenter «me surface horizontale. Cependant les anciennes vallées du sol de craie ne furent pas entièrement comblées , surtout quand elles étaient un peu profondes, et le bassin de Paris devait présenter encore des inégalitét 9 peu considérables à la vérité , mais qui avaient quelque rapport avec celles de la ci^aie.
Uy avait ponrtantdéjà des ébauches de diffiirences qui sont de?enues très^sennhles depuis; par ex^-
CONTIHUATIOV 9B L^ftcOKIl HnifiBAlB. 118
pie, (fuand notre sol n'était encore. recouvert que par la craie, les buttes, les collines» les plateaux de Montmartre, de Sanois, de Montmoreney n^ezistaient pas, et le terrain qu^elles recouyrfnt fiiisait partie d'une immense Tallée qai rèf[Bait alors entre le coteau de craie qui se remarque au midi , à Mont-rouge, Mcudon , etc., et celui qui reparait au nord , à Beaumont-sur-Oisc.
Le calcaire d'abord , et ensuite les diverses par* ties de la formation d'eau douce dont il est ici question , ont élevé peu^-peu le temdn à Montmartre , à Montmorency et à Bagneux , laissant dans Tintervalle un« élwuche des vallées de la Seine et de Montmorency, vallées pourtant peu sensibles alors, autant qu'on peut en juger par les témoins qui en restent, et qui montrent quel était Tétat des lieux dans cet ancien ordre de ckoses.
De même que le calcaire grossier est la dernière formation qui indique nn long séjour de Tocéan sur notre pays, la formation d'eau douce dont je viens de parler est celle qui donne les preuves de Tabsence la plus prolongée de la mer. 11 paraît que depuis cette époque les cnvaliissemcns de notre pays par les eaux ont été bien fréquens, mais aussi en mé^ temps bien moins durables.
La présence de la mer sur notre continent, après sa longue absence , commence à se manifester par un lit trèsomince , mais en même temps très-constant, de petites coquilles bivalves. Ces premiers produits marins y sont bientôt remplacés par deux bancs d'hultrcs assez distinct». Le premier déposé
114 umcft Tin.
(Tinférieur) est composé de grandes huîtres trèsépaisses , dont quelques-unes ont plus d'un décimètre (au moins 4 pouces) de longueur; le banc fopérieiir^ léparé de Tiiiférieiir par une coadiè 4e manie blan^tre, ert.oosipMé d^hoitrea brunes, beavconp plus petites et plus minoes quenelles qui fomieftt le preimer banc.
Ces deux bancs se rencontrent roiistarameiit àla ' même place dans les collines des environs de Paris les plus distaïUes entre elles, et MM. GùTÎer et Breogniart «ssorent ae les avcnr pas tus manquer .deux lois.
Tout pronTe àlaâlemra qu*ettesHnit T4&o«i dans les Iteuxoù on lestroim , 4sar en en retromFe de collées
les iines aux autres comme dans la mer,- plusieurs sont entières, et ont leurs deux valves. Une chose remarquable, parce qu'elle est en harmonie avec un grand nombre d'autres observations qui conduisent à la même conséquence , cVst que oes huîtres sont beaucoup plus aemblftUes 4 celles qui vivent makftenant dans nos mers «pie celles de la mer précédente (cdie ^i avait déposé le ealoaiire frassier).
Après la formation des bancs d'huitres, il parait qu'il s'est passé un certain espace de temps pendant . lequel la mer ne nourrissait plus d'habitans, ou du moins avait perdu la faculté de les conserver ; car on trouve ces bancs recouverts d*«ne masse trèe^ considérable de sabl^ et de grés, qm ne renferme ni coquilles y ni corps fossiles d*aucane espèce. On me peut pourtant s'empéoher de la regarder comme une formation marine.
GONTUCUATION DE l'kCORGE MIIfiaALE. 115
Plus tard on commence à retrourer des coquilles . fins M moins semMaliles a oelles du ealoaire f[ros-
Ces difEérens dépôts, et «uriout le pussante
masse de sable' s' étendant sur un terrain déjà presque nivelé par les grandes formations dVau douce, achevèrent d'en comhlcr les inégalités et de le mettre entièrement de niveau. Ce qui ie.prouve , c'e«t ^^anjourd^luiî^ dans tous les lieux où des causes ^ni ont agi plus réoeaun^at nVnt pas enlevé eette masse de «able arec une partie des «onckes infêrieii-, rcs , on la retrouve à la même bauteiir. •
Nous touchons à un point assez épineux ; car on n'a fiut jusqu'ici aucune supposition admissible sur la cause qui a pu «creuser , sur cette surface ainsi ni- % . 'Velée, les nombreuses et profondes TaUées dont nous la voyons anjonnliinisillonBée.
Deux explications principales ont été sncœssîvement en honneur^ t Tune , proposée par IL Deluc , consiste à admettre des affaissemens lon^udinaux de terrain , afTaissemcns dont on trouverait fort bien ' la cause dans l'énorme déperdition de substance . ^n*ofllt dû faire'^fuxMmrà la niasse interne les nombreuses éruptions Tolcam^es dont les proiluits for-' meut une partie considérable de récorce annérale. Far suite de ces pestes, la masse interne devenant trop peu volumineuse pour Técorce déjà soilide qm Tentourait , cette enveloppe a dû , dans certaines parties , éprouver des affaissemens qui ne sont presque rien en comparaison du volume total du globe, mais qui suffisent et au-delà pe«r expliquer la lar*
116 URTIB Tin.
roation des vallées dont nous recherchons la cause. Si j'insiste sur cette manière de voir, c'est que la supposition des afTaîssçmens admis par Deluc rend très-bien raison de la formation des montagnes primitiTes et de leurs yallées. En effet ^ les crêtes saillantes de granit qui couronnent les premières, et qui font si facilement naftre Fidée d*an brisement violent j rinclinaison des couches qui couvrent leurs flancs , et Tidentité du sol qu'on retrouve (^c^alement et sur les montagnes et dans les vallées qui les séparent : tout s*a(scorde ayec cette supporîtion, tout la nécessite même.
Mais rien de pareil ne se présente relativement Il nos vallées : les coucbes des coteaux qui les dominent ne s'inclinent point pour y descendre, et aucune d'elles ne présente, dans son fond, un sol semblable à celui qui se trouve sur ces hauteurs.
C'est ainsi que la plaine de Grenelle , celle du Point-du-Jour, le fond de la Seine à Sèvres , ne présentent ni le sable des batteurs qui les bordent, ni le gypse , ni même le calcaire grossier que , vu sa * solidité, on ne peut supposer avoir été balayé par les eaux, mais oflrent simplement la craie recouverte de quelques mètres de terrain d'alluvion.
Quelle cause a donc pu soulever ces couches épaisses , et souvent si dures , qui manquent dans les vallées ? On a supposé que c'étaient des courans puistans dont nos rivières ne sont que les fiables restes, et qui ont entratné dans la mer les débris qu*ils ont balayés ; mais quels cours d*eau, quels torrens seraient capables d'ealevcr les énormes masbCi» qu il
coHTmuÀnoir us i.*iooiOB «hIeau» 117
aurait fallu déplacer pour creuser nos vallées? et comment supposer une pareille violence à ceuî^ dont on admet Texistence , quand ^on considère combien les lieux qui doivent leur* avoir servi de lit ont une ' pente douce ? La Seine coule dans la plus inclinée de ces Tallées , et dans ses plus grands débordemens, elle n*a pas la force de déranger une pierre grosse . - comme la tête. Comment ces cours d'eau auraient* ils, dans un espace souvent assez étroit, enlevé les couches supérieures à une si grande profondeur sans endommager les terrains mous et sableux qui restent quelquefois suspendus à pic au-dessus des ▼alléesi k des liauteurs très-considérablçs ? Gomment imaginer qu^aueane partie de ces terrains brisés ne se f^t précipitée dans les cours d^ean de manière à ce que leur fond présentât au moins quelque analot^ie avec les plateaux qui les bordent ? Mais, bien loin que les terrains d'atterrissement des vallées correspondent à la quantité des matières enlevées pour les former ^on voit souvent, dans les lieux où elles s'élargissent le plus, des lacs ou amas d'eau. qu'ils auraient certainement dû combler, dans la supposi7 tion dont il est question.
Toutes ces objections, absolument insolubles jusqu'ici , font rejeter pour les vallées de nos environs la dernière hypothèse , comme celle des alfaissemens longitjttdinaux ; nous serons donc, jusqu'à nouvel ordre , forcés de nous borner à admettre , -sans pouvoir l'expliquer , le fiût de leur formation sur le sol nivelé par les derniers dépôts marins.
Que ce nivellement ait eu lieu , et que les vallées .
IIS ' iims TTO.
aient été creusées à une époque postérieure par une cause qui ne nous est pas connue, c'est une chose dont il n'est pas possible de douter , et que prouye î«8qu'à réridence la vue de leurs faces abruptes. Le» éifférvntes parties du sol sabku» dont elles sont Ibmées onfc n peir d*«d&éreiiee enlre elles, <pi*il j ^ aurait de Fabsordité à supposer qu^elles ont été dé^ posées partiellement sur chaque sommet (1).
La formation marine à laquelle appartient la masse de sable dont nous venons de parler n'est pa* le dernier des produits qui recouvrent notre sol ; on trouve encore presque partout au-dessus d'elle utt • lit de terrain Uumiirê{2}^ qui prouve d^uttemaniève iiicontestable rexisCence d^ua Hanmue lae d*ea«i douce , qui a formé le dépéft quelquefois très-mince , souvent assez épais , qu'on remarque plus particulièrement sur les grandes hauteurs. 11 existe souvent aussi dans les vallées , mais il y est recouvert par le terrain d'atterrissemcnt. On ne le trouve point sur le sommet de Montmartre , ni sur celui de la butte d^Oi^emonty soit que ees sommets niaient pas présenté une assex large surfiice pour qu*fl ait pu s*y for» mer des dépôts d'eau douce après la retraite de la mer, soit qu'ils aient été enlevés postérieurement, comme pourrait le faire supposer leur moindre élévation , car ils sont plus bas que ceux des autres col- Unes voisine».
^ vous éprouviez quelque difficulté à 8u)ipèser
(1) Voyei nolcTllI.
(2) Formé au fond des lacs d'eau douce.
GOimiiijiknov BB L'iootGB un£rami. 119
l'existence d'amas d'eau douce d'une étendue aussi considérable que celle que supposeraient les dépôts dont nous nous occupons, je vous rappellerai que TéUt actuel du globe nous en présente de plus immenses encore ; et que , dans T Amérique septentrion nale, les lacs Suj^Méut, Michiffom, JÊmron^ etc., présentent dans certains sens une étendue qai égale presque en longueur celle de la l^rance , du nord au sud. De sorte que si leurs eaux avaient la pro- ' priété de former dans leurs fonds un terrain solide, et qu'ils vinssent à s'écouler , ils laisseraient à sec des lits de formation d*eaa douce beaucoup plus étendus que celui qui nous occupe. Mais ils n*ont pas cette propriété , pas plus que. nos mers actuelles. Et , en général , la nature, depuis la dernière ré* Tolution quia imprimé à nos continens la forme que nous leur voyons, paraît dans un état de faiblesse et de langueur qui ne permet que dans des circon* stances très-peu nombreuses la formation de nouvelles rocbes. Aussi la fossilisation des corps organisés n>streUe plus possible; car elle consiste dans Tincorporation des parties solides de ces corps dans de nouveaux produits inorganiques qui le conservent dans leur intérieur en décomposant les autres.
En général , rien ne recouvre la dernière formation d'eau douce dont nous venons de parler ; mais, dans quelques lieux particuliers, ontronve les terraina d'allnnon k la partie la pins anperficiaUe dn sol. Oa désigne ainsi cevi. qui ont été tranirportés par les eaux , soit qu'ils aient simplement été déplacés par elles , soit qu'ils aient été tenus
120 # XSTT&BTIU,
611 Buspcnrîon dans le Uquidc de ces terrains. , Les uns ne peuvent avoir été produits par Tordre actuel des choses, et leur formation est évidemment antérieure à la cause qui Ta déterminée. Les autres, •au contraire , ont été formés par les fleuves et les amas d'eau douée qui existent encore à la suxfiice de la terre.
Dans la première classe on doit ranger , autour de Paris, le sol de la plaine de Nanterre k Chatou , ccr
lui du bois de Boulogne , celui de la forêt de Saint- Ijermain , etc. , que la Seine n'a jamais pu former dans ses débordemens les plus considérables. Les dépôts de cailloux roulés, du fond des vallées, sont dans le même cas.
