LETTRE XX
A LA MÊME
Schwytz, ce 28 août,
Réflexions sur l’histoire de l'indépendance helvétique. — Départ du Righui. — Ruines de Goldau. — Traversée du lac de Lowerz. —
Aspect général de la campagne de Schwy tz.
Mr voilà dans le cœur de la Suisse; et pourtant ce pays offre ni profonds glaciers ni neiges éternelles. Les Alpes, qui en embellissent la SURARE ne s’y élèvent guère qu’à la hauteur de six à à sept mille pieds au-dessus du niveau de la mer. Mais, sl les montagnes n’étalent pas ici les sublimes horreurs que j'ai admirées ailleurs ; si le plaisir que leur aspect procure n’est plus on de l’effroi, de nouveaux objets y excitent une émotion plus douce etnon moins profonde, La nature semble s’y abais-
ser; mais l’homme s’y est agrandi; et cet intérêt de l’humanité donne aux humbles collines du canton de Schwytz, un attrait que n’ont point les plus hautes cimes des Alpes.
Schawytz est la terre classique de l’'Helvétie. Cest sur son territoire que trois hommes généreux Jetérent les fondemens de l'indépendance de leur pays; c’est son nom, qui, par un juste hormage, a été donné à toute la confédération suisse. L'ouvrage de ces trois hommes sans crédit, sans renommée, sans puissance, subsiste encore de nos jours, malgré la révolution de plus de cinq siècles. Combien d’empires fondés sur la violence ont disparu dans cet intervalle! Y a-t-1l de meilleure preuve, que les seules institutions durables sont celles qui ont pour base la justice, et pour but la véritable liberté ?
Les noms de Walter Furst, d’ Arnold de Melchthal et de VVerner Stauflacher sont 1c1 dans toutes les bouches : quel dommage, que ces noms si éloquens pour des cœurs suisses, soient barbares pour des oreilles francçoises ! ‘Leurs images ornent tous les édifices publics ; on les retrouve à la fois sous le toit du pauvre et sur les murs de la chapelle. Tous les cœurs partagent entre leur mémoire et la divinité les hommagesde la piété la plus profonde. On leur rend presque un culte dadoration : jamais
SCHWYTZ. 991 peupie plus libre ne se montra plus reconnoissant; jamais le patriotisme ne fut si près de se confondre avec lidolâtrie.
La maison de Stauffacher, à Steinen, a fini, malgré le soin religieux dont elle étoit l’objet, par devenir la proie du temps; à sa place on a bâti une chapelle : que pouvoit de plus un peuple religieux? Pendant plus d’un siècle, la dignité suprême de landamman a étécontinuée dans sa famille : que pouvoit de plus un peuple libre ? Maintenant sa postérité est éteinte, et la vénération publique ne peut plus s'attacher qu’à sa mémoire; j'ai déjà dit comment elle s’en acquitte.
Tu concevras aisément l'intérêt qu ’excitent en moi les souvenirs historiques de ce pays, sur le théâtre même où jen retrouve les monumens. Les trophées d’un peuple qui ne combattit jamais que pour son indépendance, élèvent l'âme, autant que la flétrissent et l’abattent les trophées d’un conquérant. Tu sais avec quel dédain je détourne mes yeux de ces orgueilleuses colonnes, de ces arcs de triomphe, où 1l me semble voir écrite en traits de sang l’histoire des générations immolées à la manie guerrière d'un seul homme. Mais que tout un peuple s’arme pouraflranchirson pays et pour défendre ses foyers, jene trouve plus dans les honorables monumens de son courage, qu'un spectacle consolant et
doux, et je mouillerois de mes larmes ces innocens lauriers, s’il m’étoit permis d'y toucher.
Rien ne rappelle plus l’histoire, si vantée dans nos écoles, des républiques de la Grèce, que l’histoire des premiers temps de la Suisse. La querelle des Grecs et des Barbares ne présente pas des exploits plus héroïques et des caractères plus magnanimes, que la guerre des Suisses contre la maison d'Autriche. De part et d’autre, de petits Etats confédérés soutiennent , avec des forces extrêmement inégales, une lutte qui sembloit devoir les anéantir du premier choc. Des deux côtés, on voit briller le patriotisme le plus pur et la valeur la plus exaltée : tout magistrat est général, et tout citoyen devient un héros. Que manque:t:il enfin aux Winckelried et aux Gundoldingen, pour être aussi célèbres qu’un Aristide, ou un Léonidas, si ce n’est d’avoir eu des noms plus harmonieux, ou un historien comme Hérodote ?
