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LETTRE XVI

À LA MÉME

Sempach , ce 25 août.

Excursion à Sempach. — Chapelle construite sur le champ de bataille. — Récit de cette journée fameuse. — Dévouement admirable

d’' Arnold de Winckelried.

À une époque où la hiberté helvétique ne résidoit encore que dans les trois petits Etats de ScAwytz, d’Ury et d’Unterwald, Lucerne xechercha lhonneur alors si périlleux d'associer ses efforts à ceux de ces peuples généreux. Ainsi cette alliance, la première dont se fortifia la confédération des Suisses, fut mise d’abord à la double épreuve du malheur et de la gloire; et le temps qui a emporté dans son cours tant de savantes ligues et de profondes combinaisons de la politique , a respecte

jusqu’à nos jours cette sainte union de peuples libres.

Je ne puis m’empêcher de remarquer encore que les quatre Waldstettes , qui donnèrent au reste de l’Helvétie l'exemple de combattre et de vaincre pour l'indépendance commune , étoient catholiques , et sont toujours restés aussi fidèles à la croyance qu’à la liberté de leurs pères. Faut-il d'autre preuve que l'esprit du christianisme , tel qu'il existoit dans cet âge réputé barbare , n’étoit point contraire à l’essor des idées généreuses et des sentimens magnanimes ? Au reste, cette réflexion s'applique à toute la Suisse. Le cours entier de ses triomphes est renfermé dans la période de temps où tous ses habitans professoient la même croyance, comme 1ls défendoient la même cause : et il est de fait que la Réforme, qui alluma leurs premières guerres civiles, n’a ajouté aucune page glorieuse à leur histoire. Les noms de Morvarte, de Laupen, de Sempach, de Naefels, de Morat, de Büle étoient gravés, en caractères inef. facables, dans les annales helvétiques, bien avant que. des discussions théologiques eussent révélé au monde ceux de Luther et de Zwingli.

Sempach! à ce nom, que d'idées généreuses s’éveillent dans l'âme d’un Suisse, et même de l’étranger, qui n’a point circonscrit sa pensée dans

les bornes étroites du pays qui la vu naître, et qui trouve sa patrie partout où 1l trouve le théâtre d’une belle action ! J’ai voulu voir ce lieu mémorable, et me pénétrer, en le contemplant , des grands souvenirs qu’il rappelle. Sempach est une petite ville bâtie à Pextrémité d’un joli lac du même nom, et à trois lieues de Lucerne. Les vieilles murailles qui l'entourent, sont moins à présent un moyen de défense qu’un objet d'inquiétude pour le paisible citadin ; et, dans leur décadence actuelle, elles ne semblent plus résister au temps que par leur vétusié même. Cependant, Poil du voyageur s'arrête encore avec plaisir sur ces monumens du temps passé, parce qu’à l’idée d’un péril qui n’est plus, se joint celle d’une vertu qui ne périra jamais.

À quelque distance de ces murailles, une émiuence, où l’on se rend en traversant des champs et des pâturages , est le lieu mème qui servit de champ de bataille aux troupes autrichiennes commandées par le duc Léopold, et aux guerriers des quatre Waldstettes, réunis sous la bannière de Vavoyer de Lucerne. Une chapelle, bâtie sur cet emplacement, porte, pour toute inscription, la date du grand événement qu’elle consacre , du 9 juin de Pan 1586. Dirar je avec quelle émotion je sis entré dans ce sanctuaire de la valeur et de la libeï--

SEMPACH. 275 té! Les murailles intérieures n’y offrent aucun ornement , si ce n’est les noms et les écussons peints des gentilshommes allemands qui succombèrent dans cette cause imjuste; et tout à côté de ces noms ennemis, on lit, avec un sentiment bien différent, ceux des guerriers des quatre cantons, moissonnés pour la même cause. Ils sont rangés sur quatre colonnes , sans aucun titre qui les accompagne ; et les héroïques noms de Winckelried et. de lPavoyer de Zucerne, Gundoldingen, sont seulement écrits, pour toute distinction, en tête de ceux de leurs compatriotes auxquels ils donnérent l’exemple de s’immoler pour leur pays. Cest avec peine qu’on parvient à lire ces respectables caractères , aujourd’hui presque effacés par le temps ; mais l’idée qu'ils ont été tracés par une main contemporaine les rend plus sacrés encore; et, dans cette altération même, ils brillent, s’il est permis de s'exprimer ainsi, de tout léclat de la vétusté. Sur le mur opposé de la chapelle est un vaste tableau qui représente le moment où le gain de la bataille est décidé par l’action de Winckelried ; ce tableau d’une main toute récente est, sous tous les rapports, aussi médiocre que le sujet en est admirable. Néanmoins, à cette place, il produit sur l’âme une impression que ne feroient peut-être point éprouver ailleurs les plus savantes compo-

vs

sitions de nos artistes. Un rocher, placé sur le premier plan de ce tableau, porte, écrites au pinceau, les paroles mêmes de la chanson de Sempackh , improvisée sur le champ de bataille, et qui consacre parun témoignage contemporain le sublime dévouement de Winckelried. Le langage de cette chanson est en vieil allemand, tel qu’on le parloit au quatorzième siècle ; et tu ne seras peut- être pas fâchée d’en trouver ici le texte accompagné d’une traduction littérale :

Des Adels her was veste ir ordnung dik und breit ; Das verdros die frome Gaste ; ein Winckelried der seit, He! wend irs gemiesen lon,

Min frome Kiud und frow , so wil ich ein frevel bston.

