‹ Lettres sur les révolutions du globe (volume 2)Chapitre 8 sur 26 · UTTAS · texte numérisé non relu

UTTAS

tombeau, et Montmartre , en particulier, (àt leur

dernier refuge. Ne dirait-on pas que c'est par un vrai coup de la Providence que la nature a tic nos jours placé si près de leurs»dépouiUes rhomme célèbre qui a si bien su les reconnaître, les classer, et les Élire , pour ainsi dire , revivre dans notre esprit après tant de siècles!

La tâcbe qui lui était imposée n^était pas facile ; les ouvriers qui travaillent dans les carrières trouvaient, il est vrai, assez fréquemment des débris ou \^ plutôt des vestiges d'animaux très-fragiles ; aussi les brisaient-ils autrefois sans scrupule (et combien de milliers de ces os ont été ainsi enlevés pour jamais à la curiosité des nfituralistes Ce n^est que depuis que Tattention çst fixée sur ce genre de recherches, qu'ils font to»ut leur possible pour les conserver. Mais quel parti semblerait-il d'abord qu'on pût en tirer ? On eu rencontre de huit ou dix espèces différentes , et 4|ui toutes étaient inconnues desnatu* listes à Tépoque oh M. Cuvier a commencé ses travaux. Gommant donc, suç la grfinde quantité d^oa dont se compose un squelette , venir à boutde choisir avec certitude ceux qui appartiennent à chaque genre et à chaque espèce ? Voici à-peu-près com^ ment s'y est pris ce grand naturaliste.

La forme des den^ soumises à son examen, leur nombre, leur arrangement, le convainquirent bientôt qu*eUes n^avaient pu appartenir qu^à des animaux herbivores, et que même ces animaux de-

.BIS fAUforaniDvs, btg. 179

raient être rangés dans la classe des pachydermes (1). Cette classe est très-singulière, et elle a été longtemps mal connue parles naturalistes, sans doute parce que , tant qu'on ne considérait que les espèces Tirantes, elle présentait , entre les différens genres qui en restent, des vides que les anciens genres remplissent d^une manière très-remarquable.

Ce fut surtout la considération des dents qui le conduisit à ces premiers résultats ; bientôt une attention suivie lui donna la facilité de distinguer celles qui appartenaient aux différentes espèces; il reconstruisit ainn artificiellement des mâchoires ^ ' puis des têtes entières, et le hasard en ayanjt offert postérieurement dans les carrières , elles ont confirmé tout ce qu^il avait annoncé.

Passant ensuite à Tétude des pieds, et faisant pour leur classiGcation un même travail , il est arrivé à des résultats semblables , qu'il a également eu le bonheur de voir cciifirmer par des découvertes ultérieures.

Il était parvenu ainsi à avoir des tètes de deux genres ; il avait désigné Tun de ces genres sous le nom de palœothcrium ; il avait donné à Tautre ceiui d'anoplotherium. 11 distingua parmi les anoplotheriums plusieurs soua-genres, et parmi les pa^ kaotheriums plusieurs espèces. Il avait également des pieds de plusims sortea, et c'était une tâch^ •

(l) Les aninumx désignés sous le nom de piclijdemesi qui signifie cuir épais ^ fermaient une famille composée des génies éléphant y tapir ^ hippopoUone | cochon» et rhinocéros.

Oigitized by

130 LE-^IBE .XI7.

qui n'était pas facile, que ftellc de rattacher à chaque téte les pieds qui lui convenaient. Les volumes xsespeciifs des parties lui ont bien été de quelque secours dans ce nouveau travail : mais il a été bien

plus guidé par les analogies (£uc présentait chaque partie avec des espèces connues.

Ainsi, par exemple, la téte du palaeotherium ayant beaucoup d^analogie avec celle du tapir, par le nombre , Tarrangement , la nature de ses dents et tous les détails de sa forme ; et d*un autr^ côté , une des sortes de pieds ressemblant* beaucoup à ceux du même animal, M. Cuvier en a conclu naturellement que ces pieds devaient avoir été unis à la téte qui s'en rapprochait par une analogie si évidente.

Comme Ii^s palseotheriums contiennent plusieurs espèces différentes pour la taille, et qu'il avait des pieds de différentes dimensions , ce fut une grande

confirmation pour lui que de voir dans les pieds de même espèce des rapports de grandeur corrcspondans à ceux que présentaient les têtes.

Pour les anoplotheriums , il se conduisit de la même manière ; et comme il avait dans les têtes les preuves de Texistcnce d'un genre et de plusîeuirs sous-genres , il ne fut pas surpris de trouver des pieds analogues , qui différaient aussi assez entre eux pour se prêter aux mêmes subdivisions.

Je ne m'étendrai pas davantage sur Thistori que de ces recherches ; vous comprenez de suite tout ce qu'elles ont d'ingémeux , et quelle connaissance profonde delà nature elles exigent. Qu'il me suffise

DES PALjKOTUEaiDMS , ETC. 181

de vous dire «pie les troncs ont été recomposés oonune les têtes et les pieds, pois ajustés avec ces dei^ niers. Ce qui prouve d^une manière incontestable et la bonté de la méthode suivie dans ce travail , et

la manière rigoureuse dont elle a été appliquée , c'est que toutes les découvertes d'animaux plus ou nxoins complets trouvés postérieurement out.cDn-' firmé ce qui avait été annoncé , sans que jamais on ait été obligé de rectifier les résultats auxquels Tanalogie avait conduit d^abord.

Ce serait maintenant le lien d'entrer dans quelques détails sur les caractères zo ©logiques de ces nouveaux genres, mais c'est ce que je n'oserais entreprendre; car 9 outre la sécheresse du sujet, je me souviens que mon rôle est de vous intéresser , si je peux, aux belles découvertes dont je vous (arle, et qu*il ne peut aller au-delà. Je me contenterai donc de vous dire que le genre palœotherium dif- ^ fère de l'anoplothcrium en ce que les animaux qui le composent ont une dent canine saillante, à peu près semhlahle à celle que présentent les animaux de Fespèce du sanglier , moins saillante que chez ces derniers à Fétat sauvage , mais recouverte dans «son entier par les lèvres , comme dans Thippopo-» tame , le tapir et le cochon ; que Fanoplotherium , au contraire, est dépourvti de cette dent, et que de son absence il résulte que , bien que tous dcus herbivores , ces deux genres devaient,, relativement à leurs habitudes, présenter des différences assez marquées. Le genre, anoplotherium,* manquant de la canine qui distingue le palaeotherium,' devait ren-

182 UQBTO XIT.

fermer dee- animaux de mœurs pli^s douces; c'est août ce que rappelle le nom qu^on lui a donné ^ le onotanoplotherium étant formé de deux mots greqs qui signifient anémulinnoeeni^ tandis que palieothe-

riuiD veut dire sculeu^eiit animal ancien.

9 On distingue, dans les différens palxotheriums , rclMivemcnt à leur forme extérieure, le grand, le petit y le moyen , le gcos, Tépais, le court.

Dans les «neplo theriuma , on distingue le commun, le léger , le lévrier. 4[evous envoie le trait de ceHes de ceiB espèces suc lesquelles nous avons assez de données pour qu'on ait cru, sans trop de témérité , pouvoir se hasarder à les représenter aux yeux ; et vous me saurez peut-être quelque gré d'y joindre aussi ce que Tanalogie peut nous apprendre de plus positif sttP les lieux qu'ils habitaient lens genre de tie^ leurs mqeiurs, etc.

€hwd ptdœothêrium (voyez la planche).

« Cet animal avait la taille d'un cheval de mé- « dîocre grandeur ; mais il était plus trapu ; sa tête était plus massive, ses extrémités plus grosses et plu^ courtes. 11 n'est rien de plus aisé que de se le re-* préseniker dans Tétat de vie. » (Guvier.)

Petit pidaoiherium (vajfea la planté). « Si nô«s« pouvions ranimer cet animal aussi aisément que ^ nous en avons rassemhlé4es os , nous croirions voir courir un tapir plus petit qu'un chevreuil, à jambes grêles et légères : telle était sans doute sa figure. Un squelette presque complet de cette espèce a été trouvé àPantin ; sa hanteor , an garfot, devait éttù de. 16 à 18 pouces. » ( Guvier. )

BU vAiAOTsnnnis, etc. Wd .

« On peut «e faire une idée assez juste du palaeotherium moyen , en se le représentant comme un tapir à jambes grêles; il devait être, daas ce genve^ ce. ^^est le babiroussa parmi les eochons \ sa Iorim teur , au garrot , était de 31 à 32 pouces. » (Cnyjiep. )

Nous avons trop peu de données sur les trois autres espèces de palaeotheriuins pour oser hasarder aucune conjecture ^ur leur forme.

Le squelette de Tanoplothericim a été reconstruit « si complètement, qa^on ne peut conserver aucu»' * doute snr Tapparence qu^il devait avoir quand Ta* nimal était recouvert de ses muscles et de sa peau.

