‹ Lettres sur les roches du jura et leur distribution géographique dans les deux hémispheresChapitre 13 sur 41 · XI. GROUPE DE SALINS · texte numérisé non relu

XI. GROUPE DE SALINS

25. Marnes de Salins. — Marnes grises, un peu jaunâtres avec taches blanchâtres, renfermant quelques assises mamocalcaires. Au point de vue de la lithologie, les Marnes de Salins^ les Marnes du Bannéei les Marnes de Besançon ont les plus grandes analogies, et il serait souvent impossible de les distinguer sans la superposition et les fossiles. — Epaisseur totale, 3", 50 centimètres. — Leitmuscheln : Pycnodus Nicoleti Agass. , Nautiltu Marcousanus d'Orb. ; Exogyra virgtda Defr. (Dans le Jura franccomtois cette espèce ne passe pas dans une autre division); Trigonia concentrica Agass. ; Pholadomya fmdticost€Ua Agass., PhoL trigonata Agass., PhoL angtUosa Agass. ; Cercomya spatula Agass. • Arcomya gracilis Agass. ; Corimya tenera Agass. ; Acrosalenia aspera Agass. ; Discoidea speciosa Agass. .

Je désignais autrefois cette division sous le nom de Marnes portlandiennes. Les localités types, sont : Aiglepierre et Suziau près de Salins ; la coupe de la route de Maure près de Besançon; au coin du bois près de Cow*tedoux et à Aile dans le voisinage de Porrentruy.

sont renfis strates, 338 mètres.

Tableau N<». 2 (en face page 45).

[ans ce tableau il i^ de groupes, sous-groupes et même de subdivisions l6

; Gyrodus jurensi9\ia; Pygurus jwrensU, ^li; Naulilus Marcoi Biscoidea speciosa, Uypeus acutus.

\; Nanlilus gigarUeu{fmya excerUrica; Pholadomya fMroteiy P. myacina^

icata; Homomya c<

T. gJBographica ; A

is; Terehralula cavi^^ga; Apiocrinus Meriani.

Oslrea sandalina,

pla; Nalica dejanin

flâna; Diceras ariei

on a trouvé que c

on a trouvé que <!

; Thecosmilia annt concinna.

ja; Pedina aspera; BeaumorUiit M- Duboisianus,

, J. polyplocus; d Pholadomya parcicoslalat Mala^ P, cardissoUgix,

\dens; Belemnites hc^ ^ A. ammularU^ A, EratQ, liculalus. A, Euchà lus; Ammonites mcia; Trigonia monilifera;

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26. Calcaires de Salins. — Calcaires très compactes, de couleur gris-blanchâtres, identiques aux Calcaires du Banné et aux Calcaires de Besançon. Les strates les plus supérieures sont un peu dolomitiques, ce qui les a fait désigner par les géologues de Besançon sous le nom de Dolomie portlandienne. — Epaisseur totale, 35 mètres. — Leitmuscheln : Sphcerodus gigas AgSiSS.; Pycnodus gigas Agass. ; Gyrodusjurensis Agass. ; Nerinea salinensis d'Orb., Ner. subpyramidcUis d*Orb., Ner. Erato d'Orb., Ner. trinodosa d'Orb.; Natica Marcousana d'Orb., Nat. ÀtUeta d'Orb.; Pygurus jurensis Agass. .

Cette division portait auparavant le nom de Calcaires pori" landiens. Les localités types sont les mêmes que celles cités précédenmient pour les Marnes de SaUns. (Voir, Appendice E.).

P. S. — J'ai réuni dans un TabtUar view, que je place ici en regard, Tordre des strates jurassiques, avec leurs épaisseurs, leurs subdivisions et les fossiles qui y sont renfermés (voir le tableau Nr. 2 en face). C'est une espèce de résumé sous forme de tableau, montrant l'arrangement des Roches du Jura dans le Jura franc-comtois.

