‹ Lettres sur les révolutions du globe (volume 4)Chapitre 10 sur 44 · DES TKEMBLEMENS DE TERRE · texte numérisé non relu

DES TKEMBLEMENS DE TERRE

Quand on parle des tremble m en s de terre, il est important , pour s'en faire une idée juste, de se souvenir qu'ils ne consistent presque jamais dans une seule secousse, plus ou moins prolongée , mais qu'on rattache , avec raison , à un même phénomène les secousses qui sur- - viennent en quelques jours, même quand leur nombre monte à plusieurs centaines. Il est des tremblemens de terre qui ont duré plusieurs mois , même des années entières , ce qu'on a eu occasion de remarquer particulièrement dans l'Amérique méridionale. Quant à ceux qui ne se composent que d'une seule secousse , ce. sont • des phénomènes locaux et peu importans. Au contraire , les tremblemens de terre qui se font sentir dans une grande-étendue de pays produisent dans la composition de la croûte minérale du globe des modifications assez sensibles. Les secousses se communiquent , dans ce cas, très-rapidement d'un lieu à l'autre, et elles parcourent quelquefois jusqu'à cent lieues dans moins d'une demi-heure; mais le plus souvent la vitesse est beaucoup moins grande.

Les directions dans lesquelles les secousses se prolongent sont ordinairement liées avec la figure du sol : le plus souvent ces direction»

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ne sont pas douteuses; maïs, si les témoignages n'étaient pas d'accord, on saurait toujours à quoi s'en tenir, par la connaissance de l'instant où la secousse a eu lieu dans tel endroit déterminé. Le bruit qui se produit dans ces occasions a toujours été comparé à celui que feraient un grand nombre de chariots chargés , entraînés rapidement sur le pavé.

Vous vous figurez peut-être, madame, que le bruit du tonnerre et la lumière des éclairs sont des accompagnemens naturels de phénomènes aussi terribles que les tremblemens de terre: il n'en est rien pourtant; les plus violentes secousses arrivent ordinairement au milieu du calme de Patmosphère, sur l'état de laquelle ils ne paraissent avoir aucune influence; et si l'aiguille aimantée offre à l'observateur, pendant leur durée, les variations rapides el désordonnées qu'on désigne sous le nom d'affolcmens , ces variations sont un résultat purement mécanique de la secoussp.

Le retour des tremblemens de terre n'est, soumis à aucune périodicité, dans quelque pays que ce soit. Ils n'ont aucun rapport avec les marées.

Quant à la fréquence des tremblemens de

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terre, elle est trèsr-considérable ; et si on réfléchit au nombre prodigieux de relations de ces phénomènes que nous avons depuis quinze ou vingt siècles, au nombre infiniment plus grand qui a eu lieu à des époques plus reculées, et sur lesquels, faute d'historiens, nous n'avons point de renseignemens ; si de pfus on considère que plusieurs de ces tremblemens de terre ont parcouru une grande partie des continens , on restera convaincu qu'il n'est aucune partie de la terre où l'écorce minérale n'ait été à plusieurs reprises secouée , bouleversée, disloquée par ces terribles phénomènes. Celte considération nous servira pour expliquer l'état dans lequel nous trouverons la partie la. plus superficielle du sphéroïde terrestre. -

C'est avec regret, madame, que je m'aperçois que la longueur de cette lettre ne me permet pas de vous parler des volcans, dont je vous avais d'abord annoncé que je voulais vous entretenir : ce sera pour la prochaine lettre. Je vous envoie aujourd'hui les relations de deux célèbres tremblemens de terre, faites sur les lieux par des hommes qui avaient eu le bpuheur d'échapper à ces désastres. De semblables détails, que nous devons à des témoins

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éclairés, seront sans doute plus propres à vous donner une idée exacte de ces grandes calamités que tout ce que j'ai pu vous dire (i).

(i) Ces relations ont été' placées à la fin du volume ( noies II et II! ).

