DES PAL/EOTHERIUMS , ETC
Je ne m'étendrai pas davantage sur deux espèces, du genre des pachydermes, qui vivaient dans notre pays avec les pakeotheriums, mais qui paraissent y avoir été beaucoup moins communs, si on en juge par le petit nombre de débris qu'on a obtenus jusqu'ici ; à' peine a-t-on recueilli assez de leurs os pour établir leur existence d'une manière positive.
Enfin, c'est seulement pour ne passer entièrement sous silence rien de ce qui peut se rattacher à l'histoire d'animaux si intéressans pour nous , comme ayant été les premiers quadrupèdes terrestres qui ont habité le sol que nous foulons aujourd'hui , que je vous dirai qu'on trouve, dans différentes parties de la France, des débris au moyen desquels il a été facile de reconnaître un genre de pachydermes qu'on a désignés sous le nom de lophiodons (i).
(l) Nous avons déjà indiqué la place qu'occupent les lophiodons dans la' salle des fossiles ; ils se trouvent entre ceux des tapirs gigantesques et ceux, des rhinocéros. Tous les débris que nous possédons ont été trouvés eu France, et on n'en a pas découvert ailleurs.
MAMMIFERES MARINS.
Pour terminer ce qui est relatif à la zoologie antédiluvienne des classes supérieures , il ne nous reste plus qu a dire quelques mots sur les mammifères marins.
Ces êtres, remarquables par la réunion des caractères qui leur permettent de vivre à la fois dans l'air et dans l'eau, ont dû naturellement précéder les mammifères terrestres. Aussi commence-t-on à trouver leurs débris dans des terrains plus anciens que ceux même qui renferment les ossemens de palaeoiheriuirçs et de lophiodons. *
Il semble , au premier coup d'oeil , que les mammifères marins dussent être plus capables que les animaux terrestres de résister aux grandes catastrophes produites par les irruptions de la mer; mais l'observation ne confirme pas cette supposition, et la comparaison des
MAMMIFERES MtAKINS. 1^5
espèces fossiles avec celles qui existent encore aujourd'hui , tend à prouver qu'aucune d'elles ne s'est maintenue. telle qu'elle existait à son origine.
C'était une idée assez naturelle à une époque où l'on confondait toutes les espèces de terrains, et où on les considérait toutes comme des produits de la mer, que d'attribuer aussi à des animaux marins lesossemens qui se rencontrent en si grand nombre dans quelques mers; aussi voit-on que les anciens descripteurs de fossiles ont souvent prétendu que les os dont ils parlaient avaient appartenu à des phoques, à des lamantins ou autres animaux semblables.
Mais aujourd'hui qu'il parait certain que les osseraeûs de mammifères renfermés dans un si grand nombre de couches proviennent d'une terre qu'une ou plusieurs grandes inondations ont détruite, on doit s'attendre à trouver, au contraire, parmi les êtres antédiluviens, trèspeu d'animaux marins.
Rien de plus rare en effet que les os de phoques et de lamantins parmi les fossiles. Il en est de même des morses et de tous les grands • cétacés.
Vous connaissez sans doute, au moins d'une manière générale, l'organisation extérieure du lamantin. Le nom de cet animal lui vient de la forme de ses pieds de devant , qui présentent la plus grande ressemblance avec les mains de l'homme. Il s'en sert avec beaucoup d'adresse et de force pour s'accrocher à la terre , et porter ses petits ; on y distingue aisément, au travers des membranes, cinq doigts, dont quatre sont terminés , comme les nôtres, par des ongles plats et arrondis, ce qui a pu faire donner, à juste titre, à ces membres lé nom de mains , par comparaison avec les nageoires des poissons ordinaires. .
Comme ces animaux ont leurs mamelles sur la poitrine, et qu'Us élèvent souvent la partie antérieure de leur corps au-dessus de l'eau ; comme le nom de mains, donné à leurs nageoires, a fait exagérer l'idée de la ressemblance de ces membres avec les nôtres; comme enfin leur mufle est entouré de poils, qui de loin peuvent faire l'effet d'une sorte de chevelure, on
leur a donné des noms plus pu; moins singuliers qui ont conduit ensuite à des récits extrêmes et entièrement fabuleux. Les Portugais et les Espagnols ont appelé le lamantin pcsct
MAMAUF&RES MARINS.
mulli€i\pescc doua (poisson femme). Le dugong animal de la même famille que les lamantins, etdont l'espèce est Irès-voisinedela leur, avait reçjii de son côté le nom d 1 homme barbu.
