‹ Lettres sur les révolutions du globe (volume 3)Chapitre 9 sur 24 · SB LA. HASSB DES BAUX · texte numérisé non relu

SB LA. HASSB DES BAUX

pour y former rocéan-tel que nous le voyons maintenant.

La difficulté n'est pas de répondre à ceux qui dou-« teraient que la rupture d'une seule digue eût pu occasioner des effets aussi importans que paraissent ravoir été les déluges successifs ; car , outre qu'on peut supposer les lacs supérieurs aussi immenses qu'on voudra , on pourrait toujours imaginer que l'irruption de nouvelles eaux déterminera la rup« ture d'une digue inférieure , et ainsi de suite , de manière à avoir la quantité d'eau nécessaire pour les effets prouvés.

Mais il n'est pas aussi facile , dans ces idées , de rendre raison du très-long séjour que les eaux ont xsertainement fait , à différentes reprises , sur toutes les parties du globe , et qu'il est impossible d'expliquer par un simple passage des eaux des lacs supérieurs , quelque lent qu'on le suppose.

Les eaux douces , beaucoup moindres par leur volume que les eaux salées , exercent pourtant sur le globe une influence sensible. Les particules étran* gères que les fleuves cbarrient , se déposant peu-àpeu sur leur fond; l'exhaussent assez promptement; et , si on n'a pas soin de les contenir par des digues , ils débordent bientôt sur les pays voisins, et finissent par changer entièrement de lit : c'est ce qui serait arrivé depuis long-temps pour le Fô^ par exemple, si on n'avait pas pris les précautions nécessaires pour le retenir toujours dans le même lit.

M. Prony , chargé par le gouvernement d'examfoer les moyens à opposer aux dévastations que pour-

202 unTBB xnii.

raient causer les cmes de ce fleure , a reeonns que, depuis Tépoque où on Va eufermé de digues, fl a tellement élevé son fond, que la sur&oe de ses eaux est maintenant plus haute que les toits des maisons de Ferrare. Grâces à ces atterrissemens , le rivage a gagné, à son embouchure, plus de 6,600 toises depuis Tannée 1,604 ; ce qui fait 150, 180, et, en quelques endroits , 200 pieds par an.

11 en est de même , comme nous Favons vu, pour tous les fleuves ; tous , k leur embouchure , déposent sur le rivage une si grande quantité des troublés qu^ils charrient , que bientôt le terrain se trouvant considérablement élevé, la mer ne peut plus le couvrir.

Si rindustrie des hommes ne s^opposait pas à la marche des choses, les terrains d^alluvion (c^est ainsi qu^on appeUe ceux qui sont déposés par le cours des fleuves ) se formeraient sur une beaoooup plus grande étendue ; car aussitôt que le fond d*un fleuve serait assez élevé pour porter ses eaux audessus des terrains environnans, les eaux s*y répandraient, et il se formerait une nouvelle couche, qui s^accumulerait jusqu^à ce que son élévation déterminât encore un nouveau changement de lit. Mais quand, pour prévenir les ravages que causent les débordemens , on leur oppose des digues qui fixent le cours du fleuve, la couche devient de plus en plus épaisse, et on en vient à avoir des fleuves suspendus assez haut au-dessus des terrains qui les environnent. G^est ainsi qu^en Italie TAdige menace , comme le Pô, de se répandre sur les pays voisins, et qu'il fan

DB LA MASSI BBS BA.UX. 263

^ nécessairement lui ouvrir un nouveau lit dans les parties basses sur lesquelles elle a déjà coulé autrefois.

Le Rhin et la Meuse menacent de même les plu* riches cantons de la Hollande.

Les atterrissemens , le long des côtes de la mer du Nord , se forment avec la même rapidité dans le pays deGroningue.' On sait positivement qu^en 1570 des digues furent construites devant la ville , et que , 100 ans après , on avait déjà gagné trois quarts de lieoe en dehors de ces travaux. Les villes de Rosette et de Damiette, bâties au bord de la mer, il y a moins de mille ans, en sont maintenant à plus d^une lieue.

La marche des atterrissemens , et le plus ou moins de rapidité avec laquelle se déposent les terrains d'alluvion , sont très-importantes à noter , car elles fournissent des données précieuses pour calculer, d*une manière approximative , Tépoque à laqueUe peut remonter Tordre actuel des choses. Or , il est très-remarquable que tous les phénomènes naturels, d^accord avec les traditions historiques et religieuses , se réunissent pour prouver qu^il ne peut exister depuis plus de 5 ou 6 mille ans. Relativement aux fleu^ces dont je viens de vous parler, par exemple, il est constant que , d'après les données obtenues , il a fallu assez peu de temps au Pô et à TÂdige pour former les terrains d^alluvion qui les entourent.

Les lacs d^eau douce nous présentent les mêmes phénomènes d'élévation de leur fond , et conduisent à la même conséquence ; car on en voit qui reçoi-

364 UTTKI XTUI.

vent des cours d'eau cpii ne peuvent manquer d^exei cer une influence assez forte sur Féléyation de leu fond , et qui seraient certainement comblés la dernière révolution qui a déterminé la forme actuelle de nos continens remontait à une époqa^^^^ plus reculée.

Toutes les hautes montagnes ont leur sommel couvert de glaces éternelles , qui proviennent de la . fonte des neiges. Ces amas , connus sous le nom de glaciers, s'étendent plus ou moins vers la base de la montagne ; et leur propre poids les faisant descendre au-dessous de leur niveau naturel , elles sont fondues par Faction de la température plus élevée qui règne vers le pied de la montagne. L*eaa , en fondant, abandonne les parties terreuses qu^Ue retenait ,. et en forme les dépôts qu'on désigne sons le nom de murèmes.

La forajation des murèmes dépendant de causes périodique > et à peu près constantes , il n'est pas très-difficile d'évaluer quel temps a dû être nécessaire pour leur donner le volume qu'on leur connaît ; et , comme elles datent certainement du commencement de Tordre actuel , elles fournissent on nouveau moyen d'arriver à une connaissance appVoximative du temps qui s'est écoulé depuis le dernier cataclysme.

Cette évaluation conduit encore au même résultat, et nous donne 5 à 6 millj ans tout au plus pour l'âge de notre monde. Les glaciers , dans certains lieux , sembleraient même ne demander qu'un temps beaucoup moins considérable ; mais cela tient h des

DB Lk HASSB DES BAUX. 265

elrconstances locales , telles que rexistcnco de cours «Idéaux qui, tombant des montagnes , lavent les murèmes et entraînent au loin leurs débris.