Hiemit do tett er fassen ein 2rmvol spies behend ;

Den sinen macht er eine gasse , sin leben hat ein end. Ut S. Cirille tag im iahr 1386. |

« L’armée dés nobles étoit forte , et gardoit un ordre pro-

« fond et large.

« Les pieux confédérés en étoient ébranlés, quand Win-

« kelried s’écrie :

« Hé! si vous avez soin de la vie « De mon cher enfant et de ma femme , je vais faire une

« action haïülie.

« En disant ces mbts , il saisit t DEHUSmnEnt une brassée

« de piques , « Ouvre aux siens un passage, et meurt ainsi. »

Jour de saint Cyrille , de l’an 1386,

À l'endroit même où tomba l’ennemides Suisses, est élevé l’autel sur lequel on offre, chaque année à pareil jour , le sacrifice d’expiation pour les vaincus aussi bien que pour les vainqueurs. Sur les murs du sanctuaire est une représentation grossière des drapeaux enlevés aux Autrichiens : ainsi, tout en ce lieu retrace des sentimens pieux et des images de gloire. On montre , au même endroit, un portrait de Léopold , trouvé dans sa tente. Cest le seul trophée de sa défaite qu’on ait voulu conserver ici; sa cotte d'armes et le coller de fer, garni de pointes aiguës, qu’il destinoit à l’avoyer de Lucerne, se voient, comme je lai déjà dit, dans Parsenal de cette ville. De pareils objets, symboles de vengeance et de haine , auroïient sans doute été déplacés dans ce sanctuaire, où tout respire le calme et l’innocence des idées religieuses. Mais est-ce dans des barbares dn quatorñème siècle qu'on devroit s'attendre à trouver un sentiment si juste et si délicat, joint à tant damour pour la hberté? Et n'est-ce pas une chose remarquable, que des républicains, au temps où l’Europe entière étoit abrutie par la superstition, ou courbée sous le joug du despotisme militaire, sussent si bien.allier le respect du malheur avec Vorgueil de lañvictoire?

Hors de lenceinte vénérable de cette chapelle

rustique, quatre croix de pierre indiquent les sépultures où les victimes du combat, amis et ennenus, ont été réunis par des mains pieuses. Ah! que ces artisans de troubles, qui versent si complaisamment le sang des hommes, ne peuventils méditer 1c1 sur le terme fatal où doivent aboutr les efforts des partis contraires ! Que ne peuvent-ils recueilhr, sur ce champ de mort, des lecons de modération et d'humanité ! Mais les passions n’entendent point ce langage, et les tombeaux sont muets pour elles.

Sur ce même sol, formé en quelque sorte des débris de la bataille de Sempack, est un peüt monument qui renferme encore quelques ossemens : une grille en défend laccès. C’est peut-être là que reposent les restes de Winckelried , mélés avec ceux des ennemis qu’il entraîna dans sa chute!

Je ne puis résister au désir de te retracer, en peu de mots, les principaux traits de cette journée fameuse. Si j'écrivois pour le public, je supprimerois ce récit peu fait pour intéresser, en France, une foule de gens qui croient déjà faire beaucoup, que de parcourir l’histoire d’ Athènes et de Rome, sans se douter de celle des peuples qui nous avoisment, où même de notre propre histoire, pour peu qu’elle remonte au-delà de vingt-cinq années. Cela est, en eflet, si glorieux pour la nation, et si

SEMPACH. 279 commode pour ses savans! La paresse et la vanité de ces dignes patriotes s’arrangent si bien d’une ignorance qui les rend, à leurs propres yeux, su- périeurs en sagesse et en valeurà tout le genre humain, qu'il y auroit presque de la barbarie à les troubler dans l’innocente et douce opinion qu’ils ont d'eux-mêmes. D'ailleurs, on ne sauroit discon venir que les annales des peuples étrangers, hérissées de mots barbares, sont bien faites pour rebuter la superbe délicatesse de nos oreilles. Sans cela les noms des trois auteurs de la hherté helvétique ne seroient-ils pas devenus populaires en France, à Pépoque où tous les républicains y étoient s1 fort à la mode? Sans cela, le nom de Winckelried ny seroit-il pas aussi connu, du moins dans les col léges, que ceux d’un Codrus et d’un Curtius? Tu jugeras toi-même si la renommée seroit injuste à cet égard.