De ces noms à l'idée d'un être demi-homme et demi-poisson, il n'y a pas loin. Il suffit, dit M. Cuvier, d'un voyageur peu scrupuleux ou de peu de mémoire pour compléter la métamorphose.
C'est en effet à la vue des lamantins et des dugongs, et à des descriptions inexactes de ces animaux, qu'on doit rapporter tout ce qu'on a dit des Tritons , des Syrènes, etc. Dans toutes les figures données sur ces êtres imaginaires, le naturaliste tant soit peu instruit découvre au premier coup d'œil le modèle d'après lequel elles ont été inexactement copiées. Et voilà à quoi se réduisent ces récits à' hommes et de femmes de mer 9 accumulés par Maillet (i),
par Lachesmayc-des-Bois, par Sachs, et par
.0) Quiint à Maillet, il paraît évident, comme nous l'avons déjà dit, qu'au moins dans un cas un de ces prétendus hommes de mer c'tait réellement un homme, un Kskimau pris par les Anglais avec sa barque , et qui mourut peu de temps après à bord du navire qui l'aval çnieve à .son pays.
d'autres auteurs plus érudits que judicieux.
Bien que le lamantin ne se rencontre aujourd'hui que dans la zone torride, il est certain qu'il habitait jadis l'ancienne mer qui a couvert l'Europe de ses coquillages à une époque antérieure à celle où vivaient sur notre sol les palaeotheriums elles genres leurs contemporains. On a trouvé, en effet, des ossemens fossiles appartenant bien évidemment à des lamantins , non-seulement près d'Angers , mais près de Montauban, département de la Vendée, dans les environs de Mantes , dans les terrains déplacés pour la construction de la nouvelle machine de Marly, et près de Longjumeau.
La considération de ces ossemens trouvés dans des terrains très-anciens, avec des formes qui ne se rapprochent pas moins de la nôtre que celle des espèces actuellement vivantes du même animal, fournirait à elle seule une puissante objection contre le système des transformations successives des -êtres, si ce système n'était d'ailleurs réfuté par tant d'autres considérations victorieuses.
Les ossemens de dauphins sont aussi rares à l'état fossile que ceux des animaux dont nous venons de parler. Quelques ossemens trouvés
daus différentes parties de la France nous apprennent que les espèces anciennes sont essentiellement différentes de celles qui vivent encore actuellement.
Même remarque relativement au narval , poisson si célèbre par la corne ou plutôt la dent qu'il porte , et qui est , depuis des siècles, un objet de curiosité et de commerce.
Quant aux cachalots et aux hyperoodons, il paraît qu'on en a trouvé encore moins de débris à l'état fossile.
Les mers de l'ancien monde contenaient, comme nos mers actuelles, des baleines dont les espèces (autant que l'état très-imparfait de La science s^ir cet objet peut permettre de l'assurer), différaient assez peu des espèces actuellement vivantes. Les ossemens de ces énormes animaux , quand on vient à les mettre à nu, donnent souvent lieu à des méprises de la part des hommes peu instruits , qui , les prenant pour des ossemens de mammifères terrestres, se font l'idée d'animaux terrestres de dimensions exagérées (i).
(i) Telle es! probablement la cause de l'erreur de
a5o lettre »xy.
Parmi les découvertes d'osseinens de baleines fossiles, Tune des plus célèbres est celle que fit à Paris, en 1779, un marchand de vin de la rue Dauphine, qui déterra un très-gros fragment de la tête d'un deces animaux. Cet homme, en faisant des fouilles dans sa cave, découvrit une pièce osseuse d'une grandeur considérable, enfouie dans une glaise jaunâtre qui paraît avoir fait partie du sol naturel de cet endroit. Ne voulant pas se livrer aux travaux nécessaires
l'article suivait , insérti dans plusieurs journaux scientifiques.
Squelette du plus grand des animaux antédiluviens.