Ce serait peut-être ici le lieu de tous parler des glaces perpétuelles qui couvrent le sommet de toutes les hautes montagnes , et de celles qui , proba« l>lement depuis le commencement de Tordre actuel des choses, entourent les deux pôles dans une étendue égale au moins au dixième de la surface du globe terrestre; mais, comme je me propose de m^étendre un peu sur ce sujet dans ma prochaine lettre , je me contenterai de noter qu^elles n'offrent rien qui ne s'accorde avec Topinion qui ne donne pas au monde plus de cinq ou six mille ans.

Les calculs qu'on peut faire sur les dunes conduisent au même laps de temps. On sait en effet de combien (terme moyen ) elles s'avancent par siècle et même par année. On sait que, du côté de Bordeaux , leur marche est de 60 à 70 pieds par an , et que , si on ne leur opposait aucun obstacle , il ne leur faudrait que 2,000 ans pour arriver à cette ville ; d'après leur étendue actuelle , il doit y en avoir un peu plus de 4,000 qu'elles ont commencé à se former. Ce qu'il y a de plus curieux, c'est que les traditions historiques de tous les peuples s'accordent d'une manière singulièrement frappante avec ce résultat constant. La Genèse est certainement l'un de? plus anciens livres qui existent, et on ne peut guère lui refuser 3,300 ans d'antiquité :^oÏ8e , son auteur, vécut long-temps avec son peuple en Egypte , c'està-dire , chez une des nations les plus anciennement

266 LvsnM xvm.

civilisées , et il ne fait pas remonter le déloge li plus de 15 ou 1,800 ans avant Tépoque où il écrit. Or, on ne doit pas supposer qu'il ait, contre la propension ordinaire , cherché à rajeunir Tespèce humaine $ la vanité de son peuple , qui connaissait les traditions égyptiennes, se serait déclarée contre loi.

Bérose , qui écrivait à Babylone au temps d'Alexandre , parla du déluge comme Moïse , et il le place immédiatement avant Bélus, père de Ninos.

Les Yédas, ou livres sacrés des Indiens, ont été composés à peu près dans le même temps que la Genèse (1,500 ans avant Jésus-Christ), et ils font aussi remonter la révolution dont ils parlent à 1,500 ans.

Les Guèhres parlent du même désastre comme ayant eu lieu à la même époque.

La Chine nous fournit, sur le déluge , des doeiimens plus positifs encore ; car Confucius ( qui vivait près de 2,000 ans avant Jésus-Christ) commence Thistoire de ce pays par un empereur nommé lao , qu'il représente comme occupé à faire écouler les eaux qui , s' étant élevées juaqu'av ciel , baignaiemi encore le pied des plus hautes montagnes, couvraieni les collines moins élevées, et rendaient les plaimeê impraticables (1).

La seule science qu'on a prétendu fournir des renseignemens contraires à ceux dont nous venons de parler, est Tastronomie; elle nous apprend en effet qu'il y a près de 3,000 ans, les Chaldéens et les

(l) Les détails précédens sontpiiisés dans Padmirable Discours sur les réTolutions du globe , par G. GuTie^. .

SB LA XAJSl DBS BAUX. 267

Indiens avaient la connaissance de la longueur de Tannée , ainsi (pie des mouyemens relatifs de la lune et du soleil. Mais qu*y a-t-il dans ces connaissances ^pii contredise Topinion de la nouveauté de Tordre actuel? Qu^on considère les progrès immenses que Tastronomie a faits en quelques siècles , depuis Copernic , et on ne sera plus étonné que le temps pendant lequel ils ont pu travailler ait suiE pour donner quelques connaissances élémentaires d'astronomie à des hommes si favorisés dans Tétude de cette science , par leur gen^e de vie et la pureté du ciel sous lequel ils vivaient. Au surplus , quand il serait démontré que Tastronomie avait , à cette époque reculée , fait des progrès qui demandaient plus de 2,000 ans d'observations suivies, en pourrait-on conclure autre chose , si ce n'est que le peu d'hommes échappés à la destruction générale avaient conservé les connaissances astronomiques acquises avant le déluge , et les avaient transmises à leurs descendans P C'est ce que suppose dans son histoire de Tastronomie le célèbre Bailly, qui explique très-bien par cette hypothèse Tidentité des noms donnés aux douze signes du zodiaque par des peuples entre lesquels on ne peut guère supposer que des communications antérieures à la dernière grande catastrophe. La même hypothèse rend aussi raison de l'état de Tastronomie chez les anciens, qui paraissent avoir possédé plutôt les débris de cette science que ses élémens, puisqu'on trouve dans l'histoire de leurs connaissances, conjointement avec les notions qui demandent les recherches les plus profondes.

URU zmi.

une ignonince des fidts les plat dniplet , qn*OB ut ponmit supposer diex un peuple qui tunitei h gloire d*étre rinrenleur de la scieiice.

Toutes les eaux des pluies ne sont pat destiaéei ï eouler à la surface de la terre ; une partie pétètie dans la croûte minérale, et forme les eaux de sonrMi} qui en sortent ensuite à des températures TarisUet. Ces cours d*eau intérieurs agissent méeamqneiBeik , en déplaçant certaines parties des eoudies les plu meubles ; ils jouent aussi un rMe dans les fbia/h mènes yolcaniqaes , quoique ce rôle soit, eomnie nous rayons tu précédemment , beaucoup moins important qn^on ne le suppose d'ordinaire, puisqu'ik ne servent qu'à fournir, par la décomposition de leurs principes, les parties gazeuses qui sortent du cratère.

Quelques sources rencontrent , dans la terre, des dépôts salins , et se chargent de leurs principes, qaMb rapportent à la surface. Ils lavent donc pett4-pea ces dépôts ; aussi les sources d'eau salée sont-elles sujettes à s'altérer, et voit-on souvent leur degré de salure diminuer gradueUement.

Quand les eaux pénètrent très-profondément dans la croûte minérale , elles contractent la température élevée qui règne dans les profondeurs de la terre, et plusieurs sources s'échauffent assez pour censef' ver , même en sortant à la surface du sol, une température voisine de l'eau^bouillante ; on en rencontre plusieurs en Irlande qui sont dans ce cas. Telle est l'origine des eaux thermales , qu'on remarque le plus ordinairement dans les pays volcaniques , mais qui se rencontrent pourtant quel({iie

BE tk «A8SB SIS BAUX. 269

Ibis bien loin des volcans brûlans. Presque toujours leseauxqui descendent assez bas pour devenir thermales rencontrent dÎjBférentes matières , sulfureuses oa autres , dont elles se chargent , et deviennent ainsi minérales.

Ce qui prouve combien les eaux thermales pénètrent profondément , c'est le peu d'influence qu'ont sur leur écoulement les plus grandes sécheresses. elles continuent de couler dans des cas où toutes les sources ordinaires sont taries.

