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LETTRE IV

CONTINUATION DES VOLCANS

Puisque vous m’accusez, Madame, il faut bien que je sois coupable; et je vais réparer ma faute, en définissant aussi exactement que je pourrai les mots dont j’aurai à me servir dans ce qui me reste à vous écrire sur les volcans.

On appelle volcan , tantôt le réceptacle où se préparent les éruptions , tantôt la montagne produite par elles : souvent enfin on désigne par ce nom la montagne et le réceptacle ensemble.

Le mot de foyer désigne toujours le réceptable qui contient les matières en incandescence.

La cheminée est le conduit qui amène au jour les divers produits volcaniques pendant ou après les éruptions.

Le cratère est le cône renversé qui termine la cheminée; sa structure est ordinairement très- compliquée , parce que chaque éruption la modifie en y ajoutant quelque chose : elle est simple dans le cas où il n’y a qu’une seule éruption. Aucun des volcans actuellement brûlants n’est dans ce cas, et on n’en trouve de semblables que parmi les volcans éteints :

en Auvergne, par exemple, sur les bords du Rhin, etc.

Il arrive souvent que chaque nouvelle éruption donne lieu à un nouveau cratère, et il en résulte une nouvelle petite montagne, formée par la lave et les autres produits des déjections incohérentes qui surviennent avant l’éruption, pendant et après elle. Le Yésuve présente cette complication d’une manière très-marquée, et il en est de même pour l’Etna; dans ce dernier , on voit ordinairement la cheminée principale rester tranquille, tandis que vers le bas il se forme une éruption. Le même phénomène a été observé à Ténériffe et dans beaucoup d’autres lieux.

Les éruptions volcaniques sont précédées de symptômes précurseurs qu’on a observés particulièrement dans celles du Yésuve; car, comme cette montagne est située dans un pays où se sont toujours trouvés, depuis quelques siècles, un grand nombre de bons observateurs, ils ont eu soin de donner une description' exacte de tout ce qu’ils avaient sous les yeux.

Lorsqu’une nouvelle éruption doit avoir lieu, l’émission des vapeurs augmente pour l’ordinaire à la cheminée centrale, de légers tremblements de terre se font sentir, et on entend des bruits souterrains; les eaux minérales s’altèrent, les eaux douces se troublent, l’eau des puits change de niveau, quelquefois les puits eux-mêmes se sèchent entièrement; enfin, on remarque souvent un dégagement d’acide carbonique dans les caves et autres lieux enfoncés sous le sol.

Souvent les tremblements de terre se font sentir pendant la durée même de l’éruption ; quelquefois la terre

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n’éprouve aucune secousse, et l’éruption est dite tranquille.

De même qu’on apprécie assez bien l’éloignement du tonnerre par l’intervalle qui sépare le moment où l’éclair brille de celui où l’on entend la détonation, on a cherché à calculer la profondeur des foyers volcaniques par le temps qui sépare l’éruption du bruit qui la précède. Il ne paraît pas qu’on soit parvenu, par ce moyen , à des résultats bien positifs, mais ceux qu’on a obtenus tendent à faire regarder cette profondeur comme immense.

Les laves sont les principaux produits rejetés dans les éruptions volcaniques ; ce sont des matières en fusion, visqueuses, incandescentes, qui sortent du cratère comme une vaste nappe de liquide enflammé, coulent sur le terrain en renversant ou brûlant tout ce qui s’oppose à leur passage, et s’avancent avec une vitesse qui dépend de la force d’impulsion primitive, de la pente du terrain, et des obstacles qui peuvent s’opposer à son cours *. Suivant les modifications qu’apportent ces différentes circonstances, les laves mettent des années pour s’avancer de deux lieues, ou bien parcourent jusqu’à huit lieues en vingt-quatre heures. Le temps que les laves mettent à se refroidir varie suivant le volume des coulées; on a cité pour l’Etna des laves ayant encore un mouvement sensible dix ans après leur éruption.

La superficie des laves se refroidit et se durcit beau-

1 . Il faut tenir compte aussi, bien entendu, de la masse de la lave et de son état de fluidité, lié à la fois à sa température et à sa composition.

coup plus vite que l’intérieur, et il arrive souvent qu’on voit sortir d’une masse de lave un courant de matières incandescentes; quelquefois aussi ôn voit, à travers des fentes qui se forment à la surface, déjà refroidie, la matière encore brûlante à l’intérieur.

