‹ Lettres sur les révolutions du globe (volume 4)Chapitre 33 sur 44 · DE ^'ATMOSPHÈRE · texte numérisé non relu

DE ^'ATMOSPHÈRE

salle construite à Saint-Pétersbourg aveç/de la glace; elle était longue de 5a pieds, large de 16 , et haute de 20. On fit plus : on tailla avec la même substance six pièces de canon ; on les tira à 60 pas sur une planche épaisse de 2 ponces, qui fut percée de part en part , et les canons n'éclatèrent pas. Ceux qui seraient entièrement étrangers à la physique seraient peut-être plus surpris encore d'apprendre qu'on a construit avec de la glace polie et transparente des miroirs ardens qui ont produit presque autant d'effet que ceux de métal. «, Je ne m'arrêterai point ici à décrire les

différons accidens que les localités peuvent produire dans la forme, l'apparence et la disposition réelle du troisième genre de glaciers; car il ne vous sera pas difficile de vous figurer comment, par suite de la diversité d'exposition au soleil, des parties, garanties par l'ombre des montagnes , restant intactes , tandis que d'autres, plus basses, sçnt fondues par l'ardeur de ^es rayons, il en résulte ces arcs de glace éclatans que l'on conlemple avec admiration d'une vallée inférieure. Quelquefois des causes semblables produisent des escarpemens , des coupes presque verticales, de véritables ^

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murs de glace qui descendent fort bas, et même dans des vallées profondes.

Dans d'autres lieux , on admire une multitude de quilles énormes qui se trouvent à l'extrémité des vallées, et surtout vers leurs débouchés dans une vallée inférieure; ce sont quelquefois comme des stalactites cylindriques ou pyramidales formées par l'eau qui tombe des lieux plus élevés, et que le froid a saisie à l'instant où elle a touché la glace.

Dans les Alpes , les glaces se maintiennent * perpétuellement à une hauteur de i5oo toises au-dessus du niveau de la mer ; dans les Andes, au Pérou , à *434 ; sur le pic de Tériériffe , le terme inférieur constant de la neige est 1800 toises. Si on va vers le nord, au contraire , le terme inférieur se trouve plus bas : en Norwège, on trouve les glaces à 600 toises; en Laponie, elles descendent jusqu'au pied des montagnes, et plus loin , sous le pôle , tout est glaeé. # %

Les montagnes couvertes de glaces perpétuelles deviennent de plus en plus communes, à mesure qu'on se rapproche des pays les plus voisins du pôle , quoique , dans ces régions , les

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il y a des intervalles ou des vallons qui sont plus élevés que les sommets inférieurs , et audessus d'un niveau où fondent naturellement les neiges. Aussi ces vallons sont-ils toujours remplis de la neige qui y tombe dans toutes les saisons de Tannée. Cependant les rayons du soleil , dans les longs jours d'été, réfléchis par les monts neiges, fondent la surface de cette neige , qui regèle pendant la nuit^Voilà un* croûte de glace sur laquelle il va tomber de la neige nouvelle* quelques jours de là; car il ne pleut jamais "sur ces vallons. Par ces alternatives , il se forme à la longue un amas considérable de neige compacte et de glace opaqtie qui en élève considérablement le fend. Si cette masse est soutenue et comme encaissée tout autour , il ne peut y avoir d'éeonlenïenl que par-dessous , au travers des fentes des rochers $ et dans les vides de l'intérieur de» montagnes; si le vallon se comble jusqu'à une certaine iûue ou une gorge, récoulement extérieur dé rat* produite par la neige fondue commence à se àire sur ce débouché.

Quelques-un s de ces val 1 on s offrent , en été , une surface unie comme telle d'un lac gelé ,

o* les yen* éblouis se perdent daW l'étendu*

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montagnes soient beaucoup moins élevées que vers Féquateur. * -

En Norvvège, les sommets de toutes les mon^ tagnes un peu élevées sont couverts de glaciers qui ressemblent , plus qu'en aucun autre lieu , à ceux des Alpes. . \ t , ,

La Suède a aussi des monts couverts de glaces perpétuelles, d'où sortent de grandes rivières. , . ,

Les montagnes d'Islande présentent le même phénomène; mais elles offrent une circonstance bien remarquable, qui consiste en ce que cç.

ne sont pas les sommets les plus élevés qui conservent leurs glaces toute l'année, ce qui tient à des circonstances locales qui ne sont pas assez bien déterminées.