Presque toutes les sources sortent de la terre à une température supérieure à celle du climat dans lequel on les rencontre, parce que presque toutes pronenncnt de cours d'eau qui pénètrent plus ou moins profondément dans les terres. Quanta celles qui descendent des montagnes, elles sont, au contraire, plus froides, à cause qu'elles conservent toujours un peu de la température des lieux d'où elles viennent.

n n'entre pas dans mon sujet de vous parler en détail des sources ou amas d'eau souterrains plus ou moins singuliers pour la température ou toute autre circonstance ; je me contenterai de vous dire , relativement aux glacières naturelles qui se rencontrent dans quelques cavernes , qu'elles sont ordinairement produites par l'existence de dépôts de sels , au travers desquels l'eau qui tombe dans ces cavernes est obligée de passer , et qui la refroidissent jusqu'à la température de la glace (1).

Les eaux des pluies sont presque les seules qui

(l) Si on mêle ensemble du sel et de la neige y on obtient

concoarent h. la formation des sources; car oeDes de rocéan et des grands lacs ne pénètrent guère dans rintérieur des terres , le fond des mers ne pourant pas offrir les fentes et les crevasses qui se trouvent sur le sol des continens , et qui, si eDes ont existé primitivement , n*ont pu manquer d'être bientét comblées par les tronbles qui se déposent dans les eaux , et qui ont comme Inté lenr fond. Aoni tout ce qu^on a dit des infiltrations k de très-grandes distances est-il purement hypothétique , et inventé par les auteurs de systèmes pour soutenir leurs idées.

Il existe dans le comté de Comouaiilc , paroisse Saint-Just, une mine de cuivre dont les travaux ont été poussés jusqu^à 600 pieds sous la mer. Les oovricrs n^étaient , à cette distance , séparés des flots que par une épaisseur d^une trentaine de pieds. Lors^ que la mer était agitée , elle produisait dans ces souterrains un tel bruit et un tel ébranlement, que les ouvriers , se croyant quelquefois menacés d'être submergés, cherchaient leur salut dans la fuite. Mais ce qu'il y a de remarquable dans ces travanx sous-marins , c'est qu'on y est très-peu incommodé par les eaux : le peu qu'il y en a est généralement salé , ou au moins un peu saumâtre.

On a lieu de faire la même remarq[ue relativement à toutes les autres mines dont les travaux ont été ainsi poussés jusque sous la mer.

une température capable d^opérer la congéUtion du mercare, c^est-à-dire) un froid de plus de 33 degrés au-dessous de la glace.

LETTHE XIX.

BB L'ATHOSIuillB.

LVTMOSPHiEi affecte une forme sphéroïdale, et entoure notre globe jusqu^à une hauteur qu^on peut évaluer à dO,0(M) mètres , ou 12 lieues ; du moins cVst à cette hauteur qu^elle n^exerce plus de ré^ fraction.

Si la température augmente rapidement à mesure <pi'on enfonce dans Tintérieur de la terre , elle dirminue ^Tec une vitesse non moins grande quand on u'élève dans les régions supérieures de l'atmosphère. Cette diminution est si rapide, que le sommet de toutes les montagnes un peu élevées est couvert de neigea perpétuelles. Le point d'élévation où les neiges commencent à se former dans les différentes parties du globe est très-intéressant, parce qu'il indic[ue à quelle hsiuteur il fout s'élever , dans chaque région , pour, arriver à la température de la glace.

D'ailleurs les sommets des hautes montagnes pou* vant être considérés comme des. réservoirs que la nature s'est ménagés pour y conserver , à l'état solide , l'eau qui alimente les fleuves , je crois qu'il est

272 lETTEE XIX.

à propos que je iii*arréte un instant h yoas en parler. Il me semble d^autant plus nécessaire de le faire, que les glaciers , par les conSéquences qa^on a youla tirer de leur accroissement prétendu, jouent un grand rôle dans toutes les hypothèses où Ton admet le refroidissement progressif de la terre.

Un naturaliste suisse (Grouner), heureusement placé pour étudier ces montagnes , a donné la des* cription la plus exacte , non-seulement des glaciers de son pays , mais encore de tous ceux que des voyageurs rccommandables ont observés avec soin dans toutes les parties de la terre. C^est de son travail que je vais profiter (1).

La neige tombée du ciel et reçue sur les sommets élevés et froids est le principe et Torigine de tous les glaciers. Cette neige , dans les jours d^été les plus chauds , se fond et coule dans les lieux plus bas , où elle se gèle durant les nuits; enfin, dans les vallons qui se trouvent au pied des glaciers, bien audessous du niveau où se maintiennent les glaces perpétuelles , il se forme , dans Thiver , des amas de glace qui , par leur immense volume , rafraîchissent assez Fatmosphère pour résister aux chaleurs des étés les plus chauds.

Il faut donc distinguer , !• les monts de neige et de glace ; 2« les vallons de glace (situés au-dessous des monts , mais à des hauteurs encore assez considérables pour que la congélation de Teau y ait lieu naturellement); 3» les glaciers formés au-dessous

(1) Description des glaciers de la Suisse.

DB l'ATMOSPBftllB. 278

de ces masses par la fonte des neiges, et leur regel en glaces qai cheminent et suivent les -pentes. Ces derniers, qui ne sont que les prolongemens des seconds, prennent mille formes différentes, svàyant les dispositions des lieux qui leur servent de lit.

Je parlerai successivement de ces trois sortes de glaciers.

« Sur les plus hautes ciines des Alpes , dont les têtes se perdent dans les nues, et où la neige ne fond qu^un peu à sa surface , est une neige pure , accumulée de siècle en siècle , abaissée , comprimée , et dont une partie de Thumidité a été emportée par les vents. Bans les heures les plus chaudes de quelques beaux jours de Tété , la surface en est un peu fondue. Cette surperficie regèle aussitôt dans la nuit, et forme une croûte ferme et solide. Tel est le premier genre des glaciers : on pourrait les appeler monts ^eigês, »

Souvent cette neige , endurcie , forme comme une calotte , et couvre un mont qui paraît un sommet isolé; quelquefois aussi, c^ est une suite de côtes énormes qui , à différentes hauteurs , offrent des pointes toujours blanches : ce sont les pointes mêmes des rochers qui servent de base et d^appui aux neiges dont ils sont couverts.

Dans le circuit de ces montagnes coniques , il y a d'autres fois des pentes douces ou des espèces d'appendices et de plates-formes en terrasses couvertes de neige , où elle fond et regèle. L'eau des sommets 8*y épanche aussi et s'y congèle; ce qui couvre ces

274 LBTTBB XIX.

lieux d^une masse composée de couches alternatives de neige et de glace. Grooner appelle ces pentes douces et ces terrasses des champs de glace.

Passons au second genre de glaciers.