Ânopîotherium commun (voyez la planche). « Sa hauteur, au garrot, était assez considérable; elle pouvait aller à plus de trois pieds et quelques pouces; mais ce quille distinguait le plus^ c'était son énonûe qnene : elle lui donnait quelque chose de la stature de la loutre , et il est trè&-pvobable qu'il se portait souvent, comme ce carnassier, suret dans les eaux, surtout dans les lieux marécageux. Mais ce « n^ était sans doute point pour y pécher. Gomme le rat d'eau, comme Thippopotame , comme tout le genre des sangliers et des rhinocéros, notre anoplothetherhim était herbivore; ill allait donc chercher les racines et les tige» succulentes des plantes aquatiques. D'après ses habitudes de nageur et de plongeur, il devait avoir le poil lisse comme la loutre ; peut-être même sa peau était-elle demi^nue , comme celle des pachydermes dont nous venons' de parler. 11 n'est pas vraisemblable non plus qu'il ait eu de longues oreilles, qoi rauraientgêné danssongenre

184 tmu ziT.

de vie aquatique, et je penserais volontiers qu'il ressemblait^ à cet égard, à rhippopotame et aux autres quadrupèdes qui fréquentent beaucoup les eaux.

9 Sa longueur totale , la queue conprise, était au moins de huit pieds , et sans la queue , de 5 et

quelques pouces. La longueur de son corps était donc à peu près la mémo que dans un âne de taille moyenne; mais sa hauteur n'était pas tout-à-fait aussi considérable, n (Guvier.)

Anoplotherium léger {voyez la planche). « U devait avoir un peu plus de 2 pieds de hauteur au garrot y et égaler le chamois en hauteur , bien que satéte et ses os ne soient pas si gros; mais cela tient à Texcessivc élongation de ses membres. Sa téte égale à peine celle do la corine. On voit qu'autant les allures de Fanoplotherîum commun étaient lourdes et traînantes lorsqu'il marchait sur la terre, autant le léger devait avoir d*agilité et de grÂce. Léger comme la gazelle bu le chevreuil , - il' devait courir rapidement autour des marais ou des étangs, où nageait la première espèce. Il devait y paître les herbes aromatiques des terrains secs , ou brouter les pousses des arbrisseaux. Sa course n'était point sans doute embarrassée |>ar une longue queue; mais, comme tous les herbivores agtles, il était probablement un animal craintif, et de grandes oreilles très-mobiles, comme celles du cerf, Favertissaient du moindre danger. Nul doute , enfin , que son corps ne fût couvert d'un poil ras ; et par conséquent | il ne nous manque que sa couleur pour le *

BES PALJBOTHEHtCMS , ETC. 185

peindre tel qu'il animait jadis cette contrée, oii il a fallu en déterrer, après tant siècles de si bibles vestiges. Remarquons , en p&ssant , qa*ainsi re- Téta de sa peau , s^il eût été rencontré par qnelqnes-uns de ces naturalistes qui veulent tout classer d'après les caractères extérieurs, on n'eût pas manqué de le ranger avec les ruminans; et cependant il en est à une assez grande distance par ses caractères intérieurs , et très-probablement il ne ruminait pas (1). »

Les espèces que nous venons de décrire appar-

(1) Les à&mM de palgothcriams et d'ane^iheTiiuiis se trott* vent dans les armoires de la grande salle des fossiles , n?* 16 et 17 j yen le milien de la sUle , entre eenx des lophiodons , dont nous parlerons plus tard , et ceux qu'on a trouvés dans les cavernes. On y pourra voirdes têtes, des fragmens de têtes et de mâchoires de diverses espèces des genres palxotheriums, anoplotheriums et de deux autres genres voisins ] puis des pieds de tous ces genres , puis des os longs , enfin les os de leurs troncs. Cette série , contenue dans plusieurs aimmres | se continue encore dans des boites Titrées placées au-dessus d'elies. «

On doit surtont remarquer au-dessus des armoires des portions considérables des squelettes de Panoplotlierium commun, remarquable par la longueur de sa queue , du palœotlieriuiii magnum , et du palseothcrium minus , encore incrustés dans le plâtre qui leur sert de gangue. Ces squelettes presque entiers sont ceux qui ont fourni une confirmation si éclatante de la justesse des vues de M* Guvier , qm^ sur la vue d'os épars I avait indiqué d'avance la forme de ces animaux inconnus.

186 xsmi.xnr.

tiennent spécialement an bassin dans lequel se trouve Paris , et il ^st assez remarquable qu'on ne le rencontre nulle part ailleurs. On a cependant décourert dès individus appartenans aux mêmes genres dans quelques endroits de la Frande ou des pays voisins ; par exemple , aux environs de Puj en Velay , près d'Orléans et de Montpellier. 11 parait que les os de ces deux derniers endroits appartiennent à une seule et même espèce.

Quant auxplàtrières des environs de Paris, les animaux des espèces dont nous Tenons de parler , et qui sY rencontrent en si grand nombre, sont aussi presque les seuls qu'on y trouve. Il faut pourtant faire une exception pour les tortues , qui paraissent avoir été fort abonda ntL'S dans nos environs avec les palxotheriums et les anoplotberiums.

Peut-être, en ne voyant que des animaux her* bivores pour babitans de nos contrées, vous faitesvous une idée séduisante de la vie qu'ils devaient y mener (lans ces temps reculés ; mais n'allez pas trop %6i vous presser d'en conclure que de tout temps lé territoire de Paris a été un lieu privilégié , de manière ou d'autre, pour former le plus agréable séjour de la terre. Je suis lâché d'être obligé de voua les dire^ mais nos doux anoploiberiums ne devaient pas toujours jouir en paix deft lieux qu'ils animaient par leur présence : des animauîc carnassiers leur faisaient la guerre , et la révolution qui les a détruits a enseveli avec eux leurs cruels persécuteurs.

Le plus fort, le plus cruel, le plus- terriblé en-

BSS f AUBOTEBRimiS y ETC. 187

nemi deshabilans de «os contrées, était ati animal de la famille desTatons, dont la taille égalait presque

celle du loup, mais qui, d'après la forme de ses dents , devait surpasser de beaucoup ce dernier en férocité. U ne devait le céder, sons ce rapport, à aucun des animaux actuellement Tiyans ; ce ipie rendent évident la grandeur de ses dents , leur forme tranchante , et les indices cfni nous restent sur la vigueur de ses mâchoires.

Il existait aussi dans nos environs un animal du genre canis , dont on a trouvé une mâchoire trèsbien caractérisée , mais qui n'appartenait à aucune des espèces actuellement vivantes ; il présente , en effet y des caractères qui le distinguent très-positivement de nos chiens domestiq[ues, des renards, des chacals et des loups.

Ajoutez au nombre des animaux redoutables de ce temps-là, un carnassier du genre des gcnettcs> et un autre du genre des civettes.

On a trouvé également dans nos pUtrières un squelette de sarigue , remarquable par sa très-helle conservation ; je ne vous en dirai rien de plus (1).

Je ne m^étendrai pas davantage sur deux espèces , du genre des pachydermes , qui vivaient dans notre pays avec les palaeotheriums, mais qui paraissent y avoir été beaucoup moins communes , si on en

(1) Les débris de tous ees animaux se trouvent' à la suite de ceux des palKotheriiuns et des anoploiheriiims. On voit aussi tout près, des débris de pslaBotheriums étrangers au sol de Paris ^ et dont la plupart viennent des environs d'Orléans.

188 lETTEE XIV. DES PAL ^OTHEEIUMS ETC.

iiige.par le petit nombre de débris qu'on a obtenna jusqu'ici; à peine ^-t-on recueilli assez de leurs oa pour établir leur éxistence d'une manière positire.

ËDfîn , c'est seulement pour ne passer entièrement sous silence rien de ce qui peut se rattacher k Thistoirc d'animaux si iu1;éressans pour nous, comme ayant été les premiers quadrupèdes terrestres qui ont babité le sol que nous foulons aujourd^bui, que je vous dirai qu'on trouye,.dans différentes partiea de la France, des débris au moyen desquels il a été facile de reconnaître un genre de pachydermes qu^oa a désignés sous le nom de lophiodons (1).

(1) Nous ayons déjà indiqué la place qu'oocnpent les lopliîodons dans la salle des fossiles ; ils se trouTent entre ceux des ti^rs gigantesques et ceux des rhinocérot. Tous les débris qna nous possédons ont été trouvés eu Fxaaoe , et on n'en a psa découTertaQlears. '

LETT&E XV

■AMHIFiBES MAEIRS.

Pour terminer ce qui est relatif ii la zoologie antédiluvienne des classes supérieures y il ne nous reste plus qu à dire quelques mots sur les mammifères marins.

