partie
maux ; mais l'étude des anciennes formations marines qui font aujourd'hui partie de nos continens a suppléé à ce qui ne pouvait être prouvé par l'observation directe. M. Quoy a constaté que les encroûtemens de nos continens, formés dans l'ancienne mer, n'atteignent que très-rarement une élévation de i5 ou so pieds ; dans un seul lieu ils se sont élevés jusqu'à 3o : on peut, au reste, presque toujours, ahfec un peu d'attention , découvrir la base pri • initive sur laquelle les polypes avaient construit lorsqu'ils étaient sous les eaux.
Ajoutons, comme une autre cause de l'exhaussement du fond de la mer, l'action continuelle des vagues sur ses rivages, qu'elles minent insensiblement, et dont les débris s'y précipitent. Les parties pierreuses y sont agitées par les flots, qui, éipoussant leurs arêtes et détruisant leurs angles, leur donnent la forme arrondie propre à tous les corps qui ont été roulés dans un liquide. Ces cailloux roulés forment, par leur masse, les grèves qui servent de barrière à la mer et limitent son action. Si je vous parle de ce phénomène, c'est seulement pour en faire mention, car son influence relativement à l'élévation du fond de
DE h\ MASSE DES EAUX. 335
L'Océan est tellement limitée, qu'on peut la négliger entièrement.
Les volcans sous-marins nous offrent une troisième cause réelle, quoique moins importante, puisqu'elle est accidentelle et locale, de l'exhaussement du fond de l'Océan.
Les lacs salés sans issue sont d'une importance beaucoup moins grande que l'Océan.
Le plus étendu est la mer Caspienne, qui a 3oo lieues de longueur, sur 5o environ de largeur ; les autres le sont beaucoup moins. Quant à leur ancienneté, ils ont dû commencer après la dernière révolution du globe.
Leur degré de salure varie beaucoup. La mer Morte est , sous ce rapport, très-remarquable : elle contient jusqu'à un quart de matières salines. Ces lacs peuvent nous servir à comprendre la formation des dépota salins qu'on trouve dans l'intérieur de la terre. Supposons, en effet, que la température vienne à augmenter subitement dans les lieux où ils sont situés ; il en résultera une évaporât ion considérable, qui pourra les mettre à sec; et les parties salines, qui ne s'évaporent pas, resteront seules au fond de leur bassin. Si , plus tard, de nouvelles eaux viennent déposer
Digitiz
336 * ueTTRB xviii.
sur ces bassins des troubles qui forment des terrains au-dessus , il en résultera un dépôt de sels gemmes , semblables à ceux que nous trouvons dans plusieurs parties de l'écorce minérale.
On a fait jouer aux lacs répandus sur le globe un rôle très-important, relativement aux grandes inondations qui ont couvert les diffé rentes parties des continens. Supposons la masse des eaux à peu près telle qu'elle est maintenant , quant à sa quantité , mais disposée d'une manière différente; c'est-à-dire qu'au lieu d'être presque entièrement rassemblée dans l'Océan, elle se trouve divisée en une grande quantité d'amas considérables, placée sur des plateaux à différentes hauteurs. Par la suite des temps, un des lacs supérieurs rompra la digue qui le retient, et ses eaux, débordant sur les terrains inférieurs, produiront une inondation qui restera sur ces lieux jusqu'à ce que quelqu'une des digues inférieures venant à se rompre aussi , il en résulte une seconde irruption de l'eau.
. L'eau, dans ce système, aurait continué de descendre de la même manière, pour ainsi dire, d'étage en étage, jusqu'à ce que la masse en-
Hère du liquide eût été réunie dans la partie .i plus basse , pour y former l'Océan tel que nous le voyons maintenant.
La difficulté n'est pas de répondre à ceux qui douteraient que la rupture d'une seule digue eût pu occasioner des effets aussi importans que paraissent l'avoir été les déluges successifs; car, outre qu'on peut supposer les lacs supérieurs aussi immenses qu'on voudra, on pourrait toujours imaginer que l'irruption de nouvelles eaux déterminera la rupture d'une digne inférieure, et ainsi de suite, de manière à avoir la quantité d'eau nécessaire pour les effets prouvés.
