Partie occidentale de la Moselle. Partie orientale de la Moselle
Cale, à Gryphéet arquées, avec Àm. Bucklandi, Àm, iinetnuriensis, Lima duplicata^ Lima giganlea»Gry' phœa arcuala, etc. . . 50*", 00
Marne rouge sans fossiles, 1™,00
Calcaires à Gryphées arquées,
avec Ammonites Bucklandi, Pinna
Hartmanniy Lima duplicata, Gry-
\phœa arcuala, etc. . . . 2°*, 00
Grès de Luxembourg, avec Âm-
jmoniles Hellangiensis, Am* angu-
latus, Nerita Ueltangiensis, Pleu-
.^ \rolomaria Mosellana, HeUangia
^ Weshayesea^ Cardinia concinna, Li-
\ma giganlea, Gryphœa arcuala, etc.
Epaisseur entre 50 et 200"'.
Marnes d*Helmsingen, avec Ammonites Hagenovii^ etc. . 2"'.00 Calcaires grêso'bilumineux, avec Marne noire et grés, avec My \^Mytilus scalprum, etc. l"',5o| tilus scalprum . . . . 2°',00
Bone bed d'Helmsingen. Bone bed de Kedange.
Ce qu on peut dire avec certitude c'est que les étages du Lower oolite et du Lias, sont les équivalents les uns des autres dans le Jura franc-comtois et dans la Moselle; mais je ne pense pas qu'il soit prudent de se hasarder, du moins actuellement, a reconnaître les équivalents des groupes et des sous-groupes. On peut dire seulement qu'il est probable que le Calcaire à Polypiers de la Moselle est l'équivalent, tout au moins en partie, des Roches de coraux du fort Saint-André.
Quant au terrain jurassique du Luxembourg les travaux publiés par Dumont, Dewalque, Chapuis, Majerus, etc., sont trop nombreux et trop importants pour que je les passe ici en revue ; il faut consulter ces mémoires pour en avoir une juste idée. (Voir : Mémoire sur les terrains triasique et jurassique de la province de Luxembourg, par A. Dumont 1842; Des-^ cription des fossiles des terrains secondaires de la province de Luxembourg, par Chapuis et Dewalque, 1851; Notes sur le ter-* rain jurassique du Grand-Dttché de Luxembourg, précédées de quelques considérations générales sur la con/lguralion du pays, par F.-E. Majerus, 1854; Description du Lias de la province de Luxembourg, par Dewalque, 1857, etc.) Cependant je ne puis
lehronisiiies da Lu
ment de la Meuse, Franr
Grancourt et d'Amblimont
Aubange
posidonies
ses à ovoides d'Avioth
bleux
Grès
Sabl^
occidentale du liuxem^ bourg belge.
mes
rieure de Jamoigne . . 0'"^
moDUivaltia Gueltardi .
iique de Jamoigne . .
k feuilletée de Jamoigne
H grès de Martinsart .
rien.
Le Jura. 179
résister au désir de vous donner le tableau du Lias, tel que Piette me Ta envoyé. Ce tableau me paraissant plus complet que celui que vient de publier Dewalque. (Voir le tableau n^ 4 en face.)
A partir de la Bourgogne les roches du Jura forment une ceinture autour du massif granitique, appelé Plateau central de la France, en s'étendant par le Nivernais, le Berri, le Poitou, la Gascogne et le Languedoc. Généralement on peut dire que les étages et même les groupes jurassiques de la Côte d'Or se retrouvent et se poursuivent sur toute cette ceinture ; quoique le terrain jurassique y soit bien moins puissant, et que des irrégularités nombreuses obligent à faire des études locales très-minutieuses pour s'y reconnaître. Vers la partie la plus méridionale de cette ceinture, c'est-à-dire, dans les Cévennes, ces irrégularités y prennent un caractère de constance, indiquant la limite extrême de la province Normando- Bourguignonne de l'époque jurassique. Un nombre déjà assez considérable d'espèces d'animaux fossiles s'y trouvent placées dans des positions stratigraphiques très-différentes de leurs cantonnements ordinaires de Lyme-regis, d'Oxford, de Semur, de Salins, de Porrentruy et de Balingen ; les roches s'y lient entr'elles par des passages qui rendent très-difficiles l'établissement de bons groupes naturels; et l'on voit que des influences différentes de celles qui ont régnées dans la province Normando-Bourguignonne, ont agi ici, non seulement sur les êtres, mais encore aussi sur les matériaux qui se déposaient. En un mot le jurassique cévennol est un trait d'union entre les roches du Jura type et celles de la province voisine Pyrenéo-Alpine:
Plusieurs observateurs ont publiés d'excellentes descriptions du terrain jurassique des Cévennes. Emilien Dumas de Sommières est celui qui a eu le plus de succès dans ce genre d'études, puis ensuite Paul de Rouville de Montpellier. Ces deux savants ont consignés leurs observations principalement dans les ouvrages suivants : Notice sur la constUtUion géologique de la région cévennique du département du Gard, par Em« Dumas (dans le Bulletin de la Société géologique de France, 2* sériey.
180 Le Jura.
vol. III, p. 566, 1846); Description géologique des environs de Mont--
pellier, par Paul Gervais de Rouville 1853 : et Géologie de Varron--
dissement de Saint- Affrique par Paul de Rouville et Reynès. 1858.
En combinant ces travaux, voici la série que l'on obtient.
Jura dans les Cévennes. Ëm. Dumas et Paul de Rouville (1846-57).
Epaisseur.
, 1 Maste corallienne non stratifiée de la Seranne ;
mageaei upper i ^^^^ Diceras arielina, Àpiocrinites rolundus,
colite. I CQi^jf^n^^a, Astrea, Cyatophyllum, etc. . . ISO^.OO
Bancê calcaires passant quelquefois à la dolomie; ce groupe s'observe surtout aux environs du Vigan, au Mont-Sainl- Loup, etc. On n'a pas encore trouvé jusqu'à présent de
- 1 débris fossiles SO'^.OO
;§ 1 Calcaire gris bleuâtre de Pierremale près d'Anduze, avec ^ j Ammonites biplex, Am, polyploeus, Am, Backeriœ, Aptychus
Beaumontii, etc 100"\00
g^ J Marnes grises alternant à la partie supérieure avec des ^ I calcaires marneux, du vallon de Valatoujès, Leitmuschein : Belemnites hastatus, Bel, Sauvanausus^ Ammonites perar^ matus , Ammonites eordatus , Am. tortisulcatus , Am, cris-
tatus, etc. 70",00
Dolomie de t'oolite. Dans certaines parties comme dans ^ l le Département du Gard ces dolomies se changent en un I 1 Calcaire à Enlroqucs, Leitmuschein : Encriniles. Penlacri-
^ / nites, Cidaris, Terebratula, Belemnites, etc 50™, 00
? 1 Calcaires et marnes à Fucoïdcs de Saint-- Brès, avec Tere- §*f bratula ornithocephala, Ter. concinna, Ter. perovalis, Lato-
^ \ meandra Davidsoni, Ammonites, Belemnites, etc 40*", 00
Marnes supraliasiques de Fressac, avec Belemnites cornpressus, Bel, Bruguierianus, Bel. Foumelianus, Ammonites bifrons, Am. Calypso, Am. Raquinianus, Am. sternalis, Am. S I margarilalus, A m. fimbriatus, Am, heterophyllus, Posidonia
*^ 1 Bronnii, Pecten œquivalvis, etc ^ 100"\00
*§ / Calcaires à Gryphées de Mortiès et de Mialet, avec Am- ^Imonites Bucklandi, Am. fimbriatus, Am. Davœi, Spirifer 5 I Walcotti, Spir. rostratus, Terebratula numismalis, etc. . . 300*", Oo Dolomie infraliasique et Infralias, avec Ammonites, Pecten, Plagiostoma, Gryphœa arcucUa (très-rare), Pinna, Trochus, Cardinia, Diadema seriale, etc 120'",00
Dès le premier coiip-d*œil, on voit que cette série présente de gravei^ difficultés de synchronismes avec les strates
Le Jura. 181
du Jura franc-comtois. D'abord il est inutile de penser aux sous-groupes et encore moins aux couches; tout ce que Ton peut raisonnablement espérer, est d'arriver à trouver grossomodo les équivalents de quelques groupes, pas de tous, bien entendu, et surtout de synchroniser les étages. Je pense qu'effectivement les quatre étages du Jura cévennol correspondent assez exactement à ceux des montagnes du Jura; cependant je ne suis pas certain pour les limites, et je ne réponds nullement du rigorisme de ces synchronismes, du moins dans l'état actuel de nos connaissances. Quant aux groupes, il est probable qu'on arrivera à trouver les équivalents pour les Lias inférieur, moyen et supérieur, peut-être même aussi pour d'autres gi'oupes; mais je pense que ce ne sera jamais avec ce degré de positivisme qui existe pour les synchronismes des groupes du Jura avec ceux de la Bourgogne, de l'Angleterre et du Wurtemberg. Mon ami Paul de Rouville a essayé de trouver ces équivalents , et il les a placés en regard dans plusieurs tableaux qui se trouvent dans sa Description des environs de Montpellier, De plus, il a accompagné ces tableaux d'études comparatives avec les pays en dehors des Cévennes ; ce qui ajoute un grand intérêt à cette excellente monographie géognostique, dédiée par son auteur, dans un moment de reconnaissance expensive, à tous les savants, vivants et fossiles, de France et de Navarre.