Ces êtres, remarquables par la réunion des ca*

ractères qui leur permettent de vivre à la fois dans l'air et dans Teau, ontdù naturellement précéder les mammifères terrestres. Aussi commcncc-t- on à trou-r Ter leurs débris dans des terrains plus anciens que ceux même qui renferment les ossemens de palaso* theriums et de lophiodons.

H semble , auf premier coup dWl y que les mam-> mifères marins dussent être plus capables «que les animaux terrestres de résister aux grandes calastrophes produites par les irruptions de la mer j mais Tobservation ne confirme pas cette supposition , et la comparaison des espèces fossiles avec celles qui existent encore aujourd'hui, tend à prouxf r qu^aur cune d^eUes ne s*e8t maintenue telle qu'elle existait k son origiac.

190 LETTRE XT.

Cétait 4ine idée assez naturelle à une époque où Uon confondait toutes les espèces de terrains , et où on les considérait toutes comme des produits de la

mer, que d'attribuer aussi à des animaux marins les ossemens qui se rencontrent en si grand nombre dans quelques mers^ aussi voit-on que les anciens descripteurs de fossiles ont souvent prétendu que les os dont ils parlaient avaient appartenu à des phoques, k des lamantins ou autres animaux semblables.

Mais aujourd'hui qu'il parait certain que les ossemens de mammifères renfermés dans un si grand nombre de couches proviennent d'une terre qu une ou plusieurs grandes inondations ont détruite , on doit s'attendre à trouver , au contraire y parmi lea êtres antédiluviens, très-peu d'animaux marins.

Bien de plus rare en effet que les os de phoques et de lamantins parmi les fossiles. Il eii èét de même des morses et de tous les grands cétacées.

Vous connaissez sans doute , au moins d'une manière générale , Torganisation extérieure du laman- Un. Le nom de cet animal lui vient de la forme de ses pieds de devant, qui présentent la plus grande cesstfnblanoe avec les mains de Thomme. Il s^en sert avefc ^beaucoup d'adresse et de force pour s^accrocher à la terre , et porter ses petits j on y dislingue aisément , au travers des membranes , cinq doigts , dont quatre sont terminés comme les nôtres, par des ongles plats et arrondii, ce quia pu faire doi^er, à juste titre, à ces membres le nom de mains, par com poissons ordinaires.

mi

■AMMIPiHKS HÂ&INS.

Comme ces animaux ont leurs mamelles sur la poitrine , et quUls élèvent souvent la partie antérieure de leur corps au-dessas de Teau^ comme le nom mains , donné à leurs nageoires , a fiiit exa* gérer Fidée de la ressemblance de ces memiirea jiTec les nôtres; comme enfin leur mufle est entouré de poils , qui de loin peuvent faire Teffet d^unc sorte de chevelure, on leur a donné des noms plus ou moin^ singuliers qui ont conduit ensuite a des récits extrêmes et entièrement fabuleux. Les Portugais et les Espagnols ont appelé le lamantin peaee-mulkêr, pesoê^na (poisson-femme ). |^e dugong, animal de la même &mille que les lamantins , et dont Fespéce est très-yoisine de la leur, avait reçu de son côté le nom dliomme barbu.

De ces noms k l'idée d'un être demi-homme et dcmi-poissou, il n^y a pas loin. Il suilit, dit M. Cuyier ^ d*un voyageur peu scrupuleux ou de peu de mémoire pour compléter la métamorphose.

G^est en effet à la vue des lamantins et des dugongs , et à des descriptions inexactes de ces animaux, qu'on doit rapporter tout ce qu'on a dit des Tritons j des Syrènes^ etc. Dans toutes les figures * données sur ces êtres imaginaires, le naturaliste tant soit peu instruit découvre au premier coup d*œil le modèle d'après le^el elles ont été inexac* tement copiées. Et voilà à quoi se réduisent ces récits é^hommes de mer , et de femmes de mer , accufUulés par Maillet (1) , par Lachesmay c-dcs-Bois, par

( 1) Quant à Maillet ^ il parait évident , conuue nous TaTons ^

192 IBTTaS XT.

Sachs, et par d^autres auteurs plus érudits que judicieux.

Bien que le lamantin ne se rencontre aujourdliui que dans la Zone Torride , il est certain qiVil habitait jadis Tancienne mer qui a couvert r£uropc de ses coquillages à uue époque antérieure à celle où TÎTaient sur .notre sol les palaeoiheriums et les genres leurs contemporains. On a trouvé, en efibt, des osseftiens fossiles appartenans bien évidemment à des lamantins, non-seulement près d'Angers , mais près de Montauban , département de la Vendée , • dans les environs de Mantes, dans les terrains déplacés pour la construction de la nouvelle machine de Marly, et près de Long jumeau.

La considération de ces ossemens trouvés dans des terrains très-anciens, avec des formes qui ne se rapprochent pas moins de la nôtre que celle des espèces actuellement vivantes du même animal, fournirait à elle seule une puissante, objection contre le système des transformations successives des êtres , si ce système n*était d^ailleurs réfuté par tant d autres considérations victorieuses.

Les ossemens de dauphins sont aussi rares à Tétât fossile que ceux des animaux dont nous venons de parler. Quelques ossemens trouvés dans différentes parties de la f rance nous apprennent que les es-

déjà dit, qu'au moins dans on cas un de ces prétendus Iiohk. mes de mer était réeUement un lionune ^ un EskimUa pris par les Anglais avec sa barque , et qui monmt peu de iemys après à hord du navire quiravaii enlevé à son pays.

pèces anciennes sont essentiellement iliifércntes de celles qui vivent encore actuellement.

Même remarque relativement au narval, poisson si célèbre par la corne on plutôt la dent qu^il porte, et qai est, depuis des sièdes, un objet de curiosité et de commerce. ,

Quant aux cachalots et aux hyperoodons , il parait qu'on en a trouvé encore moins de débris à Tétât fossile.

Les mers de Fancicn monde contenaient , comme nos mers actuelles , des baleines dont les espèces ( autant que Fétat très-imparfait de la* science sur cet objet peut permettre de Fassurer ) différaient

assez peu des espèces actuellement vivantes. Les ossemens de ces énormes animaux , quand on vient à les mettre à nu, donnent souvent lieu à des méprises de la part des liommes peu instruits , qui , les prenant pqur des ossemens de mammifères teirresr très, se font Fidée d*animaux terrctoes de dimensions exagérées (1).

(1) Téile est probablement la cause de Fcrrear de Fariidie suivant, inséré dans plusieurs journaux Hcienliii^ues.

Ci Squelette du plus çranà des animaux antédiluviens.

)> On a découvert dans lu Louisiane , sur les bords duMis- M sissipi , les os d^un animal colossal ^ répine dorsale avait u IG pouces de diamètre, et les côtes 9 pieds de long; plu- » sieurs débris avaient chacun 2^ pieds de long , et pesaient N idusde 120 livres. On edtime , dVprès les dimensions de ces » os I que Faaimal vivant devait avoir environ SO pieds de Ion"

Digm^

194 URTBS XT.

Parmi les découvertes d*osscmens de baleines fossiles, Tune des plus célèbres est celle que fit à Paris , en 1779 , un marchand de vin de \d rue Dauphine , déterra un très-gros fragment de la téte dhin de ces ammanz. Cet komme » en faisant des fouilles dans sa cave ^ découvrît une pièce osseuse d^une grandeur considérable , enfouie dans une glaise jaunâtre qui paraît avoir fait partie du sol naturel de rot endroit. Ne voulant pas se livrer aux travaux nécessaires à Textraction complète de ce morceau y il le brisa , et enleva une portion qui pe* sait deux cent vingt-sept livres » et fui fut vue d*un grand nombre de curieux. Mais parmi les naturalistes de profession, il n^y eut que le seul Lamanou qui se donna la peine d'en prendre connaissance. 11 fit faire de cet os mutilé une copie en terre cuite, et en publia un dessin et une description dans le Journal de physique. Il conjectura dès-lors, avec raison , que ce devait être quelque os de la tète d*un cétacée.

Daubenton s^en occupa depuis, toujours diaprés le modèle exécuté par Lamanou; car pour la pièce elle-même elle ne res^a pas en France : elle existe

» gneiir , 20 à 29 de largeur , environ 20 pieds de liantear| et

I) qu'il a dû peser au moins 20 toimeaux oo 20,000 kilogram-

» mes. C^est , dit-on , la plus grande curiosité naturelle quW n ait (lécuuyerte jusquHci ; et cet animal, pour la dimension ^ )} doit avoir surpassé le mammouth , autant que celui-ci su^-r n paaaait le chien de taille moycime. »

HAMiaFÈaSS KÀBINB. 195

maÎBteiuiiit dans le oabmct de Teyler , à Harloo , . d*où on a bien yonlu nous en envoyer nue copie

plus exacte à certains égards que celle de Lamanou. Sur CCS données, M. Cuvier a été à portée de reconnaître que les os trouvés rue Dauphiue éta- Missaient une espèce antique de baleine difité* rente non-«eulement des espèces vivantes, mais encore de toutes les espèces fissiles connues jus» qa'ici.