Quelques-uns de ces monts sont toufcà la fois des glaciers et des Volcans. L'Hécla est le plus célèbre de tous : quand il vient à s'enflammer les glaces du sommet se fondent, et il en résulte des torrens qui se précipitent sur les campagnes, les inondent, et détruisent les villages qui se trouvent sur leur passage. Vous avez.pu voir tout récemment, dans les journaux, les détails donnés sur une éruption récente de ce volcan, qui paraissait vomir avec les flammes

Di

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les pierres et les glaces qu'il lançait au loin.

Les autres volcans de l'Islande sont beaucoup moins célèbres que l'Hécla, parce que leurs éruptions ont été jusqu'ici beaucoup moins fréquentes. Deux de ces derniers , quoiqu'ils soient très-élevés, n'ont point de neige à leur sommet, ce qu'on peut attribuer à la chaleur que leur sol conserve constamment. Dans une contrée qui parait si éminemment volcanique, il me semblerait raisonnable de supposer que cette singularité, qui fait que des montagnes Jxès- élevées sont exemptes des neiges qu'on rencontre sur d'autres qui le sont moins , doit être attribuée aux feux souterrains, qui , bien qu'ils ne fassent pas d'éruption, ont cependant assez de force pour fondre des amas de glace.

C'est^ég^lement à la chaleur interné du sol que j'attribuerais les changemens de lieu des glaces, qui, dans l'Islande, sont sujettes à se déplacer.

Une chose qui vous étonnera sans doute, et qui tient peut-être à la même cause, c'est que le climat de l'Islande est moins froid que celui de la Suisse; car si les étés y sont moins chauds r les hivers y sont moins rudes : de sorte qu'on y jouit d'une température beaucoup plus égale.

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La Laponie offre un spectacle plus effrayant. On y trouve des marais et des lacs toujours glacés jusqu'à leur fond. Presque toute la terre y est absolument impropre à la culture.

Les côtes orientales 1 et occidentales du Groenland sont couvertes de pyramides énormes et de masses de glace inaccessibles , mais surtout les côtes orientales , qu'aucun navigateur n'a pu encore visiter.

Partout où Ton a pu pénétrer dans le pays , on n'a vu que des montagnes entièrement cou* vertes de neige. Dans tous les endroits qui ne sont pas trop escarpés , on n'y a vu que des vallées comblées par les glaces. Au plus fort de l'été, la neige fond un peu du côté du nord, derrière les brisans de la côte et les petits golfes ; mais , du côté du midi , elle est toujours ferme.

Le Spitzberg a été pendant long-temps la terre connue la plus voisine du pôle; elle est inhabitée et inhabitable: les montagnes pointues dont elle est hérissée lui ont fait donner le nom qu'elle porte. Elles sont couvertes de glace depuis leur sommet jusqu'à leur pied , et rafraîchissent tellement l'air, qu'il est impossible de supporter leur voisinage. Quand le

soleil les éclaire, elles paraissent brillantes comme des flammes.

• Les pôles sont très-probablement recouverts d'une couche très-épaisse de glace qui ne fond jamais. Nous ne pouvons avoir aucun détail sur cette partie inabordable pour nous ; mais nous connaissons mieux la formation des glaces annuelles; et, à cet égard, il faut bien distinguer les glaçons spongieux flottans, peu considérables , des plaines ou champs de glace qui offrent une surface solide beaucoup plus durable. La superficie n'en est pourtant pas formée par la mer, puisque des navigateurs, pris au milieu de ces glaces, assurent que leur fonte donne de l'eau douce. Il est à croire que cela tient à ce que la partie superficielle a été formée par la fonte des neiges , qui , tombant sur une première couche d'eau salée congelée, se seront d'abord fondues , puis glacées.

- Les grandes montagnes de glace sont beaucoup plus durables ; elles paraissent remonter à une haute antiquité, et appartiennent au pôle même. Leur épaisseur est souvent de 100 à i ao mètres , et leur saillie au-dessus du niveau commun est de i5 à 20 mètres.