• Cest dans ces terrains qu^on trouve les ossemens d^éléphans, de bœufs, d^élans, etc., dont je voua ai déjà dit un mot, et dont je vous parlerai blentét
avec plus de détails. Ces débris montrent que la population de notre pays, dans ce temps-là, offrait autant de différence avec la population de nos jours, que ce sol ancien lui-même en présente avec le sol actuel.
On trouve souvent cet ancien terrain ài*alluvion dans des lieux qui «mt dé être autrefois des vallées,
et qui aujourd'hui appartiennent à des plateaux assez élevés. Tel est le dépôt remarquable qu'on a trouvé dans la foret de Bondy , lorsqu'on y a fait une coupe pour le passage du canal de TOurcq ; il reniermait des os d'éléphana et de gros troncs d'arbres.
Quant aux terrains réoens d'alluvion formés par des cours d^eau moins pnissans, ils sont en général
composés de matières plus ténues. On les observe
dans des lieux où on conçoit 'fort bien qu'ils ont pu être déposés depuis Tordre ncluel, et les débris fossiles qu'on y trouve appartiennent à des animaux ou des végétaux qui vivent encore dans nos cantons^ ou qpi^onsait y avoir vécu. Us renferment également des ouvrages façonnés par la main des hommes, comme le bateau en forme de pirogue qu*on a déterré dans nie des Cygnes , en creusant les fondations du puni des Invalides.
C'est à Texistcnce des débris de corps orj];anisés qui ne sont pas encore entièrement décomposés qu'on doit attribuer les émanations dan<:^crcuses qui se dégagent des derniers terrains d'aliuvion quand on les remue pour la première fois.
Je ne sais, madame, si tous me paMonneresla longueur de cette lettre , dans laquelle je n'ai eu à vous donner que les descriptions , nécessairement arides , d'une suite de terrains ; j'espère cependant que vous m'excuserez un peu en faveur des considérations importantes qui s'y rattachent immédiatement. Qui pourrait voir avec indifférence les traces si sensibles des révolutions dont notre pays a été le théâtre , et les nombreuses générations qui s*y sont succédé ? La légère couche de vie qui fleurit à la surface du sol ne couvre que des ruines. Des êtres qui ont vécu dans le lieu même que nous habitons y foulaient tranquillement d'anciens débris laissés par la mer , lorsque cette mer , revenant subitement, les a engloutis sous ses eaux. Placés dans les mêmes drcoiittances, n*avons-nons pas k redouter le même
1^ LETT&8 YIII. GOlfTIRUAT. DB l^iCO&Cl, etC.
tort? Pauvres petits koutmes , nés d'hieir» qaâ «son» nous dire les maîtres ia terre , nous ne dcrrioU» niorefaer qu'en tremblant sur ce globe toujours prêt
à nous engloutir. D'où peut venir noire sécurité? Est-ce de Thistoire de quelques générations d'êtres de notre espèce qui s'y sont maintenues, au milieu de mille désastres, pendant ciiuiiiantc ou soixante siècles , on bien nous fions-nous aux fiûbles digues dans lesquelles nous enfermons avec tant de peine les petits courans d'eau que nous appelons de grands fleuves , à ces petits amas de terre au moyen desquels nous retenons un instant quelques pieds de la mer au-dessus d'un point de notre sol? Comment ne craignons-nous pas qu'^ u milieu de notre orguail une légère secousse ne rende à Tocéan cette pois tîon de la terre qu'il nous a naguère abandonnée , et qu*une partie dé ses eaux n*engloutisse demain pour jamais nbs grandes cités , nos puîssans monarques, leurs vastes états, et jusqu'au souvenir des monumens dont notre petitesse ose se montrer si fièrc ?
LETTRE XZ.
Dans la lettre précédente , en vous exposant le résultat des recherches faites par les ()bser^teur3 les plus distingués sur les terrains de nos environs^ j*ai eu pour but de tous donner une idée de la ioa«* nière dont on doit concevoir que les différentes formations se succèdent dans toutes les parties du sol de transport et de sédîfflent ; car il existe entre la superposition des roches sur toute la surface du globe des rapports qa'il est impossible de mécouoaitrc.
Le sujet dont je me propose de vous entretenir dans cette lettre et les suivantes sera, fe^^ère, de nature à vous dédommager un peu de ce que la précédente pouvait avoir d^aride. Je veus vous parler
des débris précieux d^animaux qu'on dirait que la nature aurait pris soin de conserver à dessein dans les entrailles de la terre , comme pour nous avertir des désastres^dont nous pouvons nous-mêmes devenir d'un moment à Tautre les victimes.
124 UTTBS IX.
Les recheftthes nourellM dont je ▼ais vous rendre
compte ne seront plus bornées à un lieu partiçuliéf; mais elles sont le résultat des observations faites dans tous les pays. 11 est d\aulant plus nécessaire, dans ce cas, d'embrasser la généralité des faits , que la ressemblance ou la différence que peuvent présenter les espèces trouvées dans les divers climats conduisent aux résultats les plus curieux.
Je suivrai, en vous parlant des animaux fossiles, , un ordre directement contraire à celui que faî adopté relativement aux couches , c'est-à-dire que , commençant par les animaux qui se trouvent dans les plus superficielles , je passerai ensuite aux plus anciennes; et vous ne manquerez pas sans doute de remarquer que, si les restes fossiles qu'on rencontre dans les couches les plus superficielles appartiennent tous, ou il des espèces actuellement vivantes, comme Véléphant, le rhinocéros , Yhippopotame , ou à des animaux tout-à-fait voisins de ces espèces , comme les différens mastodontes^ ceux qui gisent dans des couches plus profondes , et dont Texistence a dû être séparée de la nôtre par plus d'un cataclysme (1), ne forment guère, en général, que des' genres entièrement différens des genres vivans.
Les animaux fossfles sont des êtres dhme création ancienne dont il ne nous reste de souvenir que par des impressions osseuses conservées par le temps. Leurs parties molles outclé, à quelques exceptions très-rares près , remplacées par les molé-
(I) Glande inondaiion.
DBS AinMAIIX FOSSILIS.
GoleB des roches dans lesqaettes on les rencontre.
On a sobstitaé Feiqprsssion d*animi|iix fossfles à celle d^nimanx pétrifiés , pour dislingaer Faction à
laquelle ils ont été soumis de celle qui s'exerce tous les jours, même en assez peu de temps, sur des substances qui, plongées dans certaines eaux courantes; sMncrustcnt de molécules pierreuses, et pour laquelle il me semble qv^on devrait exclusivement ré* ■ serrer le mot de pétrification. La fossilisation est tonte autre chose; et elle en diffère si bien, qa^Û est reconnu, par presque tous les naturalistes, qu'il n'y a plus dans la nature actuelle de condition pour la fossilisation : de sorte que si une des grandes réyolutions auxquelles le globe a été si s^^uycnt sou* mis détruisait tout-à-coup les races actuelles, et qu*après quelques milliers de siècles, nne nourelle race d*h6mmes Thit habiter de nouveau nos climats, ces hommes ne pourraient ayoir sur notre existence éphémère les renseigncmens que nous avons obtenus sur les animaux que les dernières révolutions y ont détruits.
De tout temps on a trouvé des ossemens d'éléphans fossiles; mais ces ossemens jusqu^ci avaient presque toujours été méconnus, etc^stà leur découverte qu^on doft les histnres fiibnleuses de la mise h nu des cadavres d^ancien géans : car , dans un temps où Tanatomie avait fait si peu de progrès, Tamour du merveilleux pouvait d'autant mieux s'emparer de pareils événemens pour accréditer des idées qui frappent Timagination , que Téléphantest (aux dimensions prés) un des animaux. dont le squelette
prleatfte le plus de ressemblance avec celui de» riMMlliT On ferait un toIubm entier des histoires d^essement fossiles de grands (joadnipèdes que Vignoraace on la iraude ont fait paiser pour des dé- * 'IntIs de géans liumahis. La pkw célèbre de tonles est celle du squelette que , sous Louis xiii , ou a voulu faire passer pour celui de Tcutobochus , roi des Cimbres , celui qui combattit contre Marius. Voici ce ^ui * donna lieu à ce conte :
Le 11 janyier lél3, on Ironra dans «um salatoimère près du cliAtean de Chaumon, entre les villes de Montricoux, Serres, <et Saint- Ajitoûiie , des ossemens dont plusieurs furent brisés par les ouvriers : un chirurgien de Beaurepaire , nommé Mazui:ier, averti de celt^ découverte, s'empara des os, et ^ songea à en faire son proût ; il publia les avoir trouvés dané un sépulcre long de trente pîeds, apir lefnel était écrit l^MKoftac&tif tiMr .* il ajond^k aroir trouvé en »é»ete«ps Me eiwqiMaitatne de méda^U les à reffigîe de Mftrius. 11 inséra tous ces contes dans une brochure au moyen de laquelle la curiosité du public étant excitée , il parvint à montrer pour de l'argent , tant à Paris que dans d'autres villes , les os du prétendu géant 'Gassendi cite un jésuite de Tonnion oonme l'auteur de la l>M€lMire« et montre qoe les prétendues médailles «ntiqaet étaient contronvées ; quant annioSy «étaient dés os d'éléphans.
Des observations semblables , qui deviennent plus précises à mesure qu'elles sont plus récentes , nous conduisent jusqu^ou disF^iuitîètte sièoLe^ A cette épo«
vts ÀKmAirx rasuis. 127
que , le progrès des sciences naturelles ne permettant plus des méprises aussi grossières , on reconnut les ossemens d'éléphans pour ce qu'ils étaient; mai^ on 8e penoftda qu'ils avaient, été ensevelis sons le sol dans le teins» des Romains.
' Ce qui devait confirmer dai^ pette epinion, c^est que les endroits oh on en a tfouvé le plus anciennement dans notre pays sont situés aux environs du Rhône, et par cpnséquent dans les lieux où Annibal , qu'on sait en avoir amené dans son expédition contre les Komains , ainsi que Domitius ^nô-> barbus , qui en conduisit phis tard dans les Gaules , ^ auraient pu y laisser leurs cadavres.
Nulle part, en Europe , on n*a trouvé autant d*os fossiles d'éléphans que dahs le val d'Amo supérieur; ils y sont si communs , que les paysans les employaient autrefois péle-méle avec les pierres pour la construction de leurs maisons. Depuis qu'ils en eomiaiBsent le prix, ils les mettent en réserve pour les vendre aux voyageurs (1). C'est ainsi ^e M. Gu- "viar acheta k JnoUm tin atlas dé grande dimension 'qn^on vînt lui offirkr pendant qu^il relayait à la poste. Ce célèbre naturaliste raconte avoir vu dans le pays une si grande quantité d'os fossiles d'éléphans , tous rassemblés dans les environs de Figline , qu'on en avait rempli deux chambres. Ce nombre prodigieux
(1) On ^^e«lt vair une quantîié ishÊ^comMMiiB de ces fl wft u d a a «safetiaés dus ks anuoires qui , an iKimlire de dmse , tapissent daas.la grande stUe des lessiles le aUDr op« potéMK Iniétrss*
128 UETTBE IX.
réfute parCutemcnt Topinion de ceux qui voudraient prétendre qu*i]s ne «ont* que des traces du passage
de rarméc dWnnibal dans ce pays. L'histoire, il est vrai, nous apprend que ce grand ç;én(^ral, après avoir gagné la bataille de Trébie , franchit les Apennins 9 pour aller gagner sur Flaminîos celle de Trasymène ; maisTite-Liye et Polybe s'accordent à dire qu^étant entré en Italie ayec trente-deax éléphans , il n*en avait plus que huit après la bataille de Trébie ; qu il perdit sept de ces animaux dans la tentative inutile qu'il fit pour passer les Apennins pendant Thiver, et quau printemps, lorsqu'il réussit enfin dans sa pénible entreprise, et qu'il arriva dans le val d'Àrno supérieur , il n'en avait plus qu'un seul. •
Toutes les conjectures semblables qu*on pourrait être tenté de lidre pour donner à ces os une origine qui ne remonterait pas au-delà des temps historiques sont aussi peu fondées que celle-ci. Vous allez voir, d'ailleurs, combien il serait ridicule de vouloir expliquer par une cause unique , quelle qu'elle soit, un phénomène aussi général que l'existence de ces ossemens. On en trouve, en effet, dans tonte rEufope, en Angleterre, en Allemagne , où ils ont été plus fréquemment et mieux observés que partout ailleurs , quoique les Romains n'aient jamais pu en conduire dans le nord de cette contrée. On en a découvert beaucoup dans les parties les plus septentrionales de l'Irlande , dans la Scandinayie, en Norwége , et jusque dans l'Islande. On en rencontre aussi dans la Pologne , dans la Russie ; et c'est
' USA ANIMÀliX FOSSILES. 129
dans ce TMte pays , n peu propre maintenaiit à la-. Toriser la propagation des éléf^ns , cpiW trouve leurs débris en plos grand nombre. Et quelles sont,
madame , les proviftces de la Russie où vous pensez qu^on les trouve en plus grande quantité? Les parties les plus glacées de la Sibérie. Mais, quelque communs qu^ils soient dans ces rudes climats, ils le sont peut-être encore davantage dans quelques ûes de la mer Glaciale , au nord de la Sibérie , qui, àTexceptionde quelques montagnes de rocbersy.ne sont guère qu'un mélange de sable et de glace rem» 1^ d'ossemens fossiles.
