‹ Lettres sur les révolutions du globeChapitre 23 sur 73 · CONTINUATION · texte numérisé non relu

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de l’écorce minérale du globe.

Dans mes précédentes lettres je me suis attaché, en vous parlant de l’écorce minérale du globe, à vous faire distinguer les deux parties dont elle se compose,

dont F une, le sol primordial , a recouvert la masse interne depuis les temps les plus reculés, et l’autre, le sol de transport et de sédiment, est évidemment beaucoup plus récente, et forme l’écorce la plus superficielle.

Les roches qui composent le sol primordial sont d’une tout autre nature que celles du sol de sédiment; elles s’en distinguent surtout par l’absence totale de restes organiques. Cette dernière circonstance est extrêmement curieuse par les résultats auxquels elle conduit : elle nous apprend que la vie n’a pas toujours existé sur le globe.

Ce n’est que dans les premières couches du sol de transport et de sédiment qu’on commence à trouver des traces d’êtres organisés. Les couches sédimentaires les plus anciennes que l’on connaisse aujourd’hui contiennent des nombres infinis de crustacés (trilobites) et de mollusques céphalopodes (nautiles); ces animaux occupent une place tellement élevée dans la série des êtres organisés, que, si nous voulons supposer que les premiers êtres vivants aient été doués d’une organisation extrêmement simple, il nous faut admettre, entre le sol primordial et les plus anciens des sédiments que nous connaissons, une lacune que nous ne parviendrons probablement jamais à combler.

L’étude des couches successives, et surtout celle des animaux et des végétaux qu’elles renferment à l’état fossile, a prouvé que les débris de ces êtres suivent dans leur distribution certaines lois générales qui peuvent être exprimées de la manière suivante :

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\° L’ensemble des êtres organisés, pris en masse, paraît se compliquer dans son organisation à mesure qu’on vient des couches anciennes aux plus récentes; les couches anciennes ne contiennent, en général, que les types les plus simples des formes actuelles. Ce fait, constaté par les géologues, devient du ressort de la physiologie, qui peut seule se charger d’en expliquer la loi.

2° A mesure qu’on vient des couches anciennes aux modernes, les formes générales changent à peu près comme elles changent aujourd’hui en allant de l’équateur vers les pôles. Le refroidissement de la planète terrestre, qui aurait été jadis à l’état de fusion ignée, peut le mieux rendre compte de cette observation-là.

3° Lorsque les corps organisés changent d’une couche à une autre, le changement peut être total ou partiel : dans le premier cas, les fossiles qui ont disparu ne se retrouvent plus dans les couches supérieures; dans les changements partiels , les fossiles qui ont dispa u peuvent se retrouver dans une couche plus élevée, et former ainsi des alternances de couches à fossiles semblables.

Tous les géologues admettent aujourd’hui que la présence des restes organiques marins sur les montagnes les plus élevées résulte du soulèvement de ces montagnes, mais ils ne s’accordent pas tous sur la manière dont se sont opérés ces soulèvements, et voici à peu près en quoi consiste, à cet égard, la différence entre les deux écoles géologiques. Une de ces écoles croit que le relief actuel des montagnes résulte de l’action de

causes actuelles s’exerçant avec leur intensité actuelle pendant une période illimitée; l’autre école croit que ces agents ont dû déployer parfois une plus grande énergie pour qu’il en pût résulter les aspérités que l’on observe aujourd’hui à la surface du globe.

Sans vouloir entrer dans toutes les raisons qu’on a données pour ou contre ces deux théories, je vous ferai observer, Madame, que la distribution des fossiles ne paraît guère pouvoir s’expliquer sans admettre que la nature a procédé par grands coups, qu’il y a eu dans l'histoire du globe une série de périodes de repos séparées l’une de l’autre par des révolutions qui détruisaient plus ou moins complètement les êtres organiques de la période précédente; car, s’il en était autrement, on devrait trou\er une gradation progressive depuis les fossiles les plus anciens jusqu’aux animaux et aux végétaux de l’époque actuelle, et il ne devrait jamais y avoir eu de renouvellement complet des êtres organiques d’une formation à l’autre.