Non-seulement on peut faire, sur les cétacées fos« siles , cette remarque que nous avons eu déjà occasion d^ndiquer relativement aux autres mammifères marins , que les espèces fossiles qu^il a été possible de caractériser dans leur Csimille ne différaient pas moins de celles qui habitent aujourd^bui nos côtes , que les animaux terrestres de Fancien monde ne diffèrent de leurs correspondans actuels ; mais encore on a découvert trois ou quatre espèces tellement éloignées de celles des autres cétacées , que M. Cuvier s'est cru obligé d'étal)lir pour elles un genre particulier sous le nom de jsipMuê.

Les animaux qn*il désigne sous ce nom ne sont en effet ni tout-à-fidt des baleines , ni tout^ir^it des cachalots , ni tout^à-fait des hyperoodons. Ils tiennent , dans Tordre des cétacées , celle qu'occupent dans Tordre des pachydermes , les anoplotheriums et autres animaux de Montmartre , et , dans celui des édentés, le mégatherium et le mégalony. Ce sont probablement aussi des restes d*uné nature détruite, et dont on chercheraitvainemei^ aujourd'hui les originaux à Tétat èt vie.

196 LETTBB XV.

« Par Ik se- confirme , dit Mi Cuvier , de plu» en plus, cette proposition a laquelle Tesamen des coquilles fossàes avait déjà conduit : que ce ne sont

pas seulement les productions de la terre qui ont changé lors des révolutions du globe , mais que la mer elle-même, agent principal de la plupart de ces révolutions, n'a pas conservé les mêmes hahi^ tans ; que lorsqu'elle formait ^ dans nos environs , ces immenses couches calcaires peuplées de coquilles au)ourd*liui presque toutes inconnues', les grands mammifères qu'elle nourrissait n'étaient pas ceux qui la peuplent aujourd'hui , et que , malgré les forces que semblait leur donner Ténormité de leur taille , ils n'ont pas mieux résisté aux catastrophes qui ont bouleversé leur élément, que n'y ont résisté sur terre les éléphans, les rhinocéros., les hippo- ^tames et tous ces autres quadrupèdes si robustes , qu^à défaut des arts de l'homme une révolution générale de la nature pouvait seule extirper leurs races, n

Les naturalistes ont été longrtemps en doute sur la question de savoir si on trouvait des ossemcns d'oiseanz à l'état fossile. Plusieurs auteurs , il est vrai , I prétendaient depuis long-temps en avoir observé , mais leurs assertions étaient exposées h. des objections insurmontables. En 1783, l'affirmative . était encore loin d'être prouvée, et ce n'est qu'à cette époque qu'on présenta un véritable omithoH^ ihe ( c'est ains» qu'on appelle les débris fossiles d'oiseaux) trouvé à Montmartre. Depuis ce temps, M. Cuvier en a reçu , des carrières de nos environs »

VAimiFiaES KARINS. 197

un nombre asse^ copaidérable pour qu'il ne soit plus permis de conserver aucun doute ; il en existe particulièrement plusieurs empreintes par&itement bien conservées au Muséum (1).

On a les preuves de onze ou douze espèces d'oiseaux ensevelis dans nos carrières , parmi lesquelles il parait que deux au moins ont dà être des oiseaux de proie; et ce quUl y a de j^us remarquable dans ces découvertes, c'est que nos environs sont le seul endroit du globe où jusqu'ici on ait trouvé des ornitholithcs inconlcstablcs.

L'existence, bien coifttatéc aujourd'hui, des oiseaux à Tétat fossile , prouve qu'à Tépoquc reculée où ils ont été ensevelis, et lorsque les espèces étaient si différentes de ce qu'elles sont maintenant, on voyait déjà pourtant, entre les races et les genres, les mêmes rapports d'orgdnisation générale que nous observons maintenant, et qu'aucune classe d'animaux ne manquait dans la série des êtres vivans ; aussi chacune d'eUcs est-elle si nécessaire à l'existence du tout , que peutpétre la destruction totale d.*une seule grande classe suffirait pour entraîner celle de toutes les autres.

Quelques genres d'oiseaux, comme les aquatiques, ont dû nécessairement vivre avant les mammifères terrestres, puisque les premières terres mises à découvert étaient propres à les recevoir avant que les mammifères pussent y trouver leur nourriture. Celle

(1) Ces débris sont placés tout près de eenx des p à l gotlie»

riums et des anoplotheriums.

Digm^

198 LETTRE XT. ^

idée si natnreHe est confirmée par les redierches

géologiques , tandis qu^on ne trouve aucnn maninifère dans les terrains secondaires. On y connaît au contraire des ossemens d'oiseaux naî^curs, comme dans le calcaire de Pappenheim , et des débris d'échassiers , comme dans le calcaire de Sto- -aesfield. ^ « Cependant où les restes fossiles sont le plus com^ mnns , c^est dans les dépôts tertiaires tels que ceux des environs de Vérone, ceux d'CEnîngen, le terrain d'eau douce de l'Auvergne, où Ton a trouvé récemment de& œufs, même parfaitement reconnaissablés pour avoir apparteno, comme nous venons de le dire, à plusieurs genres et espèces assex rapprochés de la caille , de la bécasse , de Talouette de mer ; de Tibis , du cormoran ^ dn busard, du balbufard et de la chouette.

Les crustacécs, ces animaux semblables aux insectes, dont le corps est garni d'une espèce de test, et parmi lesquels se trouvent h l'état vivant les crabes ^ les écrevisses, etc. , existaient aux époqnes antérieur res du gloBe. On commence même à en rencontrer dans des terrains très-anciens, et antérieurs à la craie. Leis argiles bleues auxquelles les Anglais donnent le nom de hleue-lias en renferment en grand nombre : il en est de même des écueils connus soua le nom d^ Wiehea nôtres , et d*une partie des rochers du Calvados* On en rencontre , spécialement avec des ossemens de crocodiles, des débris d'une espèce à longues pattes et à grande queue , qui parait avoir été une langouste.

HAIHMIFÈBES MABTNS. 199

On trouve encore des débris de crustacées dans des tercains supérieurs, spécialement dans le calcaire grossier des environs de Paris ; toujours avec cette circonstance remarquable, que ceux de ces animaux qui se rencontrent dans les terrains moins anciens sont ccut qui se raj^prochcnt le plus des espèces Tivanies.

Parmi les animaux fossiles des classes inférieures, nous devons surtout nous arrêter à signaler une fii* mille extrêmement remarquable , surtout par cette circonstance que les êtres qui la composent paraissent avoir été incontestablement les [ lus anciens habita ns du globe. On les a désignés sous le nom de iriloùiles, *

Leur corps, comme dans la plupart des insectes et dans quelques crustacées , peut être divisé trans* versalement en trois parties principales; mais ce qu'ils présentent tons de caractéristique , ce qui les distingue essentiellement de tous les animaux connus, c'est leur division longitudinale en trois partics ou lobes, par deux sillons profonds et parallèles k Taxe du corps.

Les trilobites.sont tous des animaux marins : leur association c<mstante dans les mêmes roches avec des coquilles et d^autres productions marines, ne peut laisser de doute sur ce point. Il paraît qu'ils étaient susceptibles de se multiplier prodigieusement, à en juger par la manière dont certains calcaires en sont remplis. Quelques-unes de ces pierres en semblent entièrement composées.

Les trilobites ne se sont maintenus k ia râifiice

de la terre qu'à des époques extrêmement reculées^ et les moins anciens des terrains dans lesquels on les rencontre sont de beaucoup inférieurs à la craie.

Les trilobites offjrent donc parmi les crustacées fossiles an ordre entier d'animaux dont on ne connaît/encore aucfûne espèce vivante* Plusieurs genres ou espèces de cet ordre sont enfouis dans les couches les plus profondes de la terre. Ils paraissent d^abord presque seuls , et semblent avoir été les premiers habitans solides des premières eaux marines qui aient laissé dans nos couches des traces de vie.

Uordre dont ces animaux singuliers se rappro*

cbent le plus, est celui des Gymnohranches ; et quand les animaux connus de cet ordre commencent à paraître dans des terrains plus nouveaux» les. trilobites ont disparu , sinon en totalité , au moins en très-grande partie. Nouvelle confirmation de cette loi remarquable de la nature , dont nous avons si souvent eu occasion de faire rapplication, que Ips animaux fossiles diffèrent d'autant plm des êtres (jui vivent actuellement, qrt'ils sont enveloppés dans des couches plus anciennes du globe.

Terminons par une seule remarque sur la dis-, tribution des os fossiles.