*4l- 4t ^ ^ Hi^ 4i-
PS. — Vous me demandez ce que le professeur Hébert a voulu dire par la phrase suivante : « Pendant toute cette pre- « mière période (Lias et Lower oolite), les sédiments accu- « mules sur le fond du bassin (de Paris) ont pu contribuer « par leur poids à en augmenter la profondeur. » (Voir : Les Mers anciennes et leurs rivages dans le bassin de Paris; première partie. Terrain jurassique, p. 40, Paris, 1853). Je n'en sais rien, pas plus que vous; comment voulez-vous qu'on devine une pareil énigme? Cependant, voici une petite anecdote qui pourra peut-être vous donner une explication, si non du fait, du moins de l'idée. Hébert a été longtemps un des directeurs de
182 Le Jora.
récole où l'on forme les pédagogues chargés d'orner et de cultiver l'esprit de la jeunesse française; et comme tel, il habitait l'Ecole Normale, beau bâtiment nouvellement construit dans la rue d'Ulm, à Paris. Or, voici ce qui est arrivé dans la construction de cet édifice, peu après que les murs sortaient de terre, on s'est aperçu qu'ils y rentraient; et que plus on mettait de matériaux, moins ces murs s'élevaient et même plus ils s'enfonçaient. Au douzième siècle on y aurait vu de la magie et des conjurations de l'Eglise romaine contre l'Université; en 1842, on s'est aperçu tout simplement que les fondations étaient sur les catacombes, et que les matériaux accumulés par les maçons ont formés ainsi une surcharge qui explique très-naturellement cet affaissement du rivage universitaire. Hébert aura probablement pensé que les maçons occupés à bâtir des écoles de pédagogie pour la jeunesse jurassique, ont aussi placés les fondations de leurs palais de coraux, sur des catacombes triasiques, et que le poids des matériaux apportés par les Ammonites, Echinides, Gryphées et Coraux, ont amené une surcharge qui a produit des résultats, dont il faut tenir compte , d'après le savant professeur de géologie de la Sorbonne.
Le Jura. 183
Septième lettre sur le Jura, adressée au Docteur Albert Oppel. — Reprise de ces lettres. — Impression produite par votre Die Juraformation Englands^ Frankreichs und des sUdwestlichen Deutschlands, — Objections contre la division des Roches du Jura en trois étages, et contre les expressions de Dogger et de Malm, — Le septième volume de VHistoire des progrès de la géologie. — Mutilation des Monts Jura. — Les découvertes orographiques de Thurmann. — Opinion de dArchiac sur votre Die Juraformation etc., qu'il confond avec les travaux de Quenstedt et de Fraas. — Essai sur les classifications stratigraphiques de la terre. — Classifications de 1830, de 1844 et de 1858. — Explications sur le PaléozoiquCf le Secondaire, le Silurien^ le Cambrien, le Permien, le Dévonien, le Carbonifère, etc. — Diverses espèces d'hommes; a-t-on trouvé un homme foss^ile?
Zurich, le 25 décembre 1858.
Plus de dix-huit mois se sont écoulés, depuis que je vous ai adressé ma sixième lettre sur le Jura; et pendant ce laps de temps vous avez achevé la publication de votre excellent et long travail Die Juraformation, etc., Quenstedt a fait paraître son Der Jura de la Souabe, d'Archiac a enrichi nos bibliothèques de son tome seplihme de Y Histoire des progrès, et enfin Ferd. Rœmer nous a donné dans la Zeitschrift der deutschen geologischen Gesellschaft une belle description du Jura de la Porta Westphalica dans son mémoire intitulé : Die jurcLssische Weserkette; sans compter un assez grand nombre de mémoires moins considérables qui ont paru sur les Roches du Jura des diverses contrées dans les deux hémisphères.
D'abord je me félicite avec vous de ces nombreuses produc-
184 Le Jura.
tions jurassiques ; car cela prouve qu'on revient à ces intéressantes formations, et que la mode qui existait il y a douze années, a changée. En géologie, comme du reste en tout ce qui dépend des hommes, la mode existe et règne avec ses caprices tyranniques et exclusifs. Ainsi, après les grands travaux de Smith, de Conybeare, de Buckland, de Phillips, de De la Bêche, de Thurmann, etc., on ne parlait que du jurassique; puis est venu le néocomien; la fameuse question du nummulitique ; et enfin Murchison, Sedgwick, Barrande, Venetz, de Charpentier, Agassiz ont occupé exclusivement Tattention publique avec le Silurien, le Cambrien, le Dévonien, les glaciers, les stries, les moraines, etc. Aujourd'hui on laisse les glaciers et les courants de boue bien tranquilles; le Silurien et le Cambrien fatigués de leurs luttes, se reposent, tout en se regardant d'un air menaçant; le Dévonien ou plutôt Yold red a perdu son poète, Hugh Miller; le Nummulitique, à l'exemple des ambitions satisfaites, s'est retiré dans sa coquille, en se recouvrant d'un opercule de sénateur; d'Archiac a traité le Néocomien, comme un académicien répond à un berger qui lui demande ce qu'il a perdu au milieu d'un tas de pierres; et les cratères de soulèvements? les chaînes de Montagnes? les Volcans? la Dolomisation? le granit métamorphique? le pisolitique? le Miocène? les couches de Saint-Cassian? Petit-cœur? les Plantes houilhères de l'époque éocène dans les Alpes? le Macigno? la Terebratula diphyal les Mammifères exclusivement tertiaires? les Reptiles secondaires? et l'homme fossile? A tous ces nombreux points d'interrogations le temps se charge de. répondre; la mode les exhibe et crée autour de chacun d'eux une agitation, qui souvent n'est pas exempte des petites misères de la vie humaine; mais le temps rectifie tout cela et lui seul a le dernier mot dans toutes ces questions.