Depuis l’époque du dernier de ces grands cataclysmes complètement destructeurs, la terre n’a pas été dans un état ininterrompu de repos, et il est évident, au contraire, qu’à diverses reprises de vastes régions ont été subitement envahies par la mer; mais les traces qui nous restent de ces inondations les montrent comme des mouvements tumultueux et peu durables, de sorte que les retraites fréquentes des eaux permettaient aux animaux échappés aux dernières inondations de se reproduire et de se multiplier. La dernière, un peu considérable, et probablement la seule qui ait eu lieu depuis que

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l’homme existe sur la terre, est sans doute ce déluge dont le souvenir est conservé dans les traditions de presque tous les anciens peuples; car l’homme, comme le couronnement de la création, a dû paraître le dernier sur le globe. On n’a trouvé nulle part ses ossements à l’état fossile, parce que la mer n’ayant pas changé de lit depuis la dernière catastrophe qui a détruit presque toute son espèce, ses débris sont sans doute restés ensevelis dans les profondeurs de l’Océan 1.

Je sens fort bien qu’après avoir si souvent parlé de ces révolutions fréquentes qui ont fait passer alternativement sous l’Océan toutes les parties de nos continents, et déterminé ainsi les différentes formations marines qui composent la plus grande partie de l’écorce minérale, je dois, sans plus de délais, entrer dans quelques détails à ce sujet. Et d’abord, puisque je me suis servi du mot formation , qui reviendra souvent par la suite,

1. Les géologues se sont beaucoup occupés dans ces derniers temps de la recherche des fossiles humains dans le terrain diluvien. Depuis longtemps M. Boucher de Perthes avait annoncé dans ces terrains l’existence de silex taillés , qui ne pouvaient être attribués qu’à l’homme. Les gisements qu’il avait signalés dans les environs d’Amiens ont été explorés de nouveau, et l’on s’est généralement accordé à admettre qu’il existe en effet des silex taillés dans la partie inférieure des terrains diluviens non remaniés. Ces silex accompagnent d’ailleurs des espèces perdues, telles que l’elephas primi generis et le rhinocéros tichorinus. Il résulte aussi des recherches de M. Lartet que les ossements fossiles des animaux antédiluviens qu’on trouve dans les cavernes portent souvent des trous qui prouvent qu’ils ont été travaillés par la main de l’homme lorsqu’ils étaient encore à l’état frais. On a enfin annoncé la découverte d’ossements humains dans des cavernes où ils étaient associés à des animaux antédiluviens , mais, jusqu’à présent , ce fait n’a pas acquis toute la certitude désirable.

il est bon que je vous dise ce qu’il doit exprimer. En géologie, on entend par là un ensemble de couches plus ou moins nombreuses, quelquefois très-différentes entre elles, mais qui ont dû être formées sans interruption totale de la cause qui les produisait.

Vous comprenez tout de suite sans doute que, bien que les grandes divisions de l’écorce minérale soient applicables à toute l’étendue de la terre, et que partout on observe un rapport assez constant entre les formations successives, on doit cependant, quand on examine les choses en détail, trouver des différences partielles assez marquées pour que des recherches particulières soient indispensables dans chaque localité.

Nous avons dit que les grandes chaînes de montagnes ont été formées par le redressement d’une partie des couches de l’écorce terrestre. Les sommets ont donc pu jadis être des îles, dont les crêtes prolongées déterminent des bassins séparés ; les mers contenues dans chacun de ces bassins ont pu éprouver à part des variations , par suite desquelles la nature des dépôts précipités changea nécessairement. Il en put être de même pour les êtres vivants qu’ils renfermaient dans leur sein; et de là viennent, au milieu de l’uniformité de composition du sol de transport, considéré d’une'manière générale, les différences partielles relatives aux localités.

Le sol où se trouve situé Paris ne pouvait guère manquer de devenir l’objet de l’étude spéciale des hommes célèbres qui l’habitent, et ces savants, tout en satisfaisant une curiosité bien naturelle, devaient donner l’exemple de la manière dont on doit procéder à ce

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genre de recherches. C’est ce qui a été fait par M. Cuvier, qui, conjointement avec un célèbre minéralogiste, (M. Brongniart père), a exécuté le plus beau travail sur ce sujet 1. Je veux, autant qu’il me sera possible, vous donner une idée des résultats auxquels ils sont parvenus, et je commence par emprunter à l’ouvrage luimême la circonscription des limites du golfe que formait autrefois le bassin dans lequel Paris a été construit.

« Le bassin de la Seine est séparé, pendant un assez grand espace, de celui de la Loire, par une vaste plaine élevée, dont la plus grande partie porte vulgairement le nom de Beauce, et dont la portion moyenne et la plus sèche s’étend du nord-ouest au sud-est, sur un espace de plus de quarante lieues, depuis Courville jusqu’à Montargis.