Le capitaine russe Kotzebue en a trouvé sur la côte d'Amérique , au-delà du cercle polaire ; ils y sont si communs, que les matelots de son expédition en brûlèrent plusieurs morceaux à leurs feux. M. Adalbert de Cbamisso , naturaliste , qui accompagnait M. Kotsebue, a apporté en; Europe une défense longue de 4 pieds, sur 5 pouees de large , dans «on plus grand dialnùtre , et que M. Cuvicr a trouvée ressembler beaucoup à celles qu on a déterrées près de Paris, en creusant le canal de l Ourcq.
Les habitans de la Sibérie sont si habitués à rencontrer sous terre de ces monstrueux débris /qu*ils ont imaginé y pour eiqpiiquer comment ils ont pu y être déposés, une ftble qui ne vous étonnera pas de leur part. Ils croient qn^il existe dans leur, pays un animal de la grosseur de rélépbant, et portant comme lui des défenses , mais vivant à la manière des taupes, sans pouvoir jamais supporter impunément la lumière du jour.^lis le diésignent sous le
umi is.
nom de numokouth, et appellent le» déffiUAes fesailef tomeê d0 wtammotifih,
Lêl teapératnre glacée de cet climatt les a û bien coafenréeay qu^oa les emploie pour le même usage que riyoire feaîs , et c[u*elles sont vn article de commerce très -important pour le pays. Avouez , madame, que c'est là un singulier dédommagement accordé par la nature aux habitans de cette triste contrée.
Une chose remarquable, c'est qu^on trooye la même fiible ches les Chinois , qui appellent tim^ 9chfhia le prétendu animal souterrain. 11 en estques* tion dans plusieurs traités d'histoire naturelle du
pays ; et même dans Tun d'eux, où on fait remarquer qu'on ne les rencontre que dans les régions les plus glacées , on prétend ({ue sa chair est d'une nature fort saine» ce qui tendrait à £ûre croire que le phénomène li curieux de la conservation des chairs serait asses commun dans les pays fioids.
On découvre ordinairement las os fossiles réunis il ceux de plusieurs animanx sauvages, grands et petits. Rarement pourtant on trouve dans un même lieu un squelette entier; ils sont quelquefois places sous des couches déposées par les eaux douces. D'au* Ire fois aussi ^ ce sont des débris de corps marins qui les recouvrent , et qui restent là comme pour attester le genre de catastrophe qui a changé la fiice du pays dans lequel ils vivaient.
Je n ai pas besoin de vous faire remarquer combien cette dernière circonstance , le nombre prodigieux de ces dépouilles, leur n^élauge avec- les débris
MIS AVIMiiVX fOSSlLSS. 131
d'animaux sauvages i et la dispersion des os apparlenans au même individu, éloiguent toute idée de \
dépôts laits par la main des hommes, et nous con- duisent invinciblement à Tadmission des révolulions doat noua yoyq^s partout des pfeifvcs si évidentes.
O'es^ ici le lieu de vous rappeler Téléphant de X. Adams» pww ï«V«l renvoie ^ ihistoijre
que je yous en ai donnée. dans une de mes lettfrea
précédentes.
On trouve aussi des os d'élcphans en Amérique, <• continent où il n'y en a jamais eu de vivans depuis que les Européens le connaissent, et où ces animaux n'ont certainement pu être détruits par les peuplades faibles et peu nombreuses qui Thabitaicnt avant sa découverte : nouvelles preuves sans réplique do Tanliquité antédiluvienne de ces débris.
Une circonstance digne de remarque , c'est que , tandis que les os fossiles d'éléphans sont si communs sous des latitudes que ces animaux ne pourraient supporter y on n'en trouve aucun dans les pays où ils vivent maintenant.
« M'y en a-t-il pas eu d'enfouis dans ces régions? dit M. Cuvier, ou la cbaleur les a-t-elle décomposai F ou lor8qu'o;i en a découvert , a-t-on négligé de les remarquer, parce qu'on les attribuait k des animaux du pays, et qu'on n'y voyait rien d'extraordinaire ? ne serait-ce pas aussi que les mammouth ; éUnt des animaux destinés à vivre dans le nord , à cause de la laine épaisse et des longs crins qui les recouvrent, il n'y en avait point à une certaine
182 UTTU XX. DS8 ÂHIMÂIIX lOSSILES.
proximité des tropiques? Les géologistes qai visite^ Topt k zone torride ont là un sujet bien Important
de recherches. »
On avait déjà prétendu en avoir vu en Barbarie , pays où il n^existe aujourd'hui d'éléphans d'aucune espèce , bien qu'il soit assez chaud pour leur tempérament, et «pfil y en ait eu autrefois an moins dans la Mauritanie , an rapport de tods les anciens. Tont récemment, l'expédition anglaise envoyée dans Tempire des Birmans a annoncé avoir rencontré des os- 6emens fo^ilds de mastodonte dans ces régions chaudes de FAsie. Il n'est donc phis guère possible de révoquer en doute ce fait âi important pour la zoolo- ^e antédiluvienne.
LETTRE X
commiATiov nu Ainuiix lossius it éléphans.
Permettez -moi de revenir sur cliaq[ue circonstance de rhistoire des os fossiles d'éléphans, pour y chercher des indactions sur tout ce qui peut se rattacher à leur existence passée.
La position superficielle de ces ossemens, leur gisement dans des terrains meubles et d'alluvion , qui paraissent avoir formé le fond d'anciennes vallées y tout annonce que les animaux auxquels ils ont appartenu ont été , dans tous les pays qvCils ont habités, YÎctîmes de Tune des dernières révolutions qai ont contribué à changer la surfiice de leur sol.
Mais ces éléphans , dont on rencontre les débris dansFEurope, dans tout le nord de TAsic, et jusque dans les régions les plus glacées , ont-ils vécu jadis dans ces pays ? ou bien leurs ossemens y ontils été transportés par les eaux qui les auraient détruits dans d'autres? Tout prouve qa'iÏB ont vécu dans. les Ueuz mêmes o& on les trouve ; car, outre que la diversité de nature des couches qui recouvrent leurs ossemens atteste celle des révolutions
donl ils ont été victimes ( et exclut par conséquent ridée d'une seule grande irruption qm eût pu les disperser), s'ils aTaient ité traaspoctés par les eaxa^ ^ ils seraient y comme tous les corps qui ont subi ce transport, usés par le frottement , au moins autant que les cailloux roulés , qu'on recounaît si facilement pour avoir été arrondis par Taction des vagues ; mais ils sont, au contraire , si bien conservés»* qu'on trouve des ossemens de jeunes animaux qui présentent encore les éminences cartilagineuses les plus déliées et les plus fragiles. Et si onYçulait supposer que les squelettes ayant été transportés entiers, chaque os en particulier a pu rester intact, on tomberait dans une difficulté insoluble; car on ne pourrait expliquer pourquoi on uc trouve pas les os de chaque squelette enfouis dans un même lieu, et comment il se £iit que les tas qu*on rencontre offrent rassemblés des débris d'animaux appar^nans à des espèces et même à des races très-difTérentes » sans que jamais aucun d'eux ait fourni k beaucoup près de quoi recomposer le sq^uclettc complet d'aucune espèce particulière.
Les éléphans dont nous parlons ont doue vécu dans les pays aujourd'hui les plus glaces du globe , et jusque dans les région» inhabitables du cercle polaire. Mais ces régions étaient-elles alors ce qu*c}« les sont maintenant ? on ne peut pas le supposer ^ puisque Icscontrées dont il s'agitne fournissant aucun végétal propre à leur nourriture, ils n'auraient pu s'y maintenir. Les voyageurs nous ap2»rennent en effet que , dès le 68* degré de latitude septen-
• COHTiRIJAIION BBl AlfllUDX FOSSILES. 1^5
trionale , le ]>oiilêaa et le Drêne disparaisccnt ; U
grand sapin lui-même et le mélèze , arbre dont le nord est la patrie , rampent sous forme d'arbrisseaux sur un sol qu idégèlc à peine en été. Cranz assur« que y daus tout le Groënia^d, on ne trouve pas un seul arbre qui ait plus de rix pieds de haut , et quant aux animaux qui TV?enl sous oette latitude» tous . périssent ou dégénèrent au point qne kurs eqpècei deriennent méconnaissables. L*ours blanc , le ren* ne , et le renard blanc, destinés parla nature à vivre dans ces climats , et pourvus par elle des plus épaisses fourrures , les supportent avec beaucoup de peine. Au-delà» on ne trouve plus guère que de la glace; mais jusque sous le cercle polaire et au«d<là (1), ontronre desossemens 4'^lép)ians,qHi certainement n'auraient pas pu y mre si la temp^ature y 9^v^it été akira oe qu'elle yest aujourd'hui. P'ailfenra les animaux de même espèce se trouvent en Allemagne, en France , et jusqu'en Italie j de sorte qu il fau- , drait suppoicr aux éléplians de ce temps une wngulière facult4 de s'accoBunodpf à toute sorte dç di* mats. 11 n'y a guère maintenimt fm \9 gloire qua riiouim 9 et quelques-une^ des e^èees qui lui sont le^plus utiles (le dûen, par e^^eûipl^) , qui aien( été doués par la pâture de eette heureuse flexibilité de tempérament -, aussi son espèce est-elle \% sçul^
(1) Le capitaine Pany a constaté que le terrain de File Melle ville ( 7 5 o de la(, pprd ) ) oà U température descend quel* * . qittt^ua jusqu'à Wf» an-des^ua de U j^lacei coatiaut use éooime quantité d'ossemens d^éléphans.
136 UKTTEI Xi
qa*on trouve répandue depuis les régions les plus l^rAlantes de la aone torride jusque sous le eerele polaire (1).
Mais quant aux animaux qui présentent lo plus de ressemblance avec ceux qu'on trouve à Tétat fossile, les éléphans, les rhinocéros, et les hippopotames d'aujourd^hui , la nature leur a assigné une étendue de paysasses limitée au-delà de laq[uelleils ne peuvent plus se propager*
Les pays où règne une glace éternelle n^ont donc pas été autrefois soumis à une température aussi rigoureuse , et les révolutions qui Font changée ont sans doute causé dans beaucoup de lieux, la destruction subite des races qui y vivaient.
Il est eneoreune opinion contre laquelle je crois devoir tous prémunir. On pourrait être tenté de supposer qu^un abaissement lent et graduel de température aurait Ibroé les éléphansk seréfbgier peuà-peu vers des régions plus chaudes; et qu'abandonliant ainsi les climats qui se refroidissaient , ils se seraient à la fin tous accumulés dans les lieux ou on les rencontre maintenant.
Dans cette hypothèse, adoptée par Buffon, les animaux dont on retrouve les débris auraient été les derniers restés dans leur demeure primitive , et le changement progressif de température aurait à « la longue déterminé le changement d^ns leur four- Ci ) Néog88ck| élaUisseaient danois j est situé tout le 72* degré de latitude •eptpatrionile , et les GroSakiidais reaioiitetit enooie (lus haut
cowmvknon ras Ainnulx missius. It7
rurc , comme nous voyons la peau du chien , entièrement nue dans les pays chaude « 9e couvrir d^un poil épais et abondant dana le notd.
Une première raiton qai 8*o^iose à ce qa^on puiise admettre que les ehoses se soient passées .:^iiin, eonnste dans les différences très-sensibles qai exis* tent entre le squelette de l'espèce d'éléphans fossiles et les deux espèces actuellement vivantes ; différences beaucoup plus caractérisées qu'aucune de celles que peut produire la variété du climat. Une seconde se trouve dans la destruction de plûsiears genres d'animaux évidemment contemporains des éléj^ns 9 dont on trouve les débris ensevelis avec les- leurs , et qui ont certainement été détruits par les révolutions dont il reste des traces incontestables. Pourquoi les éléphans auraient-ils seuls éciiappé aux désastres capables de détruire entièrement les espèces du même genre qu'eux P Voilà encore une difficulté insoluble dans ce système, et qu'on doit ajouter à cdle qui nak de la différence sensible qui existe entre les espèces éteintes et les esp^ ces vivantes.