Entre les monts dont je viens de parler, il y a des intervalles ou des vallons qui sont plus élevés «pie les sommets inférieurs, et au-dessus d'un niveau où fondent naturellement les neiges. Aussi ces val* Ions sont-ils toujours remplis de la neige qui y tombe dans toutes les saisons de Tannée. Cependant les rayons du soleil , dans les longs jours d*été , réfléchis par les monts neiges, fondent la surface de cette neige , qui regèle pendant la nuit. Voilà une croûte de glace sur laquelle il va tomber de la neige nouvelle à quelques jours de là ; car il ne pleut jamais sur ces vallons. Par ces alternatives, il se forme à la longue .am amas considérable de neige compacte et de glace opaque qui en élève considérablement le fond. Si cette masse est soutenue et comme encaissée tout autour, il ne peut y avoir d'écoulement que par-dessous , au bravers des fentes des rochers et dans les vides de rintérieur des montagnes ; si le vallon se comble jusqu'à une certaine issue ou une gorge , Técoulement extérieur de Teau produite par la 'neige fondue commence à se faire sur ce débouché.

Quelques-uns de ces vallons offrent, en été , une surjEace unie comme celle d'un lac gelé, où les yeux éblouis se perdent dans l'étendue de quelques lieues : on en a vu un qui avait jusqu'à 14 lieues sans interruption.

ST L'ATMOSfllàllB. 875

D*autrQS présenteat plusieurs irrégularités : tanlot des avalanches ou layanges de neige tombent des sommets enyironnans , et, grossis pendant leur <^ute , ils Tiennent former un monticule considérable sur la surface plane de la glace inférieure. La Valeur du soleil les arrondit et leur donne mille lÎMcmes diverses ; mais il suffit d*un été un peu chaud poor les faire fondre , et changer ainsi totalement Faspect du vallon qui les supportait. Voilà pourquelles descriptions, faites d^une année àTautre de respect de ces vallons se ressemblent si peu. Tantôt la iieige , i>oussée par les vents lorsqu'elle tombe du ciel , ou enlevée des sommets supérieurs , se dispose par gradins ou par petites élévations qui ont quelque sorte de régularitét On croirait alors voir les ondes d'un lac agité par une furieuse tempête , eé qui auraient été subitement surprises et endurcies par une congélation soudaine et simultanée.

Le soleil d'un été chaud efface , sur les Alpes , tons ces objets brillans , et on ne trouve plus Tannée suiTante qu'un spectacle totalement changé et des formes différentes qui annoncent l'ébauche de nouifeanx glaciers, de nouveaux valions, de nouveaux champs de glace et de nouveaux lacs.

Telles sont les causes bien simples données par Grouner aux changemens éprouvés par les glaciers da second ordre , sur lesquels on avait fait , avant hii, mille hypothèses bizarres.

Quelquefois les masses énormes des vallons de glace , légèrement déplacées par un grand dégel , et •e trouvant porter à feux , se fondent avec un

276 IBTTBB XIX.

^rand bruit , qui , répété mille fois par les éct^^^ des montagnes, frappent de surprise et d'admis ^'' tion les voyageurs ou les paysans du voisinage. 'B% "^^ d^une fois ces fentes ont servi de tombeau aux yo^^^' geurs et aux chasseurs imprudens. Il est remi^- ^ «piable que très-souvent, 12, 24 ou 36 heures apir" ^ le moment où les malheureux ont dispara dans u^^^ de ces fentes, on retrouve leur cadayre très-bi^^^'^ conservé et rejeté sur la glace dans le même lie ce qu^on ne peut attribuer qp*à des courans qui 03 un cours réglé. Au reste , on voit très-souvent, les fentes , Feau liquide qui reste constamment cet état sous la glace.

Les glaciers du troisième genre , qu^on peut noi mer vallées ou amas de glaces qui cheminent, m« ritent peut-être plus que les deux autres, le nom glaciers, puisqu'ils sont uniquement formés par regel de Teau qui coule des monts neiges et champs de glace. Aussi la glace qui les compoi est-elle beaucoup plus semblable à celle qa*o: trouve partout en hiver que celle des glaciers suj

rieurs ; car cette dernière , quoiqu'on la design

partout sous le nom de glace , mériterait pent-^ aussi bien le nom de neige durcie , on plutôt foi mée par un mélange de glace rendue opaque par Igrande quantité de matières terreuses qu'elle rcn ferme, et de neige très-dure et très-comprimée elle n'a guère de commun avec la neige et glace ordinaire que d'être de leau àl^état solide. EIK est poreuse et extrêmement dure; mais ell n'est point transparente , quoique Aristote ajt ci

DE L^ATMOSPHillS. 277

^^elle pouvait se changer en un véritable cristal.

Puisc[ue je vous parle de la dureté de la glace, permettez-moi de vous rappeler que, dans les régions où le froid est rigoureux et long-temps soutenu , elle parvient à un degré dont on se ferait difficilement une idée. Vous avez peut-être mille fois entendu parler de la salle construite à Saint- Pétersbourg avec de la glace ; elle était longue de 52 pieds , large de 16 , et haute de 20. On fit plus : on tailla avec la même substance six pièces de ca< non ; on les tira à 60 pas sur une planche épaisse de 2 pouces , qui fut percée dé part en part , et les canons n^éclatèrent pas. Ceux qui seraient entièrement étrangers à la physique seraient peut-être plus surpris encore d^apprendre qu'on a construit avec de la glace polie et transparente des miroirs ardens qui ont produit presque autant d'effet que œax de métal.

Je ne m'arrêterai point ici à décrire les différons accidens que les localités peuvent produire lans là forme , l'apparence et la disposition réelle du troisième genre de glaciers ; car il ne vous sera pas difficile de vous figurer comment , par suite de la diversité d'exposition au soleil , des parties , garanties par l'ombre des montagnes , restant intactes , tandis que d'autres , plus basses , sont fondues par l'ardeur de ses rayons , il en résulte ces arcs de glace éclatans que l'on contemple, avec admiration d'une vallée inférieure. Quelquefois des causes semblables produisent des escarpemens , des coupes presque verticales , de véritables murs de glace qui

278 LETTU XIX.

descendent fort bas, et même dans des Tallées profondes.

Dans d*autres lieux, on admire une maltitade de quilles énormes qui se trouvent k reztrémité des vallées , et surtout vers leurs débouchés dans une vallée inférieure; ce sont quelquefois comme des stalactites cylindriques ou pyramidales, formées par Teau qui tombe des lieux plus élevés, et que le froid a saisie à Tinstant où elle a touché la glace.

Dans les Alpes , les glaces se maintiennent perpétuellement à une hauteur de 1,500 toises an-dessus du niveau de la mer ; dans les Andes , au Pérou, k 2,434; sur le pic de Ténériffe , le terme inférieur constant de la neige est 2,800 toises. Si on va vers le nord , au contraire , le terme inférieur se trouve plus bas : en Norwége , on trouve les glaces k 600 toises ; en Laponie , elles descendent jusqu'au pied des montagnes, et plus loin, sous le pÂle» tout est glacé.

