‹ Lettres sur les révolutions du globe (volume 4)Chapitre 8 sur 44 · DE LA M ASSE IKTKMAB DU GLOBE · texte numérisé non relu

DE LA M ASSE IKTKMAB DU GLOBE

ment certaines roches, dont jusqu'ici on n'avai t pu obtenir la fusion et la recomposition par aucun procédé artificiel , avaient pu être le résultat d'une cristallisation (i) au commencement des choses. Mais cette difficulté n'existe plus : un chimiste allemand , M. Mitcherlich , est parvenu tout.récemment à former ainsi les substances pierreuses. En exposant à la chaleur des hauts fourneaux les matières trouvées par l'analyse dans plusieurs espèces de cristaux qui entrent daus la composition des roches, il a vu se reproduire ces cristaux avec leur forme et leur caractère. Il a refait ainsi de l'amphibole, du mica, de ï'hyacinte. «Cette précieuse découverte, dit M. Cuvièr (a), paraît porter enfin presque au degré d'une démonstration rigoureuse une hypothèse célèbre, avancée sans preuve par Descartes , Leibnitz et Buffon, et à laquelle les travaux récens de M. de Laplace avaient déjà donné uu haut de-

(1) On appelle cristallisation la forme régulière que prennent constamment certains corps en passant de l'état liquide à l'état solide.

(2) Discours sur les progrès recens de. la chimie, prononce en mai 1826, dans une se'ancn des quatre aca- «le'mics.

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gré de vraisemblance. On peut donc regarder aujourd'hui comme une chose à peu près prouvée, que la terre a une chaleur propre , indépendante de celle qu'elle reçoit du soleil, et qui est un reste de sa chaleur originaire. Ce retour aux idées énoncées jadis par nos plus grands hommes prouve qu'il ne faut jamais mépriser les conjectures même les plus hasardées des hommes de génie : c'est un de leurs privilèges que la vérité leur apparaît souvent jusque dans leurs rêves. »

DES TREMJ1LEMEN5 DE TERRE.

Comme les volcans paraissent tous avoir leurs foyers situés dans les plus grandes profondeurs, et au-dessous même des terrains primitifs, on doit présumer que la cause qui produit leurs éruptions est très-voisine de la masse interne, si ce n'est pas la masse interne elle-même, comme tout porte à le croire.

C'est donc des volcans que je dois maintenant vous parler, pour suivre Tordre que je me suis prescrit; mais les tremblemens de terre sont des phénomènes qui accompagnent si fréquemment leurs éruptions , que je commencerai par vous en dire quelques mots, quoique peut-être je n'aie rien de nouveau à vous en apprendre.

Les tremblemens de terre n'ont pas lieu uniquement sur les continens ; ils agitent souvent le fond de la mer, la masse entière de ses

eaux, et la secousse se communique parfois d'une manière très-sensible aux vaisseaux qui voguent à sa surface. Le capitaine Osmen voyageant en 1660 dans les mers du Sud, le vaisseau éprouva des secousses qui occasionèrent une grande frayeur à l'équipage.On jeta l'ancre, et on vit qu'on était bien loin de toucher la terre. La même chose arriva à Lemaire dans le détroit qui porte son nom. Le fameux tremblement de terre qui détruisit Lisbonne, le i er novembre 1755, se prolongea, à ce qu'il paraît, à des distances immenses; et, le même jour, une agitation extraordinaire des eaux , sans aucun mouvement sensible sur la terre, fut observée en différens endroits de l'Angleterre (1).

Les tremblemens de terre se font ressentir, tantôt dans un espace très-limité, tantôt dans une étend uè de pays très-considérable; on en a vu agiter le sol à plusieurs centaines de lieues, et, dans ce cas, ils n'ont jamais lieu sans être suivis d'éruptions volcaniques.

Les pays qui avoisinent les volcans brûlans sont incontestablement les plus exposés aux

(0 Transactions philosophiques, '

DES TREMBLEMENS DE TERRE. 5 i)

tremblcmens de terre; maÎ3 il existe quelques régions , comme la côte de Barbarie et le pavs de Maroc , qui font exception à cet égard : ils sont agités de secousses fréquentes , sans avoir à souffrir des ravages des volcans. Une chose remarquable pourtant, c'est que, dans les pays où ce phénomène se remarque , on retrouve 1 des traces incontestables de volcans éteints. Il me semble, madame, que ceci prouve d'une manière assez évidente que la cause des tremblemens de tetre est toujours analogue à celle qui produit les éruptions ; et que, si quelquefois ils se font ressentir sans en être accompagnés ni suivis, cela tient à ce que l'effort des matières enflammées n'est pas assez considérable pour triompher de la résistance que lui oppose la croûte minérale.