• Ce qu'il serait surtout important de consta-

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ter, relativement à toutes les espèces de glaciers, ce serait leur augmentation ou leur d i mi mit ion ; car on pourrait en tirer des inductions très -plausibles sur rabaissement ou l'élévation de température dans les régions où ils sont situés. Or , si les hypothèses de Leibnitz, deBufton et d'un grand nombre de naturalistes, étaient fondées , les glaciers devraient augmenter d'une manière sensible d'un siècle à l'autre. Dans leurs idées, en effet, les glaces qui doivent envahir un jour tout le globe ont déjà gagné une partie considérable de sa surface; elles occupent, sous l'équateur même, tout ce qui s'y trouve élevé à 2400 toises audessus du niveau de la mer. Dans les régions brûlantes de l'Afrique, on commence a les trouver à 200 toises ; elles s'approchent davantage du sol , à mesure qu'on s'éloigne de la zone lorride. Sur les Alpes , elles ne sont qu'à i5oo toises du sol; en Norwègc, elles descendent déjà à 600; dans le Groenland, dans la Laponie, elles s'étendent jusqu'au fond des vallées presque au niveau de la mer ; enfin , plus loin vers le pôle, tout est glace. Dans l'autre hémisphère, les glaces paraissent beaucoup plus tôt encore, de sorte qu elles occupent

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déjà plus d'un dixième de la surface entière du globe; et tandis qu'elles s'avancent ainsi d'une manière effrayante des pôles vers les régions tempérées, elles descendent également du haut des montagnes, et devenues, par leur masse énorme , une nouvelle cause de refroidissement, elles resserreront de plus en plus le règne de la vie, jusqu'à ce qu'elles le fassent disparaître entièrement de la surface du globe.

Ceux qui se livrent à ces sinistres idées croient pouvoir donner des faits positifs à l'appui de leurs opinions. Dans les régions polaires, disentils, bien des passages, autrefois parcourus par des navigateurs même assez récens, sont maintenant impraticables, à cause des glaces qui les obstruent. Les mêmes effets, selon eux, se remarquent sur nos montagnes les plus élevées, où l'on voit, disent-ils , les glaciers gagner de siècle en siècle , et presque d'année en année descendre vers leur pied , et envahir, dans leur marche lente, mais sûre, les champs, les prairies et les villages.

Relativement aux Alpes , particulièrement dans la Suisse , il est certain que les glaces ont gagné, depuis quelques années, d'une manière î^spez sensible.

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Dans le bailliage d'Un ter laken , les neiges se sont emparées de quelques intervalles de montagnes où il y avait des pâturages, et elles ont obstrué entièrement un chemin qui conduisait au-delà dans le Valais. Un petit village , dont le nom était Sainte-Pétronelle, a disparu, et les glaces couvrent le terrain où étaient ses habitations.

• Comme les Alpes sont les montagnes à glace les plus voisines de nous , et les mieux observées , on a été très-porté à généraliser ces effets de peu d'importance, et qui probablement ne seront pas durables.

En effet, la tradition et quelques documens historiques apprennent que les glaciers de la Suisse dont il est ici question se sont élevés pendant environ un siècle, et ont gagné du terrain horizontalement; mais que, durant d'autres années , ils ont diminué en hauteur et en étendue. Ainsi, l'on ne peut pas douter qu'il n'y ait une compensation ou des retours d'effets qui doivent rassurer les habitans voisins de ces lieux.

Il est certain, par exemple, que dans le temps même ou les glaces ont gagné d'un côté, elles ont perdu de l'autre. Un magnifique portail de

glace, d'où sortait un ruisseau abondant, et qui brillait parmi les glaciers du Grendel- waldt , a disparu entièrement.

Quant aux passages qu'on a reconnus , dans les régions polaires, être, depuis peu , devenus impraticables, on peut raisonnablement penser que c'est accidentellement qu'une plus grande quantité de glace s'y est trouvée rassemblée, et qu'un été plus chaud suffira pour les rendre aussi libres qu ils ont pu l'être auparavant. Ce qu'il y a de certain , au surplus, c'est que le refroidissement du globe, quelque démontré qu'il soit, est devenu beaucoup trop lent pour qu'on puisse supposer qu'il produise des effets sensibles sur l'augmentation des glaciers.