Vous avez déjà pu remarquer que certains lieux paraissent privilégiés pour fournir presque exclusivement telles espèces qu'on ne trouve point ailleurs, ou qui ne se trouvent nulle part, à beaucoup près, aussi communes. Nos environs sont dans le premier casi relativement aux palaeotheriums et aux

anoplotbcrlums. On peut citer comme étant dans le second, le val d'Arno, où on a trouvé plus d'ossemcns de rhinocéros que dans tout le reste de TEurope ensemble; le Camp des Géans , dans TAmérique méridionale , pour les mastodontes à dents étroites ; et , dans TAmérique septentrionale , les bords de rObio, pour le grand mastodonte.

On explique cette accumulation de débris d'animaux de même espèce dans un même lieu, en supposant qu'à Fépoque où la mer a envahi les p^ys dans lesquels ils vivaient, ils ont tous fui, devant rinondation, vers les lieux qui ont été les derniers envahie par elle , et où ils ont été détruits tous ensemble. Userait impossible, sans cette considération , de se rendre raison de la prodiî^icuse quantité d'osscmcns fossiles trouvés à Montmartre, par exemple, où on ne peut supposer que les palaiolheriums et les anoplotherium se soient trouvés par basard entassés par milliers avec les animaux carnassiers, qui, quoique moins nombreux, s^y trouvent aussi en grande quantité.

On dira peut-être que ce sont des milliers de générations qui s'y découvrent successivement. A la bonne heure ; mais pourquoi les mêmes débris sont-ils beaucoup moins nombreux dans toutes les autres plâtrièrcs des environs? Notre bypotbèso n'est-elle pas la seule qui puisse rendre raison de cette surabondance d^ossemens fossiles dans une seule colline si peu étendue ? Ces animaux, si diFférens , qui , effrayés de la grande catastrophe qui détruisait à la fois tout ce qui jouissait de la vie ,

périssent ensemble , quand la nature les avait destinés à se fuir, ne nous rappellent-ils pas Fingénicusc fiction du poète qui , dans sa description du «léluge, nous représente la brebis fuyant auprès di| lottpy quif dans sa frayeur, nest plus a craindra pour eUe P

Teut prouye qu^aux différens âges de l*ancien monde, les terres scclies étaient, bien plus qu'elles ne le sont aujourd'hui, séparées en lies, où les animaux terrestres étaient comme parqués. C'est ainsi que , dâns toutes les Ues un peu considérables découvertes de nos jours , on a trouvé une population particulière ; et si Tbomme n^avait pas de tout temps cherché à transplanter les animaux d^une contrée dans une autre, on verrait leur séparation géographique des genres et des espèces bien plus marquée qu'elle ne Test : or, Thomme n'existant pas à ces époques } c'était une raison d'isolement ajoutée à celle de U plos grande division des terres.

LETTRE ZYI.

m IÇa BBITILB8 , LIS GRrSTÂCflS ST LES ■0£I.V8<KVBS.

Tous les débris d*aiiimaax anciens dont Tétude

nous a occupés jusqu'ici se rencontrent dans les terrains superposés à la craioy dans ceux que les gcolojpstes ont désignés sous le nom de tertiaires. Là, comme nous rayons vu , ils sont loin d'être distribués indistinctement dans les formations nombreuses dont Tensemble constitue ces terrains. Les coucbes les plus Toisines de la craie ne renferment que des ossemens de mammifères marins , et si ( ce qui est loin d'être prouvé ) on y a rencontré quelques ossemens de rongeurs ou de pachydermes , au moins y sont-ils en très-petit nombre. On n'aura pas non plus perdu de vue cette remarque générale, que les premiers mammifères terrestres qu*on rencontre dans les coucbes supérieures appartiennent à des genres aujourd'hui détruits , et qu^on ne retrouve que rareinciil avec les élcphans, les rhinocéros , etc. ^ des terrains antédiluviens les plus superficiels.

L'apparition a la surface du globe des reptiles dont nous allons nous occuper aujourd'hui re-

204 tmtat uu

monte h une époque plus reculée que celle où vivaient les tnanmiilères , môme les mammifères marins les plus anciens. Ou les retrouve abondamment non-seulement dans la craie, qui ne recèle déjà plus aucun ossement de ces derniers, mais encore dans la plupart des terrains antérieurs, jusqu'à la grande formation houillère , dont l'histoire nous occupera bientôt sous le point de vue botanique.

Nous allons donc remonter à un autre âge du monde : et si vous ayez pu prendre jusqu^ici sans ennui une idée des recherches de nos géologues sur les époques plus récentes , peut-être ne vous intéresserez-vous pas moins à ce qu'ils ont recueilli sur cette époque primitive où la terre n'était encore parcourue que par des reptiles à sang froid ; où la mer contenait un assemblage prodigieux de coquilles aujourd'hui extrêmement x'arcs^et qui formaient alors le fond de sa populatiou , et où le peu dç terres récemment abandounées par Tantique océan ne formaient que des tles où croissait jine végétation aussi simple dans sa structure qu'aboQd^ntc et vigoureuse.

Les crocodiles sont au nombre des reptiles les plus aucieus. Leurs ossçmens se rencontrent dans beaucoup de coucheis non-seulement d'une anti- 'quité moyenne, comme nos plâtres de Montmartre» mais encore dans celles dont la formation est beaucoup plus ancienne y comme les pierres de taille des environs de Cacn, et même les marnes calcaires bleuâtres des environs de Honfleur : c'est dans CCS dernières formations» qui offrent des bancs épais

BEFTILES, GBUSTACÊKS ET MOLLUSQUES. 205 '

souTcnt de 300 pieds, que se trouvent les débris de ces antiques animaux mêlés à ceux des singuliers reptiles qu'on a désignés sous les noms à'iciiasau:'

rus et de plescio-saurus, dont j'aurai bientôt à parler.

Les crocodiles paraissent avoir été très-communs, au moins dans les environs de Cacn, àTépoque reculée qui nous occupe; car depuis que rattention est fixée surles débris fossiles qu^on rencontre dans ces parages , on a recueilli les restes -d^au moins dix individus de la même espèce.

L'espèce , ou plutôt les espèces des environs de Honfleur n'ont pas dû être moins nombreuses que celles des environs de Caen. Nous possédons au Muséum une téte entière dont la reconstruction est due aux soins et à la persévérance de M. Guvier* L^histoire de la découverte de ce morceau singulier vous intéressera peut-être , et )e laisserai parler M. Cuvier lui-même. 11 possédait deux mâchoires inférieures de crocodilçs trouvées près de Honfleur, et ces deux mâchoires , quoique très-semblables, ne lui paraissaient pas appartenir à la même espèce.

«Averti , dit-il , par ces deux mâchoires inférieu- - res, qu^il pouvait exister deux espèces à Honfleur , je devais songer d^abord a en retrouver le crâne et la mâchoire supérieure. La collection que j'avais reçue de Rouen m'en offrait bien quelques fragmensj mais le premier propriétaire avait eu la malheureuse idée de les &ire scier et polir : il en avait même dispersé une partie dans d*autres cabinets. C'est par une suite presque incroyable de hasards que j'ai rassemblé et que j*ai pu rapprocher six morceaux

206 LETiaE XYI.

qm avaient appartenu au même crâne , et dont deux ét<|ient restés chez Tabbé Bachelier; deux ayaient passé dans le cabinet de M. de Drée ; deux autres

. enfin me furent envoyés de Genève par feu M. de Jurieu, sans qu'il se doutât de Vimportance dont ils étaient pour cette recherche particulière. Au moyen de ces six morceaux, je suis parvenu k reconstruire une portion considérable du crâne , contenant tout Tocciput et la plus grande partie de la face supérieure et des côtés jusqu'au museau.

» C'est par des hasards semhlables que j'ai rassemblé trois fragmcns appartenans à un seul et même museau, et dont je n'avais donné que deux dans ma première édition ; ces deux-ci étaient dans le cabinet de feu Tabbé Besson ; le troisième était dans le cabinet de M. Faujifk, à qui Besson Tavait donné sans s'apercevoir qu'il ne formait qu'un faiéme tout avec les deux autres.

» Après avoir réuni ces trois pièces comme elles l'avaient été autrefois dans la. nature, j'ai eu Tidée de les rapprocher du crunc formé, comme je viens de le dire , parle rapprochement de six autres morceauXy^et j'ai vu que ce museau s'adaptait si bien à ce crâne , qu'il ne me reste aucun doute qu'il ne lui ait appartenu ; qu'il n^ait été trouvé en même temps; * en un mot , que ces neuf fragmens n'aient fait ordinairement partie d'une seule et même téte individuelle, et n'aient été ainsi disperséff par*!' incurie et le peu de connaissance de leur premier possesseur, n

11 résulte de cette tête si singulièrement, on piwr* rait presque dire si merveilleusement reconstruite» que l'espèce des antiques ecocodile^ de Honfleur à

^ HEPTILES, CBUSTACÉES ET MOLLUSQUES. 207

laquelle ^e %ppa|tient diffère du gayial «ctuel : !• Par son étendue plus considérable. We ne peut avoir eu moins de 3 pieds , et la plus longue télé de gavial que M. Guvicr ait pu se procurer n'a que 31 pouces.