« On a découvert dans la Louisiane , sur les bords du » Mississipi, les os d'un animal colossal ; l'épine dor- » sale avait 16 pouces de diamètre , et les côtes 9 pieds » de long; plusieurs débris avaient chacun 20 pieds de »long, et pesaient plus de 120 livres. On estime, » d'après les dimensions de ces os , que l'animal vivant » devait avoir environ 5o pieds de longueur, 20 à a5 de » largeur, environ 20 pieds de hauteur, et qu'il a dû « peser au moins 20 tonneaux ou 20,000 kilogrammes. » C'est , dit-on , la plus grande curiosité uaturelle qu'on » ait découverte jusqu'ici ; et cet animal , pour la di- » mension , doit avoir surpassé le mammouth , autant »> que celui-ci surpassait le chien détaille moyenne. »
MAMMIFERES MARIAS.' ' ' a5l
à l'extraction complète de ce morceau, il le brisa, et en enleva une portion qui pesait deux cent vingt-sept livres , et qui fut vue d'un grand nombre de curieux. Mais parmi les naturalistes de profession , il n'y eut que le seul Lamanou qui se donna la peine d'en prendre connaissance. Il fit faire de cet os mutilé une copie enterre cuite, et en publia un dessin et une description dans le journal de physique. Il conjectura dès lors, avec raison , que ce devait être quelque os de la tête d'un cétacé.
Daubenton s'en occupa depuis, toujours d'après le modèle exécuté par Lamanou ; car pour la pièce elle-même elle ne resta pas en France: elle existe maintenant dans le cabinet de Teyler, à Harlem , d'où on a bien voulu nous en envoyer une copie plus exacte à certains égards que celle de Lamanou. Sur cesdonnées, M. Cuvier a été à portée de reconnaître que les os trouvés rue Dauphine établissaient une espèce antique de baleine différente non-seulement des espèces vivantes, mais encore de toutes les espèces fossiles connues jusqu'ici.
Non -seulement on peut faire, sur les cétacés fossiles, cette remarque que nous avons eu déjà occasion d'indiquer relativement aux autres
a5a ' LETTRE XV.
niainmifères marins, tjue Jes espèces fossiles qu'il a été possible de caractériser dans leur famille ne différaient pas moins de celles qui habitent aujourd'hui nos côtes, que les animaux terrestres de l'ancien monde ne diffèrent de leurs correspondans actuels. Mais encore on a découvert trois ou quatre espèces tellement éloignées de celles des autres cétacés, que M. Cuvier s'est cru obligé d'établir pour elles un genre particulier sous le nom de zipkius.
Les animaux qu'il désigne sous ce nom ne sont en effet ni tout-à-fait des baleines ni toutà-fait des cachalots, ni toivt-à-fait des hyperoodons. Ils tiennent, dans l'ordre des cétacés, celle qu'occupent dans l'ordre des pachydermes les anoplotheriums et autres animaux de Montmartre, et, dans celui des édentés, le mégatherium et le mégalony. Ce sont probablement aussi des restes d'une nature détruite, et dont on chercherait vainement aujourd'hui les originaux à l'état de vie.
«Par là se confirme, dit M. Cuvier, de plus en plus, cette proposition à laquelle l'examen des coquilles fossiles avait déjà conduit: que ce ne sont pas seulement les productions de la terre qui ont changé lors des révolutions du
globe , mais que la mer elle-même , agent principal de la plupart de ces révolutions , n'a pas conservé les mêmes habitans; que lorsqu'elle formait , dans nos environs , ces immenses couches calcaires peuplées de coquilles aujourd'hui presque toutes inconnues , les grands mammifères qu'elle nourrissait n'étaient pas ceux qui la peuplent aujourd'hui, et que, malgré les forces que semblait leur donner l'énormité de leur taille, ils n'ont pas mieux résisté aux catastrophes qui ont bouleversé leur élément, que n'y ont résisté sur terre les éléphans, les rhinocéros , les hippopotames et tous ces autres quadrupèdes si robustes, qu'à défaut des arts de l'homme une révolution générale de la nature pouvait seule extirper leurs races. »
Les naturalistes ont été long-temps en doute sur la question de savoir si on trouvait des ossemens d'oiseaux à l'état fossile. Plusieurs auteurs, il est vrai, prétendaient depuis longtemps en avoir observé, mais leurs assertions étaient exposées à des objections insurmontables. En 1782, l'affirmative était encore loin d'être prouvée, et ce n'est qu'à cette époque qu'on présenta un véritable orititholithe ( c'est ainsi qu'on appelle les débris fossiles d'oiseaux)
trouvé à Montmartre. Depuis ce temps, M. Cuvier en a reçu , des carrières de nos environs , un nombre assez considérable pour qu'il ne soit plus permis de conserver aucun doute; il en existe particulièrement plusieurs empreintes parfaitement bien conservées au Muséum (i).