Le revers méridional des Pyrénées est exposé à des secousses si fréquentes, que M.- Ramond a compté à Bagnères-de-Bigorre jusqu'à soixante tremblemens de terre : aussi remarque-Non de toutes parts, dans ces montagnes, des traces très -évidentes d'éruptions volcaniques. Il en est qu'on suppose ne pas remonter au-delà du quatorzième tiède. Au reste, il ne faut pas perdre de vue que, quand il n'y a pas

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de volcans dans les pays à Iremblemens de terre, on y remarque constamment des sources thermales,

Les secousses des tremblemens de terre dif* fèrent, quant à la durée, depuis quelques secondes jusqu'à deux minutes et plus; elles ne diffèrent pas moins quant à leur nature : tantôt, en effet, elles se font ressentir comme de simples balâneemens, comparables à ceux qu^on éprouve sur les ondes; tantôt on serait tenté de croire qu'elles sont le résultat d'une percussion violente , qui aurait lieu de l'intérieur à l'extérieur; quelquefois, enfin, le sol a l'air de se mouvoir en tournoyant sur lui-même, et l'effet est assez sensible pour indisposer les personnes susceptibles d'être incommodées par la mer ou étourdies sur les hauteurs : cet effet a été remarqué très-souvent.

Quant. à l'intensité des secousses, elle n'est pas moins variable que leur durée et leur nature; elles sont si faibles quelquefois, que lors même qu'elles surviennent au milieu delà nuit, on ne s'en aperçoit guère qu'aux légers mouvemens qu'elles impriment aux batteries de cuisine, et au bruit des cloches, qu'elles font sonner en agitant les murs qui les soutiennent.

• DES TREMBLEMENS DE TERRE. CyX

Dans d'autres cas, et malheureusement trop souvent, les tremblemens de terre sont des phénomènes terribles qui causent des désastres incalculables, et ruinent entièrement le pays où ils se font ressentir : tel fut, en 1755, celui qui fit périr plus de quarante mille personnes à Lisbonne et dans les environs; tel fut encore celui qui ravagea la Sicile en 1693, et qui se fit sentir d'une manière si épouvantable à la Jamaïque. Et, il y a à peine deux ans, vous avez pu lire dans les journaux quelques détails sur les tremblemens qui ont détruit Alep et forcé ceux de ses malheureux habitans qui purent échapper, à abandonner la ville pour chercher leur salut sous des tentes, au milieu des déserts.

Non-seulement ces terribles tremblemens de terre détruisent les hommes et leurs habitations , mais ils ont encore assez de puissance pour changer, au point de le rendre méconnaissable , l'aspect du sol qu'ils ont ébranlé ; ils précipitent du sommet des plus hautes montagnes d'énormes rochers ; quand les couches supérieures se trouvent placées sur un terrain meuble , des mon tagnes entières peuvent même être renversées, et vont couvrir de leurs débris

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les plaines sur lesquelles elles dominaient. Souvent le cours des fleuves et des rivières est suspendu, leslacs sont subitement desséchés,tandis que des sources d'eau considérables jaillissent dans des lieux inaccoutumés. Sur les cotes , on voit la mer s'éloigner rapidement, et laisser ses rivages à sec, ou bien, au contraire, soulever ses flots, d'une manière effrayante, beaucoup audessus de leur niveau ordinaire, et inonder de malheureux pays contre lesquels toute la nature paraît conjurée. En i586, un tremblement de terre, qui eut lieu près de Lima dans une étendue de cent soixante-deux lieues, fit monter la mer de quatorze brasses; à la suite d'un autre, File de Formose se trouva, pendant douze heures, entièrement couverte par la mer; à Lisbonne, la première secousse fit remonter les eaux du Tage, qui inondèrent la ville.

Dans les anciens tremblemens de terre, il parait que des gaz enflammés se dégageaient souvent des fissures produites par les secousses ; mais on ne trouve aucune observation bien constatée de ce fait dans les relations modernes ; et si des incendies violens se sont manifestés quelquefois, comme cela eut lieu à Lis-

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