‹ Lettres sur les révolutions du globe (volume 3)Chapitre 6 sur 24 · LETT&E · texte numérisé non relu

LETT&E

L^existence de cet animal, que Daubcaoton ne youlait pas d^ahord reconnaitre , fîit bientôt après admise par Bufibn , puis par Daubenton luimême, qui ne tarda pas à changer d'ayis, et par tous les naturalistes du temps. Le masto*' donte est même le premier animal qui ait con^ vaincu les naturalistes qu^il pouvait y avoir eu au» trefois des espèces détruites aujourd^huL

A cause du lieu dans leq[uel avaient été trouvés les débris qui fixèrent pour la première fois sur luiFattention des naturalistes, il lui fut donné le nom d'oui* mal de VOhio , à^ éléphant et de mammouth de VOhw.

Tous ces nojns , sous lesquels on avait désigné jusqu'ici le mastodonte, sont impropres, comme en peut le voir.

Celui d'éléphant de TOhio ne convient pai , puisque ce n'est pas l'éléphant.

Celui de mammouth ne convient pas davantage, puisque mammouth est le nom soqs lequel les Russes ont désigné l'éléphant fossile de leur pays.

Celui ^éléphant camivore , qu'on lui donne qudquefois, est le plus mauvais de tous, puisqu'il consacre deux erreurs , l'animal n'étant ni éléphant ni Carnivore.

Enfin, celui d'un animal de l'ohîo, qu'on aurait pu lui laisser , n'était pourtant pas très-convenable , puisqu'on ne le trouve pas seulement sur les bords de ce fleuve et dans toute l'Amériquç septentrionale, mais encore dans plusieurs parties de l'ancien continent.

Le nom de mastodonte, que M. Cuvier a substi-

DS8 MASTOMflTSS. 147

tné h tous ceux-lli , déirire de deux mots grées qui exprîment le caractère principal auquel on peut recomiattrc Fanimal , la forme mamelonnée de ses dents.

Les haliitans de rAmérique septentrionale n^ont pas plus manqué de rattacher aux mastodontes fossiles qu^ils trouvent dans leur pays des idées superstitieuses y que les Russes de la Sibérie aux éléphans fossiles du leur. Aussi quelques sauvages disent-ib que ces grands animaux ont existé autrefois avec des hommes d^une taille proportionnée , et que le grand Être foudroya les uns et les autres.

Ceux de Virginie croient qu^une troupe de ces terribles quadrupèdes détruisant les autres animaux créés pour Vusage des Indiens , Dieu les avait foudroyés tous, « excepté le plus gros mâle, qui, présentant sa tête aux foudres, les secouait à mesure qu^ils tombaient; mais qui , ayant à la fin été blessé par le côté , se mit à fuir vers les grands lacs , où il se tient caché jusqu'à ce jour, n

Ainsi les sauvages de l'Amérique paraissent être tombés, relativement au volume des mastodontes, dans la même erreur que notre Buffon ; mais ils n'auront pas sans doute fait autant de raisonnemeus pour y arriver. Un avantage des ignorans sur les savans est peut-être de se tromper à moins de frais.

La forme des dents du mastodonte , qui se rapprochent plus de celles de l'hippopotame que d'aucun autre animal , doit nous porter à croire que , comme ce dernier , le mastodonte choisissait de préférence les racines et les autres parties charnues

148 ueiTu XI.

des végétaux; et cette sorte de nourriture devait sans doute Tattirer sur les terrains mous et marécageux, sur le bord des fleuves. Mais, néanmoins, il ne devait pas plus que Thippopotame vivre réellement ^an8 les eaux, car il n'était pas £iit pour nager , et c'était un véritable animal terrestre.

L'espèce de mastodonte dont je viens de vous parler , et qu'on désigne sous le nom de grand mastodonte^ n'est pas la seule connue jusqu'ici: il en a existé une autre bien caractérisée, celle des motiodontes à dents étroites , dont on trouve des débris, surtout dans l'Amérique méridionale, et notamment près de Santa-Fé de Bogota. Le lieu, que dans le pays on appelle le Camp des gSans , est un endroit où on en trouve beaucoup, et où ils ont sans doute donné lieu à des traditions populaires d'où il a pris son nom. Cette espèce se trouve, plus souvent encore que celle du grand mastodonte, ensevelie sous des débris marins.

Les ossemcns du mastodonte à dents étroites sont bien plus rares que ceux du grand mastodonte ; il n'existe à Paris aucun des grands os de son squelette , excepté un tibia rapporté du Camp des géans par M. Humboldt, et fort mutilé à tous ses angles (1): d'après ce seul os , il paraîtrait que les mastodontes

(1) Depuis que ceci est écrit, Hotre Muséum a reçu plusieurs débris, de cet animal rare. Ou peut les voir dans les armoires Toisines de celles que nous ayons déjà indiquées (no 11)^ quelques-uns sont venus d'Amérique , d^autres ont été troaTés dans l'ancien continent.

DIS MAITOBOimS. 14d

k dents étroites étaient plus bas sur jambes que les grands mastodontes.

Plusieurs dents , plus petites que toutes les autres, et dont deux , qui ont été trouvées en Europe , doi- Yent cependant avoir appartenu à des individus du genre des mastodontes , font présumer à M. Cuvier qù^on pourrait aux deux espèces précédentes en ajouter quatre autres , qu'il propose d'appeler mastodonte des Cordilières, mastodonte humholdien , petit mastodonte, mastodonte tapiroîde; ces derniers appartiendraient à Tespèce dont les débris se trouvent en Europe.

On a déterré depuis peu , en Toscane , le squelette presque entier d'un mastodonte à dents étroites.

LETTRE XII

DI L*nf K>K>TÀMI , BU UaNOCiBOfl, BU OHBTAly ETG.

La dilEculté de se procurer un squelette complet de Tespècc vivante de Thippopotame a long-tempii retardé Fétude de Tespèco fossile. Ce n'est qu'apiès plusieurs années de recherches que M. Cuvier, étant parvenu h s'en procurer un pour notre Muséum d'histoire naturelle , a pu compléter , d'une manière satisfaisante , l'étude de cet animal.