Ce n’est assurément pas le nombre d'hommes et l'étendue des conquêtes, qui font l'intérêt de l’histoire des Grecs, non plus que de celle des Suisses. Dans lune et l'autre, on ne voit agir qu’un bien petit peuple , et pour un bien médiocre territoire. D'ou vien t donc que cette histoire nous captive si fortement , tandis que le tableau de ces grandes dévastations du genre humain , des Gengis, des
SCHWYTZ. | 353 Tamerlan et de tant d’autres ravageurs du monde, n’excite en nous que la fatigue et le dégont? C’est quechez les Grecs, aussi bien que chez les Suisses, tout homme acquéroit l’importance de la canse même pour laquelle 1l combattoit; tout individu devenoit grand, par cela seul qu’il se dévouoit à un grand intérêt; et chaque citoyen avoit sa part personnelle dans le péril et dans la gloire. Mais ces masses confuses d'hommes qui vont, à la voix d’un maître, ravager des contrées inconnues ; ces troupeaux de brutes, que pousse devant lui un conquérant affamé, que peuvent - ils offrir à oeil du contemporain et de lhistoire ? un homme seul qui triomphe ou qui succombe, et des milliers de victimes qu'il immole à sa grandeur, ou qu’il associe à sa perte.
Telles étotent les réflexions qui m’occupoient en entrant dans le canton de Schwytz ; etil ne fallut rien moins, pour m'en distraire, que la variété des objets qui s’offrirent successivement à mes regards. Après avoir passé la nuit à l'auberge du Æighi- Staffel, où je conseillerois volontiers à tous les voyageurs de s'arrêter, de préférence à celle du Ærghi-Culm ; et après avoir joui, dans lune et l’autre station, des effets s1 variés que produisent à cette hauteur le coucher et le lever du soleil, je descendis le long du revers oriental de la montagne, par
un sentier extrêmement pittoresque qui s'enfonce dans des gorges étroites, et suit pendant près de trois quarts d’heure une pente si roide, que le sol en est taillé en degrés et soutenu par des quartiers de roche, ou par des troncs de sapin. Un phénomène que je remarquois alors pour la première fois, ajoutoit encore pour moi à l’agrément de ce paysage. Pendant la nuit, des amas de nuages s’étoient formés au-dessus des vallées circonvoisines; et lorsqu’en me réveillant au point du jour, j’avois jeté les yeux sur cet immense voile étendu à mes pieds, immobile de surprise, j’avois été quelque temps sans pouvoir me rendre compte à moi-même d’un spectacle si extraordinaire et si nouveau. Toute la vaste plaine qui la veille s’étoit découverte à mes yeux, disparoïssoit entièrement sous un rideau qui avoit la blancheur éblouissante de la neige, et qui, se prolongeant jusqu'aux limites incertames d’un horizon lointain , offroit, comme cette plaine, ses éminences ct ses vallées. Ce voile répandu sur la nature, n’atteignoit pourtant qu'à la moitié de la hauteur du Right; et tandis que les premiers rayons de l'aurore en coloroient la cime, on voyoit d'espace en espace s’élancer, du sein de ces nuages , les sommets des montagnes grisätres, comme d'énormes rochers sortis d’un océan de neige, Cependant à mesure que le soleil, en s’élevant
sur l'horizon, versoit plus de clartés et de feux, cette masse de vapeurs blanchâtres s’agitoit; et au travers des larges crevasses qui s’y formoient, on apercevoit les lacs et les villages de la plaine. Je ne crois pas que rien au monde puisse égaler la singularité de ce spectacle; et tous les voyageurs qui en ont joui avec moi, et parmi lesquels étoit le colonel Pfyfler , au pinceau duquel on doit le beau panorama du Righi, l'ont trouvé infiniment plus curieux et plus magnifique que le coup d’œil de cette même plaine, vue par un oi plus pur et plus serein.
En descendant du Righi, j'atteignis, au bout d’une heure de marche, la limite des brouillards qui entouroient la montagne; et c’est alors que, sans fiction poétique , je voyageai véritablement dans les nuages. Je mis plus d’une heure à les traverser ; mes habits étoient trempés , et mes yeux, chargés de ces humides vapeurs, avoient besoin de se remettre à la clarté du soleil. Ce ne fut cependant pas sans regret que je me retrouvai dans la plaine, et sans une émotion bien plus pémible encore, que j’envisageai les premiers objets qui s’y offroient à ma vue.