Di

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D'après le peu que je vous ai déjà dit sur les volcans , vous devez être assez disposée à les considérer com me de vastes sou piraux,par le moyen desquels quelques parties des matières en fusion qui forment la masse interne s'échappent avec violence pour venir se répandre sur la surface du sol. Celte manière d'envisager les éruptions volcaniques est, je crois, plus satisfaisante qu'aucune de celles qui ont été proposées jusqu'ici pour les expliquer. Toutes les autres hypothèses, en effet, rapportant les éruptions à des causes purement locales, ne peuvent rendre raison de la singulière ressemblance qui existe entre les produits volcaniques, rejetés aux extrémités les plus éloignées du globe.

On a cru expliquer suffisamment la formation des volcans en supposant que les matières

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inflammables renfermées dans le sein de la terre prenaient feu spontanément; mais on n'a pas réfléchi que , pour que la combustion eut lieu , il faudrait nécessairement le contact de l'air, et que le fover^les volcans est situé à des profondeurs trop considérables pour qu'on puisse supposer que l'air y pénètre. Ce qui prouve surtout combien cette supposition est ( peu fondée, c'est que quand, par accident, j le feu prend dans les mines, l'incendie ne s'étend jamais au-delà de la limite des travaux , c'est-à-dire au-delà des lieux dans lesquels Pair peut pénétrer par les ouvertures qui se rendent à la surface du sol.

On a supposé aussi que c'étaient les bases salifiables des terres et des alcalis qui s'enflammaient pour produire les volcans : je ne développerai ni ne réfuterai cette supposition; car il me faudrait pour cela entrer dans des détails qui demanderaient pour être compris quelques connaissances des premiers principes de la chimie (j),

(i) Cette hypothèse a pourtant heaucoup de rapports avec la théorie de sir Humphry Davi sur la cause delà chaleur interne du globe. V. cette dernière note à la fin du volume.

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II faut cependant que je vous dise un mot d'une hypothèse qui a fait grand bruit d'abord, et qui pendant assez long-temps a été adoptée sans contradiction : on la doit à Lémery, célèbre chimiste, qui crut avoir trouvé le moyen de faire des volcans artificiels. Voici comment il s'y prenait.

Il faisait faire un Uou dans la terre, mettait

du fer avec du soufre au fond dé ce trou , puis humectait le mélange: il résultait de ce procédé, tout-à-fait semblable à celui au moyen duquel on obtient le dégagement du gaz hydrogène, qu'on emploie si généralement aujourd'hui pour l'éclairage de Paris , i° un dégagement considérable de ce gaz, 2° la production d'une chaleur très-intense, 3° une explosion proportionnée à la quantité des matières employées. Cette expérience différait pourtant, quant à sa nature , des phénomènes qui ont lieu dans les montagnes volcaniques. D'abord Lémery mettait du fer à l'état métallique da # ns son trou, et on ne trouve pas dans l'intérieur de la terre un seul atome de fer natif: ce métal y est toujours dans un état de combinaison qui fait qu'on ne peut se le procurer que par sujie d'opérations artificielles.

Ensuite quand on admettrait , contre tout ce que l'observation tious apprend, l'existence d'une assez grande quantité de fer natif pour produire les volcans, on serait bien loin de pouvoir expliquer par l'hypothèse de Lémery les phénomènes les plus saillans des éruptions Volcaniques. Cette hypothèse n'explique en effet que la première* explosion accompagnée des matières soulevées par elle; car aussitôt que le gaz enflammé sera parvenu à se faire jour à la surface du sol, l'éruption ne doit plus consister que dans la continuation du dégngement de ce gaz, et les volcans ne devraient être, après la première explosion, que des lampes immenses, très -commodes pour éclairer les contrées voisines tant qu'elles resteraient allumées.

La production des laves est surtout inexplicable dans les idées de Lémery, qui ne rend même pas raison de l'existence de ceux des tremblemens de terre qui se font sentir à des distances immenses. En général, toute hypothèse dans laquelle on considère les laves comme le résultat de la simple fusion des parties métalliques qui se trouvent accidentellement dans l'intérieur de la- croûte minérale est par cela même