Au lieu de voir dans les glaciers les tristes effets d'une cause destructrice qui aurait déjà fait disparaître la vie dans une partie considérable du globe, il est plus philosophique de les considérer comme le moyen que la nature a employé, dans beaucoup de lieux, dès le • commencement des choses, pour se procurer d'immenses réservoirs propres à devenir la source des fleuves, qui s'en échappant en grandes masses , et qui traversant une étendue considérable pour se rendre à la mer, rafrai-

db l'atmosphère. 369

chissent et fertilisent les campagnes de tous les pays qu'ils parcourent-

Il est constant que ces amas de glace conservent les eaux qui servent à l'entretien des sources de ces grands fleuves qui arrosent une grande partie de l'Europe , où l'on manquerait d'eau sans cette ressource de la nature. Supposez , madame , un instant que les glaciers des Alpes n'existent pas, en les supprimant nous ôterons à cinq grands fleuves, à un grand nombre de moyens, et à une infinité de ruisseaux permanens, leur source intarissable; car l'eau qui tombera en pluie sur ces montagnes, si elles sont moins élevées, s'écoulera aussitôt pour produire des inondations désastreuses , ou sera dissipée en vapeurs : mais les neiges et les glaces la fixent, l'accumulent, la maintiennent, et , ne la laissant s'écouler que peu à peu et d'une manière permanente, la mettent dans la disposition la plus propre à fertiliser les campagnes qu'elle traverse pour se rendre dans la mer.

Avant que M. Fourier nous eût appris que la température de nos espaces planétaires était 4o°, on suppoosait que le froid allait diminuant toujours progressivement, et l'on avait calculé

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qu'à 18,000 mètres au-dessus Paris, on trouverait uu froid de 82 0 ; à 130,000 un froid de 3oo°. Aujourd'hui on sait , comme nous avons vu {voyez lettre i re ), que le froid, après avoir augmenté jusqu'à une température de 4o° au-dessous de la glace, n'augmente plus, quelque haut on s'élève.

C'est au froid qui règne dans les hautes régions de l'air qu'est due la formation des nuages, qui sont le résultat de la condensation de la vapeur aqueuse qui se trouve dans l'air; comme cette vapeur est d'un tiers plus légère que l'air, elle tend continuellement à s'élever , et monterait indéfiniment, 91' , à une certaine hauteur, le froid ne la condensait et ne la ramenait à l'état liquide. Dans cet état, elle reste quelque temps suspendue, et forme les nuages; puis elle retombe sous la forme de pluie : de sorte qu'aucune particule d'eau n'est perdue par suite de l'évaporation.

Il n'en est pas de même relativement au calorique, à l'arrivée et à la sortie duquel l'atmosphère ouvre sans cesse un libre passage. La transmission du calorique qui nous est lancé par le soleil se fait directement par voie de rayonnement, mais celle qui a lieu, au con-

de l'atmosphère» 3j l

traire, de la terre dans l'espace environnant se fait et par le même moyen et par le déplacement de chaque molécule , qui aussitôt qu'elle est échauffée s'élève indéfiniment.

Elle a lieu aussi , mais très -peu , par la transmission lente de molécule à molécule.

Le second mode de refroidissement, celui qui se fait par le déplacement successif dés molécules échauffées, est le plus important, surtout à cause de l'influence évidente qu'il exerce sur la production des vents. En effet, si une masse d'air un peu considérable se trouve simultanément échauffée, elle s élèvera dans l'atmosphère, et les couches voisines se précipitant pour prendre sa place , il en résultera un vent plus ou moins soutenu , etc.

La terre perd-elle plus de calorique qu'elle n'en reçoit, ou bien, au contraire, en reçoitelle plus qu'elle n'en perd? C'est une question du plus haut intérêt, et que M. Fourier a de nos jours complètement résolue; il a démontré avec une certitude mathématique, que le globe se refroidit , quoique ee soit bien lentement, et d'une manière tout-à-fait insensible. Pour peu que oe refroidissement fût considérable , l'astronomie fournirait un moyen

certain de levaluer. En effet, la longueur de Tannée étant déterminée par la révolution de la terre autour du soleil , si notre globe se refroidit, cette révolution doit être plus rapide , et la longueur de Tannée doit diminuer. Or, on connaît quelle était cette longueur du temps d'Hipparque, célèbre astronome qui , il y a deux mille ans, a dressé des tables très-exactes d'astronomie. Il résulte de ces tables que, de son temps, le jour n'était pas plus court qu'il ne l'est maintenant de — de seconde décimale, c'est-à-dire de minute dont on en compterait 100 à l'heure; quantité réellement inappréciable. Le sphéroïde terrestre perd encore du calorique par les eaux thera maies , qui en amènent sans cesse à sa surface , et surtout par les éruptions volcaniques.