L'achèvement de votre publication, et de celles de Quenstedt, de d'Archiac et de Rœmer, abrège de beaucoup la besogne que ces lettres m'ont imposée; et cela me permettra de glisser sur tout ce Jura allemand qui, soit dit en passant, m'épouvantait bien un peu, car mes oreilles galliques conti-
Le Jura. 185
nuent de se refuser à se prêter aux joies des harmonies de la langue incomparable de Gothe, de Schiller, d'Uhland. Que voulez-vous, mon cher ami, je suis un barbare; et je serais capable de lutter en germanismes avec d'Archiac, qui traduit quelque part (voir : Histoire des Progrés, Tom. II, p. 762) le petit village du hohe-Rhonen à côté du lac de Zurich et près du célèbre ermitage d'Einsiedeln dans le canton de Schwyz, par la vallée du Rhâne svpériewr. Comme vous le voyez il vaut mieux m'abstenir que d'enrichir ainsi votre géographie géologique allemande. Du reste je ne vois pas grand changement à effectuer dans les synchronismes que jai été le premier à établir entre le Jum' français et le Jura wurtembergeois ; synchronismes que vous avez bien voulu accepter dans votre mémoire, et qui me paraissent avoir quelques degrés de probabilité en leurs faveurs, surtout, pour les groupes des étages du Lias et de TOxfordian. Quant au Lower et à l'Upper colites, il y a toujours là des difficultés que les études de détails que Quenstedt et notre ami Fraas ont faits dernièrement ne me paraissent pas avoir diminuées ; votre Jura blanc surtout, est d'une uniformité qui opposera encore longtemps des obstacles presqu'insurmontables à des établissements de groupes et de synchronis* mes avec les pays voisins.
Votre essai de comparaison du terrain jurassique du sud de t Allemagne avec les roches du Jura de la Suisse^ de la France et de t Angleterre est bien réussi; vous avez su coordonner et grouper un grand nombre de faits épars, et en tirer des con* séquences qui sont généralement justes et philosophiques. Le Tabular view ou Tabellarische Vebersicht der Jurassischen Ablagerungen verschiedener Gegenden mil Zugrundlegung paleontologisch bestimmter Zonen comme vous l'appelez, placé à la fin de votre livre, me paraît plus clair, plus précis et mieux exécuté, qu'aucun de ceux que j'aie vus jusqu'à présent. Je crois pouvoir vous dire, que l'impression produite par votre Die Jura-formation Englands, Frankreichs und des sUdwestlichen Deutsche lands, est très-favorable; que l'immense majorité des géologues pratiques l'ont reçus comme un ouvrage d'un mérite-
186 Le Jura.
incontestable ; et que c'est certainement ce qu'il y a de mieux jusqu'à présent sur ce sujet des synchronismes et équivalents jurassiques. Ce n'est pas à dire que l'on adoptera toutes les opinions que vous y avez émises; il y a, même en assez grand nombre, des parties très-objectionables, et il est probable que vous verrez s'élever des oppositions sérieuses contre plusieurs de vos observations et conclusions; mais tout cela n ôtera rien à la valeur de votre Mémoire, qui restera, et à juste titre, comme une des contributions les plus importantes pour la connaissance de la période jurassique du centre de l'Europe.
Permettez-moi de vous présenter quelques objections, principalement sur deux ou trois points assez importants. D'abord vous divisez le Jura en trois étages au lieu de quatre; en cela vous avez l'autorité de Léopold de Buch, de Quenstedt, et même du geological survey de l'Angleterre; mais aussi vous avez contre vous tous les géologues du Jura, de la France, plus les classifications de Buckland, de la Bêche, Conybeare, etc. Ce n'est pas que cette opinion de trois étages soit absolument insoutenable; cependant en réalité elle est moins naturelle que la division en quatre étages. Vous placez la séparation entre le Lias et le Lower oolite au-dessus de votre zone de V Ammonites jurensis; eh bien! il n'est guère possible de trouver une séparation plus artificielle que celle-là; rien ne la justifie, car il n'y a, nulle part, de séparation ni pétrographique, ni orographique, ni même paléontologique entre ces couches et celles que vous appelez zone des AmmonUes toruloêus. De Buch avait donné cette limite en se basant sur un fait seulement orographique, en disant que c'était à partir de ces assises que commence le grand talus formé par le Jura brun wurtembergeois. Ce fait est loin d'être absolu, et il eat même très-contestable, du moins pour les environs de Rothweil, de Balingen, d'Hechingen, etc., que j'ai visités; et si vous consultez mes Recherches géologiques sur le Jura salinois^ vous y trouverez une note p. 56, où je m'élève précisément contre cette limité. D'ailleurs dans toutes les montagnes du Jura, en
Le Jara. 187
France et en Angleterre, il est impossible de saisir avec exactitude ces deux subdivisions des zones à Àm,jurensis et à Am. torulosw; et il me semble que pour une classification générale, comme celle que vous proposez, on ne doit tenir compte que de limites faciles à saisir d'un premier coup-d'œil, et non de ces frontières donnant lieu à des échanges de protocoles sans fin entre les parties intéressées.
II est bien regrettable que vous ayez supprimé entièrement le mot oolite dans votre Tabellarische Uebersicht; quand cela ne serait que par respect pour les travaux de Smith. Du reste, les oolites sont si intimement liées à toute espèce de classification jurassique, que cette expression doit être conservée à tout prix. Vous appelez votre Jura moyen Dogger, et le supérieur Malm, Ces deux expressions ne me paraissent pas très heureusement choisies. En faisant des recherches sur leurs origines, je trouve que le Dogger est une expression provinciale du Yorkshire employée pour désigner un grès grossier, très-ferrugineux, qui se trouve dans YInferior oolite^ immédiatement au-dessus de Xalum-shale^ G. Young et J. Bird sont les premiers qui aient introduit ce nom, dans la première édition de leur : Geohgical survey oflhe Yorkshire coasty publiée en 1822; le prof. A. Sedgwick s'en sert aussi dans son mémoire intitulé : On the classificalion of the strata which appear on the Yorkshire coast\ p. 18; London, 1826; et enfin le prof. J. Phillips cite le Dogger conmie synonyme de son n^ 14 ou ferruginous beds de son Tabular view of the séries of Yorkshire strata, dans sa Geology of Yorkshire, London, 1829. Mais dans tous les cas cette expression est toujours restée limitée à quelques assises de ÏInferior oolite d'un seul comté de l'Angleterre; comté, où le Lower oolite est des plus anormales; car il y renferme les couches de houille de Whitby, de Gristhorpe, etc.
Quant au mot provincial Malm il a été employé- pour la première fois par un nommé White de Selborne; c'est une corruption de Marly, marlen ou marlen land, qui signifie dans le Sussex, le Surrey et les Hampshire Downs, un sol argileux, très-fertile; on dit pour une bonne terre, c'est un Malm land.
