‹ Lettres sur les révolutions du globe (volume 4)Chapitre 16 sur 44 · CONTINUATION DES ANIMAUX FOSSILES · texte numérisé non relu

CONTINUATION DES ANIMAUX FOSSILES

ÉtÉPHAKS.

Permettez - moi de revenir sur chaque circonstance de l'histoire des os fossiles d'éléphans, pour y chercher des inductions sur tout ce qui peut se rattacher à leur existence passée.

La position superficielle de. ces ossemens , leur gisement dans des terrains meubles et d'alluvion , qui paraissent avoir formé le fond d'anciennes vallées, tout annonce que les animaux auxquels ils ont appartenu ont été, dans tous les pays qu'ils ont habités, victimes de l'une des dernières révolutions qui ont contribué à changer la surface de leur sol.

Mais ces éléphans, dont on rencontre les débris dans l'Europe, dans tout le nord de l'Asie, et jusque dans les régions les plus glacées, ontils vécu jadis dans ces pays? ou bien leurs ossemens y ont-ils été transporté» par les eaux qui

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les auraient détruits dans d'au 1res? Tout prouve qu'ils ont vécu dans les lieux mêmes où on les trouve; car, outre que la diversité de nature des couches qui recouvrent leurs ossemens atteste celle des révolutions dont ils ont été victimes ( et exclut par conséquent l'idée d'une seule grande irruption qui eût pu les dîsper* ser ), s'ils avaient été transportés par les eaux , ils seraient , comme tous les corps qui ont subi ce transport , usés par le frottement, au moins autant que les cailloux roulés, qu'on reconnaît si facilement pour avoir été arrondis par l'action des vagues; mais ils sont, au contraire, si bien conservés , qu'on trouve des ossemens de jeunes animaux qui présentent encore les éminences cartilagineuses les plus déliées et les plus fragiles. Et si on voulait supposer que les squelettes ayant été transportés entiers, chaque os en particulier a pu rester intact, on tomberait dans une difficulté insoluble; car on ne pourrait expliquer pourquoi on ne trouve pas les os de chaque squelette enfouis dans un même lieu , et comment il se fait que les tas qu'on rencontre offrent rassemblés des débris d'animaux appartenans à des espèces et même à des races très - différentes , sans que jamais

aucun d'eux ait fourni à beaucoup près de quoi recomposer le squelette complet d'aucune espèce particulière.

Les éléphans dont nous parlons ont donc vécu dans les pays aujourd'hui les plus glacés du globe, et jusque dans les régions inhabitables du cercle polaire. Mais ces régions étaientelles alors ce qu'elles sont maintenant? On ne peut pas le supposer, puisque les contrées dont il s'agit ne fournissant aucun végétal propre à leur nourriture, ils n'auraient pu s'y maintenir.

dès le 68 e degré de latitude septentrionale % le bouleau et le frêne disparaissent ; le grand sapin lui-même et le mélèze , arbres dont le nord est la patrie, rampent sous forme d'arbrisseaux sur un sol qui dégèle à peine en été. Cranz assure que, dans tout le Groenland, on ne trouve pas un seularbre qui aitplusdesix pieds de haut; et quant aux animaux qui vivent sous cette latitude, tous périssent ou dégénèrent au point que leurs espèces deviennent méconnaissables* L'ours blanc , le renne , et le renard blanc destinés par la nature à vivre dans ces climats , et pourvus par elle des plus épaisses fourrures , les supportent avec beaucoup depeine. Au-delà,

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on ne trouve plus guère que de la glace; mais jusque sous le cercle polaire et au-delà (i) ou. trouve des ossemens d'éléphans, qui certainement n'auraient pas pu y vivre si la température y avait été alors ce qu'elle y est aujourd'hui. D'ailleurs les animaux de même espèce se trouvent en Allemagne, en France, et jusqu'en Italie; de sorte qu'il faudrait supposer aux éléphans de ce temps une singulière faculté de s'accommoder à toute sorte de climats. Il n'y a guère maintenant sur le globe que l'homme, et quelques-unes des espèces qui lui sont«les plus utiles (le chien par exemple), qui aient été doués par la nature de cette heureuse flexibilité de tempérament; aussi son espèce est-elle la seule qu'on trouve répandue depuis les régions les plus brûlantes de la zone torride jusque sous le cercle polaire (2).