L'hippopotame fossile se trouve en grande quantité dans le val d'Arno supérieur , où ses ossemens sont plus nombreux que ceux du rhinocéros et presque autant que ceux d'éléphans ; ils sont d'ailleurs rassemblés dans les mêmes lieux avec ceux de ces deux espèces , situés , par conséquent , dans les col* lincs sableuses qui ceignent la vallée.

L'une des espèces d'hippopotame fossile paraît avoir été à-peu-près de la grosseur de l'espèce qui vit actuellement en Egypte , cependant un peu plus volumineuse ; elle devait avoir le cou plus coiurt , mais présenter d'ailleurs , quant à la forme , peu de différence avec cette dernière.

En exécutant les travaux nécessaires à la con-

9V BHIlfOOlBOS. 151

slrnctioii da pont dléna , on a trouvé , dans la plahie de Grenelle , une portion de défense d'hippopotame très-reconnaissable.

Outre cette espèce , il en a existé une autre qui ii*était pas plus grande que notre cochon , et dont on possède assez d'os au Muséum pour être assuré de sa forme , de sa taille et de son $ge.

Une portion de mâchoire , conservée aussi dans notre Muséum avec plusieurs dents,. fait présumer qu'il doit y avoir eu une espèce intermédiaire , cependant plus rapprochée , par la taille , de la petite que de la grande.

Enfin , quelques dents fossiles , trouvées avec des dents de crocodiles , k vingt pieds , dans un banc calcaire, près de Blaye , département de la Charente, indiquent une autre espèce voisine de l'hippopotame , et plus petite que le cochon.

Les rhinocéros ont dû être beaucoup plus nombreux dans l'ancien monde qu'ils ne le sont de nos jours. Nous ne connaissons, en effet, que deux espèces vivantes de ces animaux ; mais , k l'état fossile , outre deux grandes espèces , de la taille à-peuprès de celles qui vivent encore aujourd'hui , et qui sont connues depuis long-temps , il en existe trèsprobablement deux petites , dont on ne possède que très-peu d'os , et qui n'ont été connues que plus tard.

L'espèce fossile la plus anciennement connue, celle dont les individus se trouvent en plus grand nombre dans l'Europe moyenne et septentrionale , ainsi que dans l'Asie , se distingue des espèces vivantes par une circonstance très-remarquable.

152 LBTTBl ZII.

Ce qui frappe le plus dans le rhinocéros , c*est la corne volumineuse qu'il porte sur sa tête ; et quand on examine son squelette , et qu'on cherche quelle base a été donnée par la nature à un organe d'un si grand poids , on s'aperçoit avec étonnement qu'il est implanté sur l'extrémité des os du nez , lesc[uel8 forment une voûte assez épaisse , il est vrai , mais sans aucun appui sur le reste du crâne.

L'espèce qui a dû être la plus commune dans l'ancien monde parait avoir été , sous ce rapport , beaucoup plus avantageusement organisée cpie les espèces actuelles. Elle était , en effet , pourvue dans les narines d'une-cloison osseuse , qui , servant d'appui à la voûte qui supporte la corne , lui donnait plus de solidité. Joignez à cette circonstance favorable que la voûte formée par les os du nez est , dans l'espèce fossile , moins élevée , et plus abaissée vers la mâchoire inférieure.

L'immense majorité des os fossiles appartenait à cette espèce , qui était encore la seule connue il y a quelques années.

Pallas, célèbre naturaliste, dont je crois vous avoir déjà parlé , et qui voyagea en Sibérie , donna la relation de la découverte d'un rhinocéros entier de cette espèce , trouvé , avec sa peau , en décembre 1771 , sur les bords du Wilaji , rivière qui se jette dans la Lena. Depuis l'observation de Pallas , un grand nombre de faits semblables ont été consignés par les voyageurs et les naturalistes. Les rhinocéros conserves ainsi dans les glaces du Nord ont tous présenté la même particularité que l'éléphant de

su BHIKOCilOS. 153

M. Idams : on a trouyé leur peau couyertc d^un poil qui semble annoncer qu^ils étaient destinés k ▼ivre sous un climat rigoureux.

L^explication la plus vraisemblable qu^on puisse présenter de la présence de ces rhinocéros dans des pays froids , et de leur étonnante conservation , est celle que nous avons indiquée pour Téléphant dont nous venons de rappeler la découverte ; tout porte à croire que les rhinocéros ont vécu jadis, comme les éléphans, dans le nord de l'Europe , de TAsie et de r Amérique, et jusque dans les régions polaires; qvCïLs y ont été soumis , «u moins dans les derniers temps, à un climat beaucoup moins chaud que celui ^e supportent leurs analogues dans les régions équatoriales , et qu'enfin ils ont été victimes d'une révolution jusqu'ici incompréhensible, mais violente , et assez subite pour qiie leurs cadavres aient été saisis par le froid en moins de temps qu'il n'en aurait fallu pour les décomposer (1).

(l)On a proposé tout récemment , de la présence de ces cadayres de rhinocéros en Sibérie , une explication que nous reproduisons ici sans la regarder en aucune manière comme propre à faire abandonner celle qu*a donnée M. Guvier. L'auteur de cette explication est M. Huot. ( Annales des Sciences naturelles , tome X , page 274 , cahier de ibars 1627.) Elle est imidée sur la supposition de l'antique existence d'un continent boréal , dont le Spitzberg et les iles connues sous le nom de nouvelle Sibérie indiqueraient la trace.' Ce continent aurait été habité par de grands 'animaux tels que l'éléphant et le rhinocéros , mais modifiés dans leur organisation de manière à pouvoir vivre sous un climat froid. Une irruption marine y

154 UTTiB xir.

L*Europe fournit aussi des rhinocéros fotsflci ; ott les trouve partkulièrement dans le val d'Amo, si célèbre par les débris d^éléphans et dliqipopotaBBès

me dm wwd , itanît covrert ce coBtxnemt bovèsl , et tiaaspovlè daias la Sibérie septeatrionale qaflqiiey-aiis de ces saax; pais, par va BMnmamt d^oscillatioa qaim'a ^Piaipoa^ble , cette awr , «e ictinoat pea de teaps apvès j eàt laissé daas aa tcnaia de sable qariqoes cadanesde ecs aMMX qar les glaces auiaieat casaite ooswerrés presque tacts jasqu^à aos joais. Celte calastropbe , qai appartieudiait à la plas lêceale des rêntlatioas de aotie pbaélef e^liqa»> nàt &cilnMat la pRscace de ces saiaMOT sar le sol de la Sibérie^ die iadifacnii la possUnlîlède troancr roabouicàaxe de qadqacs-aarsdea iiii è i c a qaiae r«»faa Glacial d^autTcs iwliridas cnsaris de bIms sinbs ks §Uces { ea&a elle s^actoidciait avec la ccafifandca des ca»- «mn •rpteatnoaaax des deax cmliaeas de Flsie et de F Jk