« Cette plaine s’appuie vers le nord-ouest à un pays plus élevé qu’elle, et surtout beaucoup plus coupé, dont les rivières d’Eure, d’Aure, d’Ilon, de Rille, d’Orne, de Mayenne, de Sarthe, d’Huine et de Loir, tirent leurs sources. Ce pays, dont la partie la plus élevée, qui est entre Seez et Mortagne, formait autrefois la province du Perche et une partie de la basse Normandie, appartient aujourd’hui au département de l’Orne.

« La ligne de, séparation physique de la Beauce et du Perche passe à peu près par les villes de Bonnevalle, Alluye, Hiers, Courville, Pontgouin et Yerneuil.

1, Essai sur la géographie minéralogique des environs de Paris, par MM. Cuvier et Brongniart. La première édition a paru en 1810 : l’ouvrage a été réimprimé depuis, et il a été fondu dans le grand ouvrage de Mi Cuvier sur les ossements fossiles.

(( De tous les autres côtés, la plaine domine ce qui l’entoure.

« Sa chute, du côté de la Loire, ne nous intéresse pas pour notre objet.

« Celle qui est du côté de la Seine se fait par deux lignes, dont Tune, à l’occident, regarde l’Eure, et l’autre, à l’orient, regarde immédiatement la Seine.

« La première va de Dreux vers Mantes.

« L’autre part d’auprès de Mantes passe par Marly, Meudon, Palaiseau, Marcoussy, La Ferté-Alais, Fontainebleau, Nemours, etc.

u Mais il ne faut pas se représenter ces deux lignes comme droites ou uniformes : elles sont au contraire sans cesse inégales, déchirées , de manière que, si cette vaste plaine était entourée d’eau, ses bords offriraient des golfes, des caps, des détroits, et seraient partout environnés d’îles et d’îlots.

« Ainsi, dans nos environs, la longue montagne où sont les bois de Saint-Cloud, de Ville-d’Avray, de Marly et des Alouets, et qui s’étend depuis Saint-Cloud jusqu’au confluent de la rivière de Mauldre dans la Seine, serait une île séparée par le détroit où est aujourd’hui Versailles, par la petite vallée de Sèvres et par la grande vallée du parc de Versailles.

« L’autre montagne, en forme de feuille de figuier, qui porte Bellevue, Meudon, les bois de Verrière, ceux do Châville, formerait une seconde île séparée du continent par la vallée de Bièvre et par celle des coteaux de Jouy.

« Mais ensuite, depuis Saint-Cyr jusqu’à Orléans, il

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n’y a plus d’interruption complète, quoique les vallées où coulent les rivières de Bièvre, d’fvetle, d’Orges, d’Étampes, d’Essonne et de Loing, entament profondément le continent du côté de l’est; celles de Yesgre, de Yoise et d’Eure, du côté de l’ouest.

« La partie de la côte la plus déchirée, celle qui présenterait le plus d’écueils et d’ îlots , est celle qui porte vulgairement le nom de Gâtinais français, et surtout sa portion qui comprend la forêt de Fontainebleau.

« Les pentes de cet immense plateau sont en général assez rapides, et tous les escarpements qu’on y voit, ainsi que ceux des vallées, et les puits que l’on creuse dans le haut pays, montrent que sa nature physique est la même partout, et qu’elle est formée d’une masse prodigieuse de sable fin qui recouvre toute cette surface, passant sur tous les autres terrains ou plateaux inférieurs sur lesquels cette grande plaine domine.

« Sa côte, qui regarde la Seine depuis la Mauldre jusqu’à Nemours, formera donc la limite naturelle du bassin que nous avons à examiner.

« De dessous ses deux extrémités, c’est-à-dire vers la Mauldre, et un peu au delà de Nemours, sortent immédiatement deux portions d’un plateau de craie qui s’étend en tous sens, et à une grande distance, pour former toute la haute Normandie , la Picardie et la Champagne.

« Les bords intérieurs de cette grande ceinture, lesquels passent, du côté de l’est, par Montereau, Sezanne, Épernay ; de celui de l’ouest, par Montfort, Mantes, Gisors, Chaumont, pour se rapprocher de Compiègne, et

qui font au nord-est un angle considérable qui embrasse tout le Laonnais, complètent, avec la côte sableuse que nous venons de décrire, la limite naturelle de notre bassin.