D'ailleurs, les révolutions dont les animaux de cette époque ont été victimes sont arrivées subitement. Je n'ai pas besoin de répéter ici que si le cadavre de Téiépbant de M. Adams , et ceux qu'on a trouvés, commé lui , recouverts de leur peau , n^avalent pas été subitement saisis par la température glacée qui règne dans les lieux où on les a découverts , les chairs n'duraient pas pu être conservées comme elles Font été.
1B8 •iWMl X.
Au surplus , il a existé aussi des éléphans en Amériqae on trouve leurs débris en grand nombre.
Poarquoi , le obangemeastde temfiératiire arail été aéiiez lent -po^ iev» permettre de se retirer dans deë pays plùï chsAids , ceux de tst grand contilient n'y auraient-ils pas échappé comnye ies nôtres? Pourquoi ne se seraient-ils pas réfugiés dans TAmériquc méridionale, où le Mexique et les pays Toîsins leur offraient une température certainement aussi chaude q[u^is )[K>uyftieiit la supporter, et des assez élevés yourte sousIraîreumtnondatîoBB mânines dcmt ptcnieurs ont dA éttie les victimi» ?
Ajoutons enfin , pom* dernière radson , qu'on ne
pourrait, dans cette supposition, expliquer comment les éléphans auraient pu être détruits dans les pays tempérés de TEuropc , et particulièrement dans ritalie ,<q[aand tout prouve qu'ils étaient conformés |K>nr Titre 'dans 'des régions betniconp ph» firoîdea.
'Concluons de tout ce <|ue toons venohs de dn^ , i> que losiélépbaiMi afukqnels appartenaient les ossemens qu'on retrouve de nos jours à l'état fossile ont vécu jadis dans les lieux où gisent maintenant leurs débris ; 2" que les éléphans actuels ne Font pas leurs dcscendans; enfin , ({ue tout ce qu'on pourirait dire pour expMquer hsm destraction par 'un refroidissemèht lent et graduel ét la tempéraAicre , -QKL par nu empiétement progressif ^IHKïéan sur les conlinctas^ evt entièréwetft inadmissible.
Une circonstance assez remarquable consiste danït Vcxîstence des coquilles marines qui sont collées ou plutôt incrustées dans quelques (^4' élépbans fos-
comimA.Tioir m kwmàkf. f ossiiu. IB9
siles ; ce qui tend à faire croire que ces os étaient déjà dénudés quand la mer est venue recouvrir le pays (|a'iU habitaient. On ne doit pas s^en étonner , car ks ossemens d'éléphans morts naturelleD^eUtéêpmB ploaieiira annéés^ devaient, apr^a ^eleura caàpKTretavaeni^4tfié«6«é8par lasaminaw canaa^ sien d^alossv rester épars sur le sol, comme peuvent Tétre dans notre pays ceux des chevaux et des autres quadrupèdes qu'on néglige d'enfouir dans la terre.
Comme il existe encore maintenant deux espèces d'éléphans connues depuis les temps historiques, VéJbéfhant des Indes et Téléphant d'Afriq^ue, peutêtre senez-TOus curieuse de savoir avec laquelle de ces deux espèces Tâchant fossile présente le pkta de resaeaiblance. 11 paratt qu^il se rapprochait beaucoup plus de Tcspèce d'Asie que de celle tl Afrique ; il avait , en effet , comme la première , le crâne plus alongé , le front plus concave ; ces deux caractères étaient même bien plus prononcés chez lui que chez T éléphant d'Asie. Sa téte différait encore de celle des deux' espèces vivantes , par la forme de sa mâchoire inférieure, plus oBtus^; par la grandeur des mâchelîères , sur lesquelles on distingue tics rubans plus longs et plus étroits, mais surtout par Ténormc développement des alvéoles dans lesquelles les défenses prenaient naissance. Quant au reste du corps , il parait que cet éléphant était un peu plus volumineux que celui des Indes ; mais il devail avw des fonnes en général plus trapues (1).
(1) Parmi les débris d^éléphans fossiles que i^ous postédoid,
. 14a uîm X.
rigurcs-vona ^doiio cet animal , doA point avec la peau presque nue de 'nos éléplians d^aujonrd^hui ,
mais abrité contre le froid des pays dans lesquels il vivait, par une double fourrure de laine et de crins. Ses crins s'alloDgeaient sur 1c cou et sur Tépine du dos de manière à former nntk^pèoe de crinière; ses défenses, d^un très-bel ivoire, uapea-j^iis longues que celî|es des éléphans aeta^ , se courbaient en spirale , et se dirigeaient légèrement en dehors ; enfin , les grandes dimensions des alvéoles de ses défenses donnaient à sa physionomie un aspect qui la faisait notablement différer de celle des éiépbans de nos jours, et devaient avoir une influence sensî. ble sur rorganisation de sa trompe.
Comme vous le voyez, cet antique éléphant différait plus de Tespèce même des Indes , que le cheval ne diffère de Tilne ou du zèbre , ou le chien du renard. Par conséquent , on ne peut pas plus ad-
il en est qui prouvent que quelques-uns de ces animaux avaient acquis (les dimensions très-considérables : telle est en particulier la portion de défenses trouvée près de Rome par MM. le duc de La Rochefoucault et Desmarcst, qu\m serait tenté , au premier aspect , de prendre pour un tronc d'arbre; elle est placée grande salle des fossiles {ja? U), dans les armoires qui font face aux fenêtres ^ vers la porte qni conduit à la eallc des minéraux , aii-dessns du bocal renfermant la peau ^ les poils et la laine de Péléphant de M. Adams. Dans la même amoire on peut^ panai plusieurs osseEmens, tmtKÉtfWi un tkmxa d'une telle grandeur , que Fanimal au^îuél il a appti^ lenu n^a pu avoir mcûns de 14 pieds de hauteur.
GORTIinJATIOn M» AMUUMX F 08SIUIS. 141
mettre <|ae Tone vienne de Faulre , qu^on ne pourrait supposer que des chevaux finiraient à la longue
par produire des ânes , ou des chiens des renards.
M. Deluc, dans un mémoire fort intéressant, a donné des raisons très-plausibles pour faire admettre que les éléphans n^ont pas habité simultanément toute I^Borope et le nord de TAsie. Il pense que ces contrées étaient partagées en Iles sujettes à des ré* Tolutions qui les faisaient passer sons les eaux de la mer pendant un temps plus ou moins long. Il fait remarquer que les os qu'on trouve épars doivent être ceux des animaux morts naturellement dans ces iles, et que ceux qu'on trouve rassemblés en grande «{iiantité ont appartenu aux animaux que Tinondalion subite a refoulés dans les lieux où Os cherchaient en commuai un refuge ; quelquefois aussi la mer, en faisant rouler les os qu'elle a trouvés épars ) Les 4 enfpuis ensemble dans Içs Ueux les plus bas.
Si je me^Anis beaucoup étendu sur tout ce qui a rapport aux éléphans fossiles, ne cr^iignez pas, madame, que j'ei|tre dans des détails aussi minutiens sur chaonsie des espèpescontemporaines dont il nous reste des débris. Les considérations générales dans lesquelles je suis entré sur leur gisement , sur le temps où ils ont pu vivre , sur le climat, auquel ils ont dû, être e;Lposé8 , etenûnsur le genre de révolution qui a pii.les détruire , spnt applicables. à»presque toutes les aujtrea. espèces cqnfeinpomines , sur lesquelles, par oonséquent, je, seiW^beaucoup plus court
Digm^cQ
liETTaS ZI.
TJn animal , anjourd'hui perdu, eo&temporain de Téléfèant fossile , et c[iiî a dé aToir «vee -lai la {dos Iprânde ressemliilaiice , eirt celui *^^oii a 4X>iiiiu loQg-
' temps en Flrance tons le nom d*anknal de VQkào , -et auquel M. Cuvier a donné celui de grandmeuftùiamÊf, * Ses ossemens scv trouvent, comme ceux de l'éléphant , dans les deux contînens , mais beaucoup plus fréquemment dans l'Amérique septentrionale que
'partoat ailleurs. Us -sont même sî rares dans notre
'ancien monde, que M. Cuyier a >long-46Qi^ douté
' qù^on les y reneontrftt réeUemeiit.
* le grand mastodonte vivait ay«e l'élépliant , puisque on trouve presque toujours ses ossemens mêlés avec ceux de ce dernier animal. Il avait sa taille et sa forme générale, à quelques légères différences près : son corps, par exemple-, devait être pins alongé que celui de r^éi^iant, et «e« membres, an conftmÎBe, an
^éirfihisiépais; àu vesteflaTalt de» défenses comme lui, et très-probablement tme trompe «senlblaUe ii la sieuaie.
m KAmHMWiTis. 143
Le mastodonte était cependant très-senoblement distinct deTéléphantpar la forme de sesmâcheiières, qui forment le caractère.le pl us distinctif de son organisation. £Ue8fiOAt| en elTety plus ou moins approchantesdela formenctangulairei etprésentent, sur la sitt- .fiu» de knr eoarottne, de grosses tobàrpsiléai» pointa surroadies , disposées par paîve au umbve de huit loa dix , suivant les espèces. Cette forme est si dîs^ tincte et si reconnaissable , qu'il n'est personne qui puisse s'y tromper quand il en a vu une seule fois, soit quand les tubérosités fiont encore intactes , soit lorsque leur poiid^^arcondie a été usée par suite delà iBàstîoatioiL Gesdests ne ressemblent en aucune ma^ idère à celles àe^^twisiesê ; et, parmi les herbivores, Thippopotame serait: eelm de tous les animaux connus dont les dents présenteraient avec v elles le plus de ressemblance. ' '
Buffon , qui avaius^ le premier , dans ses Epoqiies de la nature , que les dents du mastodonte se trouvaient dans raooi» oontineiifc (on n'en aysit îusqu'a ki reacontré que dans rÀmériq;«e septentriomie), lut induit éto erreur sur le vokune que devait avoir l'animal auquel elles avaient appartenu. Voyant que ces dents avaient une forme carrée et point du tout allongée suivant la largeur de la mâchoire , il se permumU ^u'^eUes devaient éti:^ nombreuses, u Quand on vlj en supposerait que six , ou même quatre , de ohafoe côté (dit-il)^ on peut juger de l'immensité d'une tétequi aurait au moinsseize dents mâchelièpù8, pesant chacune dix OU douze livres. »€ar la dent qu'il possédait, et que Ton çonscrvc au Muséum,
144 ' LETTBK XI. '
pesait en eflfet 0112e Hyres quatre onces (ly ; c^est une des plus grosses qu'on ait yaes*
Mais ce n^est pas le poids peu ordinaire de cette dent qui Ta induit en erreur, cest le nombre considérable qu'il en supposait. Il estimait que la mâchoire de ranimai adulte pouvait en contenir jusqu*à seize , tandis qu'il ne parait pas qu^il puisse y. en avoir jamais ^us de deux à la fois de chaque c6té en exercice. On^troure bien dans les mâchoires des jeunes animaux le germe de seize dents que leur supposait BufTon ; mais il arrive à ces dents ce qui a lieu pour celles de Féléphant: elles ne poussent que successivement f quand celle de derrière est prête à percer la gencive , celle de devant est usée et prête à tomber. Elles se remplacent ainsi Tune* Tautre, et , à la fin même, il arrive , comme dans Téléphant , qu'il n'y en a plus qu^une ; de sorte que le nombre effectif des mâchelières est de huit dans la jeunesse , et de quatre seulement à la fin de la vie : aussi la taille de Taninial , qui , suivant les idées de Buffon , aurait dû être égale à six ou huit fttis celle de Féléphant, ne surpasse-t-elle pas celle que pouvait atteindre Féléphant fossile.
Ceci n^est pas fondé sur de simples conjectures: il existe deux squelettes entiers de mastodontes, qui sont dus au zèle d'un naturaliste ai^éricain
(1) Cette deiit se trouve dans Fannoire (n* lO) h |phi8 voisine ( toujours en s*èioign«nt de ht Mlle des uinéiaux) de celle qui contient les énormes ossemens'd'éléfiluau dent nous
avons parié dans la lettre précédente*
ul
DIS MASrOI»imTB8. 14$
(M. Peale) , qui , à force de soins et de persévérance, est parvenu à les compléter , après trois mois de recherches faites sur des lieux oii il avait appris qu'on . venait de découvrir quelques-uns de leurs os. *
Gefatyers le milieu du siècle dernier «pi'on eut en France les premières notions sur Fezistenee des • os fi>S8iIes de mastodontes. Un officier français (1) , naviguant dans TOhio pour se rendre dans le Mississipi, trouva sur les bords d'un marais un tas d^ossemcns qui lui parurent curieux ; il en prit une partie pour les présenter à Texamen des naturalistes, et il apporta à Paris un fémur , liné extrémité de défense et trois mAohelières qn^U regardait comme ayant appartenu h un animal inconnu.