La route, qui conduit du pied du Righi au bord du lac de Lowerz, passe à travers des débris de rochers confusément entassés , monument d’une
FA
556 TTRES SÜR LA SUISSE.
des plus terribles catastrophes, dont les annales de ce pays puissent garder le souvenir. Le 2 septembre 1806, à cinq heures du soir, une partie de la montagne, qui fait face au Rig/ui, et qu’on nomme le Spitzbühl, s’écroula avec unfracas horrible, et, en peu de minutes, toute une lieue quarrée de terrain fut ensevelie sous cet amas de décombres. Des pluies continuelles avoient détrempé peu à peu
- le ciment naturel qui lie les cailloux, dontest for-
mée toute cette chaîne et le RivAi qui la domine; et, lorsque cette pâte amollie ne fat plus capable de soutenir le poids de la montagne imbibée d’eau, elle fondit tout à coup sur la vallée, entrainant tout dans sa chute, et lancant, par la force même de cette impulsion, jusque sur le flanc des monts opposés, d'énormes rochers , qui ÿ sont demeurés comme suspendus. Quatre villages, Goldau , Lowerz, Rothen et Busingen , des champs cultivés, de vertes pranies, tout disparut en un moment sous cette montagne mobile, qui vint prendre la place de la vallée. De six cents habitans qui s’y livroient en paix au cours de leurs innocens travaux, quatre cents, surpris par une mort affreuse, ne purent même faire un pas pour Péviter. Des voyageurs, que la curiosité amenoit au Righr, atteints de l’éboulement à l'entrée du pont de Gofdau, partagèrent le sort de ces infortunés habitans.
SCHWYTZ. | 937 Il n’échappa que ceux qui, occupés alors, loin du théâtre de la destruction, à faire paître leurs troupeaux , purent voir, du haut des monts voisins, le toit qui renfermoit leurfamille, s’abimer avec d’horribles craquemens sous ce déluge de pierres.
J’ai vu cependant à Lucerne une femme, l’une des victimes de cet effroyable désastre. Renversée d’abord sous les débris de sa maison, mais plus étourdie que fracassée par cette chute soudaine, elle se crut au moment terrible, si souvent annoncé à la pieuse crédulité de ces bonnes gens ; et, doutant presque de son existence , sans voix et sans mouvement, elle attendoit que le son de la trompette divine vint soulever la tombe qui la couvroit. Tiréé bientôt de son erreur par le son des cloches du voisinage, elle ranima ses forces, et poussa des cris qui furent heureusement entendus. On parvint enfin à la retirer vivante de dessous les débris ; mais il fallut qu’elle laissât sous un quartier de roche un de ses bras, pour mendier son pain avec celui qui lui reste. | À Je n’essaierai point de te retracer les sentimens qui m'agitoient en traversant cet horrible désert. Mais, le croiras-tu? Cest au milieu même de ces décombres que s’est réfugié le reste de l’ancienne population de la vallée. Ils ont relevé leurs fragiles habitations, en les appuyant contre les rochers . 29 #4
dont la chute les menace encore. Quelques champs, à grand’peine déblayés, commencent à se couvrir d’un peu de végétation ; l’image de la vie refleurit à côté de celle du chaos; insensiblement les traces de la destruction s’effacent, et le travail et Pindus= trie auront bientôt fécondé de nouveau ce vaste champ de la mort. Ainsi l’on voit partout le pâtre des Alpes rebâtir sa chaumière de bois, sur la place même qu'ont ravagée les avalanches ; ainsi l'habitant du 7’ésuve laisse à peine le temps de se refroidir à la lave qui a détruit sa moisson, pour lui confier une semence nouvelle. Est-ce le mépris de la mort, ou la légéreté du caractère qui font ainsi braver à l’homme des dangers dont il a fait une si récente et si terrible épreuve ? Est - ce l’attachement au pays qui l’a vu naître, et qui possède les ossemens de ses pères ? ou ne seroit - ce pas plutôt cette force aveugle de l’habitude qui, en dépit de nos penchans, de nos lumières, de nos intérêts même; nous enchaîne irrévocablement sur le sol où nous avons commencé de vivre ? L’impression d’un si grand désastre me suivit jusque sur le lac de Lowerz, dont une partie fut comblée par l’éboulement de la montagne. Je passai près de deux îlots, sur l’un desquels se voient encore les ruines du château gothique de Schivanau , qui, tombé au pouvoir des confédérés le 1°