Mais il n'est pas aussi facile , dans ces idées , de rendre raison du très-long séjour que les eaux ont certainement fait, à différentes reprises, sur toutes les parties du globe , et qu'il est impossible d'expliquer par un simple passage des eaux des lacs supérieurs , quelque lent qu'on le suppose.
Les eaux douces, beaucoup moindres par leur volume que les eaux salées, exercent pourtant sur le globe une influence sensible. Les particules étrangères que les fleuves charrient , se déposant peu à peu sur leur fond, l'exhaus-
sept assez promptement; et , si on n'a pas soin de les contenir par des digues, ils débordent bientôt sur les pays voisins , et finissent par changer entièrement de lit : c'est ce qui serait arrivé depuis long-temps pour le Pô, par exemple, si on n'avait pas pris les précautions nécessaires pour le retenir toujours dans le même lit.
M. Prony, chargé par le gouvernement d'examiner les moyiens à opposer aux dévastations que pourraient causer les crues de ce fleuve, a reconnu que, depuis l'époque où on l'a enfermé de digues, il a tellemeut élevé son fond, que la surface de ses eaux est maintenant plus haute que les toits des maisons de Ferrare. Grâce à ces atterrissemens , le rivage a gagné, à son embouchure, plus de 6,600 toises depuis l'année 1604; ce qui fait i5o, 180, et, en quelques endroits , aoo pieds par an.
11 en est de même , comme nous l'avons vu , pour tous les fleuves; tous, à leur embouchure, déposent sur le rivage une si grande quantité des troubles qu'ils charrient, que bientôt, le terrain se trouvant considérablement élevé , la mer ne peut plus le couvrir.
Si l'industrie des hommes ne s'opposait pas
DE LA MASSE DES EAUX. 33g
à la marche des choses , les terrains d'alluvion ( c'est ainsi qu'on appelle ceux qui sont déposés par le cours des fleujes) se formeraient sur' une beaucoup plus grande étendue; car, aussitôt que le fond d'un fleuve serait assez élevé pour porter ses eaux au-dessus des terrains environnans , ces eaux s'y répandraient , et il se formerait une nouvelle couche , qui s'accumulerait jusqu'à ce que son élévation déterminât encore un nouveau changement de lit.
Mais quand , pour prévenir les ravages que causent les débordemens , on leur oppose des digues qui fixent le cours du fleuve, la couche devient de plus en plus épaisse, et on en vient à avoir des fleuves suspendus assez haut audessus des terrains qui les environnent. C'est ainsi qu'en Italie i'Adige menace f comme le Pô , de se répandre sur les pays voisins, et qu'il faudra nécessairement lui ouvrir un nouveau lit dans les parties basses sur lesquelles elle a déjà coulé autrefois.
Le Rhin et la Meuse menacent de même les plus riches cantons de la Hollande.
Les atterrissemens , le long des côtes de la mer du Nord, se forment avec la même rapidité dans le pays de Groningue. On sait posi-
tivement qu'en 1570 des digues furent construites devant la ville , et que, 100 ans après, on avait déjà gagné tgpis quarts de lieue en dehors de ces travaux. Les villes de Rosette et de Dam i eue, bâties au bord de la mer il y a moins de mille ans , en sont maintenant à plus d'une lieue.
La marche des atterrissemens , et le plus ou moins de rapidité avec laquelle se déposent les terrains d'alluvion, sont très-importantes à noter, car elles fournissent des données pré* cieuses pour calculer, d'une manière approximative, l'époque à laquelle peut remonter l'ordre actuel des choses. Or, il est très*remarquable que tous les phénomènes naturels, d'accord avec les traditions historiques et religieuses , se réunissent pour prouver qu'il ne peut exister depuis plus de 5 ou 6 mille ans. Relativement aux fleuves dont je viens de vous parler, par exemple, il est co ri s tant que, d'après les données obtenues, il a fallu assez peu de temps au Pô et à l'Adige pour former les terrains d'alluvion qui les entourent.