Léopold, duc d'Autriche, et les seigneurs de son parti nourrissoient , contre les Suisses des quatre Waldstettes, un ressentiment profond qui nattendoit, pour éclater, qu'une occasion favorable. Une insulte accidentelle, faite à Pun de ces seigneurs par quelques jeunes gens de Lucerne, fut létincelle qui alluma cet incendie. Aussitôt Léopold annonça intention de venger , sur un’ nouveau théâtre, la honte de Horgarte, là mort

de son père et la décadence de sa maison. Il étoit jeune, ambitieux , vaillant entre tous les chevaliers de son âge ; et tous les seigneurs et toutes les villes de ses domaines s’empressérent de répondre à cet appel. Une armée, dont les historiens ont négligé de nous faire connoître le nombre, mais dont la principale force consistoit en quatre mille: cavaliers, tous gentilshommes , c’est-à-dire admirablement exercés au métier des armes, couverts d'excellentes armures, et qui joignoient, pour les vils manans de la Suisse , le mépris à la haine, marchoït sous la bannière autrichienne , pleine d’une orgueilleuse confiance. Au premier bruit de cette formidable invasion, neuf cents hommes des trois /aldstettes, et environ cent hommes des petites républiques de Zu, de Glarus, deGersau, jaloux de partager le péril de leurs compatriotes, vinrent se réunir à quatre cents Lucernois; et cette troupe de paysans, mal armés, mal vêtus, mais forts de la justice de leur cause et de l’amour de leur pays, se prépara, sous le commandement du magistrat de Lucerne, à mourir, sl le falloit, pour le succès ou pour l'exemple de lindépendancé commune. Postés dans un petit bois de sapins, qui exisle encore aujourd’hui, les confédérés attendirent que Léopold, après avoir insulté les bourgeois de Serrpach, retranchés derrière leurs

SEMPACH. 201 murs, vint leur présenter la bataille. Ils navoient pas un seul cavalier parmi eux ; mais, par une imprudence, ou par une générosité tout-à-fait conforme au génie chevaleresque de cet âge, leur ennemi lui-même répara ce désavantage, en farsant mettre pied à terre à sa cavalerie. Ce mouvement détermina l'attaque des Suisses. Ils sortent alors du petit bois, où ils venoient de renouveler le serment de leur primitive alliance, et ne craignent plus d'exposer leur petit nombre et leurs armes inégales aux regards et à la risée de leurs ennemis. Quelques-uns portoient les hallebardes avec lesquelles leurs ancêtres avoient vaincu à Morgarte ; le plus grand nombre n’avoit, au lieu de boucliers, qu'une petite planche de sapin liée antour de leur bras gauche. Ils descendent en silence dans la plaine; tout à coup ils font halte, tombent à genoux, et après avoir imploré, par une prière courte et fervente, l'assistance divine, ils se relèvent et courent à l'ennemi en poussant des cris belliqueux. C’étoit le neuf juin ; le jour étoit déjà avancé et la chaleur excessive.

Les soldats de Léopold, tout couverts de fer, formoient un bataillon serré, dont leurs larges boucliers et leurs longues javelines qui pouvoient se prolonger au-dehors depuis le quatrième rang, rendoïent le front impénétrable autant que meur-

trier. Immobiles à leur rang, ces soldats recurent sur la pointe de leurs lances les premiers efforts de leurs ennemis; et toute l’impétuosité des Suisses vint échouer à plusieurs reprises contre ce rempart hérissé de pointes menacantes. Envain, dans leur rage impuissante , ils avoient brisé le bois de quelques lances, et tenté de s’ouvrir un passage à travers cette forêt meurtrière; leurs plus braves guerriers, victimes de ces efforts désespérés, avoient mordu la poussière. La bannière de Lucerne, portée par l’avoyer, venoit d'échapper des mains de ce magistrat mortellement blessé; et la phalange ennemie , s’ébranlant avec un bruit formidable, menaçoit d’envelopper la petite troupe des confédérés. La vue de leurs pertes et de leurs dangers glacoit déjà leur courage ; et cette irrésolution même, en suspendant leurs coups, alloit achever leur défaite. Arnold de Winckelried , gentilhomme de l'Unterwald , s’élance à ce moment hors des rangs, où il avoit combattu. « Mes amis, «s’écrie-t-1l, je vais vous frayer une voie; ayez « soin de ma femme et de mes enfans ; chers con- « fédérés, pensez à ma famille. » Plus prompt que léclair, 1l court à l'ennemi, embrasse de toutes ses forces autant de lances autrichiennes qu'il peut en saisir, les enfonce dans sa poitrine ; et, entralnant avec lui, en tombant , ceux qui les portoient,

EMPACH. 203

il ouvre à travers la phalange ennemie un passage, où la foule des Suisses entre et se précipite. Pareilles à un glaive tranchant, leurs files étroites et serrées pénètrent dans les rangs autrichiens, qu'ils rompent et dissipent. Vaincus par l’étonnement, avant d’être frappés par le fer, les ennemis se culbutent eux-mêmes ; ils tombent sans résistance ; et la plupart expirent étouflés sous le poids de leurs pesantes armures. De tous céux qui ont passé sur le corps de Winckelried , 1l n’en est point qui ne semblent avoir retenu sa grande âme. L'armée autrichienne est détruite; et Léopold, vainement protégé par les corps de ses plus braves chefs, massacrés à ses yeux, trouve une mort honorable dans les rangs de ses ennemis.