Je ne me dissimule pas que l'on peut faire à cette classification des objections nombreuses et ayant même une grande valeur. Ainsi on peut lui reprocher : lo de surcharger et d'embarrasser de nouveaux noms les classifications déjà malheureusement si complexes ; 20 d'employer des noms de localités inconnues, insignifiantes, dont quelques-uns sont difficiles à prononcer et dont d'autres sont trop longs et compliqués ; et 3o de proposer une classification patriotique, nationale, cantonale, provinciale, de clocher et par trop franc-comtoise. A ces objections je répondrai : 1 ^ que je n'ai rien pu trouver qui exprime mieux les étages, les groupes et les sous-groupes, tels qu'ils existent dans le Jura franc-comtois ; 20 les noms de localités n'ont jamais donné lieu à aucune équivoque de synchronisme, et plutôt que de surcharger les classifications, je pense au contraire que c'est le seul moyen de les rendre exactes et claires. Enfin 3^, il n'est

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guère possible de faire de la géologie pratique et de détails, sans se servir de classifications patriotiques et de clochers.

Si les strates étaient continues sur toute la terre et qu'on puisse suivre chacune d'elles sans jamais les perdre de vue ; ou bien si nos méthodes paléontologiques, minéralogiques, etc., étaient assez parfaites pour qu'on puisse synchroniser avec certitude les strates d'un pays avec un autre : évidemment un seul nom pour un groupe serait adopté, et la géologie ne serait pas éloignée du jour où tous ses secrets nous seraient dévoilés. Mais la nature n'a pas procédé ainsi ; les strates ne sont pas continues, et nos méthodes pour reconnaître les synchronismes sont presqu'encore dans l'enfance. Arrivera-t-on jamais à cette simplicité de classification pour qu'un seul nom suffise pour désigner un groupe, soit sur toute la terre, soit sur tout un continent ? Pour citer un exemple et préciser, on peut se demander si l'on arrivera un jour à reconnaître que le Portland stone d'Angleterre s'étend sur tout le globe, sans qu'on risque d'enclaver dans ce groupe géologique des roches qui se sont déposées à une autre époque, et aussi sans qu'on en exclut des strates qui cependant se sont formées dans le même temps que ces roches se déposaient à Portland ? C'est possible qu'on arrive à ce degré de précision, mais à coup sûr, la géologie a bien des progrès à faire avant d'atteindre ce but qu'on peut presque qualifier aujourd'hui A'idéal, tellement il paraît éloigné. Nous sommes maintenant occupés à disséquer la terre, et c'est avec un atlas géographique à la main que les géologues procèdent à leurs recherches. La géologie n'est donc autre chose que l'anatomie de la géographie. Or, comment est-il possible d'exécuter cette anatomie sans se servir des noms géographiques ? En un mot, comment éviter les noms de clochers ? Je ne pense pas que cela soit possible et bien plus il est désirable que ces noms se multiplient, et que dans chaque bassin géologique on aie une classification avec des noms locaux. C'est d'ailleurs de ce côté que les idées des géologues pratiques sont actuellement dirigées ; comme exemple, je puis vous citer les relevés géologiques en voie d'exécution en Angleterre, en Autriche, en Russie, en Belgique et aux Etats-Unis.

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Troisième lettre sur le Jura, adressée au Docteur Albert Oppel. — V Angleterre est un vrai Traité élémentaire de géologie. — Pierre étackoppement de la stratigraphie. — Classification d'Eue de Beaumont et Dufrenoy. — A. dOrbigny; Paléontologie française , Terrains jurassiques ; Cours élémentaire de géologie stratigraphique. — Le vicomte dArchiac ; Histoire des Progrés de la géologie.

Zurich, le 18 janvier 1857.