Les montagnes couvertes de glaces perpétuelles deviennent de plus en plus conmiunes , k mesure qu'on se rapproche des pays les plus voisins du pôle, quoique, dans ces régions, les montagnes soient beaucoup moins élevées que vers Téquateur.

En Norwége , les sommets de toutes les montagnes un peu élevées sont couverts de glaciers qui ressemblent , plus qu'en aucun autre lieu , à ceux des Alpes.

La Suède a aussi des monts couverts de glaces perpétuelles, d'o& sortent de grandes rivières.

Les montagnes dislande présentent le même phénomène; mais elles offrent une circonstance bien

l^tmarquable , qui consiste en ce que ce ne sont pas les sommets les plus éleyés qui conserrent leurs glaces toute Tannée , ce qui tient à des circonstances locales qui ne sont pas assez bien déterminées.

Quelqnesi-uns de ces monts sont tout k la fois des glaciers et des volcans. L'Hécla est le plu» célèbre de tous : quand il yient à s^enflammer, les glaces da sommet se fondent , et il en résulte des torrens qui se précipitent sur les campagnes, les inondent, et détruisent les villages qui se trouvent sur leur passage. Vous avez pu voir tout récemment, dans les journaux , les détails donnés sur une éruption récente de ce volcan , qui paraissait vomir avec les flammes , les pierres et les glaces qu^il lani^ait au loin.

Les autres volcans de Tlslande sont beaucoup moins célèbres que THécla , parce que leurs éruptions ont été jusquHci beaucoup moins fréquentes. Deux de ces derniers, quoiqu'ils soient très-élevés^ n'ont point de neige à leur sommet , ce qu*on peut attribuer à la chaleur que leur sol conserve cons tamment. Bans une contrée qui paratt si éminemment volcanique, il me semblerait raisonnable de supposer que cette singularité , qui fait que des montagnes très-élevées sont exemptes des neiges qu*on rencontre sur d'autres qui le sont moins , doit être attribuée aux feux souterrains , qui , bien qu'ils ne fassent pas d'éruption , ont cependant assez de force pour fondre des amas de glace.

C'est également à la chaleur interne do soi qmt

280 UTTIB ZIX.

J^attribuerais les changemciis de lieu des glace%| qui, dans Flslande, sont sujette» à se dé|dacer.

Une chose qui vous étonnera sans doute , et qui tient peut-être à la même cause, c'est que le climat de PIslande est moins froid que celui de la Suisse ; car si les étés y sont moins chauds , les hivers y sont moins rudes : de sorte qu'on y jouit d'une température beaucoup plus égale.

La Laponie offre un spectacle plus efijrayant On

trouve des marais et des lacs toujours glacés jusqu'à leur fond. Presque toute la terre y est absolument impropre h la culture.

Les côtes orientales et occidentales du Groenland sont couvertes de pyramides énormes et de masses de glace inaccessible , mais surtout les côtes orientales qu'aucun navigateur n'a pu encore visiter.

Partout ou Ton a pu pénétrer dans le pays , on n'a vu que des montagnes entièrement couvertes de neige. Dans tous les endroits qui ne sont pas trop escarpés , on n'y a vu que des vallées comblées par les glaces. Au plus fort de Tété , la neige fond un peu du côté du nord , derrière les brisans de la côte et les petits golfes ; mais , du côté du midi , elle est toujours ferme.

Le Spitzberg a été pendant long-temps la terre connue la plus voisine du pôle ; elle est inhabitable : les montagnes pointues dont elle est hérissée lui ont fait donner le nom qu'elle porte. Elles sont couvertes de glac» depuis leur sommet jusqu'à leur pied , et rafraîchissent tellement l'air, qu'il est impossible de supporter leur voisinage. Quand le so-

DB L*ATM08PRiHE. 281

leil les éclaire, elles paraissent brillantes comme des flammes.

Les pôles sont très-probablement recouverts d^une ooache très-épaisse de glace qui ne fond jamais. ^ous ne pouvons avoir aucun détail sur cette partie inabordable pour nous; mais nous connaissons miçux la formation des glaces annuelles ; et , à cet égard , il Êiut bien distinguer lés gla<^ons spongieux flottans, peu considérables , des plaines ou champs de glace <pii offrent une surface solide beaucoup plus dura- Ûe. La superficie n^cn est pourtant pas formée par la mer , puisque des navigateurs , pris au milieu de ces glaces^ assurent que leur fonte donne de Teau doiKïe. ïl est à croire que cela tient à ce que la partie superficielle a été formée par la fonte des neiges, ({ui , tombant sur une première couche d'eau salée congelée , se seront d'abord fondues , puis glacées. Les grandes montagnes de glace sont beaucoup plus durables ; elles paraissent remonter à une haute antiquité , et appartiennent au pôle même. Leur épéissear est souvent de 100 à 120 mètres , et leur sailKe au-dessus du niveau commun , est de 15 à 20 mètres.

Ce qu'il serait surtout important de constater , relativement à toutes les espèces de glaciers , ce serait leur augmentation ou leur diminution ; car on pourrait en tirer des inductions très-plausibles sur rabaissement ou l'élévation de température dans les régions où ils sont situés. Or, si les hypothèses de Leibnitz , de Buffon et d'un grand nombre de naturalistes étaient fondées, les glaciers devraient aug-

282 ^ UTTiB xn.

menter d*utie manière sensible d*an siècle à Tantre. Dans leurs idées, en effet, les glaces qui doivent envahir un jour tout le globe ont déjà gagné une partie considérable de sa surface ; elles occupent, sons Técpiateur même, tout ce qui s^y trouve élevé à 2,400 toisas au-dessus du niveau de la mer. Dans les régions brûlantes de r Afrique on commence à les trouver à 200 toises; elles s'approchent davantage du sol, à mesure qu'on s'éloigne de la Zone Torride. Sur les Alpes, elles ne sont qu'à 1,500 toises du sol; en Norwége, eUat descendent déjà à 600 ; dans le Groenland , dans la Laponie , elles s'étendent jusqu'au fond des vallées presque au niveau de la mer ; en6u i plus loin , vers le pôle, tout est glace. Dans tautre hémisphère, les glaces paraissent beaucoup plus tôt encore , de aorla qu'elles occupent déjà plus d'un dixième de la sur* face entière du globe ; et tandis qu'elles s'avancent ainsi d'une manière effrayante des pôles vers les régions tempérées, elles descendent également da hant des montagnes, et, devenues , par leur masse énorme , une nouvelle cause de refroidissement, elles reaserreront de plus en plus le règne de la vie , jusqu'à ce qu'elles le fassent disparaître entièrement de la surface du globe.