Tel est ce combat de Sempack , sur lequel le dévouement d’un seul homme a jeté plus d'éclat et d'intérêt que toute la science militaire n’en pourroit donner à vingt batailles. Qu’est-ce en effet que cette valeur aveugle qui pousse des multitudes d'hommes à s’entre-détruire pour le plaisir ou l’avantage d’un seul, auprès de ce patriotisme qui, exaltant toutes les âmes, crée un héros dans chaque citoyen ? Un trait unique tel que celui que je viens de rapporter, peint une nation entière; en voici d’autres qui achèvent ce tableau. L’avoyer de Lucerne, forcé de quitter le champ de ba-

taillé, rendoit tout son sang par ses nombreuses blessures. Un Lucernois accourt près de lui, pour recevoir ses derniers ordres et ses derniers soupirs. « Dis à nos concitoyens qu'ils ne laissent pas un «avoyer en charge plus d’une année; dis-leur que « Gundoldingen mourant leur donna cet avis. » Il expire à ces mots, et sa dernière pensée fut pour la liberté de son pays. L’avoyer de Zofingen , digne de vaincre pour la même cause, quoiqu'il combattit dans des rangs contraires, sent que sa main défaillante ne peut plus soutenir la bannière confiée à son courage. Il veut du moins lui sauver Vaffront detomber dans des mains ennennes. Il la déchire en mille pièces ; et on le trouva dans la foule des morts tenant encore le bâton serré entre ses dents. Mais, parmi tous ces héros, Winckelried a joui seul d’honneurs extraordinaires comme son courage. Son nom fait depuis plus de quatre siècles lorgueil de PUnterwald ; sa maison, qui sub- siste encore à Sfantz, est la demeure d’un landamman ; son image, élevée sur la place publique, y a recu les hommages de toutes les générations qui se sont succédées dans l’'Hclvétie. Quel peuple, en se montrant plus sensible à la vertu, mérita mieux qu’on se dévouât pour elle !

Tous les siècles ont vanté le dévouement de Codrus , qui étoit en quelque sorte commandé par

V’oracle. Le trait de Curtius n’est sans doute qu’une fable populaire, où brille imagination plus encore que le patriotisme des Romains. La mort du chevalier d’Assas est avérée autant que sublime; mais il ne sauva qu'une armée ; et l’honneur militaire lui faisoit un devoir du cri fatal qui lui coûta la vie. L'action de Winckelried, hbre, volontaire, complète, puisque l’entière indépendance de son pays fut le fruit de sa mort; ce mouvement si héroïque, accompagné du souvenir si tendre de sa famille ; ces sentimens de la nature joints à l’exaltation du courage, et le cœur d’un père à l’âme d’un citoyen : voilà ce qui n’avoit aucun exemple, ce qui n’admet aucune comparaison ; et l'honneur d’une pareille action appartient à l'humanité toute entière.

Brave et magnanime Winckelried! j'ai touché tonarmure, seule relique qui reste à présent de toi. J'ai vu les lieux, j'ai foulé le sol qu'honora ton courage ; et, si j'en juge à l'émotion dont mon âme étoit remplie, je suis sûr que ta grande ombre n’a pas dédaigné lhommage qu’un obscur étranger est venu rendre à ta mémoire |

D Pan LV VD NULL L/R L/V LOL Q/ S LOS DS Q/L RL LAVE A/R US LL GR LS

LETTRE XVIL

À Monsieur A.-R.

Lucerne, ce 26 août.

Diète fédérale assemblée à Lucerne. — Organisation de cette assemblée. — En quoi consistent les fonctions des députés ; l'autorité et la juridiction de la représentation fédérative.— Insuffisance de ce lien politique entre les vingtdeux cantons actuels. — Causes de cette foiblesse, et réflexions a ce sujet.