(1) Le capitaine Parry a constaté que le terraiu de Tile Melleville (750 de lat. nord), où la température descend quelquefois jusqu'à 5oo au-dessous de la glace , contient une énorme quantité d'ossemens dVlépbans.

(2) Néogsack , établissement danois , est ûlué sous le 72* degré de latitude septentrionale, ci les GrornUndais remontent encor» plus haut.

Mais quant aux animaux qui présentent le plus de "ressemblance avec ceux qu'on trouve à l'état fossile , les éléphans, les rhinocéros, et les hippopotames d'aujourd'hui, la nature leur a assigné une étendue de pays assez limitée au-delà de laquelle ils ne peuvent plus se propager.

Les pays où règne une glace éternelle n'ont donc pas été autrefois soumis à une tempéra* ture aussi rigoureuse, et les révolutions qui l'ont changée ont sans doute causé dans beaucoup de lieux la destruction subile des races qui y vivaient.

Il est encore une opinion contre laquelle je crois devoir vous prémunir. On pourrait être tenté de supposer qu'un abaissement lent et graduel de température aurait forcé les éléphans à se réfugier peu à peu vers des régions plus chaudes; et qu'abandonnant ainsi les cli r mats qui se refroidissaient , ils se seraient à la fin tous accumulés dans les lieux où on les rencontre maintenant.

Dans cette hypothèse, adoptée par BufTon,

les animaux dont on retrouve les débris au-

raient été les derniers restés dans leur demeure primitive, et le changement progressif de tem-

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pérature aurait à la longue déterminé le changement dans leur fourrure, comme nous voyons la peau du chien , entièrement nue dans les pays chauds, se couvrir d'un poil épais et abondant dans le nord.

Une première raison qui s'oppose à ce qu'on puisse admettre que lés choses se soient passées ainsi, consiste dans les différences très-sensibles qui existent entre le squelette de l'espèce d'éléphans fossiles et les deux espècesiactuellement vivantes; différences beaucoup plus caractérisées qu'aucune de celles que peut produire la variété du climat. Une seconde se trouve dans la destruction de plusieurs genres d'animaux évidemment contemporains des, éléphans, dont on trouve les débris ensevelis aveé les leurS, et qui ont certainement été détruits par les révolutions dont il reste des traces incontestables. Pourquoi les éléphansauraient-ils seulséchappé aux désastres capables de détruire entièrement les espèces du même genre qu'eux? Voilà encore une difficulté insoluble dans ce système, et qu'on doit ajouter à celle qui naît de la différence sensible qui existe entre les espèces éteintes et les espèces vivantes.

D'ailleurs, les révolutions dont les animaux

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de cette époque ont été victimes sont arrivées subitement. Je n'ai pas besoin de répéter içî que si le cadavre de l'éléphant de M. Àdams, et ceux qu'on a trouvés, comme lui , recouverts de teur peau, n'avaient pas été subitement saisis parla température glacée qui règne dans les lieux où on les a découverts, les châtra n'auraient pas pu être conservées comme elles l'ont été.

Au surplus», il a existé aussi des éléphans en Amérique , où on trouve leurs débris en grand nombre. Pourquoi, si le changement de température avait été assez lent pour leur permettre de se retirer dans des pays plus chauds, ceux de ce grand continent n'y auraient-ils pas échappé comme les nôtres? Pourquoi ne se seraientils pas réfugiés dans l'Amérique méridionale , où le Mexique et les pays voisins leur offraient une température certainement aussi chaude qu'ils pouvaient la supporter, et des lieux assez élevés pour se soustraire aux inondations marines dont plusieurs ont dû être les victimes ?

Ajoutons enfin, pour dernière raison, qu'on ne pourrait', dans cette supposition , expliquer comment les éléphans auraient pu être détruits dans les pays tempérés de l'Europe, et parti

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