2» Par Tétroitesse de son museau, sensiblement plus mince y malgré les plus grandes dimensions de la téte.

3* Par Tétroitesse plus remarquable encore de Focciput.

Enfin le crâne fossile diffère du crâne de respèce vivante ia plus voisine , tant par sa forme oblongue que parce qu'elle se jointaumuseau par un rétrécissement insensible f au lieu d'une contraction brusque.

Cette distinction dç deux, espèces, annoncée par ^s mâchoires et confirmée par les tètes , Ta été encore par toutes les antres parties, 'notamment par les vertèbres et par les qs des extrémités , telle» ment tranchées dans chacune de ces parties , que chacune d'elles aurait suffi seule pour l'établir.

On trouve encore des crocodiles dans les couches supérieures à celles qui renfermant ceux dontnons venons de parler. .On en tfou^e dans la craie ; on en rencontre dans les couches an-^essus de la canà» dans les lignites d*AnteuiI et deMiraet. Quelques-uiMi ont vécu avec les palaeotheriums etles lophiodons des calcaires d'eau douce. Ceux-là paraissent déjà plus semblables à ceux qui vivent actuellement ; à mesure qu'on s'approche des couches supérieures, la ressemblance augmente av^c ceux de nos jours, fiafin il parait qu^ily en a, maiseQ très-^petite proportion,'

208 tmnM zn.

dans les couches meubles ctsm>erQcielle8,o& sont «nfoais tant de cadavres d^élépbans etd*autres grands quadrupèdes} leur petit nombre dans ces dernières peut même devenir un sujet d*étonnément quand t on pense que les crocodiles vivent aujourd'hui dans la Zone Torride avec les éléphans , les hippopotames et tous les autres animaux dont ces couches décèlent des débris*

Les tortues paraissent aussi anoieni^es dans le monde que les crocodiles; elles les accompagnent généralement* dans tontes les couches , depuis Jes plus anciennes jusqu^aux plus récentes; mais nulle

part elles ne se trouvent si abondantes que dans les formations qui renferment les débris de palaeothcriums, et particulièrement dans les environs de Paris.

Le plus grand nombre de leurs débris appartenant k des sous-genres dont les espèces sont propres aux caôx douces et à la terre ferme , .leur présence confirme les conjectures que Tétude des crocodiles doit faire naître sur Texistence d'îles, ou en général de terres découvertes avant la formation de la craie, et avant qu'il y ait eu des quadrupèdes vivipares, ou du moins avant qu^ils aient été assez nombreux •ppur laisser une . quantité de débris comparables à ceux des reptiles : vérité importante que semblent aujourd'hui vouloir révoquer en doute quelques naturalistes.

Parmi les débris de tortues , on en rencontre qui prouvent que quelques-uns de ces animaux , comme au reste Is^ plupart des reptiles qui ont paru sur les

premièrea terres^ avaient. acquÎB des dimensions

BEPTILES, CarSTACÉES ET HOLIUSQUES. 209

prodigieus^es. On a rencontré récemment dans les carrières de Mons, près de Lunérille» un radius^e cet animal qui indique une carapace de près de 8 pieds de longueur ; Fanimal quelle recouvrait appartient au sous-fifcnrc des chelonécs. On a ti;'ouvé plusieurs os indiquant le même sous-genre.

Dans presque toutes les parties delà Thuringe et du Yoigtlaud , dans les portions limitrophes de la Hesse, et jusqu^en Franconie et en Bayière, règne une couche de schiste marneux et bitumineux, parsemée de grains de pyrite cuivreuse contenant de Pargcnt , et exploitée en plusieurs endroits pour ces deux métaux. Cette couche est Tune des plus anciennes parmi celles qui contiennent des débris de corps organisés f ctprohablementantérieure à toutes celles qui contiennent des ossemens de crocodiles;* cependant ce terrain , recouvert par des masses immenses de productions marines des plus anciennes, parait avoir été formé sous Teau douce ; la nature des poissons qu'il renferme ne laisse guère de doute h cet égard; et ce qui confirme que ce terrain, tout ancien qu'il est, a été, àTépoque la plus reculée, d^ahord découvert » puis envahi de nouveau par la mer , c^est la présence de débris de reptiles appartenant à des genres qui fréquentent les marais et les bords des rivières.

Pendant long-temps on a été incertain sur la détermination de ces débris réellement célèbres. Dès le commencement du siècle dernier on s'en occupait , et on les regardait comme ayant appartenu à des crocodiles* Celte opinion, adoptée ou rejetéc suc-

210 lïTTRE XVI.

cessivement par dîfférens naturalistes, a été tout réti0ttïhent combattue par M. CuTieri qui paratt aToîr fixé ropinion des sayans à cet égard. Suivant lui I ces animaux anciens sont des sauriens du genre des mamtors. Parmi les poissons d'eau douce qui se trouTcnt ensevelis avec eux, M. Cuvier en a découvert un genre aujourd'hui inconnu , et qui, à Tépoque si reculée de la première déposition des terrains secondaires , était répandu sur des points qui appartiennent maintenant aux deux hémisphères.

Pour terminer Tindication des principaux aninânx qui ont été pris pour des crocodiles , il me reste à signaler le fossile devenu célèbre sous le nom de grand animal de Maëstricht. Cet animal nVst pourtant pas (pas plus que les reptiles des schistes cuivreux de Thuringe ) un véritable Crocodile \ comme ces derniers, il appartenait au genre des monitors, ou* plutôt II forme à lùi seul un genre itouveau voisin des monitors et des iguanes , ou, si on veut, une sorte dé lézard. Ce qui avait surtout induit les naturalistes en erreur relativement au genre de cet animal , c'est Fénormité de ses dimensions comparée à celles qu*ont aujourd'hui les reptiles dont il se rapproche le plus : sa longueur était en effet égale à dix fois au moins celle des plus grands de ces animaux. On compte dans son squelette 133 vertèbres ; la longueur de sa tête seule approche de 4 pieds; sa queue, longue de dix pieds , se terminait en s'élargissant en forme de rame , la longueur totale de son corps surpassait 24 pieds. La queue forte et robuste de ce grand reptile devait former une rame très-pmssante , qui lui permettait

d'affronté les iaiix de In mer mène* U plus «gitée ; «or eet ématmoè ièzavâ, ^&%«ie à^ntiteitaklt à tm çn^ute de M|itileB dent uwnm ne vk tn^onrUMA dâhb

mer^ éMk èHdemttkent tm enfiiMil marin.

On a proposé pour Tanimal de Maêstrichtlc nom de mesO'Saurus,

On a découvert dans plusieurs localités des repl^ tilës appartenant à des genres 'plus ou mciBS seovidables à eeluî ^ ootttf^ué TaMmial de Maéstricht , ét qu'on peut teveptiéseiileiPteikiiifeiMitant de grsmdk Itairds. t'ai ectt eeloi^q^e Mv Cuviei* propose d^appe^ 1er (jeo-saurus , dont les débris ont été découverts dans les environs de Manheim, et qui devait être long'de 12 à l<3i pieds ; pour cette raison on avait proposé de lui donnei^ le HeAi de 4aeéHa-fiigeniteà (iéàufd'féàni^i i&Ms a^ -WM, ne pétit |>lm M^èjM evaservié, i|tijoii»d%ii4^u*i>ii mk% ^fot^ ((rtaid antitiiil de Hoéstricht, appaHeyianfr an m^me ^enr^, a un^ taille double de la sienne , et qu'un autre Ié7ard 4 dont nous alions'nous occuper , présente des dimçj)'<^' sions bien^us ttonsidéral^s encore (1). " '

(1) te 9fiiVjath posk^di^ftêkSi^ilfrS^ cès rep-*

tîîcs qu'on a places près de Id f>brte"quî i^ônifnunique avec la pelîto sêrtle des fossiles , dan» des armoires situées fcoritre le" mur de séparatton des deiix saïks : on y dîstîh{);nera surtout les Tfertèbres eidifféfens autres os du graùd animal de Ma'ds^' ti$dht^ classé pftT M. Gttviet f^larmî inënttoni , et dont la itXdl ifai dè»{laslpeHaiKdélmsdes^StéstièiiiaMiilfei^^ qn\)n a'îlldéeotiterts jusqi^àfttMitV seiwUêsiW1iàié*bélieintréej'8ii:^ dsÉia»del\UHtt#ii«'^i«aitiMtte ' :