188 Le Jura.
White a appliqué cette expression à des assises du Marly chalk qui passent à l'argile du Gault; Murchison se sert de McUm rock, pour désigner dans le Hampshire et le Sussex Yupper Green sand, que Fitton appelait alors Firestone (voir : Geological Sketch of the North-Western extremity of Sussex ^ etc. dans les Trans. of the GeoL soc. 2"** série vol. H). Mantell, dans sa Geology of Sussex, p. 84. London, 1822, nomme Malm^ rock, des couches au-dessus du Gault. Fitton dans son Additional notes on part of the opposite coasts of France and England (voir : Proceed. of the GeoL soc. of London, vol. I, p. 7. Décembre 1826), donne dans un tableau les Malm rocks comme représentant dans le Western Sussex, ce qu'il nommait alors Merstham stone, fire stone^ upper Green sand, ou craie tuffeau des Français. Mais celui qui a le plus précisé l'expression de Malm, est P.-I. Martin. Ce savant, dans son remarquable travail intitulé : À geological memoir on a part of Western Su^sseœ; London, 1828; colore une assez grande surface de sa Geolo-^ gical Map comme étant du Malm, et il définit ce mot comme dési* gnant toutes les couches qui se trouvent interposées entre la Craie et le Gault, L'expression Malm, dit Martin, p. 6, est comme celles du Gault, du Lias, du Killas, etc., sans signification en dehors de la chose même qu'elle est appellée à distinguer. Dans son grand ouvrage : On the strata below the Chalk, London, 1836, le D' Fitton dit, p. 154, que les Malm-rocks sont les couches de passages de la craie marneuse au grès vert supérieur dans les paroisses de Buriton et Harting dans le Hamphsire. Il est vrai que dans le même Mémoire, Fitton nomme, p. 277, Malm un conglomérat, très-décomposé , qui paraît être d'après lui l'équivalent, à Garsington dans l'Oxfordshire, d'une partie des couches de Purbeck; mais il emploie cette expression plutôt comme une description pétrographique que comme division; et dans tous les cas, alors, il regardait le Purbeck comme crétacé et non comme jurassique. En vous servant de Malm ^our votre jurassique supérieure, vous risquez ainsi d'amener des confusions avec l'Angleterre; et vous donnez à cette expression une signification différente de celle qu'elle a eu primiti*
Le Jura. 189
veraent. D'ailleurs, ce nom a été depuis lors à peu près oublié, et il est douteux que sa résurrection soit très-avantageuse pour la classification des strates européennes.
Enfin encore une autre objection; dans votre Tahellarische Vebersicht vos sous-groupes, sont tous des zones d'un seul fossile, à Texception du Purbeck et du Scyphia Kalke; ainsi vous avez la zone de VAmmonites Parkinsoni, la zone du iVeroceras Pelagi, celle de la TerebrcUula digona; et vous étendez votre classification par zones paléontologiques d'un setU fossile, au Hanovre, au Luxembourg, au Grand-duché de Bade, à la Suisse, à la Franche-Comté, à la Bourgogne, Normandie, au sud-ouest de TAngleterre et au Yorkshire. Une pareille application de la zone d'un seul fossile entraîne avec elle comme axiome, que ce seul fossile a vécu simultanément dans ces divers pays, qu'il y a fait son apparition en même temps, et qu'il s'y est éteint aussi au même moment. Or, cet axiome est très-discutable; je ne dis pas qu'il ne soit pas vrai, pour ce bassin limité; cependant il a besoin de démonstration et même d'une démonstration rigoureuse. L'apparition, le développement et l'extinction d'une espèce? mais ce sont là des questions sur lesquels nous connaissons bien peu ; il y a un nombre infini de chances pour que nous nous trompions en les abordant, et de nombreuses générations de naturalistes passeront avant qu'elles soient résolues; car elles tiennent à trop de causes diverses, difficiles, pour ne pas dire impossibles à apprécier, du moins actuellement.
Le tome septième de VHistoire des Progrès de la Géologie, renferme le terrain jurassique de toute la terre, excepté les Roches du Jura de la France et de l'Angleterre, qui à elles seules remplissent le tome sixième. Ce nouveau volume de M. d'Archiac ne le cède en rien à ses prédécesseurs; c'est toujours une partie de cette Encyclopédie géologique, entreprise et poursuivie avec ce courage et cette persévérance qui ont attiré depuis longtemps à son auteur les sympathies et les remerciements de tous les géologues. Comme me l'écrivait dernièrement un géologue anglais^ « cet ceuvre compose à elle
190 Le Jurt.
seuk une bibliothèque géologique ». Nous sommes d'ailleurs parfaitement d'accord sur la valeur et les services rendus par cet immense travail de compilation ; et si tous deux nous différons quelquefois du savant historien, ce n'est seulement que sar les principes et non sur le fond, et surtout nous ne mettons pas un seul instant en doute, le but de grande utilité de cette belle publication.
Cela posé, comme disent les mathématiciens, j'ai quelques observations à présenter trës-respectueusement à M. d'Archiac. En décrivant le terrain jurassique du nord et de l'est de la France, l'auteur y a fait rentrer, et cela avec raison, les Roches du Jura du Luxembourg et de la Bavière Rhénane; pourquoi alors déchiqueter les Monts Jura par pièces et morceaux, qu'il place les uns dans le tome sixième, et les autres dans le tome septième? Puisque M.. d'Archiac reconnaît que la chaîne du Jura présente le plus grand développement normal des dépôts de cette période, on ne voit pas trop la raison qui a pu le conduire à mutiler, ainsi qu'il le fait, ces belles montagnes. La géologie n'a jamais suivi, que je sache, les limites posées par les diplomates du congrès de Vienne, elle s'inquiète bien peu de ces poteaux plantés l'un à droite d'un ruisseau avec l'enseigne de Royaume de B..., et l'autre à gauche avec* l'inscription d'Empire des X. Les célèbres vallées longitudinales du Jura ne s'arrêtent pas brusquement devant les guérites des gabelous chargés de commander à tous les passants de montrer humblement leurs poches plus ou moins receleuses de contrebande. Que deviendrait la Géographie physique du Cosmos, si de Humboldt avait été obligé de la soumettre aux limites politiques des états, au lieu de suivre les limites naturelles? Dans un travail général comme celui de VHistoire de la géologie, un pareil système est un contre-sens, et il faut espérer que son auteur abandonnera cette méthode peu philosophique, et qu'il reconnaîtra qu'elle n'est qu'à l'usage de ces nombreux parasites qu'en France l'on nomme Messieurs les Douaniers, les Gendarmes et les Commissaires des passe-ports, et nullement pour les géologues.
Le Jura. 191
Mais ainsi que je vous Tai dit souvent, le Jura joue de malheur, du moins avec M. d'Arcbiac. Ce savant reconnaît bien que ce système de montagnes est le type des dépôts jurassiques, néanmoins il oblige ce type à se soumettre aux divisions anormales du sud de l'Angleterre; il avoue que l'orographie y est simple, uniforme, et que cette chaîne forme un tout parfaitement distinct et séparé des autres massifs, et cependant il' ne craint pas de trancher cette unité par tronçons, qu'il distribue, non seulement dans deux chapitres différents, mais bien plus dans deux volumes, unissant dans un même paragraphe les roches de la Dôle et des environs la Perte du Rhône avec celles du Maçonnais et de la Côte-d'or, tandis que dans une autre il décrit les strates de Schaffouse avec celles de Chambéry. Enfin pour couronner ce grand paradoxe, M. d'Archiac s'extasie devant la bonté de la dénomination de formation jurassique, car, dit-il, « il y en a peu dans la terminologie géologique qui soient aussi heureusement motivées », et cependant il continue à en rejeter les détails, se motivant sur ce que « le Jura n'a pas été complètement étudié il y a 45 ans! »
Le chapitre premier, formation jurassique de la Suisse et de la Savoie, du tome septième de \ Histoire de la Géologie, commence par un article sur l'orographie du Jura. M. d'Archiac naturellement trouve l'orographie du Jura une chose toute simple, rien, suivant lui, n'est plus facile à expliquer, et les idées de Thurmann — remarquez qu'il dit idées et non découvertes — ne lui « paraissent pas avoir toute Timportance que quelques personnes leur ont attribuée ». En effet, pendant quarante années le Jura avait été parcouru dans tous les sens par de Saussure , Dolomieu , de Buch, Humboldt, Elie de Beaumont, Charbaut, Mérian, Alex. Brongniart, George Cuvier, Conrad Escher de la Linth, De Luc, d'Omalius d'Halloy, etc., et tous ces savants dont M. d'Archiac ne niera pas, je l'espère, les talents d'observateurs, n'ont cependant pas vu les lois qui régissent cette orographie si simple. Thurmann, en trouvant ces lois et en les exposant avec cette clarté et
192 Le Jara.
cette précision, qui resteront toujours comme des modèles pour Torographie des chaînes de montagnes composées de roches stratifiées, n'a donc fait que des découvertes de peu d'importances! Quel dommage que M. d'Archiac lui-même n'aie pas exploré le Jura il y a 45 ans!
