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LETTRE IZ
OSS À1IIHA.DX fOSSILKS.
])an5 la lettre précédente , en yous exposant le résultat des recherches faites par les observateurs les plu distingués sur les terrains de nos environs, Jsi ea pour but de vous donner une idée de la ma- ^^t dont on doit concevoir que les différentes formations se succèdent dans toutes les parties dup ^I de transport et de sédiment ; car il existe entre K SQperposition des roches sur toute la surface du Slobe des^ rapports qu^il est impossible de méconnaître.
Le sujet dont je me propose de vous entretenir '^^s cette lettre et les suivantes sera , j'espère , de ^tore à vous dédommager un peu de ce que la précédente pouvait avoir d'aride. Je veux vous parler <IC8 débris précieux d'animaux qu'on dirait que la ^ture aurait pris soin de conserver à dessein dans *^s entrailles de la terre , comme pour nous avertir ^s désastres dont nous pouvons nous-mêmes devenir d'un moment à l'autre les victimes.
124 LIRll IX.
Les recherches nomrelles dont je Tmit tous rendre compte ne seront plus bornées à un lien p«rticii]iei^ mais eUes sont le résolut des obserratibnt ftito dans tous les pays. Il est d^antint plos néccissiiti dans ce cas, d^embrasser la généralité des fiults,qae la ressemblance ou la différence qoe peuvent présenter les espèces trouvées dans les.dhren dinsti conduisent aux résultats les plus curieux.
Je suivrai, en vous parlant des animaux fossiles, un ordre directement contraire à celui que fii adopté relativement aux couches , c^est-à-dire qoe, commençant psgr les animaux qui se trouvent àMOi les plus superficielles, je passerai ensuite auxibi anciennes; et vous ne manquerez pas sans doute de remarquer que, si les restes fossiles qa*on renoontre dans les couches les plus superficielles appartiennent tous, ou à des espèces actuellement vivantes, comme Véléphant, le rhinocéros , Vhippopoitamê, <m a des animaux tout-à-fait voisins de ces espèces, comme les différens mastodontes ^ ceux qui gisent dans des couches plus profondes , et dont TexisSenoe a dû être séparée de la nôtre par plus d^uh cataclysme (1), ne forment guère, en général, que des genres entièrement différens des genres vivans.
Les animaux fossiles sont des êtres d^une création ancienne dont il ne nous reste de souvenir qne par des impressions osseuses conservéeii par k temps. Leurs parties molles ont été , à quelques exceptions très-rares près , remplacées par les mole*
(1) Grande inondation.
BIS AimAVX FOSSILES. 125
culcs des roches dans lesquelles on les rencontre.
On a substitué Fexpression d^animaux fossiles à celle d^animaux pétrifiés , pour distinguer Faction à laquelle ils ont été soumis de celle qui s^exerce tous les jours , même en assez peu de temps , sur des substances qui y plongées dans certaines eaux courantes; 8*incmstent de molécules pierreuses, et pour laquelle il me semble qu^on devrait exclusivement réserver le mot de pétrification. La fossilisation est toute antre chose; et elle en diffère si bien, qu'il est reconnu, par presque tous les naturalistes, qyCil rCj a plus dans la nature actuelle de condition pour la fossilisation : de sorte que si une des grandes révolutions auxquelles le globe a été si souvent soumis détruisait tout-a-coup les races actuelles, et qu^après quelques milliers de siècles , une nouvelle race d^ommes vînt habiter de nouveau nos climats, ces hommes ne pourraient avoir sur notre existence éphémère les renseignemens que nous avons obtenus sur les animaux que les dernières révolutions y ont détruits.
