‹ Lettres sur les révolutions du globe (volume 4)Chapitre 28 sur 44 · DES BRÈCHES OSSEUSES, DES CAVERNES · texte numérisé non relu

DES BRÈCHES OSSEUSES, DES CAVERNES

les dé!>ris qu'on y trouve, elles ne le sont pas moins par l'absence des ossemens de certains animaux , dont on peut raisonnablement supposer que les espèces n'existaient pas alors.

Il est d'autant plus important de s'arrêter à cette considération, îjue les ossemens humains sont au nombre de ceux qu'on y chercherait inutilement : or pourquoi , s'il avait existé des hommes à l'époque où les anciennes hiènes fouillaient dans la terre pour enlever et transporter dans leurs repaires les cadavres de tous les animaux, auraient-elles plus épargné leurs dépouilles qu'elles ne le font maintenant.

Tontes les cavernes à ossemens ne présentent pourtant pas des débris de carnassiers, et on peut citei* au nombre des exceptions sous ce rapport la grotte d'Osselles, située près Besançon. Un naturaliste anglais , qui s'est spécialement livré à l'étude des cavernes , M. Buckland, visilant cette caverne, qui depuis long-temps était un objet de curiosité à cause de son étendue et des stalactites brillantes qui la décorent , reconnut qu'elle offrait toutes les apparences des cavernes à ossemens # de la Franconic. Il crut môme pouvoir marquer un endroU où on trouverai! des ossemens

très-près de la surface du sol ; et y ayant porté le marteau, il eut le plaisir de voir sa conjecture vérifiée.

La découverte des ossemens de cette caverne ne date que de cette année; déjà pourtant on a exploité une partie des richesses géologiques qu'elle renferme, et elle ne tardera pas à être entièrement connue. Ce qu'elle offre de plus remarquable sous le rapport de là géologie antédiluvienne , c'est que parmi les ossemens nombreux qu'on en a ex traits jusqu'ici, on n'en a pas rencontré, un seul qui appartînt à un autre animal que le grand ours des cavernes.

Les débris de hièncs, si fréquens dans toutes les autres, ne s'y rencontrent point; aussi les os d'ours y sont-ils exempts des fractures qu'ils présentent dans toutes les cavernes où ils ont été exposés à la dent des hiènes.

On peut faire la même remaïque relativement aux familles si nombreuses des singes.

On ne rencontre pas dans les cavernes un seul os qui puisse faire soupçonner qu'ils aient existé à l'époque qui nous occupe.

On a pourtant trouvé à l'état fossile un os de chauve-souris. Cet os est le seul qui appartienne • au genre des quadrumanes, qui contient les primates de Linnée.

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Vous sentez tout de suite que c'est surtout de l'espèce humaine qu'il est intéressant de constater l'existence ou la non-existence à l'époque dont il s'agit.

Or, si 6n s'en rapportait aux observations citées par un grand nombre d'auteurs, rien ne serait plus certain que la fossilisation des débris humains, malgré leur absence des cavernes. On a même, tout récemment \ annoncé avoir trouvé des crânes et autres ossemens humains avec plusieurs restes d'éléphans. On assure que ces ossemens, et particulièrement 1 la forme des crânes, dénotent l'existence d'une ancienne race d'hommes fort différente de celle qui habite maintenant le globe.

Mais il faut attendre la publication de ces documens, et le jugement qu'en porteront les hommes qui doivent être, dans ces matières, les guides de l'opinion publique.

Je dirai la même chose des prétendus crânes humains trouvés dans des cavernes, et qui âu* raient dû appartenir à des hommes privés de dents incisives. Je dois me contenter, dans ces lettres, de vcois faire part des prétentions jugées relativement à l'existence de la race humaine à l'état fossile.

D'abord, il est. reconnu aujourd'hui qu'on s'est très-souvent mépris pour n'avoir pas su distinguer la nature des terrains dans lesquels gisaient les ossemens humains qu'on rencontrait.

On ne peut rien conclure de tous ceux qui se trouvent avec des ouvrages façonnés par la main des hommes , à d'assez grandes profondeurs à la Vérité , mais dans des terrains d'alluvion, déposés depuis le dernier état de choses.

Ceux qu'on a trouvés incrustés dans l'intérieur de quelques rochers auraient pu induire plus facilement en erreur, si on n'avait pas constaté depuis qu'ils avaient été précipités, à des époques peu reculées, dans des fentes où ils étaient restés quelques siècles recouverts de matières pierreuses et terreuses, jusqu'à ce qu'en travaillant dans le rocher, des ouvriers les eussent exhumés, au grand étonnement de <x;ux qui ne tenaient pas compte de toutes les circonstances locales. • \

Un théologien, nommé Scheuchzer, auteur d'un svstèmc sur la théorie de ht terre, a été induit en erreur d'une autre façon. Il avait

trouvé des ossemens réellement fossiles dans des terrains très-anciens, et il en publia la de*

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couverte sous le titre de :' Homo diluvii testis (homme témoin Ai déluge). C'était un grand lézard, du genre proteus, qui, comme presque tous les reptiles de l'ancien monde, avait des dimensions de beaucoup supérieures à celles des animanx de la même espèce qui vivent encore de nos jours.

La découverte qui a paru pendant le plus long temps favorable à l'opinion de l'antiquité antédiluvienne de l'espèce humaine est celle des hommes pétrifiés de la Guadeloupe. Le gouvernement français^ ayant entendu parler de ce phénomène, ordonna qu'on fit des recherches pour se procurer les ossemens en question; mais, dans l'intervalle, la colonie étant tombée au pouvoir des Anglais , ce furent eux ^ qui en profitèrent. Cependant nous possédons au Muséum plusieurs de ces pièces très-curieuses , et parfaitement concluantes.

. Les ossemens appartiennent évidemment à l'espèce humaine; mais ce ne sont pas des ossemens fossiles. Ils sont bien, il est vrai, entourés de la substance pierreuse dans laquelle • ils ont été saisis ; mais cette substance ue s'est point combinée de manière à faire corps avec la leur. Ils appartiennent évidemment à des

hommes qui, à une époque peut-être peu reculée, out fait naufrage sxfv !a côte et y sont restés ensevelis. Le gisement dans lequel on les trouve ne consiste que dans une poussière de coquilles jointes entre elles par un cément pierreux, au milieu duquel ils sç sont conservés sans aucune autre altération que celle que devait leur faire subir le temps écoulé depuis l'époque de leur dépôt. Il n'y a rien là qui ressemble à la fossilisation; car elle ne peut avoir lieu qu'autant que la force créatrice des sub- . stances dans lesquelles les os se trouvent enfermés agit sur eux-mêmes pour les modifier. Or, je le répète, il parait que la nature n'est plus douée, dans le règne minéral, d'une at> # tivité assez grande pour produire un pareil effet (i).

Si quelque chose peut convaincre de cette impuissance de la nature relativement à la fossilisation , c'est bien cette absence d'ossemens humains fossiles. L'homme s'expose , en effet, bien plus qu'aucun animal , à périr dans les circonstances les plus diverses : âes cadavres

(i) Quelques naturalistes, MM. Constant , Prévost , entre autres, e'Ièvcnt aujourd'hui des doutes sur la réalité de cette assertion.

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