*******. En essayant d'étendre une des classifications comprenant les divisions et subdivisions des strates de l'Angleterre à tout le globe, il me semble que c'est chercher à établir une impossibilité analogue à la quadrature du cercle, et de plus, cela a l'inconvénient grave d'engager à poursuivre une méthode d'observation donnant des résultats assez peu satisfaisants et qui contribuent médiocrement aux progrès de la stratigraphie. Il est d'ailleurs digne de remarque que ces tentatives d'extension des étages, divisions et subdivisions des assises de la vieille Angleterre, ne sont pas faites par des géologues anglais, mais bien par des géologues étrangers à la Grande-Bretagne, qui quelquefois même n'y sont jamais allés, ou qui y ont passés en maximum 6 ou 10 mois de leur vie. Les géologues de l'Angleterre sont extrêmement circonspects lorsqu'il s'agit d'étendre leurs synchronismes aux autres contrées, et ils ne se hasardent guère qu'à trouver les équivalents de grandes formations, quelquefois de leurs étages, mais très rarement des divisions, et jamais ou presque jamais des subdivisions. Ils savent par leurs propres expériences des îles Britanniques, que les divisions et subdivisions changent avec les parties d'un pays que l'on observe, et ils ont même soin dans leurs classifications de faire des différences entre

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les strates des Comtés du Sud, du Centre, de l'Ouest, ou du Nord de l'Angleterre. L'Ecosse et l'Irlande leur présentent des difficultés de synchronismes extrêmement compliqués et presqu'impossible à résoudre, malgré que ces pays soient, pour ainsi dire, placés aux portes du temple de la Stratigraphie britannique.

La géologie de l'Angleterre et du pays de Galles est certainement une des merveilles de notre ^obe et il est réellement surprenant que sur un aussi petit espace on trouve réuni une aussi belle série des strates. C'est là évidemment ob devait naître la stratigraphie, exactement comme Yorographie devait naître en Suisse entre les Alpes et le Jura. La série . anglaise présente un véritable résumé des strates qui se trouvent répandues sur tout le globe terrestre, et l'on peut comparer l'Angleterre à un Text-book ou à un Manual of Geology, dont on peut facilement tourner les feuilles et les étudier dans un petit nombre de semaines. Des falaises (cliffs) magnifiques, d'innombrables travaux (routes, canaux, raiirroads, carrières, etc.), une culture extrêmement avancée et qui n'a laissé des forêts qu'à Fétat d'embryons, permettent d'ouvrir ce livre de la nature indifféremment à toutes les pages ; on n'a pas même besoin de retourner aux titres des chapitres dans lesquels elles se trouvent, l'Editeur ayant eu soin d'indiquer en haut de chacune d'elles, au moyen des Leiimuscheln (coquilles guides), le Chapitre et le Numéro du paragraphe. Pour achever cette comparaison des strates de FAngleterre à un Manuel ou Traité élémentaire de géologie^ j'ajouterai que la facilité des voyages que l'on a à présent, et qui font que l'Angleterre, par ses raih-waysy ses steamers et ses océan steamskips qui étendent leurs courses jusqu'à Hong-Kong, à Yalparaiso et à Melbourne, peutêtre regardée conmie le centre du monde civilisé, et par conséquent comme le point d'accès le plus focile — je parle ici en général — pour les habitants de Jious les pays du monde. Par conséquent l'étude de ce Manuel est plus facile et à meilleur marché, que les recherches que l'on serait obligé de faire dans divers pays éloignés les uns des autres, et dont l'accès est plus ou

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moins obstrué par de grandes distances à franchir, des moyens de communications moins perfectionnées, des passe-ports, etc. . Enfin pour achever d'offrir tous les avantages possibles, les géologues anglais ont le bon esprit de livrer leurs publications officielles (Proceedings, Quaterly Journal^ Tranioctiong of the Geological So^ ciety ; Memoirs^ Maps^ Sections^ Reports^ Décades of the Geological Survey ; Mémoire of the Pakontological Society ; etc.) et autres (S»luria^ The old red sandstone. Synopsis of the British Paleozoic rocks, Outlines of the Geology of England and Wales^ A Catalogue of British fossilSj Àncient sea-margins^ Testimony of the rocks ^ 77ie Geological observer^ The Principles of Geology^ etc.) à des prix plus modérés et inférieurs à toutes les publications géologicpies faites en France, en Italie, en Suisse, en Belgique, en Allemagne, en Suède et en Russie ; il n'y a que leurs cousins des Etats-Unis qui sous ce rapport leur fassent concurrence.