SCHWYTZ. 339 janvier 1908, a résisté à ce terrible ébranlement , comme au long cours des âges. Le second îlot n'offre plus de traces de l’humble cabane qu'il portoit, et que les flots soulevés ont entraînée dans F RES avec toute une innocente famille. Ne fautil pas avoir une foi bien vive dans la Providence, pour la reconnoître encore à de pareils traits ? En débarquant sur le rivage opposé, je saluai dun triste regard les traces qu’elle a imprimées à Goldau, et le terrible monument qu'elle a érigé à ses victimes. Une scène toute contraire se dé loppoit alors devant mes yeux. Rien n’est plus riant et plus animé que la campagne des environs de Schwytz. Le terrain, tout en pâturages ombragés d'arbres à fruits, s'élève, par une pente douce, l’espace d'environ une lieue , jusqu’au bourg qui couronne ce verdoyant amphithéâtre. L'air d’aisance qui règne dans une foule d'habitations, disséminées sur cette riche plaine, ajoute encore à Pagrément qu’elle présente. Des groupes de jeunes villageoises, occupées alorsaux travaux des champs, hate ce paysage ; et je remarquai, sous le modeste chapeau‘ des faneuses, quelques - uns des plus charmans visages que j'aie encore vus dans toute la Suisse.
a na sentant ET Le SON LETTRE XXI.
A LA MÊME
Schwytz, ce 29 août.
Description du bourg de Schwytz ; l'Eglise; le Xenodochium ; l Hôtel de Ville ; luxe des armotries dans cet Etat républicain. — Liberté absolue ; constitution non écrite — Idée genérale de cette constitution ; d'après les modifications récentes qu’elle a subies. — Justice criminelle. — Revenus publics. — Caractère belliqueux des habitans ; leur dévotion ; leurs mœurs privées.
L'aspror que présente le bourg de Sckwytz , est très-séduisant au premier coup d’œil. Les maisons, généralement bien bâties, sont groupées d’une marière où l’art ne semble pas étranger, tant l'effet en est pittoresque ; autour d’un vaste
SCHWYTZ. 541 espace découvert qui forme la place publique, et que termine l’église, très-bel édifice moderne. Des deux côtés du vallon que remplissent les habitatons du bourg, et les jardins et les vergers qui les accompagnent , s'élèvent deux énormes géants qui
-en défendent laccès. Au nord, le Mytten dresse son front presque TE jusqu’à la hauteur de six mille pieds, et ses flancs, découpés d’une manière bizarre, s’abaissent vers la plaine par une foule de gradins ornés de forêts et de pâturages. Vis- -à-vis, le Haggen, qui porte, ayec moins ds hardiesse, sa tête chargée de frimas, étale avec plus d Ro encore les trésors d’une riche culture. Does Je commence à me familiariser avec ces contrastes, je ne crois pas avoir rien vu d'aussi attrayant en ce genre, que l'aspect de ces deux superbes montagnes.
L'église, bâtie en 1760; est l’une des plus remarquables de Ja Suisse par le goût de son architecture, la pre ofusion des beaux marbres qui la décorent, les tableaux et les sculptures qui sont dus aux mêmes artistes, aux Or el de Locarno. Si quelque. chose pouvoit étonner plus encore qu une telle magnificence de la part de républicains si pauvres , C est le trait suivant qui m'a été attesté par un des notables du pays. La chaire , toute de marbre, est soutenue à quelques st de terre
par trois figures colossales qui témoignent par une horr ble contraction de tous leurs muscles, la gêne qu’elles éprouvent en cette situation. Ces figures représentent Îes trois célèbres réformateurs, Luther, Zwingli et Calvin; et le poids énorme qu'ils supportent 101, est aux veux des dévolts habitans de Schwytz emblème du châtiment qui dans un autre monde, pèse sur la tête de ces conpables sectaires. Les Zurichois, disciples de Zwingli , Ofrirent quarante mille florins pour faire disparoïître cet emblème, si injurieux à la fois pour Îeur croyance et pour la mémoire de leur compatriote. Mais à Schwytz , comme à Zurich, le zèle religieux fat plus fort que lPintérêt, et cette offre fut obstinément refusée.