J'a trouvé, mon ami, la diète fédérale assemblée à Lucerne, et cette circonstance m'a servi à étudier de plus près la forme actuelle du gouvernement qui régit la ligue helvétique. Mais je ne dois peutêtre pas me féliciter beaucoup des résultats de cette étude, puisqu’au prix de quelques notions posi-

j tives, j'ai perdu les illusions qui me restoient encore sur la force de cette ancienne république. Tous les ans, les députés de lamphictyonie helvétique se réusissent pour délibérer sur les intérêts généraux des corps dont ils sont les mandataires. Quelques villes, telles que Berne, Zurich, Lucerne, et je crois aussi Fribourg, jouissent, à raison de leur importance actuelle ou de leurs anciens priviléces, du droit exclusif de posséder la diète dans leur sein. Chacun des vingt-deux cantons, dont se compose à présent la confédération, envoie à cette assemblée deux ou trois représentans : diffé rence motivée dans ces cantons par des circonstances locales, et tout-à-fait indifférente pour le résultat de la délibération générale, attendu queles ‘ voix se comptent par cantons, et non d’après le nombre des députés qui siégent. Ces députés nommés par l'assemblée du peuple se renouvellent chaque année, ou tous les deux ans, de sorte qu'ils ne jouissent réellement de ce titre que pendant la durée de la session de la diète. Dans quelques cantons, c’est le premier magistrat de la république, le landamman ou l'avoyer, qui est le représentant né deson pays; mais dans aucun de ces petits états, on n’a encore imaginé de confier à des étrangers le soin d'en défendre les intérêts. Ils ont eu jusqu’à ce jour la simplicité de croire que le citoyen d’un

canton peut seul en bien connoître les besoins : que lhabitant d’un paysindustrieux etcommercant, tel que Péle on Zurich, scroit exposé, quelques lumières qu'il eût d’ailleurs, à déraisonner complétement, s’il étoit chargé de soutenir les résolutions d’un canton agricole, comme celui de Berne, ou d’un peuple de pasteurs, comme ceux deSchiwitz et de Glarus; en un mot, ils sont encore si peu avancés en fait de système représentatif , qu'ils préfèrent, dans la discussion des intérêts de leur pays, des connoiïssances positives et des raisons tirées de la nature des lieux et des choses, à des phrases spirituelles et à des mouvemens oratoires ; et je n'ai jamais pu, je l'avoue à leur honte et peutêtre aussi à la mienne , leur faire comprendre tout l'avantage qu'il y avoit, en France, à nommer un habitant de l'Est pour député d’un département du Nord, ou un bel esprit de Paris; pour celui d’une province frontière ; à donner un auteur d’opéracomique pour mandataire à des forgerons, ou un général à des paysans. À chaque exemple que je leur citois de pareils choix, et grâce à excellence de nos institutions, je pouvois leur en citer beaucoup, ils répondoient toujours que des députés ainsi nommés ne pouvoient représenter que les intérêts d’un parti, d’une coterie, d’une oninion ; tandis que, chez eux, chaque député représentoit

bien réellement les intérêts du sol et de PEtat dont il étoit le mandataire. Voilà ce qu'ils pensent : et je n’ai pu que les plaindre d’avoir une si longue habitude de la hberté, et de l'entendre encore si mal.

Une autre différence tout aussi essentielle de leur système et du nôtre, différence qui n’est pas moins à l’avantage de la France , c’est que les députés de la diète hélvétique s’y bornent à énoncer le vœu de leurs communautés respectives, et sy trouvent réduits au rôle d’interprètes fidèles des volontés de leurs commettants. Avant l'ouverture de l'assemblée, le président notifie au conseil souverain de chaque canton les principaux objets sur lesquels devra porter la délibération. Les articles ainsi discutés un à un dans le conseil des républiques , on rédige, d’après le résultat de cette discussion et à la majorité absolue des suffrages, des instructions où le vœu du canton est exprimé dans des termes, dont 1l n’est pas même permis au député de s’écarter , si l’objet touche directement aux intérêts de ce canton, ou qu’il peut modifier, d’après les lumières acquises dans la délibération générale, si l’objet est de peu d’importance ou d’un intérêt peu direct. De cette facon, les députés arrivent dans l’assemblée fédérale, munis d’'instructions positives , authentiques , formelles, dont

il leur appartient seulement de développer l'esprit, de montrer la solidité et d’assurer le succès: Vous jugerez d’après cela, mon ami, que le domaine de léloquence est bien borné pour ces députés helvétiques, auxquels on ne demande que d’être constamment clairs,exacts et raisonnables ; et vous pourrez concevoir combien en France les volontés réelles des citoyens sont mieux interprétées par nos brillans orateurs; dont Pesprit indépendant de toute gêne et l’éloquence libre de toute entrave ,se montent sur tous le tons, s’exercent sur tous les sujets; et sans se charger d’arides notions d'administration où d'économie publique, ne prennent d’engagemens qu'avec la faction qui les nomme , et ne recoiventd’instructions que du parti qu'ils représentent.