Les travaux de Thurmann sur l'orographie jurassique, sont assez connus pour n'avoir rien à craindre des appréciations assez diffuses et souvent incompréhensibles du savant historien. Peu de livres en géologie ont produits une sensation pareille à celle de Y Essai sur les soulèvements jurassiques de Porrentruy; sensation qui dure encore aujourd'hui, ce qui est bien rare, car la science marche si vite, que dix années après la publication d'un ouvrage géologique, cet ouvrage est presque toujours oublié; par conséquent, ceux qui résistent à cet oubli, doivent être des œuvres hors lignes.
Les objections de l'honorable M. d'Archiac portent surtout sur des interprétations de mots; ainsi, dit-il, « il n'y a point « de problème à poser, il n'y a point d'inconnue, il n'y a pas de « questions à résoudre , il n'y a pas davantage de problème gé- « néral à diviser en plusieurs autres ; il n'y a pas de divers or- « dres de soulèvements; les soulèvements sont en réalité des chai- « nes', les expressions locales de crétt combe, abrupte, épaule-a ment, etc., sont déplacées dans un ouvrage aussi supérieur « que V Histoire des progrès, etc., etc. ». Ce savant ne tient pas compte, ni de l'époque de la publication du premier travail de Thurmann, en 1832, ni des changements apportés depuis lors dans la valeur de l'expression soulèvement ; car nous sommes bien loin aujourd'hui des cratères de soulèvement, de de Buch et d'Elie de Beaumont. D'ailleurs tous ces mots ne font rien à la question ,- Thurmann a-t-il compris et bien exposé l'orographie jurassique? Oui, ont répondu tous ceux qui sont allés avec lui sur le Mont-Terrible ; et tous ceux aussi qui ont exploré avec détail une partie quelconque des Monts-Jura. Or, combien y a-t-il de théorie, en géologie, qui aient pu supporter de pareilles épreuves? elles sont faciles à compter. Comme me récrivait un de ses élèves en orographie, « la réputation de
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Thurmann vivra bien au-delà de beaucoup de grosses réputations géologiques officielles de nos jours ». Thurmann n'était rien qu'un simple citoyen d'une petite ville, dans une petite république; et comme vous le savez, en géologie la position sociale et financière joue un grand rôle dans la réputation et rinfluence du moment.
Dans son second cahier de VEssai sur les soulèvements ju* rassiquesy publiés en 1836, Thurmann a donné la Carte géologique du Jura bernois; carte faite à l'échelle de V96,ooo et qui a été une des premières cailes géologiques du continent européen, exécutée sur une grande échelle et avec la topographie. Voici ce qu'en dit d'Archiac : « Les motifs qui ont dé- « terminé Thurmann à adopter le mode de coloriage de sa « carte et de ses coupes, nous semble plutôt d'ingénieux pâ- « radoxes que des raisons solides, car le but essentiel de ces « représentations graphiques de la nature est beaucoup moins de faire connaître les formes extérieures d'un pays que la « composition de son sol. Que celle-ci soit ou non en rapport « avec le relief, peu importe , ou plutôt le coloriage doit être « subordonné à cette composition , considérée géologiquement « et non pétrographiquement; aussi l'auteur s'est-il trop préoc- « cupé, suivant nous, d'une relation qui, pour être vraie quelce quefois, ne l'est pas toujours Mais une carte ne peut
« être à la fois orographique et géologique sous peine d'être « fausse, tantôt sous un point de vue, tantôt sous l'autre, et a c'est précisément le cas de la partie du travail dont nous « parlons. » (Voir : Hist. des progrès^ tome VII, p. 9). Ces objections ne se comprennent pas, ou plutôt on ne les comprend que trop, car elles sont les tristes résultats de l'opposition systématique faite par M. d'Archiac à toutes les observations et découvertes géologiques de Thurmann. La composition du sol et les formes extérieures d'un pays sont en relations intimes , et il est impossible, sur une bonne carte, de représenter l'un sans l'autre. On n'a pas encore signalé un seul pays où le relief et la composition de son sol ne soient pas en rapports intimes. La composition géologique et non pé-
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trographique pour le coloriage d'une carte à grande échelle, où tous les accidents topographiques sont indiqués, est une abstraction dont on ne peut se servir, sans faire une carte géologique fausse. Enfin une grande carte géologique, faite avec détail, comme celle de Thurmann, ne peut être juste que si elle est à la fois géologique et orographique. En vérité, je ne puis croire que ce soit sérieusement que M. d*Archiac ait présenté de pareilles objections, car elles ne sont rien moins que la négation de toute géographie physique et géologique^ et elles sont diamétralement opposées à tous les progrès de cartographie géologique. Avec de tels principes, on devrait trouver les dunes de sables des Landes au-dessus du Mont Blanc, les buttes Montmarte devraient être à la place du Vésuve, et les ballons des Vosges au milieu des plaines de la Pologne; la composition réelle du sol disparaîtrait, pour faire place à une composition mystique, appelée géologicomythologique, et par suite la géologie n'aurait plus qu'à disparaître aussi.
Enfin l'article sur l'orographie du Jura par d'Archiac se termine, p. 21, par une espèce de réclamation en faveur d'un flibustier géologique, nommé Henry-D. Rogers, qui aurait exposé, en 1848, dans VAthœneum (un drôle de recueil pour aller y pécher des faits géologiques) une explication analogue à celle que Thurmann a donné à la réunion de la Société Helvétique à Porrentruy en 1853. Cette explication en dix lignes d'Henry-D. Rogers, est tout simplement un résumé mal compris et faux des recherches de Thurmann. Cette fameuse théorie dynamique des plissements à la manière des vagues qui , d'après d'Archiac, aurait été suggérée à Rogers par l'examen détaillé des chaînes des Alleghanys, et qui, d'après J.-P. Lesley, lui aurait été tout simplement suggéré par ses assistants du Geological survey de Pennsylvanie MM. Whelpley et Henderson (voir : Manual of Coal and its topography^ Philadelphia, 1856), n'est rien de plus qu'un essai ayant très-peu de probabilités en sa faveur, et dont l'application au Jura n'explique rien des phénomènes orographiques compliqués qui s'y trouvent.
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Plus loin, dans ce même volume septième, M* d'Archiac décrit le terrain jurassique du Wurtemberg; en faisant précéder sa description des réflexions suivantes : « Depuis le premier (( essai de généralisation tenté sur ce sujet par L. de Buch « en 1837, plusieurs savants paléontologistes ont suivi la di- « rection tracée par leur célèbre prédécesseur, sans s'aperce- « voir que ce qui avait sa raison d'être, à l'époque ou de « Buch écrivait ') et au point de vue où il se plaçait, pouvait « n'être plus justifié pour ceux qui venaient après lui. Nous « ne pouvons , en effet , considérer les ouvrages de MM. Quen- « stedt, 0. Fraas, A. Oppel, etc., comme réellement géolo- (( giques, car ils manquent de ce qui constitue ces derniers, a c'est-à-dire de cartes et de coupes stratigraphiques et oro- « graphiques générales et particulières, de descriptions phy- « siques du pays, de descriptions minéralogiques des roches, « de l'étude attentive de leurs modifications dans le sens hori- « zontal ou vertical, de leur allure, de leur étendue super- « ficielle, de leurs usages, etc. Pour ces savants, la géologie « locale semble n'être qu'un cadre à fossiles, et la géologie com^ « parée, qu'ils ont tenté avec les seules données tirées des « corps organisés, se compose de listes d'espèces placées en « regard les uns des autres, et suivies de dissertations fort « étendues sur l'importance, les caractères et le gisement de « ces mêmes espèces. Ces dissertations, sans figures propres « à éclaircir les points en discussion , sont de véritables hors-
^) 1839 est la date de la publication de VUeber den Jura in Deutiehland, et 1 843 celle de la première édition de Das Fiotzgebirge WUrlembergs, Quatre années ne sont certainement pas sufûsantes pour s*apercevoir que les raisons d*ôlre de de Buch n*existaicnt plus. Sans doute, les travaux de Quenstedt et de Fraas ne sont que des résumés théoriques, comme celui de de Buch; et il reste encore à faire une description vraiment détaillée, avec coupes et orographie de la Souabe, dans le genre du premier essai de Mendelslohe; mais cela n^empéche pas la grande utilité et la valeur véritable de ces coupes théoriques. D'ailleurs , Quenstedt et Fraas n*ont pas prétendu donner plus que des résumés; et personne n'a le droit d*y chercher plus, que ce que les auteurs ont voulu y placer.