De tout temps on a trouvé des ossemens d'éléphans fossiles; mais ces ossemens jusqu'ici avaient presque toujours été méconnus , et c'est à leur découverte qu'on doit les histoires fabuleuses de la mise à nu des cadavres d'ancien géans : car , dans un temps où l'anatomie avait fait si peu de progrès, l'amour du merveilleux pouvait d'autant mieux s'emparer de pareils événemens pour accréditer des idées qui frappent l'imagination , que l'éléphant est (aux dimensions près ) un des animaux dont le squelette
126 LETTRE IX
présente le plus de ressemblance ayec celui de rhomme. On ferait un volume entier des histoires d'ossemens fossiles de grands quadrupèdes que Vir gnorance ou la fraude ont fait passer pour des débris de géans humains. La plus célèbre de toutes est celle du squelette que , sous Louis xiu , on a Toula Élire passer pour celui de Teutobochus , roi des Gimbres, celui qui combattit contre Marins. Yoici ce qui donna lieu à ce conte :
Le 11 janyier 1613 , on trouva dans une sablonnière près du château de Ghaumon, entre les villes de Montricoux , Serres , et Saint- Antoine , des ossemens dont plusieurs furent brisés par les ouvriers : un chirurgien de Beaurepaire , Homme Mazurier, averti de cette découverte, sVmpara des os, et songea à en faire son profit ; il publia les avoir trouvés dans un sépulcre long de trente pieds , sur lequel était écrit Teutobochus res : il ajoutait avoir trouvé en même temps une cinquantaine de médailles à Teffigie de Marins. Il inséi'a tous ces contes dans une brochure au moyen de laquelle la curiosité du public étant excitée , il parvint à montrer pour de l'argent , tant à Paris que dans'd^autres vil* les , les os du prétendu géant. Gassendi cite un jésuite de Tournon comme Fauteur de la brochure, et montre que les prétendues médailles antiques étaient controuvées ; quant aux os , c^étaient des os d^éléphans.
Des observations semblables , qui deviennent {^us précises à mesure qu'elles sont plus récentes, nous conduisent jusqu'au dix-huitième siècle. A cette épo-
DES anisaux fossiles. 127
<IQe, le progrès des sciences naturelles ne permet- ^^ pias des méprises aussi grossières , on reconnut les ossemens d^éléphans pour ce qu'ils étaient ; mais on se persuada qu'ils avaient été ensevelis sous le ^I dans le temps des Romains.
^ qui devait confirmer dans cette opinion , c'est ^1^ les endroits où on en a trouvé le plus anciennement dans notre pays sont situés aux environs du ^oône, et par conséquent dans les lieux où An- '^^l , qu^on sait en avoir amené dans son expédi- ^on contre les Romains , ainsi que Domitius ^no- ***i*tNi8 , qui en conduisit plus tard dans les Gaules , •*>r%ient pu y laisser leurs cadavres.
^uUe part, en Europe , on n'a trouvé autant d'os
^^ssiles d'éléphans que dans le val d'Arno supérieur;
'^ 3^ sont si communs, que les paysans les em-
''^^^«ient autrefois péle-méle avec les pierres pour
* ^Construction de leurs maisons. Depuis qu'ils en
j ^^^ïiaissent le prix , ils les mettent en réserve pour
^^ Xendre aux voyageurs (1). C'est ainsi que M. Cu-
^^^ acheta à Incisa un allas de grande dimension
^'^ ^^n vint lui offrir pendant qu'il relayait a la poste.
^ ^^élèbrc naturaliste raconte avoir vu dans le pays
^^ si grande quantité d'os fossiles d'éléphans , tous
^ Semblés dans les environs de Figline, qu'on en
^Xt rempli deux <^iambres. Ce nombre prodigieux
^ ^ ) On peut voir une quantité très-considérable de ces ^«nens renfennés dans les armoires qui , au nombre de ^^^« , tapissent dans la grande salle des fossiles le mur op- P®*^ aux fenêtres.
128 X.BTTHE IX.
réfute parfaitement Topiniôn de ceux qui youdiraîent prétendre qu'ils ne sont que des traces du passage de Farmée d'Annibal dans ce pays. L'histoire , il est vrai, nous apprend que ce grand général, après avoir gagné la bataille de Trébie , franchit les Apennins , pour aller gagner sur Flaminius celle de Trasymène ; maisTite-Live et Polybe s'accordent à dire qu'étant entré en Italie avec trente-deux éléphans , il n'en avait plus que huit après la bataille de Trébie ; qu'il perdit sept de ces animaux dans la tentative inutile qu^l fit pour passer les Apennins pendant l'hiver , et qu'au printemps , lorsqu'il réussit enfin dans sa pénible entreprise , et qu'il arriva dans le val d'Arno supérieur , il n'en avait plus qu'un seul.