La courte durée des fonctions législatives, les restrictions mises à l'essor du talent oratoire , et les légères indemnités de séjour accordées aux députés, seulement pendant le cours de la session de la diète , rendroient ce titre peu digne d’ambition en Suisse, sil n’y étoit encore assez glorieux pour un citoyen, d'interpréter le vœu de son pays, et d’être porté au conseil suprême de la nation, par le suffrage libre de ses compatriotes. Néanmoins, il est certain que les élections n’y sont point accompagnées de eette effervescence

populaire qu’on regarde chez nous comme lexpression de Fopinion publique. Là, tout se passe avec calme, avec dignité; et la raison ne domine pas moins dans le choix des députés, que dans leurs discours. Une conduite si paisible et qui nous paroîtroit à nous si peu compatible avec la liberté, se soutient jusqu’à la fin de ce ministère national. Chaque matin, les députés, suivis dun hérault habillé aux couleurs de leur canton, se rendent dans la salle de leurs délibérations, pour y discuter à huis clos les diverses matières soumises à leur examen. Les clameurs vendues ou intéressées des partis ne prévalent point 1ci sur la voix de la raison Calme ét modeste. Après l’énoncé du vœu de chaque canton, que ses députés s'efforcent de présenter sous le jour le plus favorable, on recueille les voix, opération qui n’est m longue ni difficile; et la diète se sépare, quand tous les objets sont épuisés. II n’y a pas là sans doute matière à de grands frais d'esprit, ni à de beaux mouvemens d’éloquence. Aussi, ne cite-t-on guère dans le public les harangues improvisées dans cette étroite enceinte. Mais on assure; et je le crois sans pemme, qu'il s’y prononce des opinions très-instructives, très-motivées , pleines de sens , de vigueur et de raison; et c’est encore assez pour des Suisses.

Les obiets sur lesquels la diète est appelée à dé-

libérer, ne concernent nullement l'administration intérieure des cantons qui y envoient des députés : l'indépendance réciproque de ces républiques seroit blessée de la plus légère inspection exercée sur lune d'elles, même par toutes les autres ensemble. On règle à la diète les rapports généraux du corps helvétique avec les puissances étrangères; on accrédite les ministres à l'extérieur ; on nomme les officiers de la confédération; on fixe, d’après des proportions convenues, le contingent annuel d’hommes et d'argent que chaque canton doit fournir pour la défensecommune ; on arrête enfin les mesures d'ordre et de sûreté publiques, qui peuvent importer au corps helvétiqueentier, et qui seroient contrariées par des intérêts particuliers. C’est ainsi que la diète vient de prendre relativement aux vagabonds ou gens étrangers à la Suisse, une décision contraire au vœu de quelques cantons , mais qui est devenue par la majorité des suffrages, obligatoire pour tous. Ces étrangers seront mis à la charge de chaque commune, sous la condition de contribuer par leur industrie à sa prospérité; ou envoyés au-dehors en colonie, ou admis à frais communs dans des hospices, jusqu’à ce que le fléau du vagabondage ait cessé dans toute la Suisse, Cest en grande partie de ces individus qu'a été composée la colonie récemment destinée

Le le Brésil , contre laquelle 1l s’est élevé ailleurs même qu’en Sté tant de plaintes qui paroïssent dénuées de fondement. Seulement, on peut reprocher au gouvernement de boire , celui de tous les cantons helvétiques qui a le plus besoin d’hommes, d’avoir favorisé l’émigration d’un nombre assez considérable de ses plus utiles citoyens, confondus parmi des mercenaires sans patrie.

Une résolution non moins judicieuse, et d’un intérêt plus général, que vient encore de prendre la diète, est relative au lien fédéral qu’elle a cherché à former entre tous les cantons. L’établissement militaire de Thun, créé dans une diète antérieure , avoit eu pour but de donner a toutes les forces de la confédération une instruction et une direction communes. * La diète actuelle s’est occupée de développer et de fortifier cette institution par la rédaction d’un code militaire adapté à cet objet, et plus en rapport avec les insütutions militaires des peuyles de l'Europe, spécialement de ceux qui ont des Suisses à leur service. Mais, s’il m'est permis de dire ce que je pense de ces diverses opérations de la diète helvétique, je doute qu’on puisse y louer autre chose que lintention. L'esprit militaire del qu'il doit

* Voyez ci-dessus la Lettre VII, datée de TAun.

nécessairement résulter de l'établissement formé à Thun, tel qu'il existe aujourd’hui dans tous les États de l'Europe, est un esprit destructif de toute lberté,de tout ordre, et conséquemment bien plus dangereux qu’utile à l'existence d’unerépubliquefédérative. C’étoit par d’autres moyens que la sagesse des législateurs de la Suisse devoit pourvoir à son repos;et tout ce qu’on peut inférer de là, c’est que ces hommes, plus patriotes qu’éclairés, ont senti le vice de leur constitution cet n’en ont pas trouvé le reméde. L'absence d’un lien fédéral quelconque, qui réunisse en un seul faisceau les forces de la ligue helvétique, et qui dirige irrésistiblement vers un but commun les résolutions de ses membres, est la plaie secrète qui afflige cette république, et qui sans doute en ameneroit encore la dissolution, comme nous layons vu à la fin du dix-huitième siècle, si quelque puissance guerrière se présentoit aux portes de la Suisse, C’est aussi À, je ne saurois m’empèécher de le remarquer ici, le coup le plus funeste que Napoléon, danssa médiation prétendue, ait porté à Pexistence de cette nation. En affectant de donner isolément à chaque canton la liberté la plus extrême, 1l fit applaudir par tous les esprits vains des institutions en apparence si hbérales. Mais Ar lisolement où il réduisit ces petits états à l'égard les uns des autres , il détruisit réelle-