196 Le Jurt.
a é^œuxTt dans des travaux qui ne sont plus alors ni géolo- « giques ni paléontologiques.
a Pour leurs essais de géologie comparée, les auteurs « ne considèrent en réalité qu'un fort petit nombre de points « isolés qui ont fourni des fossiles aux collecteurs et aux pa- « léontologistes, et ils ne tiennent guère compte des vrais tra- « vaux de géologie descriptive bien plus importants à con- « sulter et à coordonner. Ainsi, dans sa Comparaison du Jura « allemand avec celui de la France et de VAngleterrej M. O. Fraas « met en parallèle la formation jurassique du Wurtemberg, « qu'il connaît fort bien, avec quelques localités seulement du « Jura suisse ou français, des départements de l'Yonne, du « Calvados et de la grande zone d'Angleterre ; mais il fait com- « plétement abstraction de la plus grande portion de la Suisse, « de la Savoie, du Dauphiné, de la Provence, de toute la vaste « ceinture qui entoure le plateau central du Maine , du Perche, « de la^ Côte-d'or, de la Franche-comté, de la Lorraine, des « Ardennes, du Bas-Boulonnais , etc. La stratigraphie est à « peine effleurée, et l'auteur concentre toutes les ressources « de son argumentation dans des détails de critique paléon- « tologique et pétrographique de peu d'intérêt. Au lieu de « s'attacher à suivre géographiquement les dépôts dans toutes « les modifications qu'ils éprouvent, suivant telle ou telle di- « rection, il croit qu'il suffit de choisir quatre régions res- « treintes dans le Wurtemberg, la Bourgogne, la Normandie « et le Sud de l'Angleterre , puis d'en comparer les fossiles « couche par couche, pour en tirer telle ou telle conclusion. « Par ce procédé, la raison des différences ou des ressem- « blances que l'on a constatées , doit nécessairement échapper, « car on néglige tous les faits intermédiaires qui seuls peuvent « les expliquer <).
^) La meillenre preuve des progrès qa*a fait faire le mémoire de Fraas, et en même temps de sa grande valeur, c'est qa*après avoir para dans Léonhard und Hronn's NeuesJahrbuch, il a été jugé digne d'être traduit complètement et publié in-exlemo dans le vol. VI ï du Quarlerly Journal of
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« Ces réflexions s*app]iquent en grande partie aussi à « l'ouvrage beaucoup plus considérable de M. Oppel, intitulé: « Formation du Jura de V Angleterre, de la France et du Sud-Ouest « de r Allemagne, ouvrage dans lequel on sera sans doute sur- « pris de ne pas même trouver, au moins dans les deux pre- « mières parties, les noms de Conybeare, de Fitton, de Thur- « mann, de Thirria, de Studer, d'Escher, de Favre, de Ley- « merie, etc. Ceux de quelques géologues célèbres s'y ren- « contrent comme par hasard, tandis qu'on y voit rappelé à « chaque page , avec une extrême complaisance , une multi- « tude de noms des plus obscurs^). Nous ne mettons nullement « en doute la bonne foi de l'auteur (ni celle de M. d'Archiac); « mais il a été à son insu partial (et vous donc, M. d'Archiac !) « et incomplet » (la jolie longue liste qu'on dresserait avec les mémoires sur le terrain jurassique, qui ont échappé au sa^
ihe GeoL soc. of London, où il occupe 43 pages. Or, on sait que le QuarL Joum. ne publie que très-peu de mémoires étrangers et seulement deseo;trails; par conséquent, le mémoire de notre ami a reçu un honneur qui est conféré bien rarement, et qui prouve que les géologues anglais n*ont pas pensés qu*il n'était que de peu d'intérêt.
1) La première page de la première partie contient le nom de Conybeare, qui se retrouve ensuite souvent dans les divers chapitres. Fitton Thurmann, Thirria sont cités très-souvent. Quant à Escher, il n*a jamais rien publié sur le jurassique des monts Jura; Favre n'a décrit que le Salève, montagne isolée qui n*est ni du Jura, ni des Alpes, et qui ne renferme ni le Lias, ni le Lower oolite, ni TOxfordien. Quant à Studer, que d'Archiac cite si souvent et avec tant d*éloges pour le Jura suisse, il a d a être bien étonné lui-môme de voir que les coups de ciseaux plas ou moins habiles qu'il a donné dans les travaux de Mérian, de Thurmann, de Gressly» de Mousson, etc., l'on fait placer dans VHisloire de la ge'ologie parmi les autorités sur les Monts Jura. Pour les noms obscurs, je pense qu*il n'y a qu'à en féliciter M. Oppel, car ce sontjces noms-là qui font souvent les meilleures observations; d'ailleurs Conybeare, Fitton, Thurmann, Thirria, Studer, Escher et Favre ont eu des noms obscurs avant de les avoir célèbres. M. d'Archiac ne cite-t-il pas lui-même avec une complaisance, voisine du ridicule, ce qu'il nomme les beaux travaux d'un M. W. Pfizenmayer sur le Jura de la Souabe; sans parler d'autres bévues assez largement distribuées dans son septième volume.
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vant critique). — Avant d'accuser son voisin de pareilles fautes, il faut être bien sur de soi-même; M. d'Archiac montre une paille dans votre œil, quand lui-même a une poutre dans le sien.
a Enfin les naturalistes du Wurtemberg ont essayé de « substituer une terminologie locale à celle qui avait été si « heureusement établie en Angleterre et non moins heureuse- « ment {malheureusement) appliquée à la France et à d'autres « pays. Cette tendance un peu puérile vers ce que nous avons « appelée les terminologies nationales, s'est manifestée sans doute « dans bien d'autres contrées où nous ne la trouvons pas « mieux justifiée. Ses inconvénients, d'ailleurs, sont trop évi- « dents pour qu'il soit nécessaire de les énumérer (sans doute « s'ils sont tous de la force du suivant), et il suffit de se re- « présenter ce que seraient, par exemple, la botanique et la « zoologie, si chaque petit pays prétendait avoir une nomen- « clature et une classification basées seulement sur sa flore « et sa faune particulière (quelle analogie peut-il y avoir \h a avec les classifications des strates? c'est ce qu'il n'est « guère possible de comprendre). La formation jurassique «de l'Albe du Wurtemberg étant, comme on le verra, « moins complète que celle du bassin gallo-britannien , il n'y « avait aucun motif plausible pour substistuer sa terraino- « logie locale à celle qui avait en sa faveur la priorité et (c la raison des faits; nous devions donc dans notre essai « de généralisation suivre cette dernière de préférence et ex- « clusivement » (voir : Histoire des progrès, tome VII, p. 414, 415 et 416).