Ceux qui se livrent à ces sinistres idées croient pouvoir donner des faits positifs à l'appui de leurs opinions Dans les régions polaires , disent-ils , bien des passages, autrefois parcourus par des navigateurs même assez récens , sont maintenant impraticables, à cause des glaces qui les obstruent Les mêmes effets , selon eux , se remarquent sur nos

SB LVTHOSPHiu. 283

montagnes les plus éleyées , ou Ton yoit , disent-ils , les glaciers gagner de siècle en siècle , et presque d^année en année , descendre vers leur pied , et en- Tahir, dans leur marche lente, mais sâre, les champs, les prairies et les villages.

Belatiyement aux Alpes , particulièrement dans la Suisse , il est certain que les glaces ont gagné , depuis quelques années, d^une manière assez sensible.

Dans, le bailliage d'Unterlaken , les neiges se •ont emparéél^ de quelques intervalles de montagnes où il y avait d&s pâturages , et elles ont obstrué entièrement un chemin qui conduisait au-delà dans le Valais. Un petit village , dont le nom était Sainte- « Pétronelle , a disparu , et les glaces couvrent le terrain ou étaient ses habitations.

Comme les Alpes sont les montagnes à glace les plus .voisines de nous, et les mieux observées, on a été très-porté à généraliser ces effets de peu d^importance , et qui probablement ne seront pas durables.

En effet , la tradition et quelques documens hisr toriques apprennent que les glaciers de la Suisse dont il est ici question se sont élevés pendant environ un siècle , et ont gagné du terrain horizontalement; mais que, durant d^autres années, ils ont diminué en hauteur et en étendue. Ainsi, ^ Ton ne peut pas douter qu^il n'y ait une compensation ou des retours dVffets qui doivent rassurer les habitans voisins de ces lieux.

Il est certain , par exemple , que dans le temps

284 Litni XIX.

même où les glaces ont gagné d*uii côté, elles ont perdu de Vautre. Un magnifique portail de glace, d^oii sortait un ruisseau abondant, et qui brillait parmi les glaciers du Grendelwaldt , a disparu entièrement.

Quant aux passages qu*on tr reconnus , dans ki régions polaires , être , depuis peu , devenus impraticables , on peut raisonnablement penser que c^est accidentellement qu^une plus grande quantité de glace s^y est trouvée rassemblée , et qu^un été plm cbaud suffira pour les rendre aussi libres qu^ils ont pu rétre auparavant. Ce qu'il y a de certain, au surplus, c'est que le refroidissement du globe , qad* I que démontré qu'il soit , est devenu beaucoup trop lent pour qu'on puisse supposer qu'il produise des effets sensibles sur l'augmentation des glaciers.

Au lieu de voir dans les glaciers les tristes effets d'une cause destructrice qui aurait déjà fait disparaître la vie dans une partie considérable du globe ^ il est plus philosopbique de les considérer comme le moyen que la nature a employé , dans beaucoup de lieux , dès le commencement des cboses , poar se procurer d'immenses réservoirs propres à devenir la source des fleuves, qui, s'en échappant en grandes masses , et qui, traversant une étendue considérable pour se rendre à la mer , rafraîchissent et fertilisent les campagnes de tous les pays qu'ils parcourent.

Il est constant que ces amas de glace conservent les eaux qui servent h. l'entretien des sources de ces grands fleuves qui arrosent une grande partie de

DB i'àthobïbIhs. 285

VEarope , où Ton manquerait d'eau Bans cette ressource de la nature. Supposez , madame , un instant (jue les glaciers des Alpes n'existent pas; en les sup^ primant nous ôterons à cinq grands fleuves , k un grand nombre de moyens , et à une infinité de ruisseaux permanens , leur source intarissable ; car Teau qui tombera en pluie sur ces montagnes, si elles sont moins élevées, s'écoulera aussitôt pour produire des inondations désastreuses , ou sera dissipée en vapeurs : mais les neiges et les glaces la fixent , l'accumulent, la maintiennent, et, ne la laissant e'écouler que peu-à-peu et d'une manière permanente „ la mettent dans la disposition la plus propre À fertiliser les campagnes qu'elle traverse pour se rendre dans la mer.

Avant que M. Fourier nous eût appris que la température de nos espaces planétaires était 40«, on supposait que le froid allait diminuant toujnurs pro- ^essivement , et l'on avait calculé qu'à 18,000 mètres au-dessus de Paris ^ on trouverait un froid de 62»; à 120,000 un froid de 300». Aujourd'hui on sait, oomme nous avons vu {voyez lettre l^* ), que le Croid, après avoir augmenté jusqu'à une tempéra 'ture de 40<> au-dessous de la glace, n'augmente plus, ^elque haut qu'on s'élève.

C'est au froid qui règne dans les hautes régions . de l'air qu'est due la formation des nuages, qui sont le résultat de la condensation de la vapeur aqueuse ■ qui se trouve dans l'air ; comme cette vapeur esll. d''un tiers plus légère que l'air, elle tend continuel» lement à s'élever, et monterait indéfiniment, si» k

286 LETTBE XIX.

une certaine hante ar, le froid ne la condensait et ne la ramenait à Tétat liquide. Dans cet état, eUe reste quelque temps suspendue, et forme les nuages; puis elle retombe sous la forme de pluie : de 'sorte qu'aucune ^particule d'eau n'est perdue par suite de Tévaporation.

Il n'en est pas de même relativement au calorique , à l'arrivée et k la sortie duquel l'atmosphère ouvre sans cesse un libre passage. La. transmission du calorique qui nous est lancé par le soleil se Eût directement par voie de rayonnement , mais celle qui a lieu , au contraire , de la terre dans l'espace environnant , se fait et par le même moyen et par le déplacement de chaque molécule, qui aiftsitôt qu'elle, est échauffée s'élève indéfiniment.

Elle a lieu aussi , mais très-peu , par la transmission lente de molécule à molécule.

Le second mode de refroidissement , celui qui se fait par le déplacement successif des molécules échauffées, est le plus important , surtout à cause de l'influence évidente qu'il exerce sur la production des vents. En effet , si une masse d'air un peu considérable se trouve simultanément échauffée, elle s'élèvera dans l'atmosphère, et les couches voisines se précipitant pour prendre sa place , il en résultera un vent plus ou moins soutenu , etc.