Si l'émission progressive de la chaleur terrestre n'a plus aucune influence sur nos climats, d'autres causes peuvent les modifier. Les plus puissantes de ces causes sont les changeroens produits à la surface du sol, par le défrichement et la culture des terres, dont l'effet est de les échauffer. Cette considération explique comment plusieurs pays ont pu jadis être soumis à une température beaucoup moins

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élevée que celle qui y règne aujourd'hui. La France et l'Allemagne sont dans ce cas; car il n'est pas possible de douter que, dans ces deux pays , le climat ne soit beaucoup plus tempéré maintenant qu'il ne l'était du temps des Romains.

C'est ce qui est prouvé par la description qui nous en reste , par la nature des plantes qui , comme la vigne, y prospèrent maintenant, et qui ne pouvaient y croître dans ce temps-là.

On explique cette différence par l'influence qu'a dû exercer sur la température le défrichement des forêts qui couvraient noire pays , et qui ont fait place aux champs cultivés ; la théorie de la chaleur a montré, comme nous l'avons vu, que cette cause pouvait réellement produire les effets qu'on lui attribuait depuis long-temps.

Au surplus , on ne peut alléguer les mêmes raisons pour l'Italie , qui dès lors était aussi bien cultivée au moins qu'elle peut l'être maintenant; et pourtant Horace, dans une de ses odes où il peint les rigueurs de l'hiver, parle du mont Soracte, dont le sommet est blanchi par les neiges , et des forêts, fatiguées du poids des glaces dont elles sont couvertes.

Certainement aujourd'hui l'Italie ne lui fournirait pas l'occasion de faire de pareils tableaux. S'il est vrai que le voisinage de la Germanie, au temps où son climat était si rigoureux , devait refroidir l'Italie, quoique peut-être il soit difficile de comprendre comment, par suite de cette causa seule, la différence ait pu être si considérable, peut-être y aurait-il une recherche curieuse à faire sur ce sujet.

Le baromètre prouve que le poids d'une colonne d'air, depuis la terre jusqu'à la plus haute élévation de l'atmosphère, équivaut à celui d'une colonne semblable d'eau de dix mètres de hauteur ; le poids total de l'atmosphère est donc égal au poids d'une masse d'eau suffisante pour entourer le sphéroïde terrestre à dix mètres d'élévation. Par conséquent , si l'air se condensait et tombait liquide sur la terre , il n'augmenterait que d'un cinq-centième la masse dés eaux actuellement existante; et l'on toit de plus que son volume n'est que le millième de celui du sphéroïde.

L'atmosphère > considérée comme agissant sur la mer et sur la terre, joue un rôle assez important : outfe les Actions chimiques qu'elle

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exerce sur la masse des eaux en leur cédant une partie de l'air sur-oxigéné qui entre dans sa composition , et sur la terre par la décomposition des minéraux , elle agit mécaniquement en enlevant les corps secs et légers pour les transporter au loin ; c'est elle qui forme les dunes , et change ainsi la surface entière de plusieurs contrées; c'est elle qui, soulevant les vagues de l'océan , est la cause première de l'action qu'il exerce sur ses rivages. Elle renlerme de plus la cause des phénomènes électriques qui détruisent si fréquemment le som-

met des hautes montagnes.

Les plus étonnans produits de l'atmosphère sont ces pierres qui tombent assez fréquemment à la surface de la terre,, sans qu'on ait pu jusqu'ici indiquer d'une manière satisfaisante leur mode de formation ou leur origine.

L'histoire fait mention de pluies de pierres qui, dès l'antiquité la plus reculée, avaient frappé d'étonnement ceux qui en avaient été témoins. Tite-Live, Pline, et plusieurs autres écrivains, en citent des exemples positifs. On n'en a jamais douté dans le moyen âge; et Cardan , particulièrement , parle d'un phénomène .semblable, qui eut lieu en î5io. Sur i,»oo

pierres tombées il y en avait, suivant lui, une du poids de 120 livres et une autre de 60.