Daubcnton, qui les examina , déclara que lofémur et la défense appartenaient à un éléphant, mais que les mâchelièrcs étaient celles d'un hippopotame : «car on ne peut guère soupçonner (ajouto-t-il) que ces dents aient été tirées de la même téte ayec la défense, ouqu^elles aient âiit partie d*un même squelette avec le fômur dont il s^agit ici ; en le supposant, il faudrait aussi supposer un animal inconnu qui aurait des défenses semblables à celles de Téléphant , et des dents molaires semblables à celles de rhippopotame. 9
(1) M. de Lougucil. Ce fêmur , (levcnu célèBre comme ayant
été roccasion de l'établissement {Vune vérité importante , se trouve , avec tin assez grand nombre d'osscmens dus à la libéralité de Jcffcrson , le président des États-Unis j dans Tormoirc n'* 10 de la salie des fossile».
246 mm A
Vtahàam de «cet Mriml, que .Daubffttesi ne
• voulait pas d'abord recormaitre , fut bientôt; après admise par BufTon , puis par Baubenton lui - ' znémc , qui no tarda pas ^ changer d'avis , et 'par tous les naturalistes du iempa, he maato- «donlie est «téme le pmnier iaumel «pi fit con- Tainca les ttatealiaWe q^^il pouyait y «voir «ii aiu tnelbb des-espèee» détniîtesaujeivd^hm.
A cause du lieu dans lequel avaient été trouvés les débris qui fixèrent pour la première fois sur lui l'attention des naturalistes, il lui fut donné le nom d'awîmalde l'JQhio y^4l^hani et de mwnnLouth de l'Ohiih
Tous ces «om, swlesqueboa avait désigné jusqu'ici le mastodonte y ««mt impvopipesf iwm^ m ^vA le voir.
Celui d^éiéphant de FOIdo ne eouvient pas , puisque ce n'est pas Téléphant.
Celui de mammouth ne convient pas davantage , puisque mammouth est le nom sous lequel les Russes ont désigné Téléphant fossile de leur p8|ra* .
Celui d^éléphtuU oamware^qa^ lui doime iquelquefinsy est le plus mmfw de toiu, puisqu^il con- ^cne deuK eireursi raJÛml a*4taiit ni éléphant ai Carnivore.
Enfin, celui d'un animal de Tohio, qu'on aurait pu lui laisser , n'était pourtant pas très-convenable , jpuisqu'on ne le trouve pas seulement sur les bords de ce fleuve et dans toute TAm^que septentrionale^ mais enodte dans iduneura parties de Tandcn oontinent.
Le nom de mastodonte , que M. Cuvicr a substi-
osa sAstonoim».
tué îi tous ceux-là , dérive de deux mots grecs qui expriment le caxactère principal auquel ou |>e}»i geeonmàÈbte ranimai^ la fouine mam^otiée aes
'délits.
. tx8 iuJntauB Aè rAiaéEiqae septentrionale n*OBt pas plus manquéderaMadbber aux mastodoi^sfbssiiea qu^ls trouvent dans leur pays des idées superstitieuses , que les Russes de la Sibérie aux éléphans fosses du leur. Aussi ^quelques sauvages disent-ib •çae cet grands lanimaux ont esîsté autrefois ^vec dès ëeiDiiies dWe 4aîUe propertioiiiiée« etHjue Je ipeaiid ^tce fondroja les uns el les autres.
. Ceux âé Virginie ermeaft qn^une troupe de oes terribles quadrupèdes détruisant les autres animaux créés pour Vusage des Indiens , Dieu les avait foudroyés tous, u excepté le plus gros mâle, qui, présentant sa téte aux foudres, les secouait à mesure •^ils tombaient; mais qui, a|rant à la fin été blessé par le côté , se mit à fuir yers les grands lacSi où il Je tieull<caehé jusqu^à lee four* »
Ainsi les sauvages de TAmériquc paraissent être tombés, relativement au volume des maslodontes, dans la même erreur que notre Buffon ; mais ils n'auront pas sans doute fait autant de raisopnemeus ponr y miv«r. Un avantage des ignorans sur les savans est peut-être de se tromper à moins de frais.
lia Ibfcme des dents du mastodonte, qui «e rapprêchent pins de celles de Thippopotame que d*aucun autre animal, doit nous porter à croire que, comme ce dernier, le mastodonte choisissait de préférence les racines et les autres parties cbarjuuos
148 imuxi.
des végétaux; et cette -sorte de ttoarritare devait
sans doute Fattîrer sur les terrains mous et marécageux, surle borddcs fleuves. Mais, néanmoins, il ne devait pas plus que Thippopotame vivre réellement dans les eaux, car il n'était pas fait pour nager, et c*était un véritable aninml terrestre.
L*espèce de mastodonte dont je viens de vous f»ar- * ler^ et qu^on désigne sous- le nom de grand mastodonte, n'est pas la seule connue jusqu'ici: il en a existé une autre bien caractérisée , celle des mastodontes à dents étroites ^ dont on trouve des débris , surtout dans V Amérique méridionale, et notamment pi'ès de Santa-Fé de Bogota* Le lieu,.que dansle^pays on appelle le Camp dès géansy estnn endroitoàonen trouve beaucoup, et où ils ont sans doute dmné'lieaà des traditions populaires d'où il a pris son. nom. Cette espèce se trouve, plus souvent encore que celle du grand mastodonte , ensevelie soiis des. débris marins*
Les ossemens du mastodonte à dents^étroites^sont bien pins rares que ceux du grand mastodonte; il nVxiste à Paris aucun des grands os de son- squelette , excepté un tibia rapporté du Camp des géans par M. Hiimboldt, et fort mutilé h tous ses angles (1): diaprés ce seul os, il paraîtrait que les mastodontes
(1) Depuis que oed est écrit, ndtre Miuéiui a reçu j^usienrs dâ>ris de cet animal'raze. On peut les rmt dans les armoires voisines ès eeUes ^e mms avons déjà indiquées (n« 11) ; quelques-uns wtà venus d'Amérique , d'autres ont été trouvés dans rancien oontîneni.
- DK8 MABTODOHTSS.
k dents étroites étaientplus luis sur jambes que les grands mastodontes.
Plusieurs dchts , plus petites que toutes les autres, et dont deux, qui ont été trouvées en Europe, doivent cependant avoir appartenu à des individus du genre des mastodontes, font présumer à, M* Guvier qu'on pourrait aux deux esi>èces précédentes en ajouter quatre autres, qu^il propose d'appeler mos/ocfoiitû des CordiliMs, mastodonte humholdien , petit mastodonte, mastodonte tapirotde; ces derniers ap* partiendraient à Tespèce dont les débris se trouvent en Europe.
On a déterré depuis peu , en Toscane , le squelette presque entier d'un mastodonte à dents étroites.
' UTTHE ZII.
INI lr*BRrOmAXE, nu HHINOG£BOS^ DU GhEVAl) ETC.
La dificdité de se pvc«iirer «i s^ektte coaplek
Me Tespèce yiyaiite de Vhîppopotame a loag-teilips'
relardé l'étude de rcspèce fossile. Ce n'est qu'après plusieurs années de recherches que M. Cuvier, étant parvenu à s'en procurer un pour notre Muséum d'histoire naturelle , a pu compléter , d'une manière satisfaisante , l'étude de cet animal*
L*hippopotame fossile se troi^yc en grande quantité dans le yal d^Àrno supérieur , où ses ossemens sont plus nombreux que ceux du rhinocéros et presque autant que ceux d'éléphans; ils sont d'ailleurs rassemblés dans les mêmes lieux avec ceux de ces deux espèces } situés, par conséquent , dans les col~ Unes sableuses qui ceignent la vallée.
L*une des espèces d*hippopotame fossile parait avmr été à-peu-près de la grosseur de Fespèee qui yit actuellement en Egypte , cependant un peu plus volumineuse ; elle devait avoir le cou plus court , mais présenter d'ailleurs , quant à la forme , peu de différence avec cette dernière.
En exécutant les travaux nécessaires à la con-
^ «triMitioii do pmt dléfia , on a trour^ , dans la plaine de €reneUe, nxM portion de défense d'hippopotame très-reconnaîssaBle.
Oalre eelte espèce , il enr a existé une autre qui n'était pas plus grande que notre cochon , et dont on possède assez d'os au Muséum pour être assuré de sa forme , de sa taille et de son âge.
Une portion de mâchoire , consetrée aussi dans notre Muséum areer planeurs dents, fait présumer qu^il doft y avoir en une espèce xntermédiàire , cependant plus rapprochée , par la taille , de la petite que de la grande.
Enfin, quelques dents fossiles, trouvées avec des dents de crocodiles , à vingt pieds , dans un banc calcaire, près de Blaye , département de la Charente, indiquent une autre espèce voisine de Fhippopo- Urne , et phts petite que le cochon.
Les rhinoeéros ont dû être beaucoup plus nombreux dans Fancien monde qu'ils ne le sont de nos jours. Nous ne connaissons, en efFet, que deux espèces vivantes de ces animaux; mais, à l'état fossile , outre deux grandes espèces, de la taille à-peuprès de celles qui vivent encore aujourd'hui , et qui sont connues depub long-temps, il en èxiste trèsprobablement deux petites , dont on ne possédé que très-peu d^os, et qui n'ont été connues cpie plus tard.
L'espèce fossile la plus anciennement connue, celle dont les individus se trouvent en plus grand nombre dans TËurope moyenne et septentrionale , ainsi que dans TAsie , se distingue des espèces vivantes par une circonstance très-remarquable.
152 UTTEK XII.
Ce qvA frappe le plus dans le rhinocéros ^ c*est la corne Tolumineuse qu^il porte sur sa téte ; et quand
on examine son squelette , et qu'on cherche quelle base a été donnée par la nature k un organe d'un si grand poids , on s^aperçoît avec étonnement qu'il est implanté sur Textrémité des os du nez, lescpiels for» ment une voûte assez épaisse , il est yrai, mais sans aucun appui sur le reste du crâne. i
L^espèce qui a dû être la plus commune dans Fancîen monde paraît avoir été , sous ce rapport , beau- . coup plus avantageusement organisée que les espèces actuelles. Elle était, en effet, pourvue dans les narines d^une cloison osseuse, qui , servant d'appui à la voûte qui supporte la corne , lui donnait plus de solidité. Joignez à cette circonstance &Torable qae la voûte formée par les os du nez est , dans Tespèce fossile , moins élevée , et plus abaissée vers , la mâchoire inférieure.
L'immense majorité des os fossiles appartenait à cette espèce , qui était encore la seule connue il y a quelques aimées.
Fallas, célèbre naturaliste, dont je crois vous avoir déjà parlé , et qm voyagea en SUiérie , donna la relation de la découverte d*un rhinocéros entier de cette espèce , trouvé, avec sa peau , en décembre 1771 , sur les bords du Wilaji , rivière qui se jette dans la Lena. Depuis l'observation de Pallas , un grand nombre de faits semblables ont été consignés par les voyageurs et les naturalistes. Les rhinocéros conservés ainsi dans les glaces du Nord ont tous présenté la même particularité que Féléphant de
su EHIHOGÉEOS. 153
M. Adams : on a trouvé leur peau couyertc d'un pÀl qui semble annoncer qu'ils étaient destinés' k vivre sous un cliraat rigoureux.
L'explication la plus vraisemblable qu'on puisse présenter de la présence de ces rhinocéros dans des pays froids , et de leur étonnante conservation , est celle que nous avons indiquée pour Téléphaut dont nous venons de rappeler la découverte; tout porte à croire que les rhinocéros ont vécu jadis , comme les éléphans^ .dans le nord de l'Europe , de l'Asie et de TAmérique , et jusque dans les régions polaires; qu'ils y ont été soumis, au moins dans les derniers temps, à un climat beaucoup moins chaud que celui que supportent leurs analogues dans les régions équatoriales , et qu^enfin ils ont été victimes d'une révolution jusqu*ici incompréhensible, mais violente , et assez subite pour que leurs cadavres aient été saisis par le froid en moins de temps qu'il n'en aurait fallu pour les décomposer (1).