Mais alors si FAngleterre possède les immenses avantages d'être un Manual of Geology ^ elle en a aussi les inconvénients; et de même que Ton ne peut pas demander à un Text-hook et à un Résumé de présenter tous les détails, tous les incidents, et tous les développements d'une question , de même la géologie anglaise et galloise est très défectueuse et incomplète, si on la compare à la géologie stratigraphique des Etats-Unis, de la Bohême, de la Scandinavie et de la Russie pour les terrains Paléozoïques ; à celle de la France, de la Suisse, de l'Allemagne pour les terrains Secondaires ; à celle de la France, de l'Italie, de la Belgique pour les terrains Tertiaires, etc. etc.

En un mot l'Angleterre qui a été le berceau de la Stratigraphie, en restera toujours comme le Résumé^ mais elle perdra, et on peut dire qu'elle a déjà perdu les types pour chacune des formations et groupes de roches stratifiées. La noble et vieille Albion doit se C(mtenter de posséder les Groupes de Caradoc, de Wenlock, de Ludlow, de Combrash, du Portland stone, du Gault, du London clay, etc.; d'avoir créé le Paleozoic^ le Silurian^ le Def)onian, ÏOld Red, le New Red, le Lias^ VOxfordian^ YEocéne, etc., et surtout d'être la patrie de Martin Lister, John Michell, William

Smith, Roderick I. Murchison, et de toute cette pléiade d'illustra-

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tions — Conybeare, Fitton, Buckland, de la Bêche, Lyell, Sedgwick, les deux Phillips William et John, James Sowerby, Hugh Miller, Mantell, Greenough, Edward Forbes, Daniel Sharpe, Mac- Coy, Saller, Ramsay, Morris, Portlock, Davidson, Homer, Hamilton, Austen, Darwin, Owen, Prestwich, Nicol, Jukes, Thomas Wright, Egerton, Bunbury, E. HuU, etc. etc., — née et sortie des recherches qui ont eu pour origine ces quatre grands observateurs et créateurs de la stratigraphie des Terrains Secondaires et Paléozoïques.

Pour arriver à décrire avec précision les strates d'un pays, il n'y a qu'à suivre la méthode inventée par William Smith et perfectionnée par de la Bêche et Murchison, en prenant pour modèle les publications du Geological Survey d'Angleterre. On peut dire que cette manière de procéder est à peu près parfaite, et qu'elle ne laisse rien à désirer pour une étude locale et d'un bassin géologique limité. Mais lorsqu'il s'agit d'établir les équivalents des strates sur toute la surface du globe, oh ! alors, on est fort embarassé, et l'on doit bien avouer que les méthodes pour y arriver sont fort imparfaites, et que le synchronisme n'a pas encore trouvé son William Smith. Quelques traits de lumières ont brilles çà et là ; de hardis pionniers ont pénétrés dans ce vaste domaine, cherchant à se frayer un chemin, à l'instar des Coureurs des bois et des PcUhfinders de Fenimore Cooper ; mais voilà tout ce que l'on possède jusqu'à présent ; des tentatives, des essais, et cependant rien de certain. Etablir des synchronismes vrais et certains entre des strates disséminées sur tout un continent ou sur le globe entier, c'est dans l'état actuel de la géologie, la pierre d'achoppement de la stratigraphie et le fameux ihai is the question ? Des géologues distingués et très savants ont cru résoudre le problème, en recueillant et dénonunant deux ou trois cents fossiles pour chaque division des temps géologiques, et en obligeant les strates, bon gré malgré, à se ranger dans des tiroirs mal fabriqués, avec de mauvais bois verts ou pourris et ayant des dimensions sans aucun rapport avec les matériaux qu'on veut y placer. Ce n'est pas ainsi que Smith procédait, il allait sur les lieux, non pas une fois seulement, mais cent, deux cents et même

