‹ Lettres sur les révolutions du globe (volume 4)Chapitre 17 sur 44 · COKTINUATIOJN DES ANIMAUX FOSSILES. I · texte numérisé non relu

COKTINUATIOJN DES ANIMAUX FOSSILES. I

culièrement dans l'Italie, quand tout prouve qu'ils étaient conformés pour vivre dans des régions beaucoup plus froides.

Concluons dé tout ce que nous venons de dire,i° que les éléphans auxquels appartenaient les ossemens qu'on retrouve de nos jours à l'état fossile ont vécu jadis dans les lieux où gisent maintenant leurs débris; a 0 que les éléphans actuels ne sont pas leurs descendans; 3° enfin , que tout ce qu'on pourrait dire pour expliquer leur destruction par un refroidissement lent et graduel de la température, ou par un empiétement progressif de l'Océan sur les continens, est entièrement inadmissible.

Une circonstance assez remarquable consiste dans l'existence de coquilles marines qui'sont collées ou plutôt incrustées dans quelques os d'éléphans fossiles; ce qui tend à faire croire que ces os étaient déjà dénudés quand la mer est venue recouvrir le pays qu'ils habitaient.On ne doit pas s'en étonner, car les ossemens d'éléphans morts naturellement depuis plusieurs années devaient, après que leurs cadavres avaient été dévoré par les animaux carnassiers d'alors, rester épars sur le sol, comme peuvent Tétrc , dans notre pays, ceux des chevaux et des au-

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très quadrupèdes qu'on néglige d'enfouir dans la terre.

Comme il existe encore maintenant deux

espèces d'éléphans connues depuis^ les temps historiques , l'éléphant des Indes et l'éléphant d'Afrique, peut-être seriez-vous curieuse de savoir avec laquelle de ces deux espèces l'éléphant fossile présente le plus de ressemblance. Il parait qu'il se rapprochait beaucoup plus de l'espèce d'Asie que de celle d'Afrique; il avait, en effet, comme la première, le crâne plus allongé, le front plus concave : ces deux caractères étaient même bien plus prononcés chez lui que chez l'éléphant d'Asie. Sa tête différait encore de celle des deux espèces vivantes, par la forme de sa mâchoire inférieure, plus obtuse; par la grandeur des mâehelières, sur lesquelles on distingue des rubans plus longs et plus étroits, mais surtout par l'énorme développement des alvéoles dans lesquelles les défenses prenaient naissance. Quant au reste du corps, il paraît que cet éléphant était un peu plus volumineux que celui des I mi es ; mais i! devait avoir des fprmes en général plus trapues (i).

(i) Parmi les déi>ns iTe'Ieplians fossiles que nous pos-

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Figurez vous donc cet animal , non point avec la peau presque nue de nos éléphans d'aujourd'hui, mais abrité contre le froid des pays dans lesquels il vivait par une double fourrure de laine et de crins. Ses crins s'allongeaient sur le cou et sur l'épine du dos de manière à former une espèce de crinière ; ses défenses , d'un très-bel ivoire, un peu plus longues que celles des éléphans actuels , se courbaient en spirale, et se dirigeaient légèrement en dehors ; enfin , les grandes dimensions des alvéoles de ses défenses donnaient à sa physionomie un aspect qui la faisait notablement différer de celle des éléphans de nos jours , et devaient

sédons il en est qui prouvent que quelques-uns de ces animaux avaient acquis des dimensions très-considérables : telle est en particulier la portion de défenses trouvée près de Borne par MM. le duc de Larochefoucault et Desmarcst, qu'on serait tenté, au premier aspect , de prendre pour un tronc d'arbre ; elle est placée grande salle des fossiles ( no 9) dans les armoires qui font face aux fenêtres , vers la porte qui conduit à la salle des minéraux, au-dessus du bocal renfermant la peau , les poils el la laine de l'éléphant de M. Adams. Dans la même armoire on peut, parmi plusieurs ossemens, remarquer un fémur d'une telle grandeur, que l'animal auquel il a appartenu n'a pu avoir moins de 14 pieds de hauteur,

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avoir une influence sensible sur l'organisation de sa trompe.

Comme vous le voyez , cet antique éléphant

le cheval ne diffère de Fane ou du zèbre , ou le chien du renard. Par conséquent, on ne peut pas plus admettre que l'une vienne de l'autre, qu'on ne pourrait supposer que des chevaux finiraient à la longue par produire des ânes , ou des chiens des renards.