On a les preuves de onze ou douze espèces d'oiseaux ensevelis dans nos carrières , parmi lesquelles il parait que deux au moins ont dû être des oiseaux de proie; et ce qu'il y a de plus remarquable dans ces découvertes, c'est que nos environs sont le seul endroit du globe où jusqu'ici on ait trouvé des ornitholithes incontestables.
L'existence, bien constatée aujourd'hui, des oiseaux à l'état fossile, prouve qu'à l'époque reculée où ils ont été ensevelis, et lorsque les espèces étaient si différentes de ce qu'elles sont maintenant, on voyait déjà pourtant, entre les races et les genres, les mêmes rapports d'organisation générale que nous observons maintenant, et qu'aucune classe d'animaux ne manait dans la série des êtres vivans; aussi cha-
(i)Ce* débris sont placés tout près de ceux des palrcotherium et des anoplolherium.
MAMMIFÈRES XARIJfS. 255
du tout, que peut-être la destruction totale d'une seule grande classe suffirait pour entraîner celle de toutes les autres. •
Quelques» genres d'oiseaux, comme les aquatiques, ont du nécessairement vivre avant les mammifères terrestres, puisque les premières terres mises à découvert étaient propres à les recevoir avant que les mammifères pussent y trouver leur nourriture. Cette idée si naturelle est confirmée par les recherches géologiques , tandis qu'on ne trouve aucun mammifère dans les terrains secondaires. On y connaît au contraire des ossemens d'oiseaux nageurs # comme dans le calcaire de Pappenheim, et des débris d'échassiers, comme dans le calcaire de Stonesfield.
Cependant où les restes fossiles sont le plus communs, c'est dans le» dépots tertiaires tels que ceux des environs de Vérone. Ceux , d'OEningen , le terrain d'eau douce de l'Auvergne, où Ton a trouvé récemment des œufs, même parfaitement reconnaissables pour avoir appartenu comme nous venons de le dire, à plusieurs genres et espèces assez rapprochées de la caille, de la bécasse , de l'alouette de mer, de l'ibis, du cormoran, du busard, du balbufard et de la chouette.
-jS6 lettre xv.
Les crustacés , ces animaux semblables aux insectes, dont le corps es^ garni d'une espèce* de test, et parmi lesquels se trouvent à l'état vivant les crabes, les écrevisses, etc., existaient aux époques antérieures du globe.
On commence même à en rencontrer dans des terrains U'ès-anciens ; et antérieurs à la craie. Les argiles bleues auxquelles les Anglais donnent le nom de bleue-lias en renferment en grand nombre : il en est de même des écueils connus sous le nom de vacfws noires , et d'une partie des rochers du Calvados. On en rencontre spécialement avec des ossemens de crocodiles, des débris d'une espèce à longues pattes et à grande queue , qui parait avoir été une langouste. • '
On trouve encore de6 débris de crustacés dans des terrains supérieurs, spécialement dans le calcaire grossier des environs de Paris. Toujours avec cette circonstance remarquable , que ceux de ces animaux qui se rencontrent dans les terrains moins anciens sont ceux qui se rapprochent le plus des espèces vivantes.
Parmi les animaux fossiles des classes inférieures, nous devons surtout nous arrêter à signaler une famille extrêmement remarquable,
MAMMIFERES MARINS. 2$J
surtout par cette^circonstance que les êtres qui la composent paraissent avoir été incontestablement les plus anciens habitans du globe. On les a désignés sous le nom de trilobites, y
Leur corps, comme dans la plupart des in-' sectes et dans quelques crustacés, peut être divisé transversalement en trois parties principales; mais ce qu'ils présentent tous de caractéristique, ce qui les distingue essentiellement de tous les animaux connus, c'est leur division longitudinale en trois parties ou lobes, par deux sillons profonds et parallèles à Taxe du corps.