«V Aa Teste, fwsaît V. BaM, M ùapMUaceàcctie krpoibèae*! ' n les Wabitta» da i>w»i&alaad pitM adrat qa'il f iiisr daas Fi w terieaif de lear pars aa aaîmal mt et vêla qai a la « d'aa «MIS* et six biasaes de baaiear.Tealras ils » l^r là ce iài»LVitr.^ lela c« le MaHawatk? ^{aat qa^il » seity la tisdiMB de re siu ea c e dTaa psad » daas CCS «aau«» arat fa* FluMMe s y » pw saÀB» aa hit. caneacs. «

Fai^sad làe A. AJUaa» «nu v^be aa ai 3L Haas^ wa-iaswsas ^ae «a» dassà» ae

là SÀbnsr n l» rr^gà**» kapia»

su ARiiroGiftos. 155

?i'i] renferme en si grande abondance : mais dans

cette contrée, et dans toute l'Italie , outre Fespèce

'^ pJiu commune dont je Tiens de parler , on en

''encontre une autre de dimensions un peu plus

^^les, et qui a de commun avec nos espèces ^ivan*

^ l'absence de cette cloison si remarquable.

On a recueilli en Allemagne des incisives fossiles

^ rhinocéros qui doivent ayoir appartenu à des in-

^^Vidus de la taille ordinaire de ces animaux. Or,

*** Tetpèce fossile connue , ni celle d'Italie à nari-

^^« non cloisonnées , ne peuvent présenter d'inci-

^^^tê ; ils n*ont pas même ù leurs mâchoires de place

^^^tir les contenir. Ces dents ont donc dû appartenir

^ne espèce différente , et dont , avec le temps , on

^^^x>nvrira sans doute de nouveaux débris.

-K^ France était également destinée à nous révé-

^^' une ancienne espèce de ces animaux, plus cu-

^^use peut-être que toutes les précédeules. On a

**^^uvé , dans le village de Saint-Laurent , près Mois-

■*^1rope, mais encore dans les environs de la mer Noire et ^**.8 la Tartarie chinoise , ne pense plus qu'on puisse adopter l^^^^r lui Texplication qu'il a proposée relatÎTemcnt aux rhino- , ^C)a. U suppoae donc que l'antique race des éléphans a vécu ^ *^ fois sur le continent boréal dont nous avons parlé et sur le ^^4kieaa très-fîroid de la Grande Taitarie , d'où leurs débris Jl^l pu être entraînés vers les bords de la mer Moire et vers la ^itarie chinoise, «t Ce qu'il y a de certain , dit M. Huot , ^ o^cst que le rhinocéros poilu n'a été trouvé que dans la Sibé- '* ^e , tandis que le mammouth l'a été dans les différentes con- ^ Wées que nous venons de nommer. t>

156 UTTAB SU.

sac ( rot-ct-Garonne ) , des denU încùÎTCs , mitt Mea plus petites que celles d* Allemagne , et qui ne pevvent avoir appartenu qu^à une espèce de bcaneoup inférieure pour la taille à celle qui a fiNimi ces dernières (1).

riusicurs os de squelette de rhinocéros, qmnW pu appartenir qu^à des individus de très-petite taiDe, paraissent nécessiter Tadmission de plusieurs petitei espèces à dents incisives.

Afin qu'il ne vous vienne aucun scrupule sur Tenftcncc de ces petites espèces, et que vous ne soyei l)as tentée de vous imaginer que la dé«K>nverte de quelques osscmcns de jeunes animaux ont pu y don' ner lieu, je dois vous prévenir que le squelette des jcuncH animaux porte des caractères qui ne permettent pus de se tromper sur leur âge , et que ducon de leurs os , comparé à ce qu^il doit devenir quand ranimai sera adulte, présente des différences qu^il n'est pas (liflicilc de rcconnaitre , même à Tétat fossile. Au reste, relativement aux mâchoires (et ce sont les os qu'on retrouve en plus grand nombre et

( I ) Les osscmons de rliinccéros ne sont pas , dans les ar* moires de la salle des fossiles , placés immédiatement après ceux dUiipp«iH)tame , ils en sont séparés par les débris de dievaux dont nous parlerons bientôt. On y voit les débris préeé- (Icns , envoyés par le maire de Moissac , renfermés dans uae ImmIo vitrée, n*" 14 et 15. On y distinguera aussi avec intérêt uuc tête entière d^un brun noirâtre , venant de Sibérie, ainii qu'une |H)rtion de crin trouvée en Franco dans les enviroiu de Figrar , d'autres os envoyés des environs d^Abberille.

ou BnivoGiBos. 157

l^s mieux conservés ) , Tétat des alyéolos ne peu^ laisser aucun doute sur Tâge plus ou moins avancé ^^s animaux auxc[uels elles ont appartenu.

K Home annonça, il y a déjà quelque temps C TranaacHonê philosophiques , J 822 ) , Texistence ^^^n rhinocéros tenu de la Cafrerie , et qui, préten- *^^it-il, ressemblait parfaitement à ceux des espèces *^asile8 ; M. Cuvier a trouvé que la tète dont il parle ^ifiere essentiellement de celle des rhinocéros avec ^^^squels il lui trouve tant de ressemblance , en ce ^Ue la cloison des narines n'est |)as ossifiée , comme ^ela a lieu chez les espèces fossiles semblables.