Les lacs d'eau douce nous présentent lés mêmes phénomènes d'élévation de leur fond , et conduisent à la même conséquence; car on
en voit qui reçoivent des cours d'eau qui ne peuvent manquer d'exercer une influence assez forte sur l'élévation de leur fond , et qui seraient certainement comblés si la dernière révolution qui a déterminé la forme actuelle de nos continens remontait à une époque plus reculée.
Toutes les hautes montagnes ont teur sommet couvert de glaces éternelles, qui proviennent delà fonte des neiges. Ces amas, cdnnus sous le nom de glaciers , s'étendent plus ou moins vers la base de la montagne ; et leur propre poids les faisant descendre au-dessous de leur niveau naturel , elles sont fondues par l'action de la température plus élevée qui règne vers le pied de la montagne. L'eau, en fondant, abandonne les parties terreuses qu'elle retenait, et en forme les dépôts qu'on désigne sous le nom de murèmes.
La formation des murèmes dépendant de causes périodiques et à peu près constantes, il n'est pas très-difficile d'évaluer quel temps a dû être nécessaire pour leur donner le volume qu'on leur connaît; et, comme elleê datent certainement du commencement de l'ordre actuel, elles fournissent un nouveau moyen
Di
d'arriver à une connaissance approximative du temps qui s'est écoulé depuis le dernier cataclysme.
Cette évaluation conduit encore au même résultat, et nous donne 5 à 6 mille ans tout au plus pour l'âge de notre monde. Les glaciers, dans certains lieux, sembleraient même ne demander qu'un temps beaucoup moins considérable; mais cela tient à des circonstances locales , telles que l'existence de cours d'eau qui, tombant des montagnes, lavent les murèmes et entraînent au loin leurs débris.
Ce serait peut-être ici le lieu de vous parler des glaces perpétuelles qui couvrent le sommet de toutes les hautes montagnes, et de celles qui, probablement, depuis le commencement de l'ordre actuel des choses, entourent les deux pôles dans une étendue égale au moins au dixième de la surface du globe terrestre; mais, comme je me propose de m'étendre un peu suc ce sujet dans ma prochaine lettre, je nje contenterai de noter qu'elles n'offrent rien qui ne s'accorde avec l'opinion qui ne donne pas, au monde plus de 5 ou 6 mille ans.
Les calculs qu'on peut faire sur les dunes conduisent au même laps de temps. On sait erç
de la masse des eaux. 343
effet de combien (terme moyen) elles s'avancent par siècle et même par année. On sait que , du côté de Bordeaux , leur marche est de 60 à 70 pieds par an, et que, si on ne leur opposait aucun obstacle, il ne leur faudrait que 1,000 ans pour arriver à cette ville ; d'après leur étendue actuelle , il doit y en avoir un peu plus de 4,000 qu'elles ont commencé à se former.
Ce qu'il y a de plus curieux, c'est que les traditions historiques de tous les peuples s'accordent d'une manière singulièrement frappante avec ce résultat constant. La Genèse est certainement l'un des plus anciens livres qui existent, et on ne peut guère lui refuser 3,3oo ans d'antiquité : Moïse, son auteur, vécut long-temps avec son peuple en Égypte, c'est-à-dire chez une des nations les plus anciennement civilisées, et il ne fait pas remonter le déluge à plus de i5 ou 1,800 ans avant l'époque où il éçrit. Or, on ne doif pas supposer qu'il ait , contre la propension ordinaire, cherché à rajeunir l'espèce humaine 5 la vanité de son peuple , qui connaissait les traditions égyptiennes, se serait déclarée contre lui.