LUCERNE. 295 ment union générale qui seule fisoit leur force et pouvait assurer leur existence. Tous les Suisses, vraiment amis de leuripays, dûrent voir que par cette indépendance ,mutuelle .où des cantons se trouvoient désormais placés, .la nation entière re- -tomboit en effet sous la dépendance absolue de son 7nédiateur ; et de.tous les actes de Napoléon, il n’en est peut-être aucun qui porte aussi-fortement l'empreinte desa politique astucieuse etprofonde, puisqu'il sut se donner, aux veux du vulgare de:tontes,les classes le mérite d’uné concession libérale et désintéressée,en mêmetemps qu'il s’assuroit tous les avantages d’un vainqueur .et toute Pautorité d’un maître. |

«Le congrès de J'ienne , en brisant Pacte de médiation, a:lassé les choses dans le même état d'isolement particulier. et de foiblesse générale ;ila fait peut-être pis encore. En augmentant la ligue helvétique de:trois nouveaux.cantons , dont un.est xesté,sujet de la Prusse, dont un autre a toujours eu.des. habitudes différentes de-celles de la Suisse, il n’a fait qu'augmenter lés sujets de division et de jalousie. Au lieu de donner à la Suisse ancienne une constitution libreet forte, 1l n’a fait que consacrer desinjustices récentes, préparer desdiscordes nouvelles, etperpétuer ,pantimidité ,le même système d'isolement que Napoléon avoit établi dun

moins dans l'intérêt de son ambition. Onrecueillera

peut-être des fruits amers de cette politique fausse ettimide qui là, comme ailleurs , prétend concilier des intérêts ennemis, et s’obstine à ménager des partis qu'il faudroit abattre. En tout cas, l’existence politique de la Suisse, ou sa neutralité, ne sera maintenue que par lavantage que les autres puissances y trouveront pour leur propre compte.

L’aveu m’en échappe à regret; mais 1l est nécessaire , et surtout il est vrai. La Suisse elle-même n’a rien fait encore pour sa sûreté ; n’a rien, dans sa constitution intérieure , qui la protége contre des ennemis étrangers. Tout est encore, dans les rapports qui lient entre eux les. divers cantons, foible, incohérent, sujet à la jalousie et à la défiance. De nouveaux cantons à peine émancipés travaillent sourdement contre les vues secrêtes, ou contre les intentions avouées de leurs anciens maîtres. Les vieux membres du corps helvétique voient avec peine et avec jalousie de jeunes conlédérés , qu'ils ont long-temps gouvernés en sujets. Les apparences d’une fraternité trompeuse cachentde partet d’autredes défiances trop réelles; et l’urbanité républicaine est aussi fausse et peutêtre plus perfide encore à la diète, que ce protocole des réunions diplomatiques, qui ne peut plus à présent tromper personne.

Le mal que je viens d'indiquer est d’autant plus fâcheux , qu’il peut paroître bien difficile, dans l’état actuel des choses et dans l'irritation des esprits, d’y porter un remède efficace. Quel lien commun, en effet, donner à des élémens si divers ? Par quelle force contenir tant d’oppositions ouvertes et de rivalités secrètes ? Comment amalgamer, dans un même corps politique , de petites peuplades qui eurent , jusqu’à cette époque, une histoire différente, des intérêts opposés, des conditions inégales ; les cantons de Faud et d’Ærgovie, long-temps sujets de Berne ; Neuchâtel, encore sujet de la Prusse; Genève et les Grisons, detout temps indépendans de la Suisse; Thurgovie et le Tésin , à peine affranchis de l'autorité des ballifs helvétiques ; le J’alais, toujours dominé par le respect de ses évêques; Saint-Gall, toujours effrayé par les prétentions de son abbé? Comment enfin réunir dans un même système, des peuples pour qui l'ancienne différence de langage, de religion et de gouvernement, a cessé d’être insensible, depuis qu'il s’y est joint, comme cheznous, des querelles d'opinions politiques? C’est là surtout ce qui rend si critique l’état de la Suisse. La guerre sourde qu’on y livre à tous les genres d’aristocratie, quelque consacrés qu'ils soient par le temps, par la nécessité , par la reconnoissance publique, 4boutira

quelque jour à des hostilités funestes ; et, en attendant , elle interrompt à tous momens la marche d’un gouvernement déjà si foible et si timide. L’inégalité de civilisation est encore une cause non moins féconde de désunion, et par conséquent de foiblesse. Tandis que, dans quelques cantons, l’industrie et le commerce, par qui s’éclairent et se corrompent les nations , ont fait de brillans progrès, chez plusieurs autres, l’Apreté dusolet la rigueur du climat ont maintenu l'antique rudesse des mœurs-républicaines. Jci, laffluence.des étrangers et le voisinage de la France ont fait germer les principes d’une philosophie audacieuse ; à, au contraire, Pattachement aux vieilles croyances se montre encore sous des formes surannées d’une superstition gothique. l'el.canton qu'endoctrinent des philosophes , s’indigne contre itel autre que régentent des Jésuites ; «et les beaux esprits de Genève.se moquent.des Capucins de Lucerne.