(l)On a proposé tout récemment , de la présence de CC8 cadavres de rhinocéros en Sibérie , une explication que nous reproduisons ici sans la regarder en aucune manière comme propre à faire abandonner celle qu'a donnée M. Cuvier. L'auteur de cette explication est M. Huot. ( Annales des Sciences naturelles , tome X , page 274 , cahier de mars 1827. ) £Ue est fondée sur la supposition de l'antique ezistenee d^un contment hoiéal) dont le Spitiherip et les Ues ommues sons le nom de nonvette Sibérie indiqœraient la trace. Ce continent aurait été habité par de grands animaux tels que Péléphant et le xhi* nooéros j mais modiliés dans leur organisation de manière i pouvoir vivre sous un climat froid. Une irruption marine | ve»
L^Eorope fournit aussi des rhinocéros fossibi • mi les trouve particulièrement dans le val d'Amo' m célèbre par les débris d^élépbans ^ d'IuppopotMMft
nue du nord , aurait couvert ce continent boréal , et Itansporlé dans la Sibérie septentrionale quelqnes-ims de ces animaux ; puis , par un mouTement d'oscillatioB n\ ma d'impossible , cette mer, ae retirant pen èt te^s^rèt, eât laissé dans un tensun de sable quelqies cadtvnsde oesemU* Wiizqiielesglwses «iraieiiteiisiiiteoottserTés presque î». tacts jnsfu'à nos joncs. Cette eslastioplie , qui appartiendrait i le léoeiite des lévolntioiis de notre ^anète , expliquerait tellement le présence de «es enimanx sur le sol de la Sibérie^ cOle indiquerait la possibilité de trouTcr encore vers Pemboiidinxede quelques-unes des rivières qui se jettent dans Tocéan Glacial d'autres individus conservés de même sous les |j(laces; enfin elle s'accorderait avec la configuration des contours septentrionaux des deux continens de TAsie et de l'Amérique.
«Au reste, i»our8mt H. Hnot, sans attadier une grande ») importance à cette hypothèse , nous &K«S xemai^ner que » les habitans du Groenland prétendent qu'Aesiste dans Tini> térieordeienrpajs un. animal nmr et rein qni a k forme . » d'un onrs, et six biasses de banteor.Tenlent-Oe désigner n par là ce rhinocéros vehi o^le mammontb? Quoi qu'U en Il soit, k trsditîon de Fenstence d'un grand animal existant t> dami ces centrées avant que Phomme s'y établit, n'en est » pas moms un fait curieux. »
Quant au mammoutli des Sibériens, l'antique éléphant dont 1 animal de M. Adams nous offre un si précieux échantillon M. Huot, considérant que ses débris ne se trouvent pas aauk^ ment dans k Sibérie etlea régions les plus septentrionales de
Bv umooéiDs. 155 ^
qu'il renferme en si grande abondance : mais dans cette entrée, et dans toute iltalie, outre Tespèce la pliia conumme dont je viens de parler , on en rencontre %m antre de dimensions un peu plus grêles , et qui a de commun avec nos espèces vivant tes Fabsence de cette cloison si remarquable.
On a recueilli en Allemagne des incisives fossiles de rhinocéros qui doivent avoir appartenu à des individus de la taille ordinaire de ces animaux. Or, ni f espèce fossile connue, ni celle dltalie à narines non doîsonnées, ne peuvent j^senter d'inci*^ si ves ; ils n^ont pas même à lenrs mâchoires de place pour les contenir. Ces dents ont donc dû appartenir à une espèce différente, et dont, avec le temps, on découvrira sans doute de nouveaux débris.
Ia France était également destinée à nous révéler une ancienne espèce de ces animaux, plus eu* rieuse peut-être que toutes lea précédentes. On a trouvé, dans le village de Saint-Laurent, prèsSfois*
l'Europe , mais encore dans les environs de la mer Noire et
dans la Tartarie chinoise , ne pense plus qu'on puisse adopter
pour lui respUcation qu'il a proposée relativement aa^iliiiio»
cém. UspqppesedoaoqueraiitiquexaeedeséléplMiisavéoii
à k sur la eoniÎAeat hoMsldrât noiismM
plateau tnèsofroid de la Crjnuids Taxtane, d'en leuis déiwis
0)U pu éireeninunésTefs les bords de la mer Ivoire et vert la l
Tartarie chinoise. « Ce qu^il y a de certain , dit M. Huot ,
u c'est que le rhinocéros poilu n'a ûté trouvé que dans laSibè-
<( rie , tandi» que le mammouth Ta été dana les différeotes coji"
(i iMfi9^ |igu9 vaiiWis ds nmaaief ^ »
156 IfiXT&B XII.
8ac(Iot-et-6aroiiiie) , des dents incisives , mais bien plus petites que celTes d'Allema^e , et qui ne peuvent avoir appartenu qu à une espèce de beaucoup inférieure pour la taille à celle qui a fourni ces dernières (1).
Plusieurs os de squelette derhînoc^s, qui n^ont pu appartenir qu*à des individus de très-petite taille, paraissent nécessiter Fadmission de plusieurs petites espèces h dents incisives.
Afin qu il ne vous vienne aucun scrupule sur Tcxistcnce de ces petites espèces, et que vous ne soyez pas tentée de vous imaginer que la découverte de quelques ossemens de jeunes animaux ont pu y don^ ner lieu, je dois tous prévenir que le squelette des jeunes animaux porte des caractères qui ne permettent pas de se tromper sur leur âge , et que chacun de leurs os , comparé à ce qu'il doit devenir quand ranimai sera adulte, présente des différences qu'il n'est pas difficile de reconnaître | même h l'état fos^ silc. Au reste , relativement aux mâchoires (et ce sont Içs os qu^on rjetrouve en plus grand nombre et
(I) Les ossemens de rhinocéros ne sont pas, dans les armoires de la salle des fossiles , placés immédiatement après ceux d'hippopotame , ils en sont séparés jvar les débris de chevaux dont nous parleroiiB bientôt. On jr voit les débris préeé^ dens , envoyés par le msire de Moissic ^ xenfennés clans une boite vitrée, >n^ 14 et 15. On y distingneia aussi avec intérêt une iéte entière^ d'an bnm noirUre ^ venant de Sibérie , ainsi qu'une portion de crin trouvée en France dans les environs de Figeac , d'autres os envoyés des environs d'Abbeville.
BU BniHooiaos. 157
les mieux conservés), l'état des ulvéolcs ne peut laisser aucun doute sur Tâge plus ou moins avancé des anîmafuc auxqpiels elles ont appartenu.
M. Home Annonça y il y a déjà cpielque temps ( TranâaeHons pkUosaphi^s j 1822), Texistence d*an rhinocéros venu de la Cafirerîe , et qui , prétendait-il , ressemblait parfaitement à ceux des espèces fossiles ; M. Cuvier a trouvé que la tête dont il parle diffère essentiellement de celle des rhinocéros avec lesquels il lui trouve tant de ressemblance , en ce qne la cloison des narines n'est pas ossifiée , comme cela a Uen chez les espèces fossiles semblables.
Le cheval de Taiicien monde est celui de tous les animanx de cette époque qui a dû présenter le pins de ressemblance avec les individus de même espèce qui vivent encore aujourd'hui ; toute la différence que pourraient indiquer les os fossiles de cet animal consiste dans les dimensions. Us ont dû appartenir à des individus dont la taille ne devait pas surpasser celle de nos grands ânes. Ces petits chevaux vivaient avec les éléphans et les rhinocéros de la même épo<^ que ; car on trouve leurs ossemens dans les mêmes dépôts : ils ne sont pas moins nombreux ; et si on n'eu a pas autant recueilli, c'est qu'ils étonnaient moins ceux qui en faisaient la découverte. Ils ont donc évidemment péri avec eux, et nous n'avons aucun motif pour supposer que les chevaux dont nous nous servons tirent leur origine de cette an* cienne race (1). *
(l) Les ossemens de chevaux fossiles se trouvent entre <^cux des hipiiopotaiBes et ceux du rhinocéros no 13.
iô8 ums xu.
Pour terminer ce ^ ne je<estai à dire des déooiiverte» d^anîniaiis fidtes dans les tenraiiu les plus superficiels , dans ceux qui liront été recouverts que
par une révolution qui parait avoir été peu durable , je dois ajouter qu'on trouve des ossemeo» xxmu» nombreux que ceux des espèces précédentes ,
qui suffisent cepeodaot pour établir «dairement l'^8|eaced*uiie espèce de tapir» gigantesquea (1). Je ne aaie si tous avez appris que cet aidinel , qi^oii croyait ne plus exister que dans rAmérique méridionale , a été tout récemment observé dans les Indes orientales , où on en a rencontré une espèce 4*un volume de beaucoup supérieur k \ espèce améfvsaine^ Tespèce fossile était encore incomparaldementplos grande que cette dernière.
£n général» les animaux 4e rancsen miNide paraissent avoir été plus grands que ceva des espèces actuelles qui leur corre&pondeul ; c'est ce qu'on a eu occasion de voir , d'une manière bien frappante , eur les ossemens fossiles des paresseux , qu on a retrouvés depuis peu en Amérique, dana des couches très-superficielles»
Cette Camille de paresseux est si remarquable parmi celles des autres animaux ^ que je ne peux m'cmpécher de rappeler une des singularités qu*elle présente. Son nom lui vient de la lenteur des animaux qui la composent» et qui sont iocontcstable-
(i) Ces ossemens de tiqpirs gigantesques «e Toîeat dsnslea annoiie» 14 et 15 , séparés des ossemcsns de diinecérospar ceux des lopbiodons*
DBS »Ai«#«m. U9
«lient les plos mnérables'de» to^f fiyana oomwt.
Les diincnsioas disproportionnées ^le leur^r mem • bres antérieurs , qui ont au moins deux, fois la longueur de leurs jambes ; la conformation de leur bassiHi qui ne leur permet pas de rapprocher les gcnom ; le mode désavautagoux de rarticulatioa de leurs piedB avec leurs jambes, qui fiik qu'ils Wuv'» sur €lles eomme. une girouette sur son pieds tout se réunit pour entraver leur ma robe. Aussi ae peuvent-ils que se traîner péniblement sur les coudes, et si lentement, que des voyageurs assurent qu'ils ne pourraient faire cinquante pas en un jour. Ils n'ont ni dents incisives ni* canines , et ne vivent qa^ de JfaiUi«s et de toits; nul mojen d'attai^er , ai aucun âû se défendre. « Tout, dit Buffon, nous rappelle ces monstres par défaut , ces ébaucbes in* parfaites, mille fois projetées, exécutées par lu nature , qui ayant à peine la faculté d'exister , n'ont dû subsister qu'un temps ^ et ont été depuis c0acées de la liste des êtres. » Une cbose trè»-remarquable , c'est la différence extrême qui «juste entre cette ùl^ mille et toutes celles qu'on pourrait vouloir lui ooin* parer. « On leur trouve , dit M. Cuvier , si peu de rapports avec les animaux ordinaires ; les lois générales des organisations aujourd'hui existantes s'appliquent si peu à la leur ; les différentes parties de lenr porps semblent tellement en cootradiotioA avec les règles de co-existence que nous trouvons éta* blies dans tout le règne animal^ que Ton pourrait réeUement croire qu'ils sont les restes d*un antre ordrè de ehosesi les dé)»» vivaits de ceMeMtore
uiyiii,
160 LBTTES XU.
précédente dont noos somniefr^ligéa de eheroher les autres rinnes dans les entvaâles de la terre, et
qu^ils ont échappé par quelque miracle aux catastrophes qui détruisent les espèces leurs contemporaines, • L^éléphant peut bien aussi être cité pour la mamère sensible dont il diffère de tous les maminifè-. res ; nmis il est' dpué dNine organisation qui, pour loi être particulière^ ne loi est pas plus désayantageuse , tandis cpae les paresseux présentent le type le plus parfait de la faiblesse et de la misère.
On n'a cependant jusqu'ici trouvé que très-peu d^ossemens fossiles qu'on puisse rapprocher de ces anhnaus. -
' L^an, auquel Jefferson, Tancien président des états-Unis, qui Ta fait connaître le premier, a donné le nom de megulanya;, a été déterré dàns une veme à quelques pouces seulement de la surface du sol ; il devait avoir un volume égal , au moins , à celui des plus forts bœufs de la Suisse ou de la Hongrie. On Tavait pris d^abord pour un carnassier , supérieur de beaucoup pour la taille au Hon : mais M. €uTier a désabusé les naturalistes sur ce point. L*liistoire de cet antique animal oflOre cette particn* larité curieuse , qu'il a été décrit par Jefferson , qui fut averti de leur existence par IVashington. On aime à retrouver dans les sciences le nom de ces hommes chers à rhumanité , et qui ont joué un si beau rôle dans l'histoire moderne (1).
(1) Notre Hvséttin ae possède «hcqh os de cet ammil | mais CD péot Toir les modèles en plâtre do divers os de ses ei:ti6iiii« tés au hts de Parmotre no 26 de la siUe des fossiles.