Je pense que cette citation n'a pas besoin d'être réfutée ; car ce n'est pas assurément la plus belle page de VHistoire des Progrés de la Géologie, et je pense que la meilleure réponse que vous puissiez y faire est, de la reproduire dans votre prochain mémoire sur le Jura.
M. d'Archiac a bien voulu répondre , quoiqu indirectement, à plusieurs des objections que j'ai fait à ses théories dans les lettres précédentes. Je ne sais pas s'il a été bien heureux
Le Jura. 199
dans ses répliques, mais dans tous les cas en voici une qui me parait fort inoffensive. « Les autres sous-divisions, dit-il, « p. 439, dont nous allons parler, ne justifient pas mieux l'es- « pèce d'affectation que mettent quelques observateurs à ne « pas adopter une classification (celle dite anglaise) qui, bien a comprise, répond jusqu'à présent aux besoins de la science « sur quelque point que ce soit. » Bien comprise! sans doute; mais quel est celui qui la comprend bien ? c'est plus facile de dire bien comprise, que de la comprendre et surtout que de l'appliquer, je vous assure.
Comme cette lettre est consacrée entièrement à de la polémique, je la terminerai par des considérations sur les classifications stratigraphiques. Il y a un siècle que les roches étaient divisées seulement en deux grands groupes, savoir: les roches primitives et les roches secondaires (Flotzgebirge) ; ces dernières contenaient toutes les roches stratifiées ou en couches (n'allez pas donner à cette dernière expression une signification chirurgicale), et elles étaient connues comme étant les seuls terrains à fossiles. Werner scinda les roches secondaires en deux parties , et il nomaia terrain de transition ou intermédiaire, les roches stratifiées les plus inférieures. Dès ce moment le mot secondaire a été employé d'une manière abstraite, car il y avait trois grandes divisions de roches. L'expression terrain tertiaire, ajoutée ensuite par Cuvier et Brongniart , n'a donc pas eu sa signification véritable dès son apparition, et elle a été dès le premier jour un embarras et un sujet de confusion; car les uns comprenait que le terrain tertiaire voulait dire, que cela s'appliquait à une troisième division des roches stratifiées à fossiles , tandis que d'autres , remontant à l'origine de la classification, disaient, et cela avec raison, que ces roches tertiaires étaient une quatrième classe de Terrain.
Il n'y a jamais eu un accord parfait sur les classifications des roches, mais enfin on peut dire que la nomenclature et la terminologie suivante a été d'un usage général, jusqu'en 1830.
Alluvions ou Terrains Modernes et du Diluvium. Terrains Tertiaires.
200 Le Jura.
Roches crétacées.
Roches jurassiques.
Terrains Secondaires ( Roches du nouveau grès rouge.
Roches carbonifères (comprenant le Vietuc grés rouge).
Terrains de Transitions ou Grauwacke.
Terrains Primitifs ou stratifiés inférieurs non fossilifères, gneiss, etc.
Terrains non stratifiés } ï^»"*!''.^ volcaniques, serpenliueuses.
( granitiques, etc.
De 1830 à 1844 des modifications assez nombreuses ont
été introduites dans cette classification,. et voici celle dont on
se sert généralement depuis 1844.
Terrains Modernes et d'alluvions.
Terrains Quaternaires ou Diluviens.
/ Roches pliocènes,
Terrains Tertiaires ) miocènes.
ou Gainozoiques f eocènes. , ^
* ^ , > Ter. Neozoïques.
I Roches crétacées, jurassiques, triasiques.
I Roches permiennes, carbonifères, dévoniennes. siluriennes, cambriennes.
Terrains cristallins, non fossilifères.
Je ne parlerai ici que des roches stratifiées et qui renferment dans leurs couches des débris organiques fossiles. Si Ton compare les deux classifications précédentes, on y remarque les différences suivantes. Les Terrains Diluviens ou Quaternaires ont été séparés des Terrains Modernes, principalement par suite des études détaillées faites sur les formations meubles que les discussions sur l'ancienne extension des glaciers et les transports des blocs erratiques ont amené parmi les partisans et les adversaires de la glace.
Les Terrains Tertiaires ont été classés en trois grands groupes par Lyell. Les Secondaires ont perdu toutes les formations Houillères, y compris YOld red, plus, une partie du
Le Jara. 201
New red. Enfin la Grauwacke ou Terrains de Transitions ou Terrains Primaires a changé de dénomination et s'est vu substituer le nom bien meilleur de Paléozoïque; afin de ne plus avoir cette confusion qui faisait que beaucoup de personnes confondaient ces terrains avec les Terrains primitifs. L'expression de Grauwacke aurait bien pu rester, mais elle a contre elle une difficulté de prononciation et un manque d'harmonie dans le son qu'elle produit sur l'oreille. De plus, les terrains de Transitions ou Intermédiaires , ont non seulement changés leurs noms pour celui de Paléozoïque, mais encore ils ont accaparés VOld red, le Carbonifère et le Permien; sans compter que les roches originairement appelés de Transitions se sont vues étudiées avec soin et baptisées dès lors des noms de Silurien et de Cambrien. Comme conséquence de cette création et de la réussite du mot Paléozoïque, et aussi de l'esprit envahisseur et dominateur de cette expression, on a proposé successivement le Mésozoïque au lieu de Secondaire, le Cainozoïque au lieu de Tertiaire , et enfin le Néozoïque pour le Secondaire et Tertiaire réunis, afin d'opposer un contre-poids à l'énorme Paléozoïque qui menaçait de tout absorber.
Ces deux classifications que je nommerai, pour abréger, classification de 1830 et classification de 1044, sont à-peu-près d'égales valeurs; et toutes deux elles manquent de ce qu'on pourrait appeler équilibre stratigraphique , c'est-à-dire , que les strates y sont groupées inégalement et que les unes y occupent une importance exagérée et fausse par rapport aux autres. Ainsi dans la classification de 1830, les terrains secondaires sont trop considérables, tandis que dans celles de 1844, les terrains de transitions occupent une place en dehors de toutes proportion raisonnable, ce qui a conduit à réunir le secondaire et le tertiaire sous le nom de Néozoïque, et de plus, les terrains quaternaires et modernes sont élevés chacun à un rang trop important pour leurs valeurs réelles.
D'un autre côté ne plus avoir que trois divisions, savoir: le Paléozoïque, le Néozoïque et le Post- Tertiaire, entraîne encore les mêmes objections de manque d'équilibre stratigraphique,
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le néozoïque étant trop important par rapport aux deux autres et le post-tertiaire étant presqu'insignifiant.
Pour opérer ces classifications on s'est servi d'abord exclusivement de la nature minérale des couches, puis William Smith s'est aperçu que les couches étaient caractérisées par les fossiles qu'elles renferment, et Cuvier et Brongniart, étendant cette découverte introduisirent le caractère paléontologique comme élément classificateur. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que ces deux caractères se sont trouvés d'accord , et que la classification pétrographique a subi l'épreuve de l'arrivée d'une rivale, accompagnée de tous les attraits de la nouveauté, de la jeunesse, de la vie enfin, avec une fermeté et une solidité de vieiUe garde qui aurait dû faire davan-r tage réfléchir ceux qui l'ont depuis si maltraitée. Je pense que c'est l'exagération de l'un ou de l'autre de ces caractères qui a amené ce manque d'équilibre 8traligraphique\ en y joignant toutefois un troisième caractère que l'on a presque complètement négligé et qui doit cependant entrer sur la même ligne que les deux autres, \espace occupée par les couches.
Si j'avais à choisir entre les classifications de 1830 ou de 1844, je pense que je prendrais la première, comme étant la plus rationnelle et se rapprochant le plus de ïéquilibre stratigraphique idéale ^ vers lequel doivent tendre les nomenclatures. J'ai dit équilibre stratigraphique idéale 9 car on n'atteindra cette perfection que lorsqu'on aura étudié à fond tous les coins accessibles de la terre, c'est-à-dire pas avant des milliers d'années à venir, et, par conséquent, on peut l'appeler idéale.
