‹ Lettres sur les révolutions du globe (volume 4)Chapitre 15 sur 44 · DES ANIMAUX FOSSILES · texte numérisé non relu

DES ANIMAUX FOSSILES

être encore davantage dans quelques i les Je la nier Glaciale, au nord de la Sibériè, qui, à l'exception de quelques montagnes de rochers , ne sont guère qu'un mélange de sable et de glace rempli d'ossemens fossiles.

Le capitaine russe Kotzebue en a trouvé sur la côte d'Amérique, au-delà du cercle polaire ; ils y sont si communs , que les matelots de son expédition en brûlèrent plusieurs morceaux à leurs feux. M, Adalbert de Chamisso, naturaliste, qui accompagnait M. Kotzebue, a apporté en Europe une défense longue de 4 pieds, sur 5 pouces de large , dans son plus « grand diamètre, et que M. Cuvrer a trouvée ressembler beaucoup à celles qu'on a déterrées près de Paris , en creusant le canal de fOurcq.

Les babitans de la Sibérie sont si habitués à rencontrer sous terré de ces monstrueux débris , qu'ils ont imaginé , pour expliquer comment ils ont pu y être déposés, une fable qui ne vous étonnera pas de leur part. Ils croient qu'il existe dans leur pays un animal de la grosseur de l'éléphant, et portant comme lui des défenses, mais vivant à la manière des taupes , sans pouvoir jamais supporter impu-

It>8 LETTRE IX.

ne ment la lumière du jour. Ils le désignent sous le nom de mammouth, et appellent les défenses fossiles cornes de mammouth.

La température glacée de ces climats les a si bien conservées, qu'on les emploie pour le même usage que l'ivoire frais, et qu'elles sont un article de commerce très-important pour le pays. Avouez, madame, que c'est là un singulier dédommagement accordé par la nature aux habitans de cette triste contrée.

Une chose remarquable, c'est qu'on trouve la même fable chez les Chinois, qui appellent tien-schu-ia le prétendu animal souterrain. Il en est question dans plusieurs traités d'histoire naturelle du pays; et même dans l'un d'eux, où on fait remarquer qu'on ne les rencontre que dans les régions les plus glacées, on prétend que sa chair est d'une nature fort saine , ce qui tendrait à faire croire que le phénomène si curieux de la conservation des chairs serait assez commun dans les pays froids.

On découvre ordinairement les os fossiles réunis à ceux de plusieurs animaux sauvages, grands et petits. Rarement pourtant on trouve dans un même lieu un squelette entier; ils sont quelquefois placés sous des couches déposées

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par les eaux douces. D'autres fois aussi, ce sont des débris de corps«marins qui les recouvrent , et qui rèstent là comme pour attester le genre de catastrophe qui a changé la lace du pays dans lequel ils vivaient.

Je n'ai pas besoin de "vous faire remarquer combien cette dernière circonstance, le nombre prodigieux de ces dépouilles , leur mélange avec les débris d'animaux sauvages, èt la dispersion des os appartenans au même individu , éloignent toute idée de dépôts faits par la main des hommes, et nous conduisent invinciblement à l'admission des révolutions dont nous voyons partout des preuves si «évidentes.

C'est ici le lieu de vous rappeler l'éléphant de M. Adams, pour lequel je vous renvoie à l'histoire que je vous en ai donnée dans une de mes lettres précédentes. •

On trouve aussi des os d'éléphans en Amérique, continent où il n'y en a jamais eu de vivans depuis que les Européens le connaissent, et où ces animaux n'ont certainement pu être détruits par les peuplades faibles et peu nombreuses qui l'habitaient avant sa découverte : nouvelles preuves sans réplique dé l'antiquité antédiluvienne de ces débris.

* Une circonstance digne de remarque, c'est que, tandis que les os fossiles d'élépbans sont sî communs sous des latitudes que ces animaux ne pourraient supporter, on n'en trouve aucun dans les pays où ils. vivent maintenant.

« N'y en a-t-ii pas eu d'enfouis dans ces régions? dit M. Cuvier, ou la chaleur les a-tel le décomposés ? ou lorsqu'on en a découvert a-t-on négligé de les remarquer, parjce qu'où les attribuait à des animaux du pays, et qu'on n'y voyait rien d'extraordinaire? Ne serait-ce pas aussi que les mammouth, étant dés aniirfeux destinés à vivre dans le nord, à cause de la laine épaisse et des longs crins qut les recouvre^ il n'y en avait point à une certaine proximité des tropiques ? Les géologistes qui visiteront la zone torride ont là un sujet bien important de recherches. »

. On avait déjà prétendu en avoir vu en Barbarie, pays où il ^'existe aujourd'hui d'éléphans d'aucune espèce, bien qu'il soit assez chaud pour leur tempérament, et qu'il y en ait eu autrefois au moins dans la Mauritanie, au rapport de tous les anciens. Tout récemment, l'expédition anglaise envoyée dans l'empire des Birmans a annoncé avoir rencontré

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