Le cheval de Tancien monde est celui de tous les animaux de cette époque qui a dû présenter le plus de ressemblance avec les individus de même espèce ^ vivent encore aujourd'hui : toute la différence <{ue pourraient indiquer les os fossiles de cet animal consiste dans les dimensions. Ils ont dû appartenir à des individus dont la taille ne devait pas surpasser celle de nos grands ânes. Ces petits chevaux vivaient atec les éléphans et les rhinocéros de la même époque ; car on trouve leurs ossemens dans les mêmes dépôts : ils ne sont pas moins nombreux ; et si on n'en a pas autant' recueilli, c'est qu'ils étonnaient moins ceux qui en faisaient la découverte. Ils ont donc évidemment péri avec eux , et nous n'avons aucun motif pour supposer que les chevaux dont nous nous servons tirent leur origine de cette ancienne race (1).

( 1 ) Les ossemens de cheyaux fossiles se (rouTent entre ceux des hippopotames et ceux du rhinocéros n» 13.

158 LSTTAB XII.

Pour terminer €6 qui me reste à dire des découvertes d^animaux £iites dans les terrains les plus superficiels , dans ceux qui n'ont été recouverts que par une révolution qui parait avoir été peu durable, je dois ajouter qu^on trouve des ossemens moins nombreux que ceux des espèces précédentes , et qui suffisent cependant pour établir clairement Texistence d'une espèce de tapirs gigantesques (1). Je ne sais si vous avez appris que cet animsd , qu*on croyait ne plus exister que dans F Amérique méridionale , a été tout récemment observé dans les In> des orientales , où on en a rencontré une espèce d^un volume de beaucoup supérieur à 1 espèce américaine ; Tcspèce fossile était encore incomparablement plus grande que cette dernière.

£n général, les animaux de Tancien monde paraissent avoir été plus grands que éeux des espèces actuelles qui leur correspondent ; c'est ce qu'on a eu occasion de voir , d'une manière bien frappante , sur les ossemens fossiles des paresseux, qu'on a retrouvés depuis peu en Amérique, dans des coucbes très-superficielles.

Cette famille de paresseux est si rcmai^quable parmi celles des autres- animaux , que je ne peux m'empéchcr de rappeler une des singularités qu'elle présente. Son nom lui vient de la lenteur des animaux qui la composent , et qui sont incoutestable-

(i) Ces ossemens de tapirs gigantesques se Toient dans les armoires 1 4 et 1 3 , séparés des ossemens de rLinocéros par ceui des lophiodons.

SES PAiissnx. 159

iMU les plus misélrables des êtres tiyans connus.

Les dimensions disproportionnées de leurs mem • Ixtt antérieurs » qui ont au moins deux, fois la Iongneur de leurs jambes ; la conformation de leur bassin, qui ne leur permet pas de rapprocher les geitoiix;le mode désavantageux de Tarticulation de leurs pieds avec leurs jambes, qui fait qu^ils tour* otiit sur elles comme une girouette sur son pied ; tout se réunit pour entraver leur marche. Aussi ne Peayenfrils que se traîner péniblement sur les cou- ^i et si lentement, que des voyageurs assurent qu'ils ne pourraient faire cinquante pas en un jour. *l8 n*ont ni dents incisives ni canines , et ne vivent ^^ de feuilles et de fruits ; nul moyen d^attaquer , ^ aucun de se défendre. « Tout , dit Buffon , noua ''appelle ces monstres par défaut , ces ébauches im- ^^^r&ites , mille fois projetées , exécutées par la na- ^*re , qui ayant à peine la faculté d'exister , n'ont **iû subsister qu'un temps , et ont été depuis effacées ^^ la liste des êtres. » Une chose très-remarquable , ^ ^«t la différence extrême qui existe entre cette fa- ^*^e et toutes celles qu'on pourrait vouloir lui com- ^^^rer. « On leur trouve , dit M. Cuvier , si peu de apports avec les animaux ordinaires ; les lois génères des organisations aujourd'hui existantes s'ap- S^-^iquent si peu à la leur ; les différentes parties de ^^nr corps semblent tellement en contradiction avec ^^« règles de co-existence que nous trouvons éta- '^^Xies dans tout le règne animal, que l'on pourrait ^^ellement croire qu'ils sont les restes d'un autre ^^dre de choses , les débris viyans de cette nature

160 Limi xu.

précédente dont nous sommes obligés de dienker les autres ruines dans les entrailles de la terre, et qu'ils ont échappé par quelque miracle aux catastrophes qui détruisent les espèces leurs contemporainei.

L'éléphant peut bien aussi être cité pour U minière sensible dont il diffère de tous les piainmift' res ; mais il est doué d'une organisation qui, pour lui être particulière , ne lui est pas plus désaf antt* geuse , tandis que les paresseux présentent le type le plus parfait de la faiblesse et de la misère.

On n'a cependant jusqu'ici trouvé que très-pet d'ossemens fossiles qu'on puisse rapprocher de ces animaux.

L'un, auquel Jefferson, l'ancien président des États-Unis, qui l'a fait connaître le premier, a donné le nom de megalonyx, a été déterré dans une caverne à quelques pouces seulement de la surface du sol; il devait avoir un volume égal, au moins, à celui des plus forts bœufs de la Suisse ou de la Hongrie. 0^ l'avait pris d'abord pour un carnassier, supérieur de beaucoup pour la taille au lion : mais M. Cuvicr a désabusé les naturalistes sur ce point L'histoire de cet antique animal offîre cette particularité curieuse , qu'il a été décrit par Jefferson , qû fut averti de leur existence par Washington. On aime à retrouver dans les sciences le nom de ces hommes chers à l'humanité , et qui ont joué un si beau rdle dans l'histoire moderne (1).

(1) Notre Muséum ne possède aucun os de cet animal ) bù* on peut voir les modèles en plâtre de divers os de ses extiést* tés au bas do l'armoire no 20 de la salle des fossiles.