Toutes les conjectures semblables qu'on pourrait être tenté de faire pour donner à ces os une origine qui ne remonterait pas au-delà des temps historiques sont aussi peu fondées que celle-ci. Vous allez voir, d'ailleurs, combien il serait ridicule de vouloir expliquer par une cause unique , quelle qu'elle soit, un phénomène aussi général que l'existence de ces ossemens. On en trouve, en effet, dans toute l'Europe , en Angleterre , en Allemagne , où ils ont été plus fréquemment et mieux observés que partout ailleurs , quoique les Romains n'aient jamais pu en conduire dans le nord de cette contrée. On en a découvert beaucoup dans les parties les plus septentrionales de l'Irlande, dans la Scandinavie, en Norwége , et jusque dans l'Islande. On en rencontre aussi dans la Pologne , dans la Russie ; et c'est^
BSS ANIVÀIIX F088ILSS. 129
dans ce vaste pays , si peu propre maintenant à favoriser la propagation des éléphans y qu^on trouve ^urs débris en plus grand nombre. Etcpielles sont, madame , les provinces de la Russie où vous pensez ^^on les trouve en plus grande quantité ? Les parles les plus glacées de la Sibérie. Mais , quelque Communs qu^ils soient dans ces rudes climats , ils *e sont peut-être encore davantage dans quelques ^es de la mer Glaciale , au nord de la Sibérie, qui, ^ 1^ exception de quelques montagnes de rochers , ne B^xit guère qu'un mélange de sable et de glace rempli d'ossemens fossiles.
X^e capitaine russe Kotzebue en a trouvé sur la ^tc d'Amérique, au-delà du cercle polaire; ils y *^txt si communs, que les matelots de son expéditioxi en brûlèrent plusieurs morceaux à leurs feux, ^* Adalbert de Ghamisso , naturaliste , qui accom- P^Çnait M. Kotzebue , a apporté en Europe une dé- «<^xx8e longue de 4 pieds , sur 5 pouces de large , dans son plus grand diamètre , et que M. Cuvier a Irou- ^ée ressembler beaucoup à celles qu'on a déterrées près de Paris, en creusant le canal de TOurcq.
ï^es babitans de la Sibérie sont si habitués à rencontrer sous terre de ces monstrueux débris , qu'ils ont imaginé , pour expliquer comment ils ont pu y ctre déposés, une fable qui ne vous étonnera pas de leur part. Us croient qu'il existe dans leur pays ^u^ animal de la grosseur de l'éléphant, et portant comme lui des défenses , mais vivant à la manière des taupes, sans pouvoir jamais supporter impuné- OBcnt la lumière du jour.^Its le désignent sous le
120 UTTEl IX.
nom de mammouth, et appellent les défenses fossilei cornes de mammouth. %
La température glacée de ces climats les a si biei conservées , qu'on les emploie pour le même usage que rivoire frais , et qu'elles sont un article de corn* merce très -important pour le pays. Avouez , madame , que c'est là un singulier dédommagement accordé par la nature aux habitans de cette triste oon> trée.
Une chose remarquable, c'est qu'on trouve la même fable chez les Chinois, qui appellent tiêi^ schu-4a le prétendu animal souterrain. U en est question dans plusieurs traités d'histoire naturelle du pays ; et même dans l'un d'eux, où onftiit remarquer qu'on ne les rencontre que dans les régions les plus glacées , on prétend que sa chair est d'une nature fort saine , ce qui tendrait à faire croire que le phénomène si curieux de la conservation des chairs serait assez commun dans les pays froids. ,
On découvre ordinairement les os fossiles réunis à ceux de plusieurs animaux sauvages , grands et petits. Rarement pourtant on trouve dans un même lieu un squelette entier ; ils sont quelquefois placés sous des couches déposées par les eaux douces. D'autre fois aussi, ce sont des débris de corps marins qui les recouvrent , et qui restent là comme pour attester le genre de catastrophe qui a changé la fiice du pays dans lequel ils vivaient.
Je n'ai pas besoin de vous faire remarquer combien cette dernière circonstance , le nombre prodi^ gieux de ces dépouilles , leur mélange avec les déh
SIS AHIMAUZ rossiLis. 131
d'ioimaux sauyages , et la dispersion des os appartenaos au même individu , éloignent toute idée de dépéts faits par la main des hommes , et nous conduisent invinciblement à l'admission des révolu^ Uoiis dont nous voyons partout des preuves si évidentes.
(Test ici le lieu de vous rappeler Téléphant de M. Adams, pour lequel je vous renvoie à Thistoir^ ^e je vous en ai donnée dans une de mes lettres précédentes.
Oa trouve aussi des os d'éléphans en Amérique, continent où il n'y en a jamais eu de vivans depuis ^e les Européens le connaissent^ et où ces animaux Q'ont certainement pu être détruits par les peuplades faibles et peu nombreuses qui Thabitaient avant sa découverte : nouvelles preuves sans réplique de ''antiquité antédiluvienne de ces débris.