Ce n'est que dans le dernier siècle que la difficulté d'expliquer la chute des pierres de l'atmosphère a conduit nos physiciens à nier absolument un phénomène sur lequel ils auraient dû, tout au plus, suspendre leur croyance: mais, loin d'apporter cette sage réserve dans leur décision, ils ont pendant long-temps repoussé , avec le plus dédaigneux mépris , tout ce qu'on leur a présenté sur ce sujet.

Cependant les observations se multipliaient, et les hommes qui avaient vu ces pierres , qui avaient failli être écrasés par leur chute, ne purent se résoudre à croire, sur l'assurance des savans, qu'ils n'avaient rien vu, entendu, ni senti, de ce que leurs sens leur avaient appris. Les faits, d'ailleurs, se répétèrent si souvent dans la dernière moitié du dix-huitième siècle, qu'il est inconcevable qu'on n'y ait pas fait plus d'attention. Il y eut des exemples bien constatés de chute de pierres en Bohême en 1753, près de Paris en 1768, et à Sienne en 1794; il en tomba dans deux endroits de l'Europe en 1796 ; deux ans après le même phénomène fut

DE l'aTMOSPHEHE.

-observe à Coufaté, à Bénarès ; enfin tout récemment un pbysicîen distingué qui s'est occupé à recueillir les exemples de chute de pierres, a trouvé qu'à la fin du dix-huitième siècle, et lorsqu'on niait ce phénomène avec le plus d'opiniàtreté, on pouvait en compter jusqu'à i5o.

Ce qui aurait dû surtout convaincre nos savans de la réalité du phénomène qu'ils ne voulaient pas admettre, c'est que toutes ces pierres étaient étrangères au sol où on les rencontrail ; qu'elles étaient entièrement différentes de toutes celles que les physiciens et les chimistes connaissaient jusque-là; enfin, qu'elles avaient ^ntre elles les plus grands caractères de ressemblance, bien que recueillies à des époques très-diflérentes et dans des lieux très-éloignés : a joutez à cela que les témoins s'accordaient sur les circonstances accessoires ; tous les avaient vues tomber de l'atmosphère dans un temps -d'éclairs, et surtout dans l'explosion de ces météores lumineux dont la production accompagne souvent les orages , et plusieurs d'entre eux les avaient recueillies encore chaudes peu d'instans après leur chute.

Enfin l'évidence des faits a triomphé de toutes les préventions , et la chuté des pierre»

de l'atmosphère n'est plus contestée aujourd'hui. Ce qui a surtout contribué à vaincre l'obstination des plus incrédules, c'est l'existence d'un métal qui s'y trouve à l'état natif, ce qu'on n'avait jamais jusqu'ici rencontré au même état dans aucun autre corps. Cette preuve , qui ne pouvait être appréciée que par les chimistes , devait avoir par cela même plus de poids sur leur conviction , puisque les témoignages sur ce point étaient nécessairement donnés par des gens instruits , et que d'ailleurs tous les chimistes qui pouvaient se procurer de ces pierres étaient à portée de vérifier par eux-mêmes leur composition intime.

L'existence du phénomène étant une fois reconnue, il arriva (ce qui a toujours lieu en pareille circonstance) que les savans, qui d'abord ne voulaient pas l'admettre, parce qu'ils ne le comprenaient pas, n'ont pas manqué d'en proposer des explications qui leur paraissaient très-claires. .

L'un d'eux, niant l'origine aérienne de ces pierres, suppose qu'elles sont seulement mises à découvert, et tirées de terre par le voisinage de la foudre. Mais d'où la foudre les tireraitelle , s'il est vrai qu'on n'en rencontre nulle

db l'atmosphère, 3jg

part de semblable à la surface de la terre ni da ns.son intérieur ? II faudrait pourtant qu'elles se trouvassent à quelques pouces tout au plus de profondeur. Et par quelle singularité ne se montreraient-elles jamais à la surface du sol , que quand le tonnerre viendrait les y chercher?

