Montis subito nascentis figuram imitari videbatur
DES VOLCANS
nouvelé près de la côte de Sicile, entre le point où sont situées les sources minérales de Sciacca et File volcanique de Pantellaria, et par une profondeur de cent brasses d’eau. Dès le 28 juin, un vaisseau avait éprouvé dans ces mers un choc analogue à celui d’un tremblement de terre sous-marin; mais ce ne fut que le 4 4 juillet qu’on aperçut à la côte des fumées et des vapeurs; en même temps les sources de Sciacca se trouvèrent à une température plus élevée que l’ordinaire. Le 49, la nouvelle île s’élevait de quelques pieds au-dessus de l’eau ; la plus grande activité de ce volcan paraît avoir été le 7 août ; le 4 4 , il ne s’en dégageait plus que des vapeurs. M. Constant Prévost, qui visita l’île Julia le 29 septembre, lui trouva 700 mètres de circonférence, et de 30 à 70 mètres de hauteur ; le centre en était occupé par un cratère rempli d’eau bouillante. Un mois après, il ne restait plus de la nouvelle île qu’une plage unie et un petit monticule de sable1; enfin l’île Julia
1. Walter Scott, dans sa traversée de Londres à Naples, toucha à l’île Julia, et, malgré l’état de faiblesse où il se trouvait, voulut descendre sur cette terre nouvellement sortie du sein des eaux, « Comme ce volcan, dit-il dans une lettre à M. Skene, a été pour beaucoup de nos confrères de la Société royale d’Edimbourg un objet de curiosité, je vous en envoie une esquisse faite pendant notre relâche par le secré” taire du capitaine, et quelques notes prises à la volée. Le dessin vous représente l’île telle qu’elle était le 20 novembre, mais il est évident qu’elle est sur le point de subir de grands changements. Je vis, du côté du sud et tout prêt du bord de l’eau, une portion du sol élevée de 5 ou 6 pieds s’enfoncer tout à coup sous les pieds d’un de nos compagnons, ce qui ne laissa pas que de nous donner quelque inquiétude jusqu’au moment où la poussière qui s'était élevée venant à se dissiper, nous revîmes notre homme sain et sauf. Voyant la terre, ou ce qui en tenait lieu, céder ainsi sous les pieds, je jugeai qu’il aurait été
avait complètement disparu avant la fin de l’année. Ces faits confirment merveilleusement les détails qu’ont donnés Strabon, Pline, Justin, et d’autres auteurs, sur la formation de plusieurs îles de l’Archipel, anciennement nommées les Cyclades, qui s’étaient élevées de même du fond de la mer. Suivant Pline, la 4e année de la 135e olympiade, 237 ans avant Jésus-Christ, les îles de Tera (aujourd’hui Santorini) et de Therasia furent formées par explosion, et, 1 300 ans plus tard, oh vit s’élever Hiera (aujourd’hui le Grand-Kammeni) 1.
Les volcans éteints, dont on trouve, comme je l’ai déjà dit, des traces nombreuses dans tous les pays, loin
imprudent à un invalide tel que moi d’essayer de marcher; mais, grâce à mon habileté dans l’équitation et à la bonne volonté d’un brave matelot qui s’offrit à me servir de monture, j’arrivai presque jusqu’au sommet du mont... Nous trouvâmes sur le rivage de l’île deux dorades qui avaient péri, vraisemblablement par suite de la haute température des eaux, et, tout près de là, un petit rouge-gorge qui était venu de la côte voisine pour mourir de faim et de soif sur cet écueil... Du côté du sud, le principe volcanique paraissait conserver encore de l’activité... Une personne qui a visité l’île à diverses reprises pense qu’elle continue à augmenter ; il se pourrait qu’il y eût un accroissement en superficie coïncidant avec une diminution en hauteur, et même dépendant de l’éboulement des parties hautes dont les débris rouleraient jusqu’au rivage.
« Les brises de cette terre nouvelle ne sont rien moins qu’embaumées, et elles ont une odeur de soufre qui suffoque les gens. Il suffit de creuser un trou dans le sable pour le voir se remplir d’eau, et cette eau est bouillante ou peu s'en faut. »
I. 11 y a quelques motifs ducroire que, dans les mêmes parages, de nouvelles terres surgiront prochainement du sein des eaux, non pas d’une manière soudaine, comme cela a eu lieu pour l’île Julia, mais par suite d’un soulèvement lent du terrain qui forme le fond de la mer Voyez sur cette question et sur celle de l’exhaussement graduel des côtes Scandinaves, qui dépend d’une cause semblable, les notes placées à la fin du volume.
DES VOLCANS
d’avoir été moins formidables que ceux qui sont encore en activité de nos jours, paraissent avoir en général donné des produits plus considérables encore. En France, c’est dans le Yivarais et le Velay qu’on trouve les traces les plus étendues, de ces éruptions.
Faujas^de Saint-Fond a reconnu, après Guetlart et Desmarets, une bande de terrain volcanique de près de 30 lieues de longueur sur 4 de largeur (terme moyen), ce qui donne une surface de 4 04 lieues carrées; de sorte que, quand on ne supposerait pas à ce terrain une profondeur de plus de 60 pieds, on aurait encore une masse assez considérable pour être bien sûr qu’elle n’a pu être produite par la fusion de l’intérieur d’aucune des montagnes des environs.
On a craint un instant que les petites cavités qui sont résultées sous Paris des pierres extraites pour les constructions ne menaçassent la sûreté d’une partie de la ville: que serait-ce donc pour les pays comme l’Italie et les parties de la France où des masses aussi énormes auraient été enlevées à la croûte minérale? Comment concevoir que les cavités immenses qui devraient nécessairement exister sous le sol, dans cette supposition, n’eussent jamais produit aucun accident ?