Une circonstance digne de remarque , c'est que , ^ndis que les os fossiles d'élépbans sont si communs ^ous des latitudes que ces animaux ne pourraient supporter , on n'en trouve aucun dans les pays où ils "^Vent maintenant.
« N'y en a-t-il pas eu d'enfouis dans ces régions ? •*** M. Cuvicr, ou la chaleur les a-t-elle décomposés? ^^ lorsqu'on en a découvert , a-t-on négligé de les i^enjarquer, parce qu'on les attribuait h des ani- '^^aux du pays, et qu'on n'y voyait rien d'extraordinaire ? ne serait-ce pas aussi que les mammouth, '^tant des animaux destinés à vivre dans le nord, à *^ause de la laine épaisse et des longs crins qui les ï*ecouvrent, il n'y en avait point à une certaine
132 LETTRE IX. DES AlflKAUX FOSSILES.
proximité des tropiques ? Les géologîstcs qui ront la zone torride ont là un sujet bien im] de recherches. »
On avait déjà prétendu en avoir vu en Bai pays où il n^existe aujourd'hui d'éléphans d^ espèce , bien qu'il soit assez chaud pour leur rament, et qu^il y en ait eu autrefois au moii la Mauritanie , au rapport de tous les ancien récemment, l'expédition anglaise envoyée dai pire 4es Birmans a annoncé avoir rencontré semens foftil^ de mastodonte dans ces région des de l'Asie. Il n'est donc plus guère poss: révoquer en doute ce fait si important pour la gie antédiluvienne.
LETTRE Z
CO^TZmiATXOK DES ANIMAUX FOSSILES XT ÉLiPHANS.
Permettez -mol de revenir sur chaque circonstance de rhistoire des os fossiles d'éléphans , pour y chercher des inductions sur tout ce qui peut se rattacher à leur existence passée.
La position superûcielle de ces ossemens , leur gisement dans des terrains meubles et d^alluyion , qui paraissent avoir formé le fond d'anciennes vallées , tout annonce que les animaux auxquels ils ont appartenu ont été , dans tous les pays qu'ils ont ha- Htés, victimes dé Tune des dernières révolutions qui ont contribué à changer la surface de leur sol. Mais ces éléphans , dont on rencontre les débris dans TEurope , dans tout le nord de FAsie , et jusque dans les régions les plus glacées , ont-ils vécu jadis dans ces pays ? ou bien leurs ossemens y ontils été transportés par les eaux qui les auraient détruits dans d'autres? Tout prouve qu'ils ont vécu dans les lieux mêmes où on lés trouve ; car , outre que la diversité de nature des couches qui recouvrent leurs ossemens atteste celle des révolutions
134 LtTTM X.
donl ils ont été victimes ( et exclut par conséipient ridée d'une seule grande irruption c[ui eût pu les disperser), s'ils avaient été transportés par les eaaxi ils seraient, comme tous les corps qui ont subi ce transport, usés par le frottement, au moins autant que les cailloux roulés , qu'on reconnaît si fiicilement pour avoir été arrondis par Faction des vagues ; mais ils sont , au contraire , si bien conservés, qu'on trouve des ossemens de jeunes animaux qoi présentent encore les éminences cartilagineuses les plus déliées et les plus fragiles. Et si on youlait supposer que les squelettes ayant été transportés enr tiers , chaque os en particulier a pu rester intact, on tomberait dans une difficulté insoluble ; car on ne pourrait expliquer pourquoi on ne trouve pas les os de chaque squelette enfouis dans un même lieu, et comment il se fait que les tas qu'on rencontre offrent rassemblés des débris d'animaux appartenans, à des espèces et même a des races très-différentes, sans que jamais aucun d'eux ait fourni à beaucoup près de quoi recomposer le squelette complet d'aucune espèce particulière.