Des raisons semblables s'opposent à ce qu'on leur attribue une origine volcanique ; car les parties constituantes qui entrent dans leur composition n'ont aucune espèce de rapport avec les produits rejetés par les volcans sur quelque point de la terre que ce soit, r Frappés de l'extrême ressemblance qui né- , cessite qu'on donne à toutes ces pierres une origine commune, et convaincus de l'impossibilité de la leur assigner sur aucun point de la terre , MM. de La Place et Biot , deux de nos savans les plus distingues, n'ont trouvé rien de plus satisfaisant que de les faire venir de la lune , en supposant qu'elles nous sont lancées par quelques-uns des volcans qui brûlent à la surface de notre satellite.

Ces deux savans ne manquent pas de raisons assez plausibles pour appuyer leur opinion; car, calculant sur le petit volume de la lune ( qui n'est que le 3 a* de celui de la

38o LETTRE XIX.

terre ) qu'elle ne doit exercer qu'une attraction 3a fois moindre sur les corps qui sont à sa surface; faisant entrer aussi le peu de résistauce que peut présenter l'atmosphère de la lune, qui doit être extrêmement rare, ils sont arrivés, si je ne me trompe, à cette conclusion , qail suffirait qu'une pierre fût lancée de la surface de la lune avec une force égale au double tout au plus de celle qu'un canon de fort calibre donne à son boulet, pour qu'il sortît de la sphère d'attraction du satellite, qu'il entrât dans celle de notre planète, et tombât infailliblement à sa surface.

Quelque étrange que puisse paraître cette explication , elle est certainement baaucoup plus admissible que celle dans laquelle on veut expliquer leur formation dans l'atmosphère même, et dont je vais essayer de vous donner une idée. .

Vous connaissez, au moins de nom, le gaz hydrogène , qui sert depuis peu à éclairer une partie de Paris \ c'est un gaz transparent comme l'air, tout-à-fait inodore quand il est pur, et si léger, qu'il l'est i4 ou i5 fois plus que l'air que nous respirons. Imaginez donc, madame, que ce gas , dans le travail des volcans , ou de toute autre manière, ait dissous les métaux qui en-

de l'atmosphère. 38 r

trenl dans la composition des pierres de l'atmosphère ( le fer et le nickel); que, chargé de ces molécules métalliques, il s'élance dans les régions supérieures, où nous supposerons qu'il y en a toujours une quantité prodigieuse, qui, vu son excès de légèreté sur l'air commun , s'y rend à mesure qu'il est dégagé des corps qui le renferment sur la terre : « un orage survient , l'hydrogène s'enflamme, et fait apercevoir quelques-uns de ces météores lumineux dont l'existence, d'après les traditions constantes, parait devoir précéder la formation des pierres; le gaz, en brûlant, abandonne le métal qu'il a dissous, et réduit celui qui était à l'état d'oxide ; la chaleur vive produite en ce moment fond le métal , et l'attraction moléculaire le rassemble en masses plus ou moins grosses , qui , tombées sur la terre, conservent quelque temps une partie de la chaleur développée dans leur formation. »

Si vous admettez tout cela , vous aurez une explication des pierres tombées du ciel. On a proposé sur la formation des aérolithes une troisième opinion qui parait réunir en sa faveur plus de probabilités que les deux précédentes; cette opinion consiste à considérer les aérolilhes comme de très-petites planètes circulant dans les espaces de notre système

38a LETTRE XIX. DE L ATMOSPHERE.

solaire , et don t q uel ques-u nos, entrant de temps à autre dans la sphère d'activité de notre globe , se précipitent vers nous , et traversent notre atmosphère avec une rapidité qui suffit pour les enflammer.

Aucun indice ne nous montre que l'air ait, dans la suite des temps , éprouvé une modification appréciable , malgré la respiration continuelle des animaux et des végétaux; mais, dans les époques antérieures aux temps historiques , l'air existait-il , et était-il déjà ce qu'il est aujourd'hui ? Il n'est pas bien difficile de répondre à cette question, dont la solution pourrait, au premier aspect , paraître si embarrassante. Il est en effet certain qu'il existait déjà une atmosphère lorsque la consolidation de la première écorce minérale a eu lieu ; ce qui le prouve , c'est l'existence d'animaux et de végétaux fossiles dans les dernières couches de cette écorce; de plus, ces animaux et ces végétaux étaient pourvus d'une organisation à peu près semblable à celle des animaux et des végétaux qui \ivent maintenant à la surface de la terre: donc l'atmosphère, après la consolidation du sol primordial, devait ressembler à celle d'aujourd'hui.

nu

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