On me dira peut-être que la différence des cultes catholique et protestant existe depuis long:temps enSuisse, sans y causer de trouble. Cela. étoit vrai, tantqu'ily eut de part et d'autre un grand fond d'1dées et de croyancesreligieuses, parce qu’alorsles diverses communions se supportoient mutuellement avec l'esprit de la charité chrétienne. Mais, à présent, ce n’est plus seulement de Ja différence des

LUCERNE. 299 cultes qu’il s’agit: catholiques et protestants, tous ont également à souffrir du relâchement de leurs principes. Jet, l’incrédulité n’est séparée de la foi que par une haie ; là, en franchissant un fossé, .on passe du domaine du scepticisme sur celui de la superstition; et presque partout lintolérance phi-

Josophique a détruit l'harmonie religieuse. Je n’en voudrois pour preuve.que ce qui s’est passé à Fribourg, lors du rétablissement des Jésuites.-Ce rétablissement, dont on a fait tant debruit, quoique ce ne fût au fond qu’une affaire de collése,n’eût dû être remarqué que dans le canton même qu'il intéressoit; et, comme les constitutions helvéti-

ques accordent à chaque canton la plus extrême indépendance dans son administration intérieure, personne, ailleurs qu’à Fribourg, n’avoit le droit, et dans un autre temps n’auroit eu la pensée de s’en mêler. Cependant, que de voixse sont élevées de toute la Suisse, contre une mesure qui ne touchoït et m’effrayoit sûrement personne ! Que

d’anathèmes philosophiquesont été lancés contre de paisibles instituteurs de la jeunesse ! Quel itorrent d’invectives libérales s’est débordé:contre.ces pauvres Jésuites de Fribourg ! et comme on eût proscrit de bon cœur et bravement exterminé cinq ou six vieux prêtres, sans crédit, sans pain, sans asile , si le zèle des philosophes eût été armé du

fer des lois! Devons-nous , au reste, être surpris de cette inconséquence des libéraux de la Suisse, . quand nous voyons depuis si long -temps les nôtres prescrire leur incrédulité au nom de la tolérance, et imposer le joug de leurs opinions au nom de la hberté?

J'ai indiqué avec franchise les causes de la foiblesse du corps helvétique ; jai montré que dans Vabsence d’un lien assez ferme entre les divers cantons, et d’une force qui maîtrise les petits intérêts , pour les faire concourir au bien général, cette république n’a de garanties pour son existence , que la volonté actuelle des puissances militaires de l'Europe. La diète, je le répète, n’a par elle -même aucune autorité politique; elle n’est fédérale que de nom. Obligée de respecter Pindépendance de chacun des cantons, elle est mhabile à procurer l'indépendance de tous ; or, cette as. semblée ne deviendra véritablement nationale, que lorsque, par la solution d’un problème difficile, elle sera investie d’une force qui lui permette d’assurer, dans tous les cas, avantage de tout le corps, sans attenter à la liberté de ses membres. On a vu, dans une circonstance récente, les funestes effets de cette molle constitution. Entraînée par lautorité de quelques hommes, dont la Suisse entière connoît les noms et dont l’histoire appréciera les

LUCERNE. ‘HAOY motifs, la diète permit la rupture d’une neutralité qu'il eût été si facile et si honorable de garder. Le territoire helvétique fut violé par cent mille étrangers qui se précipitoient vers nos frontières. Les Suisses eux-mêmes, suivant à regret la ligne qui leur étoit tracée par leurs magistrats trompés ou séduits, joignirent, en murmurant, leurs armes à celles de leurs anciens ennemis contre d’anciens alliés ; et les bannières helvétiques dürent être étonnées de flotter au-dessus du même camp, à côté des drapeaux autrichiens. Ecartons néanmoins ce souvenir fâcheux pour denx peuples qui ne doivent plus songer qu'à resserrer dans la paix, les antiquesnæuds d’une alliance formée sur les champs de bataille. Mais qu’on nous permette, en finissant, d'exprimer 161 le vœu, que des républicains si sages, confondant désormais toutes leurs pensées dans l'amour de leur pays, lui donnent une constitution mieux appropriée à ses anciennes habitudes et à ses nouveaux intérêts.

Je suis , etc.

LETTRE XVIIL

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