DBS PAlIflSKCX. 101

0B udmal fossile de la même famille que le pré- ^éàoA y et plus remarquable encore que lui à cause ife ses plus grandes dimensions, est le megatherium, ^t on a en le bonheur de trouver le squelette presque entier réuni dans un même lieu ; de sorte 9Qe, quoiqu^il soit un des derniers mammifères dont ^^ ait trouvé des ossemens fossiles , il se trouve être ^^ des plus connus. Il devait avoir des dimensions presque comparables à celles de Véléphant ; il vivait • ^ v^étaux , et ses pieds de devant , robustes et ar- <né8 d'ongles tranchans, qui lui donnaient la facilité "® fouiller dans la terre, doivent porter à croire que ^^tait particulièrement les racines qu'il rechero^it. Si quelques-uns des animaux dont l'organisation ^ rapproche de celle des paresseux devaient , mal- S^é une organisation défectueuse , se maintenir sur ■^ globe à l'état de vie , c'était bien certainement le ''^Qgatherium. u Sa grandeur et ses griffes, dit M. Cu- ^^r, devaient lui fournir assez de moyens de dé- ^"Ci^se. Il n'était pas prompt à la course ; mais cela ne ■'ïî était pas nécessaire , n'ayant besoin ni de poursuivre ni de fuir. »

Ses débris jusqu'ici ont tous été trouvés dans les

J^ouches les plus superficielles , et quelques natura-

**«tc8 ont paru disposés à croire qu'il pouvait encore

^^iater quelques individus de cette espèce , que les

'^^yageurs n'auraient pas eu occasion d'observer jus-

'^^ici. Cette opinion n'est nullement vraisemblable ,

^r où pourrait se cacher un animal si volumineux

^ur échapper à toutes les recherches des chasseurs

des naturalistes?

192 ttms XII.

Une seule phalange, trouvée dant les état* ^^ grand-duo de Hesse , a réyélé à M. Cuvier IV tenoe d'un pangolin (1) gigantesque , qui a dû an moins huit fois la taille des animaux de espèce yirans; de sorte qu^il pouvait avoir jnsq^K^*^ 24 pieds de longueur.

Les couches qui renferment les déhris des afl^^ maux dont je vous ai jparlé jusqu^ici présentent au -^^ des ossemens de ruminans. Ces derniers animaux eK-^^ taient donc avant le dernier cataclysme , et méC^ en proportion assez considérable , car leurs déb-^"^ sont très-communs.

Cependant tous les genres de cette classe ^^^ se rencontrent pas à Tétat fossile; on n'a troiB-'^^ jusqu^ici de débris ni de moutons , ni de chèv'^^ l ni d'antilopes , ni de girafes , ni de chameaux y ^^ de lamas , ni de cherrotins , passablement cai^^^ térisés. Rien ne peut expliquer cette absence : el^^ ne tient pas au climat dans lequel -peuvent vivre c^^ espèces ; car si les chamois , les moufflons , les ]><'*'' que tins habitent les pays froids, les antilopes , ^^^ chameaux , les girafes et les lamas ne vivent <t*^ dans les pays chauds. Au reste, les boeufs et 1^^^ cerfs , quoique naturels des pays froids , sont po^ tant très-fréquens à Tétat fossile. On peut

(l) Le pangolin est un animal yoisin du genre des

liers. On le trouTe en Afirique. Pour échapper à la pour»***

de ses ennemis , il a Pinstinct de se mettre en boule coi le hàt le hérisson dans notre pays. Les plus grands pango parmi les espèces rWantes n'ont pas huit pieds de longueix^

Bit humuiaw. 168

^Uer f comme une circonstance assez singulière , ^e, tandis que les pachydermes fossiles appartien- *&ent à des genres entièrement confinés aujourd'hui dans la zone torrîde , les ruminans , au contraire • •ont ceux des pays froids , comme Taurochs , le bœuf ttiiisqué, Télan, le renne.

Le plus célèbre des ruminans fossiles est le cerf à l>ois gigantesque ; il appartient à une espèce bien évidemment perdue. Il paraît plus commun en Irlande que partout ailleurs. Un naturaliste anglais aaaare que , dans un seul verger d'une acre d'étendue , on en a trouvé par hasard , à sa connais- Banc^ , plus de trente en vingt ans. Une de ces têtes portait des cornes dont chaque perche était longue de plus de 5 pieds anglais , et leurs deux andouilliera extérieurs avaient leurs pointes à 10 pieds 10 pouces Tune de l'autre.

Au reste , les tètes fossiles n'ont pas des dimensions proportionnées à celles des bois qu'elles portent ; les plus grandes, au contraire, sont plus courtes que des têtes d'élans ordinaires (1).

Dans le genre du bœuf on distingue maintenant, outre notre espèce domestique , raurochs , qui vit à l'état sauvage dans les pays froids , et le buffle , également sauvage, mais originaire des pays chauds; à quoi il faut ajouter le bison d' Amérique, qui ne

(1) Les tètes de cerf fossile abois gigantesque sont placées oiir-dessns des portes de la salle des fossiles. On Toit aussi , à U partie supérieure des murailles , des têtes de bœufs remarquables par l'étendue de leurs cornes.

IGi LirriB XII.

se trouTe que dans la partie septentrionale du nouveau continent.

fjes osscmens des bœufs fossiles appartiennent à des individus qui ont dû différer très-pea de ceux qui vivent actuellement ; ils se réduisent à trois espèces , Faurochs , le boeuf commun et le buffle musqué. Aucun caractère prononcé ne distingue les espèces à Tétat fossile de leurs correspondantes actuelles.

Il faut remarquer , relativement aux bœu£s ordinaires , que ceux qu'on trouve k Tétat fossile ont dû être beaucoup plus grands que ceux qui vivent de nos jours. Cependant il ne serait pas impossible que nos bœufs actuels tirassent leur origine de cette ancienne espèce , que la civilisation a fait disptra^ trc. Ce qui pourrait surtout le faire croire, c'est que les crânes de bœufs fossiles n'ont été trouvés jusqu'ici que dans des tourbières ou d'autres terrains formés depuis le dernier ordre de cboses ; de sorte qu'ils pourraient bien être d'une origine plus moderne que les os d'éléphans, de rhinocéros, etc.

LETTRE XIII

DES BEiCHES OSSEUSES ET DES GAVERlfES.

Le plus grand nombre des os de ruminans fossiles se trouvent incrustés au milieu des concrétions qui remplissent les fentes que présentent certains rochers, sur les côtes de la Méditerranée. Ces fentes, auxquelles les os qui les remplissent ont fait donner le nom de hrèckes osseuses, sont un des phénomènes les plus remarquables de la géologie. On ne peut expliquer, en efflet , d^une manière satisfaisante ni leur production dans les lieux où on les observe , ni pourquoi elles sont bornées aux côtes de la Méditerranée, ni la ressemblance qu^elles présentent toutes, tant pour la nature des rochers dans lesquels elles sont pratiquées , que pour celles des matières qui les remplissent.

