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Formé au fond des lacs d’eau douce

DE L’ÉCORCE MINÉRALE DU GLOBE

Il existe souvent aussi dans les vallées, mais il y est rer couvert par le terrain d’atterrissement. On ne le trouve point sur le sommet de Montmartre, ni sur celui de la butte d’Orgemont, soit que ces sommets n’aient pas présenté une assez large surface pour qu’il y ait pu s’v former des dépôts d’eau douce après la retraite de la mer, soit qu’ils aient été enlevés postérieurement, comme pourrait le faire supposer leur moindre élévation, car ils sont plus bas que ceux des autres collines voisines.

Si vous éprouviez quelque difficulté à supposer l’existence d’amas d’eau douce d’une étendue aussi considérable que celle que supposeraient les dépôts dont nous nous occupons, je vous rappellerais que l’état actuel du globe nous en présente de plus immenses encore, et que, dans l’Amérique septentrionale, les lacs Supérieur, Michigan , Huron , etc., présentent dans certains sens une étendue qui égale presque en longueur celle de la France, du nord au sud, de sorte que, si les eaux de ces lacs venaient à s’écouler, ils laisseraient à sec des lits de formation d’eau douce beaucoup plus étendus que celui qui nous occupe. Nous avons, d’autre part, dans de petits lacs que l’on a mis à sec en Écosse, la preuve que les dépôts d’eau douce ont la plus grande analogie avéc ceux des époques plus anciennes, tout comme les sources calcarifères des environs de Rome laissent déposer des calcaires très-analogues au travertin, lequel a dû se former de la même manière et peut-être à l’époque où se formaient les dépôts des environs de Paris.

Le creusement des vallées se rattache à un autre phénomène qui parait tout aussi difficile à expliquer, au transport des gros blocs qui forment en partie Je sol sur lequel est bâti Paris; on trouve, en effet, dans le terrain meuble qui remplit le fond de notre vallée , des blocs ayant jusqu’à douze mètres cubes de volume et pesant par conséquent plus de trente mille kilogrammes! Il est évident que ce terrain meuble n’a pu être produit par l’ordre actuel des. choses. On range dans la même classe, à laquelle on donne souvent le nom assez impropre d'alluvions anciennes , le sol de la plaine de Nanterre à Chatou; et en général tous les dépôts de cailloux roulés du fond des vallées dont l’origine ne peut être expliquée par les causes actuelles.

C’est dans ce terrain qu’on trouve les ossements d’éléphants, de bœufs, d’élans, etc., dont je vous ai déjà dit un mot, et dont je vous parlerai bientôt avec plus de détails. Ces débris montrent que la population de notre pays, dans ce temps-là, offrait autant de différence avec la population de nos jours que ce sol ancien lui -même en présente avec le sol actuel.

On trouve souvent cet ancien terrain d’alluvion dans des lieux qui ont dû être autrefois des vallées, et qui aujourd’hui appartiennent à des plateaux assez élevés. Tel est le dépôt remarquable qu’on a trouvé dans la forêt de Bondy, lorsqu’on y a fait une coupe pour le passage du canal de l’Ourcq; il renfermait des os d’éléphants et de gros troncs d’arbres.

La présence de restes d’éléphants dans le terrain d’alluvion ancienne nous amène naturellement à conclure

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que le transport de ce terrain a dû avoir lieu pendant que les éléphants vivaient dans nos contrées ; peut-être la cause extraordinaire qui a pu transporter les blocs des environs de Paris a-t-elle détruit en même temps les animaux habitant alors dans nos contrées. Quoi qu’il en soit, l’existence de ces blocs prouve que de grands courants ont sillonné nos contrées à une époque assez récente, et que ces courants devaient être doués d’une telle puissance, qu’il n’y a rien de trop hasardé à leur attribuer le creusement de nos vallées actuelles.

Quant aux terrains récents d’alluvion, formés par des cours* d’eau moins puissants, ils sont en général composés de matières plus ténues. On les observe dans des lieux où on conçoit fort bien qu’ils ont pu être déposés depuis l’établissement de l’ordre actuel, et les débris fossiles qu’on y trouve appartiennent à des animaux ou à des végétaux qui vivent encore dans nos cantons, ou qu’on sait y avoir vécu. Ils renferment également des ouvrages façonnés par la main des hommes, comme le bateau en forme de pirogue qu’on a déterré dans l’île des Cygnes, en creusant les fondations du pont des Invalides.

C’est à l’existence des débris de corps organisés qui ne sont pas encore entièrement décomposés qu’on doit attribuer les émanations dangereuses qui se dégagent des derniers terrains dalluvion quand on leS remue pour la première fois.

Je ne sais, Madame, si vous me pardonnerez la longueur de cette lettre, dans laquelle je n’ai eu à vous donner que les descriptions, nécessairement arides, d’une suite de terrains; j’espère cependant que vous

m’excuserez un peu en faveur des considérations importantes qui s’y rattachent immédiatement. Qui pourrait voir avec indifférence les traces si sensibles de révolutions dont notre pays a été le théâtre, et les nombreuses générations qui s’y sont succédé? La légère couche de vie qui fleurit à la surface du sol ne couvre que des ruines. Des êtres qui ont vécu dans le lieu même que nous habitons y foulaient tranquillemeut d’anciens débris laissés par la mer, lorsque cette mer, revenant subitement, les a engloutis sous ses eaux. Placés dans les mêmes circonstances, n’avons-nous pas à redouter le même sort? Pauvres petits hommes, nés d’hier, qui osons nous dire les maîtres de la terre, nous ne devrions marcher qu’en tremblant sur ce globe toujours prêt à nous engloutir. D’où peut venir notre sécurité? Est-ce de l’histoire de quelques générations d’êtres de notre espèce qui s’y sont maintenues, au milieu de mille désastres, pendant cinquante ou soixante siècles, ou bien nous fions-nous aux faibles digues dans lesquelles nous renfermons avec tant de peine les petits courants d’eau que nous appelons de grands fleuves, à ces petits amas de terre au moyen desquels nous retenons un instant quelques pieds de la mer au-dessus d'un point de notre sol? Gomment ne craignons-nous pas qu’au milieu de notre orgueil une légère secousse ne rende à l’Océan cette portion de la terre qu’il nous a naguère abandonnée , et qu’une partie de ses eaux n’engloutisse demain pour jamais nos grandes cités, nos puissants monarques, leurs vastes Etats, et jusqu’au souvenir des monuments dont notre petitesse ose se montrer si fière?

DES ANIMAUX FOSSILES

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