Les trilobites sont tous des animaux marins:
leur association constante dans les mêmes roches avec des coquilles et d'autres productions marines, ne peut laisser de doute sur ce point. Il parait qu'ils étaient susceptibles de se multiplier prodigieusement, à en juger par la manière dont certains calcaires en sont remplis. Quelques-unes de ces pierres en semblent entièrement composées.
Les trilobites ne se sont maintenus à la surface de la terre qu'à des époques extrêmement reculées , et les moins anciens des terrains dans
lesquels on les rencontre sont de beaucoup inférieurs à la craie.
Les trilobites offrent donc parmi les crustacés fossiles un ordre entier d'animaux dont on ne connaît encore aucune tfipèce vivante.
Plusieurs genres ou espèces de cet ordre sont enfouis dans les couches les plus profondes de la terre. Ils paraissent d'abord presque seuls, et semblent avoir été les premiers habitans solides des premières eaux marines qui aient laissé dans nos couches des traces de vie.
L'ordre dont ces animaux singuliers se rapprochent le plus, est celui des Gymnobranches; et quand les animaux connus de cet ordre commencent à paraître dans des terrains plus nouveaux, les trilobites ont disparu , sinon en totalité, au moins en très-grande partie. Nouvelle confirmation de cette loi remarquable de la nature, dont nous avons si souvent eu occasion de faire l'application , que les animaux fossiles différent d autant plus des êtres qui vivent actuellement , qu'ils sont enveloppes dans des couches plus anciennes du globe.
Terminons par une seule remarque sur la distribution des os fossiles.
Vous avez déjà pu remarquer que certains
MAMMIFÈRES MARINS. 25g
lieux paraissent privilégiés pour fournir presque exclusivement telles ou telles espèces qu'on ne trouve point ailleurs , ou qui ne se trouvent nulle part, à beaucoup près, aussi communes.
Nos environs sont dans le premier cas , relativement aux palaeotheriums et aux anoplotheriums. On peut citer comme étant dans le second , le val d'Arno, oû on a trouvé plus d'ossemens de rhinocéros que dans tout le reste de l'Europe ensemble ; le Camp des géans , dans l'Amérique méridionale, pour les mastodontes à dents étroites, et, dans l'Amérique septentrionale , les bords de l'Ohio , pour le grand mastodonte.
On explique cette accumulation de débris d'animaux de même espèce dans un même lieu, en supposant qu'à l'époque où la mer a envahi les pays dans lesquels ils vivaient , ils ont tous fui , devant l'inondation , vers les lieux qui ont été les derniers envahis par elle, et où ils ont été détruits tous ensemble. Il serait impossible, sans cette considération , de se rendre raison de la prodigieuse quantité d'ossemens fossiles trouvés à Montmartre , par exemple , où on ne peut supposer que les palaeotheriums et les anoplotheriums se soient trouvés par hasard
a6o lettre xv.'
entassés par milliers avec les animaux carnassiers, qui , quoique moins nombreux, s'y trouvent aussi en grande quantité.
On dira peut-être que ce sont des milliers de générations qui s'y découvrent successivement. A la bonne heure; mais pourquoi tes mêmes débris sont - ils beaucoup moins nombreux dans toutes les autres plâtrières des environs ? Notre hypothèse n'est -elle pas la seule qui puisse rendre raison de cette surabondance d'ossemens fossiles dans une seule colline si peu étendue? Ces animaux, si différens, qui , effrayés de la grande catastrophe qui détruisait à la fois tout ce qui jouissait de. la vie, périssent ensemble, quand la nature les avait destinés à se fuir, ne nous rappellent-ils pas l'ingénieuse fiction -du poète qui , dans sa description du déluge, nous représente la brebis fuyant auprès du loup, qui, dans sa frayeur, n'est plus à craindre pour elle ?
Tout prouve qu'aux différens âges de l'ancien monde, les terres sèches étaient, bien plus qu'elles ne sont aujourd'hui , séparées en îles , où les animaux terrestres étaient comme parqués. C'est ainsi que, dans toutes les îles un peu considérables découvertes de nos jours,
on a trouvé une population particulière; et si l'homme n'avait pas de tout temps cherché à transplanter les animaux d'une contrée dans une autre, on verrait leur séparation géographique des genres et des espèces bien plus marquée qu'elle ne Test : or, l'homme n'existant pas à ces époques , c'était une raison d'isolement ajoutée à celle de la plus grande division des terres.