La nature des os qu^elles renferment ajoute encore à rintérét qu'elles inspirent : elle prouve que leur formation remonte à une époque beaucoup plus ancienne qu'on ne Favait cru jusqu'ici. Ils n'appartiennent point, en eifet, à des ruminans du pays , mais aux races d'animaux contemporaines de celles des éléphans et des rhinocéros fossiles. Tout porte

166 LVTTKB X111.

donc à croire que si on n^y rencontre pas des os <ifi CCS quadrupèdes , on ne doit chercher la cause de cette absenqe.què dtns.lettit grandes dûnensioiiSi qui , seules , ont pu les empêcher d*y tomber.

Les principales brèches osseuses sont cdlei de Gibraltar, d'Antibes, de Nice, etc. (1)..' Elles c«t aidé à perfectionner la zoologie antédiluvienne,^ faisant connaître 14 ou 15 espèces d'animaux peu volumineux qu'on n'avait pas jusque-là trooTéo ailleurs.

Quand les brèches dont nous parlons ont étéfo^ mées , les rochers dans lesquels elles ont été ftSB* quées se trouvaient à sec : les ossemens , les fragmens de pierre qu'elles contiennent, tombaient « dit M. Cuvier , successivement dans lenrs fentes ^ mesure que le ciment qui réunit ces différens corp* s'y accumulait Presque toujours les pierres prO' viennent du rocher même auquel ta brèche appsf' tient. •

Si les brèches osseuses nous ont conservé de noDi'' breux débris de ruminans , les cavernes à ossewunS nous offrent, de leur côté, des rcs^ouroes précieur' ses pour la connaissance des carnassiers leurs con^'

(1) Toutes les brèches osseuses des côtes de la Médittff fanée, celles de &ibraltar, de Cette, de Nice, de Corse, de Pise , de Naplet , de Roma^ano dans le Yicentin , de DbIsmtie , de l'île de Gérigo, conlienaent les mêmes ossemeas ; oetis circoiutance doit faire présumer qu'elles ont été formées en même temps et de la même manière , quoiqu'à de grandes distances Fune de l'autre.

BIS lliCHlS OSSEUSES , DES. QATEEMES. 107

^^siporains. 11 nVst personne qui n*ait entendu

Mtr de ces cayemes fameuses , dont les plus cé>

^^hrt» sont celles qu'on rencontre dans les pays do

^anekenbourg et dans Télectorat d^Hanovre, et

^Bt Leibnitz a lui-même donné des descriptions.

^^ se ferait une idée bien fausse de ces anciens re>

Paires d^animatm sauvages , si on se les représen-

^t comme de simples cavités , creusées dans le ro-

*^**er à quelques pieds de profondeur : qu*on se

^^Ure une suite de grottes nombreuses , ornées de

'^laetîtes de toutes les formes , dont la bauteur et

^ largeur sont extrêmement variables, mais qui

^'^xtimuBiquent les unes avec les autres par des ou-

^^x^turet si étroites , qu'un bomme ne peut souvent

^ jMsser en rampant qu'avec la plus grande peine.

C^ grottes , qui communiquent entre elles , s'é-

^^^dent souvent à des distances très-considérables.

^*i natnvaliste moderne (M. de Volpi), visitant la

^^Vcme d*Adelsberg en Carniolc , a parcouru une

'^îte de cbambres qui Font conduit trois lieues

P^^flque toujours dans la même direction. 11 ne fut

^'^^été que par un lac qui lui rendit le passage im-

P^»«ible. M. de Volpi ne trouva d'osscmens dans

^^^^e caverne qu*à deux lieues die son entrée. Mais

^«puis, un autre naturaliste distingué (M. Bertrand

^Q«lin ) en a rencontré dans toute retendue de la

^ Verne, et notamment dans la seconde cham-

'^*^, à cinquante pas seulement de l'entrée . La

pltipart des os recueillis dans cette caverne ap-

P^iiàennent k la grande espèce d'ours des caver-

^«« , et dont les débris sont plus communs dans ces

IGS LtTTU XIII.

lieux souterrains que ceux d*aiicuiM autre ttfèa.

On rencontre également dans les cayemes des oiscmcns de tigres, de loups, de renards, de belettes. Les débris de l'espèce des hiènes y sontsortoiit très-nombreux; ces hiènes de Tancien monde anîent, comme celles d'aujourd'hui, Tinstînct de déterrer les cadavres pour. porter dans leurs tanières lesoMmcns, qn'cUcs broyaient ayec les dents que b nstve leur accordait d'une forme propre à la mastipstion des corps les plus durs. Ce sont elles, sans doute} qui ont contribué , plus que tous les autres camsisiers, à remplir d'ossemens d'animaux heritiroKi et de grands quadrupèdes de toiite espèce les lîeia qui leur serraient de refuge. Elles n'épArgnsiot pas même leur propre espèce; caroiia remsrqiié que leurs os ne sont pas moins brisés que oeix des autres animaux ensevelis ayec eux.

Ou a trouvé même un crâne d'hiène fracturé, cl portant les marques évidentes de la consolidation de la fracture , qui était probablement le résultat d'un des combats que ces animaux se livrent quelquefois entre eux.

On ne trouve presque point d'ossemens d'ammsaz carnassiers dans les grandes couches meubles, oô on rencontre en si grand nombre leurs conteBporains herbivores. U n'y a guère d'exception on peu marquante, sous ce rapport, que pour Tetpècc des hiènes dont on a trouvé des débris sbmx nombreux à Canstadt près d'Àichstedt. On a siuâ trouvé quelques ossemens d'ours dans d'autres lieux; mais le nombre en est bien petit, en coiii-

It

DES B&iCH£S OSSEUSES , DES GiWTEENES. 169

paraison de la prodigieuse quantité de débris de ces animaux que renferment les cavernes.