Bérose , qui écrivait à Babylone au temps
d'Alexandre, parla du déluge comme Moïse, et il le place immédiatement avant Bélus, père de Ni nus. >
Les Védas , ou livres sacrés des Indiens, ont été composés à peu près dans le même temps que la Genèse (i,5oo ans avant Jesus-Christ) , et ils font aussi remonter la révolution dont ils parlent à i,5oo ans.
Les Guèbres parlent du même désastre comme ayant eu lieu à la même époque.
La Chine nous fournit, sur le déluge, des documens plus positifs encore ; car Coufucius (qui vivait près de 2,000 ans avant Jésus- Christ) commence l'histoire de ce pays par un empereur nommé Iao , qu'il représente comme occupé à faire écouler les eaux qui , s'étant élevées jusqu'au ciel, baignaient encore le pied des plus hautes montagnes , couvraient les collines moins élevées , et rendaient les plaines impraticà- • bles (1). »
La seule science qu'on a prétendu fournir des renseignemens contraires à ceux dont nous venons de parler est l'astronomie; elle nous
(1) Les deuils prëcedens sont puises dans l'admirable Discours sur les révolutions du globe , par G. Curier.
apprend en effet qu'il y a près de 3 ,000 ans les Chaldéens et les Indiens avaient la connais* sance de la longueur de Tannée, ainsi que des mouvemens relatifs de la lune et du soleil.
Mais qu'y a-t-ii dans ces connaissances qui contredise l'opinion de la nouveauté de Tordre actuel? Qu'on considère les progrès immenses que l'astronomie a faits en quelques siècles , depuis Copernic, et on ne sera plus étonné que le temps pendant lequel ils ont pu travailler ait suffi pour donner quelques connaissances élémentaires d'asfronomie à des hommes si favorisés dans l'étude de cette science, par leur genre de vie et la pureté du ciel sous lequel ils vivaient. Au surplus, quand il serait démontré que l'astronomie avait , à cette époque reculée , fart des progrès qui demandaient plus de 2,000 ans d'observations suivies, en pourrait-on conclure autre chose, si ce n'est que le peu d'hommes échappés à la destruction générale avaient conservé les connaissances astronomiques acquises avant le déluge, et les avaient transmises à leurs descendans? C'est ce que suppose dans son Histoire de l'astronomie le célèbre Bailly, qui explique très-bien par cette hypothèse l'identité des
noms donnés aux 12 signes du zodiaque par des peuples entre lesquels on ne peut guère supposer que des communications antérieures à la dernière grande catastrophe.
La même hypothèse rend aussi raison de l'état de l'astronomie chez les anciens, qui paraissent avoir possédé plutôt les débris de cette science que ses élémens , puisqu'on trouve dans l'histoire de leurs connaissances, conjointement avec les notions qui demandent les recherches les plus profondes , une ignorance des faits les plus simjfles, qu'on ne pourrait supposer chez un peuple qui aurait eu la gloire d'être l'inventeur de la science.
Toutes les eaux des pluies ne sont pas destinées à couler à la surface de 1# terre ; une partie pénètre dans la croûte minérale, et forme les eaux de sources , qui en sortent ensuite à des températures variables. Ces cours d'eau intérieurs agissent mécaniquement, en déplaçant certaines parties des couches les plus meubles; ils jouent aussi un rôle dans les phénomènes volcaniques, quoique ce rôle soit, comme nous l'avons vu précédemment, beaucoup moins important qu'on ne le suppose d'ordinaire , puisqu'ils ne servent qu'à fournir,
par la décomposition de leurs principes , les parties gazeuses qui sortent du cratère.
Quelques sources rencontrent , dans la terre, des dépôts salins , ét se chargent de leurs principes, qu'iW rapportent à la surface. Ils lavent donc peu à peu ces dépôts; aussi les sources d'eau salée sont-elles sujettes à s'altérer, et voit-on souvent leur degré de salure diminuer graduellement.