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trois cents fois ; et alors après, il établissait sa série, sans jamais la pousser au-delà de Tendroit où ses regards pouvaient atteindre. Véritable Robinson Grusoé géologique, Smith n'a jamais quitté son Isle, et il ne se préoccupait nullement de ce qu'il ne connaissait pas de visu. ^

Ainsi, il faut bien distinguer ; Smith a découvert les moyens de classer les strates sur une surface limitée, là où Ton a à sa disposition, la continuité des assises, leurs superpositions, leurs fossiles, leurs compositions minéralogiques, leurs épaisseurs, leurs directions, leurs plongements, etc. ; mais il n'a pas cherché à établir des synchronismes en dehors de ces conditions.

Les savants qui ont cherchés à étendre les classifications de l'Angleterre aux autres contrées, sont surtout des géologues français ; et pendant longtemps tous leurs efforts se sont concentrés à vouloir retrouver le Kelloway rock et autres subdivisions, en France, en Allemagne, en Russie, etc. ; probablement afin de ne pas perdre ce fameux Kelloway-rock qui a eu la maladresse de disparaître depuis plus de 35 années au Kelloway bridge near Chippenham (Wiltshire) où il se cache obstinément sous un épais tapis de magnifique gazon anglais.

Ces tentatives d'extension de prime abord, n'ont pas été couronnées par tout le succès désirable, et l'expérience a montrée que l'on faisait volontiers fausse-route en suivant cette direction, et que si sur quelques points assez rapprochés de l'Angleterre, on arrivait quelquefois à donner des synchronismes satisfaisants et vrais même, on était conduit beaucoup plus souvent à des synchronismes douteux ou faux.

Elie de Beaumont et Dufrénoy, dans leur Mémoires pour servir à une description géologique de la France et dans leur excellente Carte géologiqm de la France^ ont bien vu qu'il y avait des difficultés insurmontables pour l'établissement de la classification anglaise en France ; et tout en sacrifiant aux idées du moment, ils ont modifiés cette classification pour l'appliquer à la France, et ils n'ont cherchés à synchroniser que les étages et les grandes divisions. On peut ajouter que leur synchronisme en grand a très bien réussi à un petit nombre d'exceptions près ;

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surtout si Ton reste dans le vague des grands divisions et qu'on ne cherche pas à en préciser les limites. Cependant il est à regretter que ce beau travail n'ait pas été fait avec une classification de détails entièrement française ; on avait Texemple de la classification de Guvier et de Brongniart pour les environs de Paris, et en étendant ce beau cadre on aurait eu une série beaucoup mieux adaptée aux strates de toute la France. Conmie vous le voyez, je reviens encore et toujours à mes idées de classifications nationales et patriotiques. D'ailleurs Elie de Beaumont et Duirénoy viennent de faire un grand pas de ce côté et paraissent convertis à cette manière de voir; car dans la carte exposée à la Great Exhibition of ail nations de Paris 1855 et qui avait pour titre : Fragment dune Carte Géologique détaillée de la France, etc. ; ces deux illustres savants donnent pour le Terrain jurassique les divisions suivantes :

Calcaire portlandien.

Argiles Kimméridiennes.

Calcaires à Astartes.

Coral rag.

Minerai de fer oolitique.

Argiles oxfordiennes.

Grande oolithe.

Oolithe Inférieure.

Marnes à Posidonies.

Minerai de fer.

Marnes avec calcaire noduleux.

Marnes brunes et Calcaires sableux.

Calcaires à Gryphées arquées.

