LETTRE IX
DES ANIMAUX FOSSILES
Dans la lettre précédente , en vous exposant le résultat des recherches faites par les observateurs les plus distingués sur les terrains de nos environs, j’ai eu pour but de vous donner une idée de la manière dont on doit concevoir que les différentes formations se succèdent dans toutes les parties du sol de transport et de sédiment; car il existe entre la superposition des roches sur toute la surface du globe des rapports qu’il est impossible de méconnaître.
Le sujet dont je me propose de vous entretenir dans cette lettre et les suivantes sera, j’espère, de nature à vous dédommager un peu de ce que la précédente pouvait avoir d’aride. Je veux vous parler des précieux débris d’animaux qu’on dirait que la nature aurait pris soin de conserver à dessein dans les entrailles de la terre, comme pour nous avertir des désastres dont nous pouvons nous-mêmes devenir d’un moment à l’autre les victimes.
Les recherches nouvelles dont je vais vous rendre compte ne seront plus bornées à un lieu particulier, mais elles seront le résultat des observations faites dans tous les pays. Il est d’autant plus nécessaire, dans ce
cas, d’embrasser la généralité des faits, que la ressemblance ou la différence que peuvent présenter les espèces trouvées dans les divers climats conduisent aux résultats les plus curieux.
Je suivrai, en vous parlant des animaux fossiles, un ordre directement contraire à celui que j’ai adopté relativement aux couches, c’est-à-dire que, commençant par les animaux qui se trouvent dans les plus superficielles, je passerai ensuite aux plus anciennes; et vous ne manquerez pas sans doute de remarquer que, si les restes fossiles qu’on rencontre dans les couches les plus superficielles appartiennent tous, ou à des espèces actuellement vivantes, comme X éléphant, le rhinocéros , Y hippopotame, ou à des animaux tout à fait voisins de ces espèces, comme les différents mastodontes , ceux qui gisent dans des couches plus profondes, et dont l’existence a dû être séparée de la nôtre par plus d’un cataclysme1, ne forment guère, en général, que des genres entièrement différents des genres vivants.
Les animaux fossiles sont des êtres d’une création ancienne dont il ne nous reste de souvenir que par des dépouilles osseuses épargnées par le temps. Leurs parties molles ont été, à cela près de quelques exceptions très-rares, remplacées par les molécules des roches dans lesquelles on les rencontre.
On a substitué l’expression d’animaux fossiles à celle d’animaux pétrifiés, qui donne une fausse idée, puisque le plus souvent les débris de ces habitants de l’ancien