« Mais il y a cette grande différence, que le plateau sableux qui vient de la Beauce est supérieur à tous les autres, et par conséquent le plus moderne, et qu’il finit entièrement le long de la côte que nous avons marquée, tandis qu’au contraire le plateau de craie est naturellement plus ancien et inférieur à tous les autres ; qu’il ne fait que cesser de paraître au dehors, le long de la ligne de circuit que nous venons d’indiquer, mais que, loin d’y finir, il s’enfonce visiblement sous les supérieurs; qu’on le retrouve partout où l’on creuse ces derniers assez profondément, et que même il s’y relève dans quelques endroits, et s’y reproduit, pour ainsi dire, en les perçant.

« On peut donc se représenter que les matériaux qui composent le bassin de Paris, dans le sens où nous le limitons, ont été déposés dans un vaste espace creux, dans une espèce de golfe dont les côtes étaient de craie.

« Ce golfe faisait peut-être un cercle entier, une espèce de grand lac : mais nous ne pouvons pas le savoir, attendu que ses bords, du côté sud-ouest, ont été recouverts, ainsi que les matériaux qu’il contenait, par le grand plateau sableux dont nous avons parlé d’abord. »

A toutes les preuves qui se trouvent dans cette description, permettez-moi, Madame, d’en ajouter une qui augmentera peut-être la conviction où vous êtes sans

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doute déjà que le lieu qu’occupe Paris a fait autrefois partie du fond d’un vaste golfe.

Si on examine les terrains situés sur toutes les parties qui ont dû former ses bords, on y trouve une très-grande quantité de cailloux roulés, semblables à ceux qu’on trouve sur les grèves des golfes encore occupés par la mer. Ces cailloux, souvent réunis en poudingues trèsdurs, peuvent nous servir à reconnaître aujourd’hui les limites de l’ancien golfe dont nous parlons, comme les corps légers laissés par la Seine sur ses rivages, après une crue de ses eaux, nous indiquent, lorsqu’elles sont retirées, jusqu’où elles se sont étendues. MM. Cuvier et Brongniart entrent plus loin dans quelques détails sur les lieux où l’on trouve ces cailloux.

« On les voit très-bien, et en bancs immenses, près de Nemours, et précisément entre la craie et le terrain qui la suit.

« On les revoit à Moret, près de la pyramide; ils y forment encore de très-beaux poudingues.

« Le terrain que l’on parcourt en allant de Beaumontsur-Oise à Ivry-le-Temple est entièrement composé de cailloux roulés, répandus plus ou moins abondamment dans une terre argilo-sablonneuse, rouge, qui recouvre la craie. C’est encore ici un des bords du bassin de craie.

« On les retrouve du côté de Mantes, entre Triel et cette ville, dans un vallon qui est nommé sur les cartes la Vallée des Cailloux.

« Du côté d’Houdan, ils sont amoncelés sur les bords des champs, en tas immenses. Enfin, la partie des plaines

de la Sologne que nous avons visitée, depuis Orléans jusqua Salbris, est composée d’un sable siliceux brunâtre, mêlé d’une grande quantité de cailloux roulés, de plusieurs espèces. Ici, ce ne sont plus seulement des silex, il y a aussi des jaspes et des quartz de diverses couleurs. On remarquera que ce sol de rivage couvre la craie presque immédiatement, comme on peut l’observer avant d’arriver à Salbris, etc., et qu’il est bien différent des sables du pays chartrain, de la Beauce, etc., qui ne contiennent aucuns cailloux roulés. »

La craie qui forme le fond du golfe ou bassin dans lequel sont déposés les terrains de nos environs est une formation qui ne se retrouve avec les mêmes caractères qu’à Meudon et à Bougival. Dans une grande partie du nord de l’Europe, elle est recouverte en général par deux ou trois formations bien distinctes, qui lui sont certainement postérieures, ce qui prouve qu’elle remonte à une très-haute antiquité. On ne doit pourtant pas la placer au rang des couches les plus anciennes du sol de sédiment , car on peut compter au-dessous de la craie sept à huit formations bien distinctes , caractérisées par des fossiles particuliers à chaque formation, et séparées entre elles par des traces d’anciennes révolutions du globe.

Les fossiles caractéristiques de la craie sont tous marins, de sorte qu’on ne peut conserver le moindre doute sur l’origine marine de la formation crayeuse.

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