La terre perd-elle plus de calorique qu'elle n'en reçoit, ou bien, au contraire, en reçoit-elle plus qu'elle n'en perd ? C'est une question du plus haut intérêt , et que M. Fourier a de nos Jours complètement résolue | il a démontré avec une certitude iva-

Dl l'ATMOSIHiKI. 287

thématifue , que le globe se refroidit , quoique ce soit bien lentement, et d'une manière tout^à-fait insensible.' Pour peu que ce refroidissement fût considérable , Tastronomie fournirait un moyen certain de l!éyaluer. En effet , la longueur de Tannée étant déterminée par la révolution de la terre autour du soleil, si notre globe se refroidit, cette révolution doit être plus rapide , et la longueur de Tannée doit diminuer. Or , on connait quelle était cette longueur du |«mps d'Hipparque , célèbre astronome qui , il y a deux mille ans, a dressé des tables très-exactes d*astronomie. Il résulte de ces tables que, de son temps , le jour n'était pas plus court qu'il ne Test maintenant de 1;300 de seconde décimale, c'est-àdire 1;30000 de minute dont on en compterait lOQ à Theure; quantité réellement inappréciable. La sphéroïde terrestre perd encore du calorique par les eaux thermales, qui en amènent sans cesse à sa surface , et surtout par les éruptions volcaniques.

Si l'émission progressive de la chaleur terrestre n^a plus aucune influence sur nos climats, d'autres causes peuvent les modifier. Les plus puissantes de ces causes sont les changemens produits à la surface du sol , par le défrichement et la culture des terres, dont Teffet est de les échauffer. Cette considération explique, comment plusieurs pays ont pu jadis être souiùis à une température beaucoup moins élevée que celle qui y règne aujourd'hui. La France et * TAllemagne sont dans ce cas ; car il n'est pas possible de douter que, dans ces deux pays , le climat ne

iSS UBtni ziz.

soit beaucoup plus tempéré maintenant qo^il ne tcit du temps des Romains.

C^est ce qui est prouvé par la description qni a^^'^ en reste , par la nature des plantes qui , comm^^^g^ ▼igné, y prospèrent maintenant, et qoi ne poonî^^^^ y croître dans ce temps-là. ^^k

On explique cette différence par Tinfluenoe qc^^l^ dû exercer sur la température le définohement A^^^i forêts qui couvraient notre pays , et qui ont fi^^^L place aux champs cultivés ; la théorie de la chalei:.-^^ a montré, comme nous Tavons vu, que cette cansg^ r* pouvait réellement produire les effets qn^on Ini at^^^ tribuait depuis long-temps.

Au surplus , on ne peut alléguer les mêmes rai-^ sons pour Fltalie, qui dès-lors était aussi bien tivée au moins qu'elle peut Fétre maintenant; pourtant Horace , dans ime de ses odes où il les rigueurs de Thiver, parle du mont Soracte, U sommet est blanchi par les neiges, et des forêts, fatiguées du poids des glaces dont elles sont emh vertes.

Certainement aujourd'hui Tltelie ne lui fournirait pas Toccasion de Êiirc de pareils taMeanx. S'il est vrai que le voisinage de la Germanie, au temps où son climat était si rigoureux , devait refroidir Fltalie , quoique peut-être il soit difficile de comprendre comment, par suite de cette cause seule, la différence ait pu être si considérable , peut*^tre y ataraitil une recherche curieuse à fiiire sur ce sujet.

Le baromètre prouve que le poids d'une colonne d'air , depuis la terre jusqu'à la plus haute élévatîoD

fil L'ATMoiraàEi. S99

de Tatmospl^ère , équivaut à celui d*uB« ooIquim «ckbblable d*eau de dix mètres de hauteur ; le poids total de Tatmosphère est donc égal aa poids d^uae matsse d'eau suffisante pour entourer le sphéroïde terrestre à dix mètres d'éléTatioa. Par consé^ent, û Pair se condensait et tombait liquide sur la terr« , il n'augmenterait que d'un cinq-centième la mass^ des eaux actuellement existantes ; et Ton voit , de pins , que son volume n'est que le millième de celui du sphéroïde.

L'atmosphère , considérée comme agissant sur la mer et sur la terre, joue un rôle assez important : our tre les actions chimiques qu'elleexerce sur la masse def 45aux en leur cédant une partie de l'air sur^ozigéné qu{ entre dans sa composition, et sur la terre par la décomposition des minéraux , elle agit mécaniquement en ^enlevant les corps secs et légers pour les transporter au loin ; c'est elle qui forme les dunes , et change ainsi la surface entière de plusieurs contrées ; c'est elle qui , soulevant les vagues de F océan , est la iuiuse première de l'action qu'il exerce sur ses ri" rages. Elle renferme, de plus, la cause des phénoniènes électriques qui détruisent si fréquemment le «ommet des hautes montagnes.

hes plus étonnans produits de l'atmosphère sont ces pierres qui tombent assez fréquemment à la surface de la terre , sans qu'on ait pu jusqu'ici indiquer d'une manière satisfaisante leur mode de formation ou leur origine.

L'histoire faut mention de pluies de pierres qui , dès l'antiquité la plus reculée , avaient irappé d'é-

290 LETTRE XtX.

tonnement ceux ^i en avaient été témoins. Tite- Live , Pline et plusieurs autres l^crivains , en citent des exemples positifs. On. n'en a jamais douté dans le moyen âge ; et Cardan , particulièrement , parle d^un phénomène semblable, qui eut lieu en 1510. Sur 1,200 pierres tombées, il y en avait , suivant loi, une du poids de 120 livres et une autre de 60.

Ce n'est que dans le dernier siècle que la difficulté d'expliquer la chute des pierres de l'atmosphère a cohduit nos physiciens à nier absolument an phénomène sur lequel ils auraient dû , tout au plus, suspendre leur croyance : mais , loin d'apporter cette sage réserve dans leur décision , ils ont pendant long-temps repoussé , avec le plus dédaigneux mépris , tout ce qu'pn leur a présenté sur ce sujet.

Cependant les observations se multipliaient , et les hommes qiii avaient vu ces pierres , qui avaient failli être écrasés par leur chute, ne purent se résoudre à croire , sur l'assurance des savans , qu'ils n'avaient rien vu, entendu, ni senti, de ce que leurs sens leur avaient appris. Les faits , d'ailleurs , se répétèrent si souvent dans la dernière moitié du dixhuitième siècle , qu'il est inconcevable qu'on n'y ait pas fait plus d'attention. U y eut des exemples bien constatés de chutes de pierres en Bohème en 1753, près de Paris en 1768, et à Sienne en 1794 ; il en tomba dans deux endroits de l'Europe en 1796 ; deux ans après le même phénomène fut observé à Confaté , à Bénarès ; enfin, tout récemment un physicien distingué qui s'est occupé à recueillir les ex-

BS L'ATHOSÏliBS. 291

emples de chutes de pierres , a trouvé qu^k la fin du dix-huitième siècle, et lorsqu^on niait ce phénomène avec le plus d^opiniâtreté , on ponvait en compter jusqu^à 150.