Les éléphaus dont nous parlons ont donc vécu dans les pays aujourd'hui les plus glacés du globe , et jusque dans les régions inhabitables du cercle polaire. Mais ces régions étaient-elles alors ce qu'elles sont maintenant ? on ne peut pas le supposer , puis que les contrées dont il s'agît ne fournissant aucuu végétal propre à leur nourriture , ils n'auraient pu s'y maintenir. Les voyageurs nous apprennent en effet que , dès le 68« degré de latitude septen-
GORTUrVATIOlf SKS A1XI1IA.VX FOSSILES. 1S5
trionale , le bouleau et le frêne disparaissent ; le
grand sapin lui-même et le mélèze , arbre dont le
nord est la patrie , rampent sous forme d^ arbrisseaux
sur un sol c[u idégèle à peine en été. Granz assure
({ne, dans tout le Groenland, on ne trouye pas un
seul arbre qui ait plus de six. pieds de haut , et quant
aux animaux qui vivent sous cette latitude, tous
périssent ou dégénèrent au point que leurs espèces
^Tiennent méconnaissables. L'ours blanc , le ren*
'^jCt le renard blanc, destinés parla nature à vivre
uans ces climats , et pourvus par elle des plus
épaisses fourrures , les supportent avec beaucoup
ue peine. Au-delà, on ne trouve plus guère que de la
glace; mais jusque sous le cercle polaire et au^elà (1),
on trouve des oasemens d'éléphans , qui certainement
>* auraient pas pu y vivre si la température y avait
été alors ce qu'elle yest aujourd'hui. D'ailleurs les
^'^Diaux de même espèce se trouvent en Allemagne,
^û France, et jusqu'en Italie ; de sorte qu'il feu-
drait supposer aux éléphans de ce temps une sin*
S^Uère faculté de s'accommoder à toute sorte de di-
^ats. Il n'y a guère maintenant sur le globe que
I nomme , et quelques-unes des espèces qui lui sont
les plus utiles ( le chien , par exemple ) , qui aient
^té doués par la nature de cette heureuse flexibilité
de tempérament ; aussi son espèce est-elle la seule
(1) Le capitaine Parry a constaté que le terrain de File *«UeYille ( 75o de lat. nord ) , où la température descend quel- V^^Uâ» jusqu^à 50o au-dessous de la glace , contient une énorme quotité d^ossemens d'éléphans.
1B6 LXTTBX X»
qu^on trouve répandue depuis les régions les plu» brûlantes de là aone torride 3us({ue sous le cercle polaire (1).
Bfais quant aux animaux qui présentent le plus de ressemblance avec ceux qu^on trouve à Tétat fossile , les éléphans , les rhinocéros , et les hippopotames d'aujourd'hui , la nature leur a assigné une étendue de pays assez limitée au-delà de laquelle ils ne peuvent plus se propager.
Les pays où règne une glace éternelle n^ont donc pas été autrefois soumis à une température aussi rigoureuse , et les révolutions qui Tont changée ont sans doute causé dans beaucoup de lieux la destruction subite des races qui y vivaient.
Il est encore une opinion contre laquelle je crois devoir vous prémunir. On pourrait être tenté de supposer qu^un abaissement lent et graduel de température aurait forcé les éléphans à se réfugier peuà-peu vers des régions plus chaudes ; et qu'abandon* nant ainsi les climats qui se refroidissaient , ils se seraient à la fin tous accumulés dans les lieux oàon les rencontre maintenant.
Dans cette hypothèse, adoptée par Buffon, les animaux dont on retrouve les débris auraient été les derniers restés dans leur demeure primitive , et le changement progressif de température aurait à la longue déterminé le changement dans leur four- Ci) Néogsack, établissement danois , est situé sons le 72* degré de latitude septentrionale , et les Groënlandais remontent encore plus haut.
GonmajAnoN DBS animaux fossiles. 137
rore , comme nous voyons la peau du clnen , entièrement nue dans les pays chauds., se couvrir d^un poil épais et abondant. dans le nord.
Une première raison qui s^oppose à ce qu'on puisse admettre que les choses se soient passées J-aipsi , consiste dans les différences très-sensibles qui existent entre le squelette de Tespèce d'éléphans fossiles et les deux espèces actuellement vivantes ^ différences beaucoup plus caractérisées qu'aucune de celles que peut produire la variété du climat. Une seconde se trouve dans la destruction de plusieurs genres d'animarux évidemment contemporains des éléphans , dont on trouve les débris ensevelis avec les leurs , et qui ont certainement été détruits par les révolutions dont il reste des traces incontestables. Pourquoi leis éléphans auraient-ils seuls édiappé aux désastres capables de détruire entièren^ent les espèces du même genre qu'eux ? Voilà encore une difficulté insoluble dans ce système , et qu^on doit ajouter à celle qui nait de la di^érence sensible qui existe entre les espèces éteintes et les espèces vivantes.