Bans les oayerucs les plus anciennement connues

et les plus fréquentées , on ne trouve presque plus

t^'oesemens ; car ces lieux singuliers ayant depuis

'^^og-.temps frappé l'attention du peuple, on at-

^Mait aux os qu'elles renferment une vertu mé-

^amentcuse qui les faisait rechercher pour les

Tendre aux pharmaciens, chez lesquels ils étaient

*^tt8ervés , sous le nom de licorne fossile.

l^^existence des cavernes est un phénomène bien

<î>ttieux , sous tous les rapports : les débris qu'elles

'^i^erment prouvent que des animaux d'espèces,

J** genres et de classes tout-à-fait différens , et dont

*®* analogues ne pourraient aujourd'hui supporter

^ même climat , ont vécu pourtant ensemble dans

' ^Xicien ordre de choses. Ainsi , les animaux qui

**** vivent aujourd'hui que dans la Zone Torride

**^tvéou et habité jadis avec des espèces qu'on ne

^Ouve que dans les régions les plus glacées.

X^histoire naturelle fossile nous offre le même ^*^^nomène, en présentant aussi l'aurochs avec éléphant , comme on les voit dans le val d'Arno , î^^^i" exemple.

Itfais , si des découvertes irrécusables nous prou- ^^Ht ainsi qu'il existe une grande différence entre le *^t)nde antédiluvien et celui que nous habitons, on ï^ont, d'un autre côté, s'en servir pour établir que les ^^rnassiers, dans l'ancien monde, existaient dans une proportion peu différente de celle où ils existent aujourd'hui , et que leur genre de vie était à-pcu-

170 LETTBB xni.

près le même. U y a plus , c'eit que ces cadmnien des cavernes, contemporains des éléplABi et à» rhinocéros de nos contrées, di£(^^reni betncoup moins des carnassiers actuels, que les kerlnrorci de la même époque ne diffèrent de ceux qoi nrent encore de nos jours. A Ift vérité, le grand os^ le grand tigre ou lion, et Thiène fossiles, qosique peu différens de leurs analogues Yiyans apiMfftiennent néanmoins à des espèces éteintes; nHÎi tous les autres carnassiers des cavernes ne penveni être distingués de ceuxd^aujonrd'hni d^unemanièK satisfaisante.

Si les anciennes cavernes sont curieuses par les débris qu'on y trouve , elles ne le sont pas moim par Tabsence des ossemens de certains animsQX, dont on peut raisonnablement supposer que les espèces n'existaient pas alors.

Il est d'autant plus important de s'arrêter s cette considération, que les ossemens humains sont au nombre de ceux qu'on y chercherait inutilement : or pourquoi, s'il avait existé des hommes à l'époque où les anciennes hièncs fouillaient dans la terre pour enlever et transporter dans leurs repaires les cadavres de tous les animaux , auraieIl^ elles plus épargné leurs dépouilles qu'elles ne le font maintenant ?

Toutes les cavernes à ossemens ne présentent pourtant pas des débris de carnassiers , et on peat citer au nombre des exceptions sous ce rapport 1* grotte d'Ossclles, située près Besançon. Un naturaliste anglais, qui s'est spécialement livré à rétuds

DIS B&iCHES OS8E1DSES, DES GAYERNSS. 171

^ cavernes , M. Buckland , yisitant cette caverne ,

loi depuis long-temps était un objet de curiosité

^ cause de son étendue et des stalactites brillantes-

?<ii la décorent , reconnut qu'elle offrait toutes les

apparences des cavernes k osseraens de la Franco-

^e. U crut même pouToir marquer un endroit où

^^ trouverait des ossemens très-près de la surface

^^ sol; et y ayant porté le marteau, il eut le plai-

®^ de voir sa conjecture vérifiée.

La découverte des ossemens de cette caverne ne

^^te que de cette année; déjà pourtant on a exploi-

*^ une partie des richesses géologiques qu'elle rcn-

*^»me, et elle ne tardera pas à être entièrement

'^^^nnue. Ce qu'elle offre de plus remarquable sous

*^ rapport de la géologie antédiluvienne , c'est que

ï**»nni les ossemens nombreux qu'on en a ex-

^**ait8 jusqu'ici, on n'en a pas rencontré un seul

^^i appartint à un autre animal que le grand ours

**Oa cavernes. Les débris de hiènes, si fréquens

**^iis toutes les autres, ne s'y rencontrent point;

'^'issi les 08 d^ours y sont-ils exempts des fractures

^^'ils présentent dans toutes les cavernes où ils ont

^té exposés h la dent des hiènes.

Ou peut faire la même remarque relativement ^^x familles si nombreuses des singes. On ne rencontre pas dans les cavernes un seul os qui puisse ^ire soupçonner qu'ils aient existé à l'époque qui ûous occupe.

On a pourtant trouvé à l'état fossile un os de chauve-souris. Cet os est le seul qui appartienne au genre des quadrumanes, qui contient les pri" mates de Linnée.

172 IITTM Vil.

Vuui tcn.Lei tout Ae suite qiu> c'e*t 4^ l'espèce humaine qu'il est intéressant de < l'existence uu la iiou-ciistcuce û l'Ëpuqut

s'agit.

Or, si OD s'en rapportait aux observatio

por uu grand no mbre d'auteurs, rien ne s certain que la fussilisatîan des débris malgré leur absence des cavernes. On a tout réceminent, annoncé avoir trouvé di et autres ossemens humains avec plusiet.

d'éléphans. On assure que ces osaemena , el librement la forme des crânes, dénotent ce d'une ancienne race d'hommes fort dilt celle qui habite maintenant le globe.

Mais il faut attendre la publication Je c mens, et le jugement qu'en porteront les qui doivent être, dam ces malièrcs, les l'opinion publique.

Je dirai la même chose des prétendus ci mains trouvés dans des cavernes, et qui dû appartenir à des hommes privés de d< sives. Je dois me contenter, dans ces 11 TOUS faire part des prétentions jugées relt à l'existence de la race bumainc à l'état fu

D'abord, il est reconnu aujourd'hui q très-souvent mépris pour n'avoir pas su il la nature des terrains dans lesquels gisaïci semcns humains qu'on rencontrait.

On ne peut rien conclure de tous ceux qi vent avec des ouvrage» fai;oniiés par la hommes , à d'assez grandes profondeurs ù

DM BBlCHIfl OSnrSES, DES CATIHIIES. 173

mais dans des terrains d^alluvîon , dépûsés depuis le dernier état de choses.

Ceux qu^on a trouvés incrustés dans Tîntéricur de qael({ues rochers auraient pu induire plus facilement en erreur , si on n*avait pas constaté depuis qa^ils ataient été précipités , à des époques peu reculées , dans des fentes où ils étaient restés quelques siècles recouverts de maticrcl^ pierreuses et ferreuses , jusqu*à ce qu^en travaillant dans le rocher y des ouvriers les eussent exhumés , au grand étonnement de ceux qui ne tenaient pas compte de toutes les circonstances locales.