Schaytz renferme quelques édifices publics :
un arsenal; un Xenodochium , ou maison de refuge pour les étrangers; cet asile ouvert par la charité aux besoins de toutes les classes et de tous les pays, n’est pas même fermé aux Francois qui, dans leur funeste guerre de 1798, en ont provoqué la ruine autant qu’il dépendoit d’eux; et le jour où je me trouvai à Schwyt£z, j'y vis recevoir un de ces malheureux , que la religion, que peutêtre 1l avoit blasphémée ailleurs, entouroit de secours et de consolations, et qui sembloit honteux encore de partager le pain et le toit d’un capucin.
SCHWYTZ. 343 L'hôtel de ville, dont la facade orne la place publique, ne se recommande, ni au-dedans niau-dehors, par le luxe de son architecture. La salle où s’assemble le Grand Conseil, n’a pour ornement qu’un tableau représentant les sept vertus, si toutefois ce tableau peut s’appeler un ornement. Mais 1l na offert une particularité, que je n’ai point encore remarquée ailleurs. Entre chacune des figures allégoriques dont il se compose , sont fixées des plaques de cuivre qui portent les armoiries des familles sénatoriales, c’est-à-dire des familles admises, dans le Grand Conseil. A mesure qu’elles s’éteignent ou qu’elles cessent de siéger dans le sénat de la république, on enlève ces plaques ; et jai vu avec peine beaucoup de places vides. Au reste , c’est encore une remarque que jai faite 1c1: nulle . peut-être, le goût et le fuxe des armoiries ne sont aussi répandus, que dans ce petit État démocratique. Il est peu de maisons qui n’offrent quelque emblème de ce genre. Le chaume même n’est pas exempt de cette ambition, et les cimetières létalent dans toute sa nn L'homme le plus obscur , porté au Conseil et de là aux charges publiques, tranche d’abord du chevalier et du marquis ; l humulité villageoise s ’accommode tr rès-bien d’un écusson écartelé de toutes pièces; et le de fco-
dal figure ici au-devant de presque tous ces noms républicains. Cest à peu près le même ridicule que chez nous; mais du moins en cet endroit de la Suisse, on s’est arrété au ridicule; et d’ailleurs on ne peut pas dire que légalité républicaine soit blessée d’une distinction que le dernier paysan partage ici avec un Réding.
La salle du Petit Conseil n'offre également pour toute décoration qu'un tableau , représentant sur un même fond les principaux traits de l’histoire helvétique. J'ai déjà eu occasion d'indiquer ce défaut de goût qui procède peut-être plus dans la plupart de ces petits Etats, de la médiocrité des ressources, que de la grossiéreté des esprits. Quoi qu’il en soit, 1 est Hd moins certain que le génie de uos artistes s’ arranger Oil assez mal de cette économie républicaine.
Des siéges de bois tout umis rangés autour d’une table , forment l’ameublement de cette salle , où MRC IDIE le Petit Conseil, Cest -à- “dire le gouver nement de PEtat. Un fauteuil de velours rouge est réservé au landamman ; et, en l’absence de ce magistrat, l'épée 6 de justice y repose dans un fourreau dé même étofe et de même couleur. Tin ya rien là qu’une extrême simplicité qui puisse frapper l esprit. Mais je ne Sais SL cette simpheité même,
SCHWYTZ, 549 aidée des grands souvenirs qu’elle rappelle, n’est pas en eflet plus imposante que le vain luxe qui
cache si souvent ailleurs une pauvreté si réelle. = J'ai cherché, dans cet édifice où se préparent les destinées de tout un peuple, quelques images de ses anciens magistrats , et j'ai appris avec regret que Schwytz n’en conserve aucune. L'exemple d’Unterwald et de Lucerne méritoit bien pourtant d’être suivi par un peuple qui connoît si bien le prix de la liberté, et SR aussi de la mémoire de ceux qui en ont été jusqu’à ce jour de si fidèles dépositaires. Dirai- -je que la prison fait partie du même édifice, et qu’au - dessus du tribunal, où la justice qe ses arrêts, sont renfermés ceux qui les subissent? A-t-on voulu par ce rapprochement étrange , rendre plus sensible Vétroite limite qui ee la hberté de la licence ; et montrer que là , où la première est plus absolue, la seconde doit être plus promptement et plus si sévèrement réprimée ?
