ÉRUPTION DU VÉSUVE, EN
Détails donnés par le prince Cassano, membre de la Société royale de Londres , extraits des Transactions philosophiques.)
Le mont Vésuve est à la distance d’environ sept milles de Naples^ et à plus de quatre milles de la mer. Le pied de la
NOTES
montagne commence à la côte, et va en montant insensiblement jusqu’à la première plaine, où l’on peut aisément aller à cheval ; cette plaine est presque circulaire, elle a environ six milles de diamètre et un demi-mille de hauteur perpendiculaire au-dessus du niveau de la mer. C’est de là que s’élève une autre montagne qu’on nomme dans le pays Monte-Vecchio : sa hauteur perpendiculaire est d’environ quatre cents pas ; elle n’a guère que deux milles de circonférence au sommet, et est de forme irrégulière. Ce sommet, avant l’année 1631, avait la forme d’un bassin; il était environné de vieux chênes, d’énormes châtaigniers : on y voyait dans le fond une caverne dans laquelle on po vait descendre jusqu’à plus de deux cents pas, quoique avec un peu de difficqlté. On regardait cette ouverture comme l’ancienne bouche qui pendant longtemps avait vomi une prodigieuse quantité de matières bitumineuses, et brûlé une partie considérable du pays d’alentour.
Quant aux éruptions qui se sont succédé jusqu’à nos jours, on peut les diviser en anciennes et modernes. Bérose, Polybe, Strabon , Diodore et Vitruve ont parlé de quelques - unes des premières. Le Vésuve, sous le règne de Trajan, devint fameux par la mort de Pline : depuis cette époque mémorable , il est hors de doute que les éruptions furent moins fréquentes jusqu’à l’année 1139, où, après une éruption considérable, le Vésuve commença à se reposer, et demeura tranquille pendant près de cinq siècles. Ce long repos effaça le souvenir des anciens désastres : les habitants du voisinage se flattèrent que la matière inflammable était épuisée, et plantèrent tous les alentours de la montagne, qui, par leur fertilité, devinrent les délices du pays; mais, dans la suite des temps, ils furent trompés dans leurs espérances, car en 1631, pendant six mois, on entendit des mugissements continuels ^ on essuya des tremblements de terre ; et en décembre, il se fit une terrible éruption de feu, qui d’abord fit sauter en Pair une partie de la montagne , et vomit ensuite de l’eau, des cendres, des pierres et du feu , inonda presque toute la contrée jusqu’à la mer, sur une largeur de plus de
sept milles, et fit périr au delà de quatre mille personnes U
La montagne après cela demeura en repos, et beaucoup moins élevée qu’auparavant. Après un repos de vingt-neuf ans, elle se ralluma en 1660; son feu remplit toute la capacité du creux immense qui était resté depuis 1631, et dans lequel , après plusieurs moindres éruptions , il s’éleva une nouvelle montagne en 1685.
En 1707, tous les habitants des environs et toute la ville de Naples furent en alarme à cause des explosions et des secousses fréquentes qu’on éprouvait, et du feu cpii se faisait voir au sommet de la montagne. Une énorme quantité de cendres lancées avec impétuosité remplirent toute l’atmosphère et obscurcirent le soleil pendant un jour entier; mais heureusement ce jour effrayant fut suivi du calme, et la montagne s’apaisa.
En 1821,. la quantité de cendres et de pierres lancées par la montagne fut si grande, qu’elle remplit tout l’espace entre l’ancien et le nouveau mont.
En 1730, il y eut une nouvelle éruption du Vésuve, qui, quoique peu considérable en comparaison de la dernière, occasionna néanmoins beaucoup de craintes.
Cette année 1737, au mois de mai, la montagne ne fut
1. On pourra juger de la violence de cette éruption par la relation suivante, que j’ai tirée du numéro 21 des Transactions philosophiques, année 1666. Elle fut communiquée par le capitaine Guillaume Badilly :
« Le 6 décembre 1631, étant à l’ancre dans le golfe de Volo, dans l’Archipel, vers les dix heures du soir, il commença à pleuvoir du sable ou de la cendre, et cette pluie continua jusqu’à deux heures du matin. Il y en avait environ deux pouces d’épaisseur sur le pont, en sorte que nou§ le nettoyâmes avec des pelles comme nous aurions fait pour la neige le jour d’auparavant; il ne faisait point de vent lorsque cette cendre tomba. Il n’en tomba pas seulement où nous étions, mais encore en d’autres endroits, sur des vaisseaux qui venaient de Sâint- Jean-d’Acre à notre port, et qui étaient alors à cent lieues de nous. Nous comparâmes les cendres, elles étaient de même nature.