Cette considération, jointe à toutes celles que j’ai présentées, ne vous paraît-elle pas propre à confirmer l’opinion qui donne pour origine aux matières volcaniques la masse brûlante qui compose la masse interne elle-même ? alors cette masse tout entière fournissant la matière des éruptions, leur quantité n’a plus rien qui doive étonner, et elle devient même presque insensible en comparaison
de la masse immense dans laquelle on suppose qu'elles prennent leur source.
Si l’hypothèse que nous admettons sauve cette difficulté, si elle explique si bien l’existence des tremblements de terre qui se font sentir aux plus grandes distances, l’analogie de la composition des laves de tous les volcans de la terre, la ressemblance qu’elles présentent avec les plus anciens minéraux du sol primordial, ainsi que leur état d’incandescence; si elle rend raison avec la même facilité de la chaleur des sources d’eau minérale, si elle est confirmée enfin par toutes les raisons que nous avons de croire à l’ancien état de fluidité du globe, j’avouerai, car il faut tout dire, qu’elle n’explique pas aussi facilement le développement considérable des matières gazeuses qui accompagnent et suivent toutes les éruptions1. Mais ce n’est pas une raison pour rejeter une hypothèse que tout concourt si merveilleusement à établir: elle seule, par exemple, peut satisfaire l’esprit effrayé de la force prodigieuse qu’il faut admettre dans le foyer des volcans pour élever les laves jusqu’au sommet delà montagne.
1. Tous les travaux qui depuis la rédaction de cet ouvrage ont été faits sur les rappor ts de la lave avec des émanations gazeuses, et qui constituent un chapitre presque entièrement nouveau de la science, tendent à lever les scrupules et les doutes exprimés ici : non-seulement l’observation des laves à leur sortie prouve clairement que la vapeur d’eau, les matières gazeuses, et les substances formées par voie d’entrainement ou de volatilisation , qui s’en séparent successivement, et dans un ordre déterminé, faisaient partie intégrante de la masse en fusion, mais tout indique que , lors de l’éruption des roches éruptives les plus anciennes, il s’est toujours passé quelque chose d’analogue, et qu’fl a existé, selon l’expression de M. Élie de Beaumont, des fumerolles granitiqueSy comparables, jusqu’à un certain point, aux fumerolles de nos volcans.
DES VOLCANS
Il paraît que le sommet de l’Etna est la plus grande hauteur qu’aient jamais atteinte les laves. A cette hauteur (10,2051 pieds, d’après Smith), une colonne d’eau équivaudrait à 31 8 atmosphères, et la densité de la lave étant à peu près deux fois et demie celle de l’eau , la pression de la colonne de lave qui atteindrait au sommet de l’Etna serait de 795 atmosphères, quand même on ne supposerait pas le foyer plus bas que le niveau de la mer; mais comme les foyers volcaniques sont certainement situés beaucoup au-dessous de ce niveau , on arrive à trouver que la pression qui peut porter des laves à 10,202 pieds de hauteur doit être énorme , et on ne peut supposer dans la croûte minérale aucune force qui approche, même de bien loin, de celle-ci.
On connaît actuellement avec exactitude 163 volcans brûlants1; on peut raisonnablement supposer que le nombre de ceux dont la position n’est pas encore déterminée n’est guère moins considérable. La moitié au moins des volcans dont la situation nous est connue se trouvent sur les îles de l’Océan, et la plupart de ceux qui composent l'autre sont situés au bord de la mer, ou
1. En 1836, Léopold de Buch comptait environ 300 volcans en activité à la surface du globe. On pourrait encore en ajouter aujourd’hui quelques-uns qui lui étaient inconnus. Au reste, la détermination de ce nombre a quelque chose de très-ordinaire, à cause de l’extension plus ou moins grande que l’on peut attribuer au mot volcan. Dans la baie de Naples, par exemple, l’île d’ischia, avec les trois bouches de Montagnone, de Monte Rotaro et de l’Arso, dont la dernière s’est ouverte en 1300; le Monte Nuovo, dont l’éruption date de 1538, la solfatare de Pouzzoles elle-même, peuvent, aux yeux de quelques géologues, constituer trois volcans isolés, tandis que, pour d’autres, ils ne sont que des dépendances du Vésuve.
à peu de distance des côtes. Cette circonstance a toujours été remarquée des naturalistes, et on y a de tout temps attaché une grande importance. On ne peut pourtant donner aucune raison bien ^satisfaisante de cette situation1: il est vrai qu’on fait jouer un grand rôle, dans plusieurs hypothèses, aux communications qu’on suppose exister entre la mer et les foyers volcaniques, mais il n’est pas facile de se rendre compte de la manière dont cette communication peut avoir lieu. Les volcans de l’Asie centrale sont situés à près de 300 lieues de la mer : quels moyens de communication peut-on supposer à une pareille distance? Tout prouve, comme j’aurai occasion de le montrer plus tard, que les filtrations de la mer avancent fort peu dans les terres, et que tout ce qu’on a dit 'a cet égard est très-exagéré.
Après m’être si longtemps étendu .sur les causes générales de la production des volcans , je me vois forcé de renvoyer à une prochaine lettre le peu de détails qui me restent à ajouter sur quelques-uns des phénomènes particuliers qu’ils présentent.
1. A moins que l’on admette, avec M. Ch. Sainte-Claire Deville, que cette position habituelle des volcans dans les îles, ou à petites distances des côtes, est une conséquence de rapports qui rattachent les phénomènes volcaniques aux grands accidents de la surface du globe.
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