Quand les eaux pénètrent très-profondément dans la croûte minérale, elles contractent là température élevée qui règne dans les profondeurs de la terre, et plusieurs sources s'échauffent assez pour conserver, même en sortant à la surface du sol , une température voisine de l'eau bouillante : on en rencontre plusieurs en Irlande qui sont dans ce cas. Telle est l'origine des eaux thermales, qu'on remarque le plus ordinairement dans les pays volcaniques, mais qui se rencontrent pourtant quelquefois bien loin des volcans brûlans. Presque toujours les eaux qui descendent assez bas pour devenir thermales rencontrent différentes matières, sulfureuses ou autres, dont elles se chargent, et deviennent ainsi minérales.
Dig
DE l'atmosphère. 353
dans des lieux plus bas , où elle se gèle durant les nuits ; enfin dans les vallons qui se trouvent au pied des glaciers , bien ait-dessous du niveau où se maintiennent les glaces perpétuelles , il se forme, dails l'hiver, des amas de glace qui, par leur immense volume, rafraîchissent assez l'atmosphère pour résister aux chaleurs des étés les plus chauds.
Il faut donc distinguer , i° les monts de neige et de glace; a 0 les vallons de glace ( situés au-dessous des monts , mais à des hauteurs encore assez considérables pour que la congélation de l'eau y ait lieu naturellement) ; 3° les glaciers formés au-dessous de ces masses par la * fonte des neiges, et leur regel en glaces qui cheminent et suivent les pentes. Ces derniers , qui ne sont que les prolongemens des seconds, prennent mille formes différentes , suivant les dispositions des lieux qui leur servent de lit. * Je parlerai successivement de ces trois sortes . de glaciers. ' • *
« Sur les plus hautes cimes des Alpes , dont les têtes se perdent dans les nues , et où la neige ne fond qu'un peu à sa surface, est une neige pure, accumulée de siècle en siècle, abaissée, comprimée, et dont une partie de
l'humidité a été emportée par les vents. Dans les heures les plus chaudes de quelques beaux jours de i'étér, la surface en est un peu fondue. Cette superficie regèle aussitôt dans la nuit , et forme une croûte ferme et solide. Tel est le premier genre des glaciers : on pourrait les appeler monts neigës. »
Souvent cette neige, endurcie, forme comme une calotte , et couvre un mont qui parait un sommet isolé; quelquefois aussi c'est une suite de cônes énormes qui , à différentes hauteurs, offrent des pointes toujours blanches : ce sont les pointes mêmes des rochers qui servent de base et d'appui aux neiges dont ils sont couverts.
Dans le circuit de ce» montagnes coniques , il y a d'autres fois des pentes douces ou des espèces d'appendices et de plates-formes en terrasses couvertes déneige, où elle fond et regèle. L'eau des sommets s'y épanche aussi et s'y congèle \ ce qui couvre ces lieux d'une niasse composée de couches alternatives de neige et de glace. Grouner appelle ces pentes douces et ces terrasses des champs de glace.
Passons au second genre de glaciers.
Entre les mont* dont je viens de parler,
dissent jusqu'à la température de la glace (i).
Les eaux des pluies sont presque les seules qui concourent à la formation des sources; car celles de l'Océan et des grands lacs ne pénètrent guère dans l'intérieur des terres, le fond des mers ne pouvant pas offrir les fentes et les crevasses qui se trouvent sur le sol des çontinens, et qui, si elles ont existé primitivement , n'ont pu manquer d'être bientôt comblées par les troubles qui se déposent dans les eaux, et qui ont comme luté leur fond. Aussi tout ce qu'on a dit des infiltrations à de trèsgrandes distances est-il purement hypothétique, et inventé par les auteurs de systèmes pour soutenir leurs idées.
Il existe dans le comté de Cornouaille, paroisse Saint-Just, une mine de cuivre dont les travaux ont été poussés jusqu'à 600 pieds sous la mer. Les ouvriers n'étaient, à cette distance, séparés des flots que par une épaisseur d'une trentaine de pieds. Lorsque la mer était agitée, elle produisait dans ces souterrains un
(1) Si on mêle ensemble du sel et de la neige, on obtient une tempe'rature capable d'ope'rer la congélation du mercure , c'est-à-dire un froid de plus de 35 degréif au-dessous de la glace.