« N. B . Cette pluie de cendres venait de l’éruption du Vésuve dont il est question. »
NOTES
jamais tranquille : elle jetait tantôt beaucoup de fumée, tantôt des pierres ardentes qui retombaient sur la montagne. Du 16 au 19 on entendit des mugissements souterrains.
Le 19, on vit le feu sortir dans d’épais nuages noirs, et le jour il se fit plusieurs détonations bruyantes qui devinrent plus fréquentes vers le soir et augmentèrent dans la nuit. La montagne vomissait alors une très-épaisse fumée mêlée de cendres et de pierres, et on sentit aux environs quelques légères secousses de tremblement de terre.
Le lundi 20, à 9 heures du matin, la montagne fit une si forte explosion, que le choc fut sensible à plus de douze milles à la ronde. Une fumée noire mêlée de cendres parut s’élever fput d’un coup en vastes globes ondoyants, qui se dilataient en s’éloignant du cratère. Les explosions continuèrent très-fortes et très-fréquentes toute la journée, lançant de très grosses pierres au milieu des tourbillons de fumée et de cendres, jusqu’à un mille de hauteur.
A huit heures du soir, au milieu du bruit et des affreuses secousses, la montagne creva sur la première plaine, à un mille de distance du sommet, et il sortit un vaste torrent de feu de la nouvelle ouverture : dès lors, toute la partie méridionale de la montagne parut embrasée. Le torrent coula dans la plaine en-dessous, qui a plus d’un mille de longueur et près de quatre milles de largeur. Il s’élargit bientôt de près d’un mille, et à la quatrième heure de la nuit il atteignit l’extrémité de la plaine et le pied des monticules bas qui sont du côté du sud. Mais ces monticules étant composés de rochers escarpés, la plus grande partie du torrent coula dans les intervalles de ces rochers, parcourut deux vallons, et tomba successivement dans l’autre plaine qui forme la base de la montagne. Après s’y être réuni , il se divisa en quatre branches, dont l’une s’arrêta au milieu du chemin, à un mille, à un mille et demi de Torre-del-Greco ; la seconde coula dans un large vallon ; la troisième finit sous Torre-del- Greco, au voisinage de la mer, et la quatrième à une petite distance de la nouvelle bouche.
Le torrent qui roulait dans le vallon arriva entre l’église des
Carmélites et celle des Ames du purgatoire à quatre heures du matin. La matière courait comme du plomb fondu , et fit quatre milles en huit heures ; vitesse remarquable et extraordinaire, puisqu’on avait trouvé surprenant que dans l’éruption de 1618 la lave eût avancé de soixante pas dans une heure.
Le torrent qui coulait derrière le couvent des Carmélites , après avoir mis en feu la petite porte de l’église, y entra, et se fit jour aussi par les fenêtres dans la sacristie et dans deux autres pièces ; il brûla les fenêtres du réfectoire, et les vaisseaux de verre qui étaient sur les tables furent mis en pâte par la violence du feu. Seize jours après la matière était encore chaude et très-dure, mais on la brisa à force de coups.
Un morceau de verre fixé au bout d’un bâton et approché de cette matière se réduisait en pâte au bout de quatre minutes ; on entendait sous la masse du torrent des détonations fréquentes qui faisaient trembler l’église. Sur toute la surface du torrent, on voyait de petites fentes par lesquelles sortait une fumée ayant l’odeur du soufre mêlé avec de l’eau de mer, et les pierres qui étaient autour étaient couvertes de sublimations salines; le fer introduit dans ces fentes en sortait humide, mais le papier paraissait s’y durcir.
En même temps que la nouvelle bouche s’ouvrait, celle du sommet vomissait une vaste quantité de matière brûlante, qui, se divisant en torrents et en petits courants, se dirigea en partie vers le Salvadore, et en partie vers Ottajano ; et on voyait en outre des pierres ardentes s’élancer du haut de la montagne au milieu d’une épaisse fumée accompagnée d’éclairs et de tonnerre fréquents.
Les vomissements em flammés continuèrent jusqu’au mardi, et ce jour l’éruption des matières fondues , les éclairs et le bruit cessèrent; mais un vent du sud-ouest s’étant mis à souffler fortement , les cendres furent charriées en grande quantité jusqu’aux extrémités du royaume. Dans quelques endroits elles étaient très-fines, dans d’autres grosses comme du gravier. Dans le voisinage du Vésuve, on éprouva non-seulement