Il est très-important de noter qu’on ne doit pas plus juger d’un courant de laves par les surfaces qu’il présente à l’air, que d’un métal en fusion par les scories qui le recouvrent.

Un dégagement très-lent et paisible de vapeurs peu abondantes , mais corrosives et qui dégagent beaucoup de soufre, succède ordinairement aux éruptions de laves.

La force d’expansion des fluides élastiques qui accompagnent les éruptions volcaniques donne lieu à des atténuations des laves, qui sont réduites en poussière trèsfine, et forment ce qu’on appelle les cendres volcaniques. Ces cendres couvrent l’horizon d’un voile si épais, que, dans tout l’espace au-dessus duquel elles se trouvent, on ne peut marcher qu’à l’aide d’une lumière. Les vents transportent les cendres volcaniques aux distances les plus considérables, et souvent avec la plus grande rapidité.

On ne s’en étonnera pas , si on fait attention que la vitesse du vent peut aller jusqu’à 132 pieds par seconde, ce qui ferait 29 lieues par heure, et 700 lieues par 24 heures , s’il soufflait pendant tout ce temps dans une même direction et avec la même violence.

On voit quelquefois sortir de la montagne, pendant l’éruption, un grande quantité d’eau boueuse; mais, comme on l’imagine facilement, ce n’est pas une raison pour croire, comme plusieurs naturalistes, à de véri-

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tables éruptions boueuses. Cette circonstance s’explique aisément, quand on sait que les cavités des montagnes volcaniques renferment souvent de vastes amas d’eau : si donc ces cavités viennent à être trouées, les eaux s’échapperont , entraînant avec elles les terres dont elles sont chargées , et quelquefois les poissons qui s’y nourrissaient. M. de Humboldt a observé ce phénomène, et il a décrit les poissons rejetés des flancs de la montagne.

Un autre phénomène pourrait plus facilement induire en erreur, en simulant des éruptions aqueuses. Il arrive quelquefois, quand les éruptions ont lieu dans un instant où l’atmosphère est très-chargée d’humidité, que Pair brûlant qui sort du cratère dissout cette humidité et la refoule dans les régions supérieures : alors l’eau se condense, pour retomber en torrents qui entraînent à de grandes distances la terre de la montagne, les pierres , etc. ; et comme le cratère est enveloppé dans l’obscurité , on se persuade facilement que ces torrents sont rejetés par son ouverture.

Il n’est pas rare de voir des éruptions sans laves; lorsque cela arrive, la montagne volcanique éprouve quelquefois un bouleversement complet et un abaisse-

l. Un des exemples les plus remarquables que l’on puisse citer de ces phénomènes volcaniques sous-marins s’observe en ce point singulier de l’océan Atlantique, situé vers le 22e degré de longitude ouest et le 0° 50 de latitude sud, sur lequel M. Dausssy a le premier appelé l’attention des savants, et qui semble, presque sans discontinuité, être le siège de tremblements de terre»- ou d’éruptions sous-marines. — Comptes-rendus de V Académie des Sciences , t. IV, p. 446, et t. LUI , p. 1003 et 1086.

ment sensible de son» sommet. Dans les Andes, des montagnes ont perdu, dit-on, jusqu’à la cinquième ou sixième partie de leur hauteur; mais, dans ce cas, la base gagnait vraisemblablement ce que le sommet perdait.

De même qu’il y a des tremblements de terre sousmarins , il y a aussi des volcans sous-marins. On en connaît dans l’Archipel grec, près de l’Islande, etc.; leur existence est incontestable, et leurs éruptions sont accompagnées des mêmes tremblements de terre, des mêmes dégagements de vapeurs que celles qui ont lieu sur le continent; ils sont du reste assez peu connus, à cause de la difficulté de les observer.

Je terminerai ici, Madame, ce que j’avais à vous dir sur les volcans; mais, pour vous donner une idée plus exacte du tableau que peut présenter une éruption , je vais faire transcrire, pour vous l’envoyer, la relation d’une éruption volcanique de l’Etna en 1669, et d’une éruption du Vésuve en 1737; j’y joindrai la relation fort courte de l’observation d’une lie nouvelle, sortie de la mer près de Tercère, en 1720, à la suite d’une éruption sous-marine1.

] . Voyez les notes à la fin du volume.

DE L’ECORCE MINERALE DU GLOBE

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