DK8 VjiaESSEVl. 161
Un animal fossilade la même fiimOle que le pré* cèdent , et plus remarquable encore que Ini à cause de ses plus grandes dimensions , est le megatherium , dont on a eu le bonheur de trouver le squelette presque entier réuni dans un même lieu ; de sorte que« c[uoiqu'il soit un des derniers mammifèrea dont 0/1 ait trouvé des ossemens fossiles , il se trouye être un des plus connus, 11 devait avoir des dimensions presque comparalbles à celles de réléphant; il vivait de végétaux, et ses pieds de devant , robustes et armés d'ongles tranchans, quilui donnaient la facilité de fouiller dans la Icrrc, doivent porter à croire que c'était particulière ment les racines qu'il recherchait.
Si quelques-uns des animaux dont Forganisation se rapproche de celle des paresseux devaient , malgré une organisation défectueuse, se maintenir sur le globe II rétat de vie c^était bien certainement le megatherium. « Sa grandeur et ses griffes, dit M. Cuvier , devaient lui fournir assez de moyens de défense. 11 n^était pas prompt à la course; mais cela ne lui était pas nécessaire ^ n^ayant besoin ni de poursuivre ni de fuir, n
Ses débris jusqu'ici ont tous été trouvés dans les couches les plus superficielles , et quelques naturalistes ont paru disposés à croire qu'il pouvait encore exister quelques individus de cette espèce , que les voyageurs n'auraient pas eu occasion d'observer jusqu'ici. Celte opinion n^est nullement vraisemblable, car où pourrait se cacher un animal si volumineux pour échapper à toutes les recherches des chasseurs et des naturalistes?
Itô lETTBE XII.
Une seule phalanga, trouvée dans les états du grmd-^ae de Hease, s té^éié à M. Cwritt i'éxia* leoee A'tm-pangoUn (1) ^paitotqoie^ qni s dà avoir an mmm huit fois la taiUe des animsnx de même espèeé vivans ; de sorte qu^il pouvait avoir }usc[u'à 24 pieds de longneur.
Les couches qui renferment les débris des ani* maux, dont je vous ai parlé jusqu'ici présentent ausai des ossemens de ymninans. Ces demieiaagiman» esk^ tdeiit done avantft la dermar aataolyflniey.et même an proportion assea censidérabU^ «ar ieiira déhna fo&t tvèsHSommnns.
Cependant tous les genres de cette classe ne se rencontrent pas à Tétat fossile; on n'a trouvé jusqu'ici de débris ni de moutons , ni de chèvres , ni d'antilopes , ni de girafeai aide chameaux, m de lamas , ni de ^evrotins , passablement caiaetérisés. Bien ne peut cxpË^er cette absenee z elle ne tient pas an ctimal dans leipiel peuvent vivre eea espèces; car si les chamois, les monfflons , les bouquetins habitent les pays froids , les antilopes , les chameaux , les girafes et les lamas ne vivent que dans les pays chauds. Au reste, les bœufs et les cerfs , quoique naturels des pays froids , sont pour* tant très-fréqnena à Fétat fosiéfte. On pt ni remar-
(l) Lepan^lin est nn animal toi sin du genre des fourmiliers. On le trouve en Afrique. Pour échapper à la poursuite de ses ennemis , il a l'insliiiet de se mettre ea boule ecnama le £nt le hérisson dans notre pays. Les pins grands r**flffHm psmi les espèces vivantes n^ont pas huit pieds de lengneafr.
M IIVMtIVANS. 163
quer , comme une circonstanoe assez singulière» que , tandis qqe les pachydermes fossiles appartiennent à des genres entièrement confinés anjonxd'hiii ^ns la «one torrlde , les rorainans , an contraire ^ sont ceux des pays froids , comme Faurochs , le bœuf musqué, Télan, le renne.
Le plus célèbre des rumînans fossiles est le cerf à bois gigantesque } il appartient à une espèce bien évidemment perdue. Il parait plus commun en Ir.-* lande que partout ailleurs. Un naturaliste anglais assure que , dans un seul Yerger d^une -acre d^étendue, on en a trouvé par hasard, k sa connaissance , plus de trente en vingt ans. Une de ces têtes portait des cornes dont chaque perche était longue de plus de 5 pieds anglais^ et leurs deux andouilliers extérieurs avaient leurs pointes à 10 pieds 10 ponces Fnne de Tautre.
Au reste, les têtes fossfles ii*ont pas des divisions proportioniiées a celles des bois quelles portent; les plus grandes, au contraire, sont plus courtes que des têtes d^élans ordinaires (1).
Dans le genre du bœuf on distingue maintenant, outre notre espèce domestique , Faurochs , qui vit à Tétat sauvage dans les pays froids , et le buffle , également sauvage* mais originaire des pays chauds ; à quoi il faut ajouter le bison d^ Amérique, qui ne
(1) Les tètes de cerf fossile abois gigantesque sont placées au-dessns des }K)rtes de la salle des fossiles. On voit aussi , à la partie supérieure des murailles, des têtes de bœufs remarquables par Fétendue de leurs cornes.
164 umi xu.
se trouve que dans là partie septentrionale du nouveau continent.
Le^ ossemens des bœufs fossiles appartiennent a des individus qui ont dû différer très- peu de ceux qui Tiyent actuellement ; ils se réduisent a trois espèces , Taurochs , le bœuf commun et le buffle musqué. Aucun caractère prononcé ne distingue les espèces à 1 état fossile de leurs correspondantes actuelles.
Il faut remarquer , relativement aux Lœufs ordinaires f que ceux^qu'on .trouve à Tétat fossile ont dû être beaucoup plus grands que ceux qui vivent de nos jours. Cependant il ne serait pas impossible que nos bœufs actuels tirassent leur origine de cette ancienne espèce, que la civilisation a iâît'disparattre. Ce qui pourrait surtout le faire croire, c'est que les crânes de bœufs fossiles n'ont été trouvés jusqu'ici que dans des tourbières ou d'autres terrains formés depuis le dernier ordre de choses ; de sorte qu^ils pourraient bien être d'une origine plus ^ moderne que les os d'élépbans, de rbinocéros, etc.
LETTILE XlIIé
BBS BEiOH£8 0SSEVSB8 ET SES GAV SENES.
Le plus grand nombre des os de rumînans fossi- ' les se trouvent incrustés au milieu des concrétions qui remplissent les fentes que présentent certains rochers y sur les côtes de la Méditerranée. Ces fentesy auxquelles les os qui les remplirent ont fait donner le nom de hrèches osseuses / sont Un dés phénomènes les plus remarquables de la géologie: On ne peut expliquer, en effet , d^une ihaniôt« satisfaisante ni leur production dans les lieux où on les observe , ni pourquoi elles sont bornées aux côtes de la Méditerranée, ni ^ ressemblance qu'elles présentent toutes, tant pour la nature des rochers dans lesquels elles sont pratiquées, que pour celles des matières qui les remplissent.
La nature des os quelles renferment ajonte en* core à l'intérêt qu'elles inspirent : elle prouve que leur formation remonte à une époque beaucoup plus ancienne qu'on ne Tavait cru jusqu'ici, lis n'appartiennent point , en elFety àdes ruminans du pays, mais aux races d*animaux contemporaines de celles des éléphans et des rhinocéros fossiles. Tout porte *
166 imiB xiit.
donc à croire que si on n^y renconlre pas des os de ces quadrupèdes I ou ne doit chercher la cause de cette absence (fif âxns Itm graiîd^s dimensions , qni^ seules I ont pu les empêcher d^y tomber.
Les principales brèches osseuses sont celles de Gibraltar, d'Antibes, de Nice, etc. (1). Elles ont aidé à perfectionner la zoologie antédiluvienne , eu faisant connaître 14 ou 15 espèces d'animaux i)eu Yolumineux qu'on n'avait pas jusque-là trouvées ailleurs.
Quand les brèche» dont nous paiions ont été for^ méea , les rochers dans lesquels elles ont été prati* quées se trouvaient à sec : les ossemens y les frag-
mens de pierre qu'elles contiennent , tombaient , dit M. Cuvier , successivement dans leurs fentes à mesure que le ciment qui réunit ces diâerens corps s'j accumulait Fresque toujours les pierres |»roviennent du rocher même auquel la brèche appartient.
Si lea brèches osseuses nous ont conservé de nombreux débris de ruminans , les cavernes à ossemens nous offrent, de leur côté, des ressources précieuses pour la connaissance des carnassiers leurs con«
(l) Toutes les brèches osseuses des c^tes de la Méditerrané^iCfdUesde Gâbriltir^ 4^ Cette, deHicei de Coise^de Pise, de Naples , de EomafpaDO dans le Tlcentin y de DalmiH tie^ d^ râe de Gér igo , contiennent les mêmes ossemens ; cette circonstance doit &ire présumer qu^elles ont été formées en même temps et de la même manière , quui^u^à de grandes ditt^ces Tune de Tautre*
ma vtàoMMB osuutis, ]>t< oatbiiibs. 207
tcniporains. 11 n'est personne qui n^ait entcudu parler de ces cavernes fameuses, dont les plus célèbres sont celles qu'on rencontre dans les p^s de Blanckenbourg et daas Télectorat d'Hanovre, et dont LeUnûts â lii»*méme donné des descriptions. On se fisffailune idée bien ftnsse de ces anciens re* paires d^anlmauz sauvages , si on se les représen- . tait comme de simples cavités , creusées dans le rocher à quelques pieds de profondeur : qu'où se figure une suite de grottes nombreuses , ornées de stalactites de toutes les formes ^ dont la hauteur et la lacgeur soift extrêmement variables ^ mais qui ftomfnwmqm*nt les unes avec les autres par des ou- Tertures si étroites , qu'un homme ne peut souvent y passer en rampant qu'avec la plus grande peine.
Ces grottes , qui communiquent entre elles , s'étendent souvent à des distances très-qousidérables. Va naturaliste moderne (M. de Yolpi), visitant la caiVitBne d'Adelsbeii^ en Carniole 9 a parcouru une mûU de chambres qm Tont conduit trois lie«es pveaiiiie tonlouxa dans la même direction. Il ne fut arrêté ^ue par un lac qui lui pendit le passage impossible. M. de Volpi ne trouva d'osscmcns dans cette caverne qu'à deux lieues de son entrée. Mais depuis, un aulr^ naturaliste distingué ( M. Bertrand
C^lin ) en a rencontré daps toute l'étendue de la caverne, et notumoipnt dan^ la seconde chambre» k (Cinquante pas sei^ement de rentrée, lia plupart des os recueillis dans cette caverne appartiennent à la grande -espèce d'ours des cavcr- , lies, et dont les déj^ris sont plus communs dans ces
16â LETTBX Xia.
lieux «outerraim* que ceux jTaucune autre espèce.
On rencontre également dans les cavernes des ossemens de tigres, de loups, de renards, de belettes. Les débris de Tespèce des hiènes y sont surtout très-nombreux; ces hiènes de l'ancien monde avaient, comme celles d*aujourd'hui, Tinstinct de déterrer les - cadavres pour porter dans leurs tanières les ossemens, qn^elles broyaient avec les dents que la nature leur accordait d'une forme propre à la mastication des corps les plus durs. Ce sont elles, sans doute , qui ont contribué , plus que tous les autres carnassiers , à remplir*d'ossemens d'animaux herbivores et de grands quadrupèdes de toute espèce les lieux qui leur serraient de refuge. Elles n^épargnaient pas même leur propre espèce ; car on a remarqué que leurs os ne sont pas moins brisés que ceux des autres animaux ensevelis avec eux.
On a trouvé, même un crâne d'hiène fracturé, et portant les marques évidentes de la consolidation de la fracture, qui était probablement le résultat d*un des combats que ces animaux se livrent quelquefois entre eux.
On ne trouve presque point d'ossemens d'animaux • carnassiers dans les grandes couches meubles , où on rencontre en si grand nombre leurs contemporains herbivores. U n^y a guère d'exception unpeu marquante , sous ce rapport, que pour l'espèce des hiènes dont on a trouvé des débris assez nombreux à Canstadt près d'Aiohstedt. ÙA a aussi trouvé quelques ossemens d'ours dans d'autres lieux ^ mais le nombre en est bien petit, en com-
BBS BBàomS 088EV9B8 » DES QATiaifBS. lêB
paraison de la prodigieuse quantité de débris de ces animaux que renferment les cavernes.