. Gc d^^nicr» reptile est celui, que M. Cavieir appelle mogalo-sauriis ; ses débris ont été trouvés dans les ci^virons d'Oxibrd par un célèbrcnatUraliste anglais, M. Buf^andy,ai4Qur ,d'u]i très-beau Irairail suc les ç4Yetneftfà:<Hi8e^ii3, If'éna(|»iM«lf^c»flpii^en testent indiquerait pour la totalité deL.son^ corpa une Ip^gueur de 4^ pieds de , roi. Quelques débris paraîtraient même faire soupçonner qu'il en a existé de plus grands encore. Ces conclusions ne sont pourtant légitimes q^'a^lt^pt qu'on ^ admet (ce qui cat ^^pi»^ab|e )(<|ue ce rejptile avait^la forme des luômtor;» \ chez lesquels lai queu^ .est environ le ti/^ de là longueur du reftte. dsi CQvp8.,IIais en supposant qu'il en fut autrement, et que la queue de ces animaux,- dont on ne possède pas de débris, fjut.^bciauçoup moins longue que celle des reptiles ^ui leur , çprrespondent , il , resterait , toujours cerl^ifi ,que.]^ megalo-saurus é^tlong. de pluade dG pi(edji. .Encore fautdl reluarquer. que pour le ré* d/^fi;^ ces. dimensjions il fj^ut aller, contre tout ce que les analogies présentent de plus vraisemblable ; car et ses dents, et la forme des os de ses membres, doivent le faire placer parmi les monitors ; quelques os semblent. même, iudigiy^r ,qu^il ressemblait plus p^r sa forme à .uBi,Jlèzar4,'proprenient dit, qu'à tout ap^e animal dpi n^^incf^^nse. Ce serait donc .à lui qgiie/eonvieiidraiit , plus qu'à.tout autre , le nom de lézard-géant quW avait donné au reptile de Manbcim. Le nom que lui a donné M. Cuvier indique c^ effet la grandeur de ses dimensions.

D'après la.ibnne tranchante des dents du me*

amiLES , CaUSTACÂËS KT MOLLUSQUES. 213

galo-taoïiui^'il ii*6«t pM'^ntetft'-^ir' cet- énèl^ lémvé lirait é*6 à*^a oarielàre'Wlitémeiiieiit tàitàce. Du reate, toal ee qui acoompagno ses délxris dIaiàÀ les carrières où il a été 'eiiaeycli annonce que c'était un animal ^marin. ' *

. On nç peut supposer qu^un animal aussi énorme aitrété confiné dans une seule localité ; aussi troUYe7 l'on des débris qui ontdû'afppartenir à la mémo espèce dans plnsieiirs' autres lietot, èt' «tetre autres dans le comté de Susses. * A côté dé ces débris on a trouvé des dents ayant appartenu aussi à des animaux du même genre, qui n'ont pas dû être beaucoup moins volumineux que le megeUo-smirw , et qui offrent le caractère unique d'oser leur pointe et leur fût tranèversàlé-' ment comme .les quadrupèdes- herbivores; ces dentç^ ressemblent tellement à celles des mammifères , qué* M« Gavier,.au premier aispeot , lespritpour des mâcne- Hères de rhinocéros. La présence d'une pareille dent au milieu de couches aussi anciennes que celles «qui renferment les espèces voisines du mégalo-' sauvus désan^it toutes ses idées sur les rapporti^ des as avec les tarrains-; ce se foi qu'à la vue d]uiie plus grande quantité de ces dents /les unes entij^^' res, les «autres plus ou* 'moins -usées , què nbtre grand naturaliste découvrit son erreur. Cette erreur de la part d'un homme aussi habile doit nous> apprendre à suspendre notre jugement relati'vement aux £giits qu'on annonce coDamè étant en> oppositim a4m les ' lois^aéraks -établies sur^tlne maase énetine dîobselrvaitioiis. Avec ui 'peil*iaoiiiS s

2J4 I - .JtEmS' XVI... . c.. 'Il-

d^bahilcté, M. Cii^i^lî «bmmrâit VékialUncc d'un fait c«pa}>l» d'antélc^'. loiigtte«4»6. ràdéptKm ^ Ifi liai dis ^c€wi»^4e» étiissAïur k'gkjMhdepiiiB

^çs temps anciens )U8qit^ar »o* fouies.

Les reptiles de la famille des sauriens dont il nous reste à nous occuper sont incontestablement de,tous les êtres de la cvéation les plas singuUier^ y le$ plua bétéroçlitap;,, doiiiirj9Egaiii«ilî(m a pré» senté am, iiatwaliEtle« lea ftsmieft léi^^lu» inattoii^ dues.

Vers la fin du siècle dernier on tronrak Eichtedt, dans la vallée de rAltmuhl, un peu aurdessous de Stolenliofen f viliagp du Qomté de Fappeaiieim , dans^ c|ea «cbistes caj^aiiiiras qui a3)Qiident eh pétrifioa>fiops animales i.^efqoieltette iMtef d'un^jétrë m H** quel on ùt Mioe^ssiveDi^Al him àés ^ottnijeelim» différentes. .

Suivant les uns ^ c^étaitun oiseau; suivant d'autres, C^étaît un mammifère qui formait une espèce plufr intermédiaice. eaicore. que cellis des chauves-souris | entre U$ anammilères et leaoiseaEiiau II s'est tta^H ménjte un natnxalistû qui «e crojait ei edlts de oalte Térité, qu^il s^était linmsé à^le doBunnesieiD. entier, revêtu de son poil. • f •

. Un autre i^aturali$t0 le .considérait comme ua

Ce défaut da««M)rd eptire< les opinions émises , api^s.mûr (oiciune^ i piur dûs-bomioes qui tîenptent le prcn^ar.içans dans la •. mmoef élaife A'anlaiit pin» surprenant y que, possédant, tnle gfruide partie du

« sqii^tte. de r^niijû^ , il; semblait que vicn li'ausait

EEPTILES, CEUSTAGÉES BT HOLLDSQUES. 215

dà éite si facile qoe de déterminer an moina à la« quelle de8^[iiatre grandes dassea dee ammaïui Ter> tébrés on doit le ranger. Mais IMtenneinent qae

peut produire la divergence d^opinions que nouf signalons ici cesse, quand on considère que Fanimal au sujet duquel elle existe réunit le singulier assem- Idage de oairaofcèrea propres à chaciaie dea trois grandes claasea ausqoeUea on a Tonki snceesaiw mant le rattaoheie^

Cet animal^ comme tons les oiseaux, aTait en effet un long cou et un corps en proportion trèscourt. Il portait des ailes au moins aussi puissantes que celles de» chauves-souris, et dont les dimensions étaient proportionnées i sa taille* La forme de ses membres et celle de sa qœae le rapprocliaient tellement des mammifères , que plnstenss naturalistes paraissent ne pouvoir encore se décider à le ranger parmi les reptiles. Sa tétc présente un • crâne d'une petitesse qu^on ne remarque que chez ces derniers, jointe à une gneule garnie de soixante dents pointues, et couvertes par un beo d'oiseau.

L^opinion de M. Cnvier, qui, dans son grand ouvrage , a consaeré un long cbapitre à rinterpré^tation des débris de ce singulier animal, est qu'on ne peut conserver aucun doute sur la classe a laquelle il appartient. Selon lui, Tensemble de son organisa* tlon prottte de la manière la plus évidente que o^était un reptile. L'autorité et la force dès argv mène de oei bomme célèbre pamisseat avoir entraîné Topinion de la plupart des naturalistes 5 et sauf quelques dissidensy aveuglés probablement par

216 t tnriB xn.

une id^e préconçue , tout le inonde s^accorde à voir dans le ptérotUwtylû ( c'est le • nom qu'a imposé M. Gnrier à ranimai qu'il a si bien fiiit connaître ) un* véritable reptile Tolant. Je citerai encore ici les

conclusions de notre grand naturaliste. « Voilà donc , dit-il, un animal qui , dans son ostéologie ,• depuis les dents jusqu'au bout des ongles, offre tous les caractères classiques des sauriens ; on ne. peut donc pas douter qu'il n*en ait eu aussi les ca- Vactères dans ses tégumens et dans ses parties molles , qu'il n'en ait eu les écailles , la circulation , etc. Mais c'était en même temps un animal pourvu des Inoyens de voler , qui dans la station devait faire peu d'usage de ses extrémités antérieures , si même il ne les tenait toujours reployées comme les oiseaur tiennent leurs ailes ; qui cependant pouvait encore se servir des plus courts de ses doigts de dévant pour se suspendre aux branches des arbres , mais dont la position tranquille devait être ordinairement sur les pieds de derrière , encore comme cel« le des oiseaux; alors il devait aussi , comme eux,* tenir son cou redressé et courbé en» arrière, pour que son énorme téte ne rompit pas tout équilibre» «

D'après ces données on pourrait le desskier 2i Té* tat de vie ; mais la figure qu'on obtiendrait serait des plus extraordinaires , et semblerait au premier aspect le produit d'une imagination malade plutôt que des forces ordinaires de la nature.' •

.On en voit quelquefois d'approchantes dans les peintures fantastiques des Cbinois. M» €uvier parle d'une de ces 6gures tirée d'un livre d'lÙ5to\rc na>

turelle cblnois , que Vm ooiiswye dàni la biUlo-

thèqnedeTrewa'Altorf : elle représente une chauve-souris avec un bec d'épervier et une longue queue de faisan ; mais ce ne serait pas là , poursuit-û , cequ'on pourrait appeler une représeatation de notre animal.