M.Deluc , dans un mémoire fort intéressant, a donné des raisons très-plausibles pour faire admettre que les éléphans n'ont pas habité simultanément toute l'Europe et le nord de l'Asie. Il pense que ces contrées étaient partagées en îles sujettes à des révolutions qui les faisaient passer sous les eaux de la mer pendant un temps plus ou moins long. Il fait remarquer que les os qu'on trouve épars doivent être ceux des animaux morts naturellement dans ces îles, et que ceux qu'on trouve rassemblés en grande quantité ont appartenu aux animaux que l'inondation subite a refoulés dans les lieux où ils cherchaient en commun un refuge; quelquefois aussi la mer, en faisant rouler les os qu'elle a trouvés épars, les a

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enfouis ensemble dans les lieux les plus bas.

Si je me suis beaucoup étendu sur tout ce qui a rapport aux éléphans fossiles, ne craignez pas, madame, que j'entre dans des détails aussi minutieux sur chacune des espèces contemporaines dont il nous reste des débris. Les considérations générales dans lesquelles je suis entré sur leur gisement, sur le temps où ils ont pu vivre, sur le climat auquel ils ont dû être exposés , et enfin sur le genre de révolution qui a pu les détruire, sont applicables à presque toutes les autres espèces contemporaines, sur lesquelles, par conséquent, je serai beaucoup plus court.

DES MASTODOKTES.

Uic animal, aujourd'hui perdu, contemporain de l'éléphant fossile, et qui a dû avoir avec lui la plus grande ressemblance , est celui qu'on a connu long-temps en France sous le nom d'animal de l'Ohio , et auquel M. Cuvier a donné celui de grand mastodonte. Ses ossemensse trouvent, comme ceux de l'éléphant, dans les deux continens , mais beaucoup plus fréquemment dans l'Amérique septentrionale que partout ailleurs. Ils sont même si rares dans notre ancien monde , que M. Cuvier a long-temps douté qu'on les y rencontrât réellement.

Le grand mastodonte vivait avec l'éléphant, puisqu'on trouve presque toujours ses osse-< mens mêlés avec ceux de ce dernier animal. Il avait sa taille et sa forme générale , à quelques

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légères différences près : son corps , par exemple , devait être plus allongé que celui de l'éléphant, et ses membres, au contraire, un peu plus épais ; du reste, H avait des défenses comme lui, et très-probablement une trompe semblable à la sienne.

Le mastodonte était cependant très-sensiblement distinct de l'éléphant par la forme de ses mâchelières, qui forment le caractère le plus distinctif de son organisation. Elles sont, en effet, plus ou moins approchantes de la forme rectangulaire, et présentent, sur la surface de leur couronne, de grosses tubérosités à pointes arrondies, disposées par paire au nombre de huit ou dix, suivant les espèces. Cette forme est si distincte et si reconnaissable , qu'il n'est

personne qui puisse s'y tromper quand il en a vu une seule fois , soit quand les tubérosités sont encore intactes, soit lorsque leur pointe arrondie a été usée par suite de la mastication. Ces dents ne ressemblent en aucune manière à celles des carnassiers; et, parmi les herbivores , l'hippopotame serait celui de tous les animaux connus dont les dents présenteraient avec elles le plus de ressemblance.

Buffon, qui avança le premier, dans ses

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Époques de la nature, que les dents du mastodonte se trouvaient dans l'ancien continent (on n'en avait jusqu'à lui rencontré que dans l'Amérique septentrionale), fut induit en erreur sur le volume que devait avoir l'animal auquel elles avaient appartenu. Voyant que ces dents avaient une forme carrée et point du tout allongée suivant la largeur de la mâchoire, il se persuada qu'elles devaient être nombreuses. « Quand on n'y en supposerait que six, ou même quatre , de chaque côté (ditil), on peut juger de l'immensité d'une tête qui aurait au moins seize dents mâchelières, pesant chacune dix ou douze livres. » Car la dent qu'il possédait , et que l'on conserve au Muséum, pesait en effet onze livres quatre onces (i): c'est une des plus grosses qu'on ait vues.

Mais ce n'est pas le poids peu ordinaire de

cette dent qui l'a induit en erreur, c'est le nombre considérable qu'il en supposait. Il estimait que la mâchoire de l'animal adulte pou-

(i) Celte dent se trouve dans l'armoire (no 10) la plus voisine (toujours en s'éloiguant de la salle des minéraux) de celle qui contient les énormes ossemens d'éléphans dont nous avons parlé dans la lettre précédente.

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