35o LETTRE XVni. DE L\ MASSE DES EAUX.
tel bruit et un tel ébranlement , que les ouvriers , se croyant quelquefois menacés d'être submergés, cherchaient leur salut dans la fuite. Mais ce qu'il y a de remarquable dans ces travaux: sous-marins, c'est qu'on y est très -peu incommodé par les eaux : le peu qu'il y en a est généralement salé , ou au moins un peu saumâtre. '
On a lieu de faire la même remarque relativement à toutes les autres mines dont les tra-
vaux ont été ainsi poussés jusque sous la mer.
DE i/ ATMOSPHÈRE.
L'atmosphère affecte une forme sphéroïdale, et entoure notre globe jusqu'à une hauteur qu'on peut évaluer à 60,000 mètres, ou 1 2 lieues ; du moins c'est à cette hauteur qu'elle n'exerce plus de réfraction.
Si la température augmente rapidement à mesure qu'on enfonce dans l'intérieur de la terre , elle diminue avec une vitesse non moins grande quand on s'élève dans les régions supérieures de l'atmosphère. Cette diminution est si rapide, que le sommet de toutes les montagnes un peu élevées est couvert de neiges perpétuelles. Le point d'élévation où les neiges commencent à se former dans les différentes parties du globe est trèsintéressant, parce qu'il indique à quelle hauteur il faut s'élever , dans chaque région , pour arriver à la température de la glace.
DE JL ATMOSPHÈRE. &$J
l'ébauche de nouveaux glaciers, de nouveaux vallons , de nouveaux champs de glace et de nouveaux lacs.
Telles sont les causes bien simples données par Grouner aux changemens éprouvés par les glaciers du second ordre, sur lesquels on avait fait, avant lui, mille hypothèses bizarres.
Quelquefois les masses énormes des vallons de glace, légèrement déplacées par un grand dégel, et se trouvant porter à faux , se fendent avec un grand bruit, qui, répété mille fois par les échos des montagnes , frappe de surprise et d'admiration les voyageurs ou les paysans du •voisinage. Plus d'une fois ces fentes ont servi de tombeau aux voyageurs et aux chasseurs imprudens.JU est remarquable que très-souvent 13, a 4 ou 36 heures après le moment où les malheureux ont disparu dans une de ces fentes on retrouve leur cadavre très-bien conservé et rejeté sur la glace dans le même lieu; ce qu'on ne peut attribuer qu'à des courans qui circu-
lent sous la croûte solide, et qui ont un cours réglé. Au reste, on voit très-souvent, dans les fentes , l'eau liquidé qui reste constamment à cet état sous la glace.
Le glaciers du troisième genre , qu'on peut
nommer vallées ou amas de glaces qui cheminent f méritent peut-être plus que les deux autres le nom de glaciers f puisqu'ils sont uniquement formés par le regel de l'eau qui coule des monts neigés et des champs de glace. Aussi la glace qui les compose est-elle beaucoup plus semblable à celle qu'on trouve partout jen hiver que celle des glaciers*supérieurs ; car cette dernière, quoiqu'on la désigne partout sous le nom de glace , mériterait peut-être aussi bien le nom de neige durcie, ou plutôt formée par un mélange de glace rendue opaque par la grande quantité de matières terreuses qu'elle renferme , et de neige très-dure et très-comprimée ; elle, n'a guère de commun avec la neige et la glace ordinaire que d'être de l'eau à l'état solide. Elle est poreuse et extrêmement dure; mais elle n'est point transparente, qtïoique Aristote ait cru qu'elle pouvait se changer en un véritable cristal.
Puisque je vous parle de la dureté de la glace, permettez-moi de vous rappeler que, dans les régions où le froid est rigoureux et long-temps soutenu, elle parvient à un degré dont on se ferait difficilement une idée. Vous avez peut-être mille fois entendu parler de la