D'aiUeurs, les révolutions dont les animaux de cette époque ont été victimes sont arrivées subitement. Je n'ai pas besoin de répéter ici que si le cadavre de rélépnant de M. Adams , et ceux qu'on a trouvés , comme lui , recouverts de leur peau , n'avaient pas été subitement saisis par la température glacée qui règne dans les lieux où on les a découverts, les chairs n'auraient pas pu être conservées comme elles l'ont été.
138 uxm z.
Au'fsrphis» û a etitté «mi des ékéfham» «i àmériqae , o& on troore leim débris, en gnnd ■«■Ivt.
Pourqiurî , n le ciMo^feBMBtde tempéntan amft été «ttei lent pour leur penaettre de m nlbcr dans des pays plôs ohaads , oenx dt ce giaad mÊA» Tient n*y anraient-ihpaséduppéoosiiM lasBÔtaH? P<mrqiioi ne se seraientHÎls pas réftigiéa dans FAméricpie méridionale, oè le Mexique et les |ifi voisins leur offraient une tempèratare otxtùmtmM aussi ckande quHb pouvaient la s upp or t er, et à» lieax assex élevés pour se soustraire «asinonialiBM marines dont plusieurs ont dû être ks TÎetBHi ?
Ajoutons enfin , pour dernière ration , fate as pourrait, dans cette supposition, expliquer eo»ment les éléphans auraient pu étredétraHi davlsi pays tempérés de rSurope, et partieulsèrcmentdsai ritalie , quand tout prouve qu^ils étaient confornii pour vivre dans des régions beaucoup plus froîdsi*
Concluons de tout ce que nous venons de dii«) !• que les éléphans aux'quels appartenaient les osssmens qu'on retrouve de nos jours à Tétat-lbsde ont vécu jadis dans les lieux où gisent maintfT*— * leurs débris ; 2o que les éléphans actuels ne sontps leurs dcscendans; 3* enfin, que tout œ qu^on poor rait dire pour expliquer leur destruction ptr M refroidissement lent et graduel de la températoiCf ou par un enrpiétement progressif de lV>cétm ssr les continens , est entièrement inadmissible.
Une circonatanceasses remarquable consiste dtai Vcxistence des coquilles marines qoi sont ooUéei ou plutôt incrustées dans quelques os d'élépbansfN-*
GOiminJATIOK DIS ANIMAUX FOSSILES. 139
tiles; ce qui tend à faire croire que ces ôs étaient déjà dénudés quand la mer est venue recouvrir le pays qu^ils habitaient. On ne doit pas s^en étonner , car les ossemens d^éléphans morts naturellement, depuis plusieurs années , devaient , après que leurs cadavres avaient été dévorés par les animaux carnassiers d'alors, rester épars sur le sol, comme peuvent Tétre dans notre pays ceux des chevaux et des autres quadrupèdes qu'on néglige d'enfouir dans la terre.
Comme il existe encore maintenant deux espèces d'éléphans connues depuis les temps historiques, Téléphant des Indes et Téléphant d'Afrique , peutêtre seriez-vous curieuse de savoir avec laquelle de ces deux espèces l'éléphant fossile présente le plus de ressemblance. Il parait qu'il se rapprochait beaucoup plus de l'espèce d'Asie que de celle d'Afrique ; il avait , en effet , comme la première , le crâne plus alongé, le front plus concave; ces deux caractères étaient même bien plus prononcés chez lui que chez Téléphant d'Asie. Sa tête différait encore de celle des deux espèces vivantes, par la forme de sa mâchoire inférieure , plus obtuse ; par la grandeur des mâchelières , sur lesquelles on distingue des rubans plus longs et plus ét/oits , mais surtout par l'énorme développemeht des alvéoles dans lesquelles les défenses prenaient naissance. Quant au reste du corps, il parait que cet éléphant était on peu plus volumineux que celui des Indes ; mais i] devait avoir des formes en général plus trapues (1).
(1) Parmi les débris d'éléphans fossiles que ijbus possédoift^,
140 LXTT&B X.
Figurcz-yous donc cet animal, non point avec la peau presque nue de nos éléphans d^anjoardlmi, mais abrité contre le froid des pays dans lesquels fl vivait , par une double fourrure de laine et de crins. Ses crins s'allongeaient sur le cou et sur Tépine du dos de manière à formet* une espèce de crinière; ses défenses , d'un très-bel ivoire , un peu plus longues que celles des éléphans actuels , se courbaient en spirale , et se dirigeaient légèrement en dehors ; enfin , les grandes dimensions des alvéoles de ses défenses donnaient à sa physionomie un aspect qm la faisait notablement différer de celle des éléphans de nos jours, et devaient avoir une influence sensible sur Torganisation de sa trompe.