Dans les cavernes les plus ancicanemeut connues et les plus fréquentées ^ on ne trouve presque plus d^ossemens; car ces lieux singuliers ayant depuis long-temps frappé Tattention du peuple , on at* tnbuait aux os qu^dlles renferment une yertu mé-. dicamenteuse qui les faisait rechercher pour les vendre aux pharmaciens, chez lesquels ils élaicut conservés, sous le nom de licorne fossile.
L^existence des cavernes est un phénomène bien curieux, sous tous les rapports : les débris quelles l'enferment prouvent que des animaux d^espèces , de genres et de classes tout*à-lait différens, et dont les analogues ne pourraient aujourd'hui supporter le même climat , ont vécu pourtant ensemble dans l'ancien ordre de choses. Ainsi , les animaux qui ne vivent aujourd'hui que dans la Zone ïorride ont vécu et habité jadis avec des espèces qu^on ne trouve que dans les régions les plus glacées.
Uhistoire naturelle fossile 90US offre le même phénomène, en présentant aussi Faurochs avec Téléphant , comme. 01; les voit dans le val d'Aruo , par exemple.
Mais, si des découvertes irrécusables nous prouvent ainsi qu'il existe une grande différence entre le monde antédiluvien et celui que nous habitons, on y peuty d\in autre cdté, s'en servir pour établir que les carnassiers, dansFancien monde, existaient dansune proportion peu différente de celle oii ils existent aujourd'hui , et que leur genre de vie était à-pcu<>
170 UTT&fi Uli.
près h mâme. U y a plus , c^est que ces cammiers des cayeraes, oontemporains des éléphans et des rhinocéros de nos contrées, diffèrent beaucoup moins des carnassiers actuels, que les herbivores de la même époque ne diffèrent de ceux qui vivent fncore de nos jours. A la vérité^ le grand ours, le grand tigre ou lim, et rhiène fossiles, qwûqiie peu différim de leurs analogues Tivans apparu tieimeiit néanmoins à des espèces éteintes; mais, tous les autres carnassiers des cavernes ne peuvent être distingués de ceux d'aujourd'hui d'une mauièrc satisfaisante.
Si les ancnennes cavernes sont curieuses par les délwis qu'on y tronre i elles ne le sont pas moins par rahsenofi des ossenens de certains animaux , dont on peut raisonnablement supposer que les es* pèces n'existaient pas alors.
Il est d'autant plus important de s'arrêter à cette considération^ que les osscmcns humains sont au uoiuhse de ceux qu'on y chercherait iauMlcœent : or pourquoi, s*il avait existé des hommes à Tépoque où les anciennes hiènes fouillaient dans la terre pour enlever et transporter dans leurs repaires les cadavres de tous les animaux , auraientelles plus épargné leurs dépouilles qu'elles uc le font maintenant ?
Toutes les cavernes à ossemens ne présen^nt pourtant pas des débris de carnassiers, et on peut citer «Il nombre des excitions sous ce raifort la grotte d^Osselles, située près Besancon. Un naturaliste snglais« qui s*«st spécialement livré à Tétude
BIS baIghbs oflsnrns, ais ckrtjum, 171
dès cavernes, M. Buckland , visitant cette caverne, qui depuis long-temps était un objet de curiosité h cause de son étendue et des stalactites brillantes qui la décorent, reconnut qu'elle offrait toutes les apparencses des carêmes à osseiftèiis de la Francoaie. 11 crut même poiiyoir marquer un endroit où on trouyei^it des ossemeuB très-près de la auriUco du sol; et y ayant porté le marte^, il eut lepjai- W de voir sa conjecture vériBée.
La découverte des ossemens de cette caverne ne. date que de cette années déjà pourtant on aedploi* té une partie desnchessesgéolegifiaesqu'eUe jënferme, et eUe m tardera pas k être entièrement connue. Ce qu'elle office de plus remarquable sous le rapport de la géologie antédiluvienne, c'est que parmi les ossemens nombreux qu'on en a extraits jusqu'ici , on n'en a pas rencontré un seul qui appartînt à un autre animal que le grand ours des cavernes. Les déMs de Inènea, si fréquens dans toutes les autres, ne s'j reneontmit point; aussi les 08 d'ours y sont-ils exempts des fractures qu'ils jprései^tent dans toutes les cavernes où ils ont été exposés à la dent des hiènes.
On peut faire la même remarque relativ^ent aux familles si nombreuses des singes. On ne rencontre pas dans les cavemea un seul os qui puisse faire soi^on«er qu'Oi amnj; existé à Tépoquc qui nous occupe.
On a pourtant trouvé à Pétat fossile un os de chauye-spuris. Cet ©s est le seul qui appartienne au genre des quadrumanes, (jui ijontient les pri^ matos de Linnée.
172 UTTfts un.
Vous «entes tout de suite que o^est surtout de
Fespècc humaine qu'il est intéressant de constater Texistence ou la nou-e&isteuce à Tépoquc dont il s'agit.
Or, si on s'en rapportait aux observations citées 'par un grand ncnabre d'auteurs, rien ne smîtplus certain que la fossilisation des d^ris humains malgré leur absence des cayemes. On a même ,
tout récemment , annoncé avoir trouvé des crÂnes et autres ossemens humains avec plusieurs restes d'éléphans. On assure q[uc ces ossemens , et particulièi'ement la forme des crânes , dénotent Texisten*' oe d*une ancienne race d'hommes fort différente de celle qui habite maintenant le globe.
Mais il faut attendre la publication de ces documens, et le jugement qu'en porteront les hommes qui doivent être , dans ces matières , les guides de Topiniou publique.
Je dirai la même chose des prétendus crânes humains trouvés dans des cayemes , et qui auraient dû appartenir à des hommes privés de dents inci-' sives» Je dois me contenter , dans ces lettresi de vous faire part des prétentions jugées relativement à Texistence de la race humaine à Fétat fossile.
B'ahordy il est reconnu aujourd'hui qu'on s'est très-auvent mépris pour n'avoir pas su distinguer la nature des terrains dans lesquels gisaient lès ossemens humains qu'on rencontrait.
On ne peut rien conclure de tous ceux qui se trouvent avec des ouvrages façonnés par la main des hommes , à d'assez grandes profondeurs à la vérité
W BBiCRS 0MBVSK8 , his* catcbites. 173
mais clans des terrains d'alluvion » déposés depuis le dernier état de choses:
Ceux qu^on a trouvés incrustés dans rintérieur de quelques rochers auraient pu induire plus facilement en erreur, si on n^avait pas constaté depuis qu^ils ayaient été précipités , à des époques peu reculées , dans des fentes où ils étaient restés quelques siècles recouverts de matières pierreuses et terreuses , jusqu'à ce qu'en traTaillant dans le rocher, des ouvriers les eussent exhumés, au grand étonnement de ceux qui ne tenaient pas compte de toutes les circonstances locales.
Un théologien , nommé Scheuchzer , auteur d'un système sur la théorie de la terre, a été induit en erreur d'une autre façon. Tl avait trouvé des ossemens réellement fossiles dans des terrains très-anciens , et il en puhlia la découverte sous le titre de : Eomo dUmii ieêHs (homme témoin du déluge ). ' G^était un grand lézard , du genre proteus, qui, comme presque tous les reptiles de Fancien monde , avait des dimensions de beaucoup supérieures à celles des animaux de la même espèce qui vivent encore de nos jours.
\ La découverte qui a paru pendant je plus longtemps favorable àFopinion de l'antiquité antédiluvienne de Fespèce humaine est celle des hommes pétrifiés de la Guadeloupe. Le gouvernement français, ayant entendu parler de ce phénomène, ordonna qu'on fit des recherches pour se procurer les ossemens en question ; mais , dans Tintervalle , la colonie étant tombéejlau pouvoir des Anglais , ce
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- furent eux qui en profitèrent. Cependant nous possédons an Muséum plusieurs de ces pièces très^urieuses , et parfaitement concluantes.
Les ossemens appartiennent évidemment à Tei- 'pèce bumaîne ; nais ^ ne sont pas des osscanen» fossiles. Us sont Bien, 0 est Trai« entovOTés de la WBàt^ tance pierreuse dans laqineUe ils ont été saisis; mais cette substance ne s^est point combinée de manière à faire corps avec la leur. Ils appartiennent évidemment à des bommes qui , h une époque peut-être peu'fecni ée , ont fait nau£rage sur la côte et y sont restés ensevelis. Le ^ement dans leqael on leflL trouTe ne eonnste que dans une p<mssière de coquilles fointes entre elled par nn cément pierreux, au milieu duquel ils se sont conserrés sans aucune autre altération que celle que devait leur faire subir le temps écoulé depuis Tépoque de leur ' dépôLlin^ya rien là qui ressemble à la fossilisation; car elle ne peut avoir lien qu^autant que la force créatnoe des subatancesdanslesipiellesles os setrou* vent enfermés agit sur eux-mêmes pour les modifier. Or y je le répète , il parait que la aatuvt n'est plus douée , dans le règne minéral , d'une ac« tivité assez grande pour produire un pareil effet (1).
Si quelque cbosc peut convaincre de cette im* puissance de la nature relativement à la fossUisation , c'est bien cette absence d*ossemens bumains fossî-
(1) Quelques natanlisies, HSI. Coiiiùuit) Pievosti eatie autres , élèvent aujouWnioi des doutes sur la lésliié de cette MSeftion*
SES BRÈCH0 4>S8BeSB8 , ttS CAYEÉNES. 173
les, Vhùmme s^exptm , en effet, bien plat qa^a»* tan Bramai 9 à périr daiui.lleft circonstances les pins diverses: des cadayres de mineurs restent cnfonîs
dans les mines, des navigateurs sont précipités au fond de la mer, des pécheurs périssent dans les rivières ; ses dépouilles sont confiées à la terre sous toutes les latitudes , depuis les pAles josipi^à Téqua-^ leur, et nulle part ses ossemens ne, se fossilisent. La fossilisatibn ne tient donc à aucune condition de température , de climat , de natore de terrains.
Mais , dira-t-on peut-être , si on ne trouve point d'os humains fossiles , peut-être doit-on l'attribuer à ce qu'ils seraient moins capables que ceux des au» très animaux de résister aiix causes de destruction qui tendent à les décomposer ûYant que les corps enyironnans aient eu le temps d*agir sur eui. Une pareille supposition nVst pas admissible ; car on ne voit point sur les champs de bataille , par exemple, que les os d'iiommes soient, relativement à leurs dimensions y plus promptement altérés que ceux de chevaux soumis aux mêmes causes de destruction.
On a trouvé dans les caveaux de Tancienne église Sainte-Geneviève des restes humains qui doivent Remonter aux temps les plus reculés de la monarchie, et qui ont probablement appartenu à des princes de la première race ; ils avaient cependant assez bien conservé leur forme.
On rencontre à Tétat fossile des animaux qui remontent k une époque beaucoup plus* reculée que les éléphans fossiles eux-mêmes y et qui n^ont pas dû avoir une taille supérieure à celle d*une souris :
17Ç mm xm. bss brèches osseuses , etc.
on trouTcraît donc certaînemeut des hommes, si leurs ossemens ayaient été soumis aux causes de la. fossilisation d^ns des circonstances fayorablesw Tout prouye. cependant que , depuis que la race
humaine est répandue sur la terre , elle a été .victime d'une grande catastrophe , d'une inondation terrible qui a presque entièrement détruit son espèce: si donc on. ne trouve pas de ses débris sous des couches marines, cela tient à ce que, ne s^é*tanc pas fossilisés, ils n^çnt jm se conseryer; on bien plutôt encore , la mer n^ayant pas depuis ce temps changé de lit , cVst sous les profondeurs de ses ab£iucs i^u'ils sont restés engloutis.
LETTRE XIT.
m^kiaumtXBXimB, ]IZS>NpnOTHIBtlI|l8,,KTC^
Tous le9 animaux dont Je tous ai parlé jasqu^lci appartiennent à des espèces très-peu difTérentcs de celles qui vivent encore de nos jours ; aussi se trouvent- ils dans les terrains les plus récens. Les animaux dont il me reste à vous entretenir étant situés dans des couches' plus profondes ^ appartiennent h une époque beaucoup plus reculée ; il y fiyait bien des sièdes q[ue leurs ossemens étaient enseTclis , dans nos contrées , sous les débris de la mer , quand les élépLans qu'elle y a détruits par son retour y paissaient encore tranquillement. Aussi aurons-nous occasion de reconnaître que ces anciens habitons de la terre formaient des genres entièrement diffé* rens des hdtres.
Ce qui, relativeiftent li ces animaux, peut ajou^ ter pour nous à IHntérét de leur découverte , c'est qu'ils ont vécu et péri dans les lieux mèiucs que nous habitons , quand la mer vint les détruire ; la plupart des lieux qui forment aujourd'hui les carrières à pldtre de nos environs leur servirent de