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inadmissible; car le feu nese communique point dans les matières minérales avec autant de facilité que cette explication le suppose. On peut entretenir, pendant plusieurs années, dans un même lieu, une chaleur de i43° du pyromètre (c'est-à-dire une chaleur capable de fondre le fer), sans que les corps environ nans en soient altérés ; une distance de quelques pieds suffit pour les mettre à l'abri : comment donc pourrait-on concevoir que l'embrasement des volcans se communiquât à d'assez grandes distances pour fondre les masses énormes de laves qu'ils rejettent. D'ailleurs, je le répète, si les laves ne sont que le résultat de la fusion des matières minérales qui se trouvent près du foyer allumé, pourquoi ne dilïèrentelles pas comme la nature des terrrains^où s'allume ce foyer? pourquoi sont-ellès si parfaitement semblables entre elles, que celles qui sortent des volcans situés aux extrémités les plus éloignées de la terre, ou qui appartiennent à ceux qui remontent aux époques les plus reculées, ne diffèrent pas plus entre elles que si elles sortaient du même foyer dans deux érup- tions consécutives?

La quantité des matières rejetees présente

encore une difficulté non moins insurmontable; car l'Etna, le Vésuve, et beaucoup d'autres volcans, ont vomi, à différentes reprises, plus de matières brûlantes de toute espèce, en laves, en cendres, en gaz, qu'il n'en faudrait pour former la totalité de la montagne d'où elles sont sorties. Ces matières n'ont donc pas été détachées des flancs de la montagne, et, à plus forte raison, d'un lieu voisin de son sommet, comme le supposait Buffonl Tout le terrain qui environne Naples, à plusieurs lieues à la ronde, est évidemment produit par différentes éruptions volcaniques, et la matière des laves se trouve jusquç bien au-dessous du niveau de la mer. Le pavé des rues de Pompéia était formé de cette matière* dont oa trouve de plus une couche très-épaisse sous les fondemens de la ville; ce qui prouve, de là manière la plus évidente, qu'il y a eu des éruptions du Vésuve antérieures à celle de 79. Depuis cette époque, les matières volcaniques entassées sur la ville par les éruptions l'ont couverte d'une couche de 10 à 12 pieds d'épaisseur. Quant à Herculanum, comme cette ville était située beaucoup plus près que Pompéia du volcan, la matière des laves s'est

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accumulée sur elle eu bien plus grande quantité ; elle est maintenant couverte d'une couche de produits volcaniques de 70 à roo et jusqu'à 113 pieds d'épaisseur. , •

Tous ces faits prouvent clairement combien il serait absurde de regarder comme de simples débris du Vésuve et de l'Etna une étendue de terrain dont le volume total est si disproportionné avec celui de ces montagnes; mais, loin qu'on puisse s'arrêter à une pareille idée, il estprouvéqué ce sont les éruptions elles-mêmes qui forment les montagnes. Le Vésuve était, du temps des Romains, beaucoup moins volumineux qu'il ne Test aujourd'hui; d'après les descriptions qu'en ont laissées Strabon, Dion et Vitruve, il parait que, de leur temps, la montagneappelée maintenant Somma formait la totalité du Vésuve; que l'éruption qui eut lieu du temps de Pline renversa la portion du cône qui était vers la mer, et donna à cette partie de la montagne les dimensions et l'aspect qu'on lui voit maintenant. Quant au Vésuve, tel qu'il existe aujourd'hui, il a été élevé par les éruptions subséquentes.

Une description du cratère du Vésuve, donnée par Bracini, qui y était descendu peu

de temps avant l'éruption de i63 1 , prouve que, depuis ce temps, la montagne s'est prodigieusement compliquée (i).

Si l'origine de beaucoup de montagnes volcaniques ne peut, faute de relations suffisamment exactes , et à cause de la grande antiquité à laquelle elle remonte , ôtre prouvée d'une manière sat isfaisante , il en est quelques-unes dont la formation , plus récente, nous est connue de la manière la plus authentique. Ainsi deux relations de témoins oculaires montrent comment le Monte- Nuovo se forma, pendant une explosion violente, le 219 septembre (538, dans un lieu où se trouvaient des eaux thermales. L'éruption fut précédée de flammes qu'on aperçut vers une heure de la nuit; le feu s'accrut, et l'éruption commença; elle continua sans interruption pendant deux jours et deux nuits ; après quoi , les phénomènes effrayans ayant cessé, on aperçut distinctement, dans la vallée où se trouvaient les bains d'eaux minérales, une montagne de trois milles de circonférence, et dont la base couvrait une partie de ces bains et un château dont nos des*

(1) Voyei note VII.

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