Un théologien , nommé Scheuchzcr , auteur d'un STfltème sur la théorie de la terre ^ a été induit en éïteat d*une autre façon. 11 avait trouvé des ossemens réellement fossiles dans des terrains très- anciens y et il en puhlia la découverte sous le titre de i Momo diluoii iesHs (hobime tétnoin du déluge ). Cétait tin grand lézard , du genre proteus, qui, comme presque tous les reptiles de Fancicn monde , avait des dimensions de beaucoup supérieures à celles des animaux de la même espèce qui vivent encore de nos jours.

La découverte qui a paru pendant le plus longtemps fiivorahle àFopinion de l'antiquité antédiluvienne de Tespèce humaine est celle des hommes pétrifiés de la Guadeloupe. Le gouvernement français , ayant entendu parler de ce phénomène , ordonna qu'on fit des recherches pour se procurer les ossemens en question ; mais , dans Fintervalle , la colonie étant tombée au pouvoir des Anglais , ce

174 itTTiK xm.

furent eux qui en profitèrent. Cependant nonspocsédons an Muséum plusieurs de ces pièces trèFCOrieuscs , et parfaitement concluantes.

Les ossemens appartiennent éyidemment à Vet pèce humaine ; mais ce ne sont pas des osiencoi fossiles. Ils sont bien, il est yrai, entourés de It nhtance pierreuse dans laquelle ils ont été saisis;»» cette substance ne s^est point combinée de maaitR h faire corps avec la leur. Ils appartiennent éridcttmcnt à des hommes qui , à une époque peutrètie peu recul ée , ont fait naufrage sur la côte et j sont restés ensevelis. Le gisement dans leqnd oi les trouve ne consiste que dans une poonièR de coquilles jointes entre elles par un cément jierreux , au milieu duquel ils se sont conservés asm aucune autre altération que celle que devait leur faire subir le temps écoulé depuis Tépoquc de leur (Uji^t. Il n^y a rien là qui ressemble à la fossilisation; car clic ne peut avoir lieu qti'autant que la force créatrice des substances dans lesquelles les os setroQ" vent enfermés agit sur eux-mêmes pour les modifier. Or , je le répète , il parait que la nature n'est plus douée , dans le règne minéral , d'uneactivilé assez grande pour produire un pareil effet (1)^

Si quelque chose peut convaincre de cette impuissance de la nature relativement à la fossilisalion, c'cvst bien cette absence d^ossemens humains (osa-

(1) Quelques natuTalistcs, MM. Constant, Prévost , entre KutTCfl, rtèvcnt aujonrd*liui des doutes sur la réalité de cette «KRArtion.

Bit BiioiM osnrores, bis OATnm. 1^5

ks. Lliomme 8*expose , en effet , bien plus q[a*aatan animal , à périr dans les circonstances les plus diverses: des cadavres de mineurs restent enfouis dans les mines , des navigateurs sont précipités au fond de la mer , des pécheurs périssent dans les rivières; ses dépouilles sont confiées à la terre sous tontes les latitudes , depuis les pâles jusqu^à Téqua* tenr , et nulle part ses ossemens ne se fossilisent. La fossilisation ne tient donc à aucune condition de température , de climat , de nature de terrains.

Mais, dira-t-on peut-être , si on ne trouve point d*os humains fossiles , peut-être doit-on rattribuèr à ce qu^ils seraient moins capables que ceux des autres animaux de résister aux causes de destruction qui tendent à les décomposer ayant que les corps environnans aient eu le temps d^agir sur eux. Une pareille supposition n^cst pas admissible ; car on ne voit point sur les champs de bataille , par exemple, que les os d'hommes soient, relativement à leurs dimensions , plus promptement altérés que ceux de chevaux soumis aux mêmes causes de destruction.

On a trouvé dans les caveaux de Fancienne église Sainte-Geneviève des restes humains qui doivent remonter aux temps les plus reculés de la monarchie, et qui ont probablement appartenu à des^ princes de la première race ; ils avaient cependant assez bien conservé leur forme.

On rencontre à Tétat fossile des animaux qui remontent à une époque beaucoup plus reculée que les éléphans fossiles eux-mêmes , et qui n^ont pas dû avoir une taille supérieure à celle d^une souris :

176 UTT&SXm. DKSBHiCHBS 08810818, RG.

on trouverait donc certainement des hommes , li leurs ossemens avaient été soumis aux caoies de la fossilisation dans des circonstances favorables. Tout prouve cependant (pie , -depuis que la race humaine est répandue sur la terre , elle a été vie* tirae d'une grande catastrophe , d'une inondation terrible qui a presque entièrement détruit son espèce : si donc on ne trouve pas de ses débris sous des couches marines , cela tient à ce que , ne s'étanc pas fossilisés, ils n'ont pu se conserver; ou bien plutôt encore , la mer n'ayant pas depuis ce temps changé de lit , c'est sous les profondeurs de ses abîmes qu'ils sont restés engloutis.

LETTRE ZIY.

Btft rAi JMmBinnu , des AiroPLOTHiEiinis , itc .

Tous les animaux dont je yous ai parlé jusqu^i^îi appartiennent à des espèces très-peu différentes de celles (pli vivent encore de nos jours; aussi se trouvent- ils dans les terrains les plus récens. Les animaux dont il me reste à vous entretenir étant situés dans des couches plus profondes , appartiennent à une époque beaucoup plus reculée ; il y. avait bien des siècles que leurs oss«mens étaient ensevelis , dans nos contrées , sous les débris de la mer , quand les éléphans qu^elle y a détruits par son retour y paissaient encore tranquillement. Aussi aurons-nous occasion de reconnaître que ces anciens babitans de la terre formaient des genres entièrement différens des nôtres.

Ce qui , relativement à ces animaux, peut ajouter pour nous à Finlérét de leur découverte , c^est qu^ils ont vécu et péri dans les lieux mêmes que nous habitons , quand la mer vint les détruire ; la plupart des lieux qui forment aujourd'hui les carrières à plâtre de nos environs leur servirent de

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