Grès inférieur du Lias, dans lesquels ils s'éloignent considérablement des subdivisions de l'Angleterre.

Faire la description des strates d'une contrée est une tâche assez difficile à remplir, sans la compliquer et l'embarasser encore d'une question simultanée de synchronisme avec l'Angleterre ; question qui me paraît devoir être traitée toutà-fait à part et en dehors de la description générale, afin de

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laisser celle-ci intacte^ et aussi afin de permettre sans inconvénient les corrections et criticpies que le problême des équivalents géologiques entraîne inévitablement avec lui.

Avant de tenter un essai de synchronisme entre les Roches du Jura et celles des autres contrées ; essai que je n'entreprends qu'avec crainte, certain d'avance que mes forces me trahiront dans cette tâche hérissée de difficultés de toutes espèces ; je désire présenter plusieurs observations sur quelquesuns des travaux de deux géologues français, qui ont le plus contribués aux progrès de la géologie stratigraphique pendant ces dernières quinze années. L'un est Alcide d'Orbigny, l'auteur de la PaléorUologie française et d'un voyage dans V Amérique du Sud^ et l'autre est le vicomte A. d'Archiac, auteur de YHistoire des Progrès de la Géologie.

Les nombreux travaux de d'Orbigny indiquent tous, sans exception, un observateur original et profond, qm a vu beaucoup et dont les opinions doivent être considérées avec soin, impartialité, et même avec déférence ; car elles sont d'un grand poids en géologie. La Paléontologie française est un œuvre hors ligne ; elle se place à juste titre au même niveau avec les ouvrages suivants publiés en France et que j'écris par ordre de date : Géographie minéralogique des environs de Paris ; /ïecherches sur les ossements fossiles ; Description des coquilles foS" siles des environs de Paris ; Carte géologique de la France et son Explication; Histoire des Progrès de la Géologie. Les services que ce travail a déjà rendu et rend tous les jours sont tmmenses ; et on ne peut trop le répéter, d'Orbigny est un de ceux qui ont le plus fait pour les progrès de la géologie française et même de la géologie de tout le globe terrestre. Sentant sa valeur et élevé d'ailleurs à cette rude école des voyages, où la vie errante et indépendante que l'on mène dans les déserts (Pampas) ou sur les montagnes (Cordillères de Bolivie), vous rend le caractère peu apte à se plier aux exigences de la société des capitales; d'Orbigny a dédaigné de se lier à aucune des coteries scientifiques qui divisent les savants de Paris, et il a voulu faire son chemin à lui seul. De là, la po-

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sition d'isolement dans laquelle il se trouve. Il est vrai qu'il est parvenu à être professeur de Paléontologie au Jardin des Plantes ; mais il s'y est imposé malgré tous ses collègues qui le regardent comme un paria et un intrus. Fâché de ce mauvais vouloir, et des guerres sourdes ou ouvertes que quelques savants parisiens lui font, mécontent de ne pas obtenir des honneurs et des places auxquels il pense avoir plus de droits que ceux qui les reçoivent, d'Orbigny n'a pas su avoir la philosophie du savant et illustre Deshayes*); il s'est retiré de la lice et, conmie Achille, il reste sous sa tente. Cette bouderie d'Alcide est très regrettable au point de vue de la science surtout et aussi dans son propre intérêt; l'injustice des hommes ne doit rien avoir à faire avec les progrès de la science; d'ailleurs, n'est-ce pas la règle générale? sur six observateurs originaux et hommes de progrès il y en a trois de récompensés et trois qui n'ont rien. Les voyageurs sont en France mis systématiquement de côté ; on trouve que c'est assez de récompense, que d'avoir eu l'honneur d'exposer sa vie journellement pendant plusieurs années de suite, pour l'avancement et les progrès de l'histoire naturelle *).