Depuis 1844 bien des faits nouveaux se sont accumulés, et il me semble que le temps est venu de proposer une nouvelle classification. Mais avant de vous exposer, ce qui me paraît être une nomenclature mieux équilibrée que les précédentes, je désire faire quelques observations sur plusieurs des terrains ou formations stratifiées.
Murchison et Sedgwick sont les premiers qui aient débrouillés les anciens terrains de transitions, d'abord en Angleterre, puis sur le continent européen. A peine ont-ils eu ache-
Le Jura. 203
vés ce débrouillement que ces deux savants n'ont rien eu de plus pressé que de se brouiller entr'eux; d'où l'on peut conclure qu'il est'plus facile de classer des strates, même les plus anciennes et les plus compliquées, que de mettre d'accord l'amour-propre de deux savants. Leurs discussions, encore récentes, rappellent les luttes des héros d'Homère, tantôt combattant, tantôt se retirant sous leurs tentes, ayant chacun d'excellentes raisons pour maintenir leurs prétentions et ne voulant pas céder ni l'un ni l'autre un potice de terrain; c'est le cas de le dire, car l'un prend à l'autre son terrain cambrien, tandis que celui-ci lui enlève un gros lopin de terre de son terrain silurien , à-peu-près les deux tiers. A qui. restera la victoire, je n'en sais trop rien, car ils ont chacun raison et tort; dans tous les cas, au point de vue de la courtoisie des passes-d'annes , Murchison a l'avantage, ce qui est un peu étonnant, car Murchison est un ancien hussard , vieux guerrier des guerres d'Espagne , ou de la Péninsule, comme disent les Anglais, et dans les grandes occasions il exhibe sa médaille péninsulaire, à côté des autres médailles et décorations qu'il a gagné depuis, non pas à la pointe de son épée, mais bien de son marteau de géologue. Sedgwick, au contraire, est un Révérend de lEglise anglicane ou comme on dit un clergyman, ce qui aurait dû lui donner l'avantage de la charité chrétienne sur son adversaire à grand sabre; mais malheureusement il est en même temps membre du Trinity collège et professeur woodwardien à l'université de Cambridge, ce qui paralyse toutes les bonnes intentions du serviteur de Dieu ; car rien ne gâte le caractère comme d'être professeur et d'appartenir à une université; on devient querelleur, ami des controverses, des paradoxes et l'on n'est satisfait que lorsqu'on a au moins une grosse dispute sur les bras , sans compter les petits démêlés qui servent comme d'aiguillon journaliers à la grande contestation. Comme exemple de cette mauvaise influence du professorat, vous n'avez qu'à penser à moi , qui ai été parfaitement inoffensif jusqu'au jour où je suis venu à Zurich, tandis qu'à présent j'ai maille à pâtir avec d'Archiac, Murchison, Ferdinand Rœmer, Dana,
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Hall , etc. Elle de Beaumont aussi était bien vu et choyé par tout le monde tant qu'il n'était qu'ingénieur des mines; une fois professeur, il a eu des querelles sans fin avec la bonne moitié des géologues en commençant par son collègue de la Sorbonne Constant Prévost. Alcide d'Orbigny aussi a supporté avec une patience stoïque toutes les attaques jusqu'au jour où fut nommé professeur , mais le lendemain même de sa nolination il a commencé à fulminer contre les professeurs Quenitedt, Bronn, Deshayes, Milne Edwards, etc. Quant aux proffesseurs Quenstedt et Bayle, ces deux illustrations paléontogiques étaient querelleuses dès leur apparition dans la faune actuelle; on dit à Tubingue que Quenstedt appelait son maître d'école Brauner Jura-a. et sa nourrice Cloaque; et des habitants de La Rochelle prétendent que Bayle, dès son enfance, s'est tellement assimilé avec les moustiques, pour en étudier les mœurs, qu'il est même parvenu k en apprivoiser. Enfin, les professeurs Leymerie et Raulin viennent de monter au capitole — de Toulouse — non pour y remercier les Dieux, comme dit Raulin dans sa défense, mais bien pour y comparaître devant trois tribunaux successifs, afin de savoir quel est celui des deux qui avait le droit d'imprimer son nom avec des lettres hautes de trois pouces ou d'une ligne sur la couverture de la 5^olistique géologique de T Yonne.
Quoi qu'il en soit de cette influence batailleuse du professorat, toujours est-il que Sedgwick s'est sérieusement fâché et dans son Synopsis of the British Paleozoic rocks il s'en est pris à Murchison, à Sharpe, à Phillips, à la Société géologique de Londres et à l'Association britannique pour l'avancement des sciences, et il a compromis ainsi une bonne cause en lançant ses malédictions à droite et à gauche sans crier gare ! Elie de Beaumont, avec un esprit de conciliation bien louable, a cherché à effectuer, si non une reconciliation, du moins un compromis entre les deux champions; mais, comme tous les compromis, celui-là n'a satisfait ni l'une ni l'autre des parties, et l'illustre savant en a été pour ses frais de Cumbrien, avec la consolation d'avoir en Cumbré la classification d'un nom inutile de plus.
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Comme beauté d'expression et d'étymologie , le Silurien l'emporte certainement sur le Cambrien. Murchison dit qu'il a tiré son expression de Siluria de l'ancien peuple breton, les Silures, dont le roi Caradoc opposa longtemps une brave et vigoureuse résistance à la domination romaine. Cette dénomination rentre donc dans le langage de l'ancien hussard; il l'aura mis comme * trait-d'union entre sa vie aventureuse de soldat et ses voyages géologiques. Pour le Cambrien, Sed-< gwick n'en donne pas la racine grecque, ni latine, ni même gallique. J'avoue que ma curiosité a été piquée par ce silence étymologique d'un Révérend aussi profondément versé dans l'antiquité qu'un membre du Trinity collège, et j'ai, en conséquence, feuilleté les bouquins les plus enfiimés que j'ai pu me procurer. Voici le résultat de ces fouilles. Hérodote parle d'un peuple nommé Cimmerii ou Cimériens\ on pense que ce peuple a émigré vers l'Ouest et que c'est lui qui a formé les Celtes, dont l'une des divisions principales portait le nom de Cymry, d'où sont venus les Cimbri des Romains. La tradu ction littérale de Cimbri est les ^o^ ^jg^g^-j.^^ Cambria, le pays^es voleurs, Cumberland, la terre des voleurs, ^nm^c. Fa terre des voles (Les Anglais et les Français s'y étant faits voler encore.dernïSrenient par la Sublime Porte et TÀutriche) ; Cam river la rivière des voleurs, Cambridge, le pont des voleurs, Cambrai; le Cambresis , Coïmbra, etc. Ainsi Cambrien ou Cumbrien, c'était bonnet blanc pour blanc bontiet^ aussTïilurciiison ne s'y est-il pas laissé prendre^ et il a bravement refusé tous ces titres tirés de l'argot de l'antiquité, pour conserver son Silurien qui a du moins en sa! faveur un parfum d'honnêteté et même de bonne compagnie qu'on > ne peut lui refuser, surtout lorsqu'on pense à ce brave roi Caractacus, défendant, pied à pied, la Silurie contre les grands ; voleurs d'alors, c'est-à-dire les Romains. ;
Au fond, toute cette grande discussion n'est qu'une vraie querelle d'Allemands; oh! pardon, vous êtes un Allemand; mais non, vous n'êtes qu'un géologue, et les géologues ont toute la terre pour patrie. D'ailleurs la géologie est peu intéressée à savoir qui a tort ou raison, car Murchison et Sed-