Comme vous le voyez , cet antique éléphant différait plus de Fespèce même des Indes , que le cheval ne diffère de Fane ou du zèbre , ou le chien do renard. Par conséquent , on ne peut pas plus ad-
il en est qui prouyent qae quelques-uns de ces animaux ayaient acquis des dimensions irès-considcrahles : telle estes particulier la portion de défenses (rouyée près àt Rome pu BIM. le duc de La Bochefoucault et Desmarest, qu^on senit tenté , au premier aspect , de prendre pour un tronc d'arbre; elle est placée grande salle des fossiles (n<* 9), dans les armoires qui font face aux fenêtres , yers la porte qui conduit i 1* salle des minéraux , au-dessus du bocal renfermant la peau, les poils et la laine de Péléphant de M. Àdams. Dans la même armoire on peut , parmi plusieurs ossemens , remarquer un €6mur d'une telle grandeur , que Panimal auquel il a appartenu n'a pu ayoir moins de 14 pieds de hauteur.
COHTIHUITION DES AUJMkVX FOSSIIBS. 141
mettre que Tune vienne de Tautrc , qu^on ne pourrait supposer que des chevaux finiraient à la longue par produire des ânes , ou des chiens des renards.
M. Delucy dans un mémoire fort intéressant , a donné des raisons très-plausihles pour faire admet* tre que les éléphans n^ont pas hahité simultanément toute TEurope et le nord de TAsie. 11 pense que ces contrées étaient partagées en îles sujettes à des révolutions qui les faisaient passer sous les eaux de la mer pendant un temps plus ou moins long. Il fait remarquer que les os qu'on trouve épars doivent être ceux des animaux morts naturellement dans ces fies f et que ceux qu^on trouve rassemblés en grande quantité ont appartenu aux animaux que l'inondation subite a refoulés dans les lieux où ils cherchaient en commun un refuge ; quelquefois aussi la mer, en faisant rouler les os qu'elle a trouvés épars, les a enfouis ensemble dans les lieux les plus bas.
Si je me suis beaucoup étendu sur tout ce qui a rapport aux éléphans fossiles, ne craignez pas, madame, que j'entre dans des détails aussi minutieux sur chacune des espèces contemporaines dont il nous reste des débris. Les considérations générales dans lesquelles je suis entré sur leur gisement , sur le temps où ils ont pu vivre , sur le climat auquel iJs ont dû être exposés , et enfin sur le genre de révolution qui a pu les détruire , sont applicables à presque toutes les autres espèces contemporaines , sur lesquelles , par conséquent , je serai beaucoup plus
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LETTRE XI
SSS iftÀSTOSONTES.
Un animal , aujourd'hui perdu , contemporain c Tétéphant fossile , et qui a dâ avoir avec lui la pli jgrande ressemblance , est celui qu'on a connu Ion temps en France sous le nom d'animal de TOhio , auquel M. Cilyier a donné celui de grand mastodoni Ses ossemens s» trouvent, comme ceux de Tel phant , dans les deux continens , mais beaucoup pli fréquemment dans l'Amérique septentrionale qi partout ailleurs. Us sont même si rares dans net ancien monde , que M. Cuvier a long-temps don' qu'on les y rencontrât réellement.
Le grand mastodonte vivait avec l'éléphant , pni que on trouve presque toujours ses ossemens mél( avec ceux de ce dernier animal. Il avait sa taille et i forme générale, à quelques légères différences près son corps, par exemple, devait être plus alongé qn celui de l'éléphant, et ses membres , au contraire , u: Mu plus épais ; du reste il avait des défenses coma Tin , et très-probablement une trompe semblable la sienne.
DM X40TOl>OaTE8. 143
Le mastodonte était cependant très-sennblement distinct de Téléphant par la forme de ses mâchelîères, qui forment le caractère le pliu distinctîf de son organisation. Elles sont, en effet, plas ou moins approchantes delà forme rectangulaire, et présentent, sur la surface de leur couronne, de grosses tubérosités h pointes arrondies , disposées par paire au nombre de huit ou dix , «uivant les espèces. Cette forme est si distincte et si reconnaissahle , <pi'il n'est personne qui paisse 8*y tromper quand il en a yu une seule fois, soit quand les tubérosités sont encore intactes , soit lortqne leur pointe arrondie a été usée par suite de la mastication. Ces dents ne ressemblent en aucune manière à celles des carnassiers ; et , parmi les hcrbi- Tores, rhippopotame serait celui de tous les animanx connns dont les dents présenteraient avec elles le plus de ressemblance.