Ce qui aurait dû surtout convaincre nos savans de la réalité du phénomène qu^ils ne voulaient pas admettre, c^est que toutes ces pierres étaient étrangères au sol où on les rencontrait ; qu^elles étaient! entièrement différentes de toutes celles que les physiciens et les chimistes connaissaient jusque là ; enfin , qu^elles avaient entre elles les ^lus grands caractères de ressemblance , bien que recueillies à des époques très-différentes et dans des lieux-très éloignés : ajoutez à cela que les témoins s^accor-^ daient sur les circonstances accessoires ; tous lef avaient vues tomber de l'atmosphère dans un tempà d*éclairs , et surtout dans Texplosion de ces mété«> ores lumineux dont la production accompagne sou* vent les orages , et plusieurs d'entre eux les avaienf recueillies encore chaudes peu d'instans après leur chute.

Enfin , Tévidence des faits a triomphé de toutes lef préventions , et la chute des pierres de Fatmosphère n^est plus contestée aujourd'hui. Ce qui a surtout contribué à vaincre Tobstination dea plus incrédu* les , c'est Texistence d'un métal qui s'y trouve à Té* tat natif , ce qu'on n'avait jamais jusqu'ici rencon* tré au même état dans aucun autre corps. Cette preuve , qui ne pouvait être appréciée que par les chimistes, devait avoir par cela même plus de poids sur leur copviotion , puisque les témoigna-

292 UTTRB XIX.

ges sur ce point étaient nécessairement donnés par defrgens instruits, et que d'ailleurs tous leschimistes qui pouvaient se procurer de ces pierres étaient à portée de vérifier par eux-mêmes leur composi* tion intime.

L'existence du phénomène étant une fois reconnue , il arriva (ce qui a toujours lieu en pareille circonstance ) que les savans , qui d'abord ne voulaient pas l'admettre , parce qu'ils ne le comprenaient pas , n^ont pas manqué d'en proposer des explications qui leur paraissaient très-claires.

L'un d'eux , niant l'origine aérienne de ces pierres, suppose qu'elles sont seulement mises à découvert , et tirées de terre par le voisinage de la foudre. Mais d'où la foudre les tirerait-elle , s^il est Vrai qu'on n'en rencontre nulle part de semblable à la sur&ce de la terre ni dans son intérieur? U faudrait pourtant qu'elles se trouvassent à quelques pouces tout au plus de profondeur. St par quelle singularité ne se montreraient-elles jamais à la surface du sol que quand le tonnerre viendrait les y chercher ?

Des raisons semblables s'opposent à ce qu^on lenr attribue une origine volcanique; car les parties constituantes qui entrent dans leur composition n'ontaucune espèce de rapport avec les produits rejetés par les volcans sur quelque point de la terre que ce soit.

Frappés de l'extrême ressemblance qui nécessite qu'on donne k toutes ces pierres une origine commune , et convaincus de l'impossibilité de la leur as-

DE L^ATSosniiniB. 293

signer sur aucun point delà terre, MM. de La Place et Biot, deux de nos savans les plus distingués, n'ont trouvé rien de plus satisfaisant que de les fiiire venir de la lune , en supposant qu'elles nous sont lancées par quelques-uns des volcans qui brûlent à la surface de notre satellite.

Ces deux savans ne manquent pas de raisons assez plausibles pour appuyer leur opinion; car, calculant sur le petit volume de la lune (qui n'est que le 32* de celui de la terre) qu'elle ne doit exercer qu'une attraction 32 fois moindre i^ur les corps qui sont k sa surface ; faisant entrer aussi le peu de résistance que peut présenter l'atmosphère; de la lune, qui doit être extrêmement rare , ils sont arrivés, si je ne me trompe, a cette conclusion, qu'il suffirait qu'une pierre fût lancée de la surface de la lune avec une force égale au double tout au plus de celle qu'un canon de fort calibre donne à son boulet , pour qu'il sortit de la sphère d'attraction, du satellite, qu'il entrât dans celle de notre planète , et tombât infailliblement à sa surface.

Quelque étrange que puisse paraître cette expli^ cation, elle est certainement beaucoup plus admis sible que celle dans laquelle on veut expliquer leur formation dans l'atmosphère même, et dont je vais essayer de vous donner une idée.

Vous connai8se2 , au moins de nom , le gaz hydrogène , qui sert depuis peu à éclairer une partie de Paris; c'est un gaz transparent comme l'air, tout-à-fiedt inodore quand il est pur , et si léger , qu'il l'est 14 ou 15 fois plus que l'air que nous respi-

294 UTTBB XIX.

rons. Imaginez donc , madame , que ce gax, dans le travail des volcans , ou de toute autre manière , ait dissous les métaux qui entrent dans la composition des pierres de ratmosphère(le fer et le nickel) ; que, chargé de ces molécules métalliques , il s^ élance dans les régions supérieures , où nous supposerons qu^il J en a toujours une quantité prodigieuse , qui , vu son excès de légèreté sur Tair commun « s^y rend à mesure qu'il est dégagé des corps qui le renferment sur la terre : « un orage survient, Thydrogène s'enflamme , et fait apercevoir quelques-uns de ces météores lumineux dont l'existence, d'après les traditions constantes, parait devoir précéder la formation des pierres; le gaz, en brûlant, abandonne le métal qu'il a dissous , et réduit celui qui était à l'état d'oxide ; la chaleur vive produite en ce moment fond le métal ; et l'attraction moléculaire le rassemble en masses plus ou moins grosses , qui, tombées sur la terre , conservent quelque temps une partie de la chaleur développée dans leur formation. ». »

Si vous admettez tout cela, vous aurez une explication des pierres tombées du ciel. On a proposé sur la formation des aérolithes une troisième opinion qui parait réunir en sa faveur plus de probabilités que les deux précédentes; cette opinion consiste à considérer les aérolithes comme de trèspetites planètes circulant dans les espaces de notre système solaire , et dont quelques-unes , entrant de temps à autre dans la sphère d'activité de notre globe , se précipitent vers nous , et traversent no-

01 i^tmosphIee. fildS

tre atmosphère avec une rapidité qui suffit pour les enflammer.

Aucun indice ne nous montre que Tair ait , dans la suite des temps, éprouvé une modification appréciable , malgré la respiration continuelle des animaux et des végétaux; mais, dans les époques antérieures aux temps historiques , Fair existait-il et était-il déjà ce qu'il est aujourd'hui? Il n'est pas bien difficile de répondre à cette question , dont la solution pourrait, au premier aspect, paraître si embarrassante. 11 est, en eiSet, certain qu'il existait déjà une atmosphère lorsque la consolidation de la première écorce minérale a eu lieu ; ce qui le prouve , c'est l'existence d'animaux et de végétaux fossiles dans les dernières couches de cette écorce; de plus, ces animaux et ces végétaux étaient pourvus d'une organisation à-peu-près semblable à celle des animaux et des végétanx qui vivent maintenant à la surface de la terre : donc l'atmosphère, après la consolidation du sol primordial, devait ressembler à celle d'aujourd'hui.

Page 1