Ce qui frappe snrlont dan» la descriptbn du pté f rodaetyle, c^est Tastemblage bizarre d- ailes vigoureuses attachées au corps d'un reptile ; FimaginatioD des poètes en a seule fait jusqu'ici de semblables. De là , la description de ces dragons que la fàble nom représente coinine ajant, à Torigine des choses/ disputé pour ainsi dire la possession de la terre k Tespèce liumaine , et dont la destruetion était tm des attributs des héros fabuleux , deâ dcini-djeux et des dieux. •

Onnepeut supposer cependant que le souvenir cbni* fus conservé , parles anciennes traditions, de quelques-uns de nos animaux , ait donné lieu aux fahlti^ que nous rappelons. Tbut prouve que les ptérodac-i tjles etceux des genres semblables qui ont pu exister sans qu'aucuns de leurs débris se soient conservés, étaient depuis long-temps ensevelis sous d'énormes débris de productions-marines ^l'époque où l'homme a paru sur la terre; «ucan./ mammifère n'<existait même probablement avep eux dans ces lies pritfâr tives où la cbaleur et Thumidîté donnaient à tom les êtres organisés un développement dont la fécondité des régions chaudes et humides de l'Amérique équinoxiale ne peut nous fournir que de trèsiaibles vestiges»

SJbî f LBTTBS XYI.

^iii|Qki»d*hiik an mal tepkSïe est pourvu ^'aàles; - €^t9l^€ékâfqp» poor^selteafaisM lté italnrÉlittes oui démené son» le nom de dragon , eefmmt trace de»

anciennes traditions fabuleuses ; mais les dragons modernes ne peuvent être comparés au ptérodactyle de l'ancien monde. Leurs ailes, trop faibles pour fi^ppâr Tw ét ks faire veier à la niàmàre<de8 omatix , M fionrent- qti'à Ida sontedicoosme p»» irac^ute lonqu^iUt aantent de bsaaclie eki Ifnaimhe^

Tduâ ces dragons , au sorplul , sont des animaux d'une petite taille , vivant au sein des forets qui recouvrent quelques contrées brûlantes de l'Afrique et une partie des grandes iles de rooéaa indien, surtout à JaVftet à Sunlatca» C'est dsyâus ees lieu& dé- ^orta (pk^S» pOwrftDivexil lt$ kueote». avec adtesse^ ou , si Ton yeut même , au vol ; ils descendant rarement à t^rre , parce qu'ils rampent avec peine.

On voit donc que rien dans ce portrait ne rappelle ridée que les narrations fabuleuiea de toutes les époques ont cherebé à nous donner de cet teiw ribles dr»gons en£»|itéa par l'imagination des p#è* tfia(l).

(1) Nous voyons le dragon j consacré par la reH^pon des premiers peuples ^ devenir l'objet delflltf mythologie ; rendu ei^bre' par les dbantâ des poètes (press et latins , et^ dit IL dor LaDépède^ « ptiBeipd'otnèmeBt des fiiUes pîensu w'èaailbiétataiia des temps plos^ésans) dmaptépsrkvàéraS u'el*iittaie:psr les jeuliea kénUaes qui coadnftiaît&t pditfr vam u lo»«ditine;,adopié par une aeoonde mythologie qui plaça lèt M fées sur le trône des anciennes enchanteresses) devenu i'em-

Digiti^

EBPTILESy QaUSTAOisS JKT KOLLUSQUES. 2J9

l<0 iMcaniame de TappArtO du Tol était , ches le ptérodactyle y essentielleiiienf différent de ce que

nous le voyons aujourd'hui, tant chez le dragon que chez les oiseaux ouïes chauves-souris ; en effet, les oiseaux voient avec une aile dans laquelle on B^observe rien qui rappelle les doigts des extrémités antérieure» des mammifères^ les chaave8->soaris, avee une aile sontetrae par quatre doigts très-prolongés * unis par nne seule membrane , le pouce seul étant libre. L'aile des dragons est formée par des prolongcmens de leurs côtes, qui se replient pour lui fournir un soutien. Le ptérodactyle lui, volait à l'aide d'une aile soutenue principalement par un doigt trè^ prolongé, tahdis que les autres araient conservé leurs dimensions ordinaires.

Bien que la connaissance du ptérodactyle ait dû

»f Uéaie des actiont édataates des ancieiis dieraliers , il a viir vîfié U poésie nodenie ainsi qd*il avsit animé Tancienne. n Fffoolaaié par la voix sévère de lliistoire , partoat décrit , n ptrtoat célébré , partout redouté , montré sous toutes les » formes } toujours revêtu de la plus grande puissance ; im- )) molant ses victimes par son seul regard, se transportant au )> milieu des nues avec la rapidité de réclair j frappant comme M la ioudre , dissipant l'obscurité des nuits par Péclat de ses » yeux étiaoeUns ; réunissant Tagilité de l'aigle ^ la force du n lion f la grandeur du seipent géant j présentait asème quel» I) quefins une figure bumaine 9 doué dHuie inCelligeace piesn que divine} et adoréde nos jours dans les grands en^ifes de » rOrient ^ le dragon a été tout et sW trouvé partout , bors M dans U nature, u

vous préparer à rencontrer dans Torganisation des habitons du monde primitif l»iea des siÂgoiaritéi et des Binrrerîes, vous iic*pourres ïbur^ssm fioé d*é|Dnneraent encore ce qui me reste àdire*'siii^'^ei*

qucs-unes des plus antiques espèces de reptiles. Ceux dont je vais indiquer la forme se trouvent dans des couches au moins aussi anciennes que les. monit<»s de Thnringe. J'emprunterai encore'ici les {oropres expressions de M. Cuvier; pMâqpBR'ie'' soin de son autorité pour osw retraœr ces orgsttfi* salions si étranges.

« Nous voici arrivés , » dit ce grand naturaliste en commençant le dernier chapitre de son grand ouvrage (tom. Y, 2' part. , pag. 445 ) , a nou» Voici arrivés à ceux de tous les reptiles, (et "pëiïMlÊPe dt tous les animaux fossiles^ €[uî resBettilblèkit''le moins à ce que Ton connatt et qui sont le plus faits pour surprendre le naturaliste par des. combinaisons de structure qui, sans aucun doute, paraitraient incroyables à quicoiique ae serait pas à portée de les observer p^r lui-même, ou à qoiil pourrait rester la moindre auspicîoB sur les au-, tbenticitéa. * «

« Dans le premier genre , un museau de dauphin, ' des dents de crocodile , une téte et un sternum de lézard, des pattes de cétacée, mais au nombre de quatre , enûn des vertèbres de poisson.

» Bans le. second, avec ces mêmes- pattes de cé-' laoée « une téte delésard et nn long cou'Séinlilable an corps d^nn serpent, voilà ce que le plesio-sdn'rus etrichthyo-saurus sont venus nous oiFrir, après avoir

BEfTILBt, CBU^ACélS ET MOLLUSQUES. tSl

. été cnaevéli pendant tant de milliers d^années sons -jd'^ormesainas depkms eide marbra^ aarc^estanx anoienncs coudies secondaires qa^ils appartiennent. On fi*en trcmye que dans ces bancs de pierre marneuse ou de marbre grisâtre remplis de pyrites et d^ammonîtes, ou dans les colites , tous terrains du méiDe ordre que notre chatnc du Jura* C^est en Angleterre surtout que leurs débria paraissent abondans ; aussi cst^ee surtout au zèle des naturalistes anglais que la connaissance en est due. Ils n^ont rien épargné pour en recueillir beaucoup de débris , et pour en reconstituer Tensemblc autant que Tétat de ces débris le permet. »

. Les Animaux dont il est question , malgré les anomalies de leur structure , reMemblent plus aux léaards qu^à tout autre animal connu.

> Mais ces lézards ne TiTaient que dans les eauc

de la nier, qu'ils parcouraient facilement à Taidc de leur double rang de nageoires. Comme nous possédons toutes les parties de leurs squelettes, rien ne nous ^mpécbe de nous représenter complètement ces animaux, qu^il serait possible de peindre ai nous con&ats^ns la forme de leurs écailles, et leurs eoulcurs.

Parlons d'abord de Vichthyo-saurus.

« C'était, dit M. Cuvier , un reptile à queue médiocre et à long museau pointu , armé de dents aigués; deux y^ux d'une grosseur énorme devaient donner k sâ téte un aspect tout-&-fait extraordinaire, et lui faciliter la vision pendant la nuit. Il n'avait probablement aucune oreille extérieure , et •

Page 1