Bnfibn , qui avança le premier , dans ses Epoques dû ia nature , que les dents du mastodonte se trou- Taient dans l'ancien continent (on n'en avait jusqu'à lui rencontré que dans TAmérique septentrionale) , fiit indnit en erreur sur le volume que devait avoir l*animal auquel elles avaient appartenu. Voyant que cet dents avaient une forme carrée et point du tout allongée suivant la largeur de la mâchoire , il se pcrfoaiia qn^elles devaient être nombreuses. « Quand on n*y en supposerait que six , ou même quatre , de chaque côté (dit-il) , on peut juger de l'immensité d*une tête qui aurait au moins seize dents mâchelières , pesant chacune dix ou douze livres. » Caria dent qu^il possédait, et que l'on conserve au Muséum,
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pesait en effet onze livres (piatre onces (1) \ c*est nne des plus grosses qu'on ait vues.
Mais ce n'est pas le poids peu ordinaire de cette dent qui Ta induit en erreur , c'est le nombre considérable qu'il en supposait. 11 estimait que la mâchoire de l'animal adulte pouvait en contenir jusqu'à seize , tandis qu'il ne paraît pas qu'il puisse y en avoir jamais plus de deux, à la fois de chaque c^é en exercice. On trouve bien dans les mâchoires des jeunes animaux le germe de seize dents que leur supposait Buffon ; mais il arrive à ces dents ce qui a lieu pour celles de l'éléphant: elles ne poussent que successivement; quand celle de derrière est prête à percer la gencive , celle de devant est usée et prête à tomber. Elles se remplacent ainsi l'une l'autre , et , à la fin même , il arrive , comme dans l'éléphant, qu'il n'y en a plus qu'une ; de sorte que le nombre effectif des màchelières est de huit dans la jeunesse , et de quatre seulement à la fin de la vie : aussi la taille de l'animal , qui , suivant les idées de Buffon , aurait dû être égale à six ou huit fois celle de l'éléphant, ne surpasse-t^elle pas celle que pouvait atteindre l'éléphant fossile.
Ceci n'est pas fondé sur de simples conjectures: il existe deux squelettes entiers de mastodontes, qui sont dus au zèle d'un naturaliste anléricair
(1) Cette dent se trouye dans Parmoire (n* 10) la plos to sine (toujours en s^éloignant de la salle des minéraux) ' celle qui contient les énormes ossemens d^élépbans dont ne ayons parlé dans la lettre précédente.
BIS BASTOBONTES. 14$
(M. Peale) , qui , à force de soins et de persévérance, est parvenu à les compléter , après trois mois de reèlierches faites sur des lieux ou il avait appris qu'on venait de découvrir quelques-uns de leurs os.
Ce fut vers le milieu du siècle dernier qu'on eut en France les premières notions sur Texistence des os fossiles de mastodontes. Un officier français (1) , naviguant dans TOhio pour se rendre dans le Missis- «ipi, trouva sur les bords d^un marais un tas d^ossemens qui lui parurent curieux; il en prit une partie pour les présenter à Texamcn des naturalistes , et il apporta à Paris un fémur , une extrémité de défense et trois mâchelières qu'il regardait comme ayant appartenu à un animal inconnu.
Baubenton, qui les examina, déclara que le fémur et la défense appartenaient à un éléphant , mais <{ue les mâchelières étaient celles d'un hippopotame : • car on ne peut guère soupçonner (ajoute-t-il) 91c ces dents aient été tirées de la même tète avec la défense , ou qu'elles aient fait partie d'un même i^elette avec le fémur dont il s'agit ici ; en le supposant , il faudrait aussi supposer un animal inconnu ^ aurait des défenses semblables à celles de l'éléphant , et des dents molaires semblables à celles de Thippopotame. »
(1) M. de Lougueil. Ce fémur , devenu célèbre comme ayant ^ l'occasion de l'établissement d'une Térité importante , se ^ouTe , avec un assez grand nombre d'osscmens dus à la U- '>^alité de Jeffcrson , le président des États-Unis , dans l'armoire n** 10 de la salle des fossiles.