Si je reconnais volontiers les inmienses services rendus par d'Orbigny, cela ne me rend pas cependant aveugle sur

^) J*ai entendu souyent des géologues étrangers à la France exprimer leur étonnement en apprenant qae ni Deshayes, ni d'Orbigny» ne sont membres de TAcadémie des Sciences, on comme on dit, de VInstItut de Paris. Assurément le titre de Membre de llnstitut, n'ajouterait rien à leur savoir ou à leur réputation; ils ont faits plus pour la Science que la bonne moitié des membres de ce corps savant, et s'ils occupaient chacun un fauteuil à côté des personnes composant les sections de Minéralogie et de Zoologie, ils ne dépareraient nullement Taréopage des illustrations scientifiques officielles. La principale objection qu'on leur fait pour les rejeter du nombre des élus, est qu'ils sont des faiseurs; comme la grande majorité des membres ne font presque rien, on comprend qu'ils n'aiment pas des faiseurs parmi eux, et de là l'admission de savants de second ordre de préférence à l'élection d'hommes vraiment supérieurs et connus de tous.

2) En Angleterre, aux Etats-Unis, en Allemagne et en Russie, on récompense les voyageurs, et les Académies et Sociétés savantes de ces contrées se font un honneur de les appeler dans leurs seins, et souvent

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les fautes nombreuses qui se trouvent ddns ses ouvrages et je crois me montrer un de ses vrais amis en essayant d'en rectifier quelques-unes. A la fin du volume premier de la Paléontologie française. Terrains Jurassiques^ page 604 et suivantes , d*Orbigny donne la nomenclature suivante pour les Terrains Jurassiques, en ayant soin de préciser que cette classification est : « Fexpression des divisions que la nature a tracée à grands traits sur le globe entier ».

r* Etage : Sinémurien, d'Orb, ; 2* Etage : Liasien, d'Orb. ; 3* Etage : Toarsien, d'Orb. ; 4* Etage : Bajocien. d'Orb. ; 5« Etage : Bathonien^ d'Omalius ; 6' Etage : Callovien, d'Orb. ; 7* Etage : Oxfordien, d'Orb. ; 8* Etage : Corallien, d'Orb. ; 9* Etage : Kimméridien d'Orb. ; 10' Etage : Portlandien, d'Orb. .

Les motifs qui ont conduit d'Orbigny a adopter cette « nomenclature de noms tirés des lieux où l'étage se trouve le mieux développé », sont, dit-il, « afin de faire cesser cette nomenclature embrouillée tirée de la composition minéralogique locale, si variable suivant les lieux (ce qui ne l'empêche pas de proposer ailleurs les étages Saliférien, Carboniférien et Falunien), et des fossiles dominant sur un point, qui peuvent manquer ailleurs ». Ces motifs sont excellents et l'idée aussi; seulement on se demande pourquoi d'Orbigny ferme les yeux

même lears confèrent des grades exceptionnels ; ainsi je puis citer parmi beaucoup d^aatres Martius à Munich; Ritter, Ehrenberg et Rose à Berlin ; Ferd. Rœmer à Breslau ; Krauss à Stuttgart ; Barth à Hambourg ; Ross, Hooker, Darwin, Richardson» Mac-dure en Angleterre ; Frémont, Wi|ke8, Kane, Perry, aux Etats-Unis; Middendorf, Helmersen, Abich, de Tchihatcheff, en Russie, etc.. Mais à Paris c'est tout le contraire; il suffit que vous soyez un Voyageur pour qu'on vous rejette, et qu'on tous colloque à côté des faiseurs. Ainsi a-t-on fait avec Dumont d'Urville, F. André Michaux, Lesueur, d'Orbigny, etc. ; et on dirait en yérité que ce qu'un voyageur français à de mieux à faire, s'il désire qu'on l'honore, c'est de mourir en route ainsi que cela est arrivé à Jacquemont, Leschénaux, Hommaire de Hell, Dillon, d'Osery, etc.. Dans Ce dernier cas, on proclame bien haut, qu'il était un naturaliste d'un très grand avenir, que c'est une perte irréparable pour la Science, que sa place était marquée dans le palais de l'Institut, et autres banalités en usage en pareils circonstances.

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sur ces motifs lorsqu'il s'agit de ses Saiiférim, Conchylien, Lioiien, Carboniférien et Falunien; et aussi si les lieux qu'il a choisi sont bien ceux oii l'étage se trouve le mieux développé. Il y a dans ces quelques phrases des tendances de généralisation très hasardées, mettant volontiers sur le dos de la Nature des opinions qui sont tout-à-fait personnelles à l'auteur et avec lesquels Dame Nature n'a rien à voir.

Dans cette classification en ien^ d'Orbigny s'attribue quatre dénominations qui ne sont pas de lui. Savoir: le Pcrilandien et YOxfordien créés par Alex. Brongniart en 1829, c'est-à-dire lorsque d'Orbigny était encore occupé à étudier ses Terrains Paiagoniens et Pampéen, et les noms de CoralUen et de Kimr méridien qui ont été employés par Thurmann dès 1832.

Afin que ces localités types ou gisements étalons^ conune il les appelle, puissent servir de modèle, il aurait fallu que d'Orbigny en donne des descriptions détaillées et qu'il précise les limites de chacun de ces étages ; car autrement on ne sait pas ce qu'il veut dire, chacune des localités qu'il cite possédant quelquefois trois, quatre étages et même toute la série jurassique. Il est vrai qu'il ajoute : telle étage est la zone de telle Ammonites, ou telle Huître, ou telle Trigonie ; mais alors cela suppose implicitement que ces deux ou trois fossiles qu'il cite, ont vécus simultanément sur tous les points de la mer jurassique, à une époque donnée et qu'avant ou après cette époque ils n'ont pas existes. En un mot c'est accorder aux espèces une fixité dans le temps et dans l'espace que l'observation des faits a démontré ne pas exister.

Ces localités types sont toutes choisies en France et en Angleterre ; et d'après le peu qu'il en dit, il paraît presque certain que d'Orbigny n'a pas visité lui-même plus de la moitié d'entre elles. Créer une classification nouvelle avec des observations aussi peu approfondies, et surtout étendre cette classification au globe entier, c'est assurément essayer l'impossible.

Cependant considérée avec le vague de généralité sans précision, et limitée au bassin géologique qui comprend Paris

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et Londres, et qui ne s'étend que jusqu'à La Rochelle et à Dijon, cette classification en dix étages ne manque pas d'une certaine valeur, et même sous plusieurs rapports elle est meilleure que la classification employée par les auteurs de la Carte géologique de France. La division du Lias en trois étages est surtout excellente, et presque tous les géologues se sont ralliés à cette manière de voir. Mais appliquée aux roches du Jura dans les deux hémisphères, cette classification présente deux défectuosités, qu'on peut dire capitale ; et cela en dehors même des principes plus ou moins faux, au point de vue d'extinction des espèces, qui ont guidés d'Orbigny dans son choix. Ces deux défectuosités sont les suivantes : c'est que, appliquée à un point donné quelconque du globe où existent les roches du Jura, cette classification est insuffisante, et ne donne pas du tout un cadre complet où l'on puisse placer toutes les strates jurassiques ; et secondement étendue à toute la terre, elle comprend trop d'étages et par suite embrouille les questions de synchronisme dans des complications de petits étages, qui ne sont à vrai dire que des divisions de quatrième ordre. En résumé, cette classification est ou insuffisante, ou trop compliquée.

Dans son Cours Elémentaire de Paléontologie et de Géologie stratigraphique, d'Orbigny reproduit cette classification du Jurassique et de plus il l'accompagne d'une classification de toutes les autres roches sédimentaires qui se trouvent répandues sur le globe. Cette classification générale est réprésentée page 157 du tome I, dans le tableau suivant:

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