Aucun peuple ne jouit en effet d’une liberté plus entière, et ne se montre en même temps plus esclave de ses anciennes coutumes. Elles ne sont cependant consignées dans aucun acte ; elles ne se perpétuent que par la tradition, et SR par un fréquent usage des droits de citoyen. A Schwytz,
comma autrefois : a Sparte , La constitution repose.
uniquement sur les mœurs publiques; et la- mour du peuple en conserve fidèlement l'esprit, sans qu'il soit nécessaire d’en confier la lettre à la mémoire. Aussi, tandis que tous les cantons helvétiques ont déposé aux archives de [a diète fédérale les actes de leurs constitutions actuelles, les trois seuls cantons de Schwytz, dUry et de Glarus, par respect pour cette hberté même qu'ils ont héritée de leurs pères , et qu’ils veulent léguer à leurs enfans, ont refusé d’accéder à cette mesure générale. Selon eux , c’est se donner des entraves sous le prétexte de se donner des garanties, puisque l'indépendance consiste précisément à n'être gênée par aucune restriction, ni circonscrite par aucune formule ; etune constitution qui a pour elle la sanction du temps, n’a pas besoin du secours de l'écriture. D’après cet exemple , je commence à croire qul seroit bien possible que la France eût eu aussi une constitution pendant quatorze siècles , quoique de profonds publicistes n’en aient marqué le commencement qu’en lan de grace 1790 ou 1701. |
L'assemblée générale du peuple , ou Landsgemeind, laquelle se tient, tous les deux ans, le dernier dimanche d'avril, comme dans le canton d'Unterwald, confère, à l'unanimité absolue des suffrages, toutes les charges publiques. La première
SCHWYTZ. 347 magistrature est celle de Z‘:2dammman, et la durée en est fixée à deux années. Il préside le conseil d'Etat et les tribunaux de justice , et représente le canton à la diète. Un autre magistrat, sous le titre destatthalter, ou heutenant d'Etat, aide le landamman dans les travaux du gouvernement et le remplace encas d'absence ou de maladie. Le banneret, qui vient immédiatement après ces deux-ci, garde le drapeau de l'Etat et les bannières conquises sur l'ennemi ; vénérables trophées d’un peuple qui ne voit, dans les monumens de sa valeur, que les gages de son indépendance! Comme la considération publique est à peu près le seul salaire attaché à ces offices, elle est aussi la seule voie qui y conduise. Nulle autre condition, que celle de la probité et des lumières, n’est exigée des citoyens qui aspirent à diriger l'État; et, dans un pays qui possède beaucoup de familles anciennes et honorées, la naissance et l'illustration ne procurent aucun avantage, si ce n'est peut-être d’apprendre à s’en passer. Le landamman actuel de Schwytz'est Paubergiste du Grand-Cerf; et, quoique son hôtel ne passe pas pour le meilleur de la république, je lui aurois donné la préférence, ne fûüt-ce que pour voir comment on est servi chez le premier magistrat d’un peuple Hbre. Mais il étoit alors à la diète, et j'allar loger chez son voisin du Cheval blanc.
L'autorité souveraine réside dans lassemblée générale des citoyens. La plus grande extension est donnée à ce titre, comme au pouvoir qu exerce luniversalité de ceux qui en sont revétus. Aucune condition de fortune n’est fixée pour faire partie de l'assemblée nationale; il suffit d’avoir atteint l'âge de seize ans. En cela même, le canton de Sp s’est plutôt conformé : à ses anciens usages qu'aux lumières de la civilisation moderne, qui met la fougue et lexaltation de la jeunesse si fort au-dessus l'expérience et du sens des vieillards. Nos publicistes de collége seront sans doute ravis d’avoir une pareille autorité à citer à appui de leur doctrine; et il faut convenir que l’exemple de ces lésislateurs de seize ans favorise merveilleusemerit les prétentions de nos écoliers politiques. Toutefois, on ne doit pas se hâter d'établir, d’après ce seul fait, une comparaison entre des hommes et des choses, qui se ressemblent si peu du reste. À Schwytz, où le long et antique usage de légalité républicaine rend absolument sans danger le tumulte d’une assemblée populaire ; où chaque CItoyen, entouré dès le berceau des souvenirs et des images de la liberté, n’a trouyé dans sa famille, comme dans V Ejat , que des motifs d’aimer la constüitution de son Pays; les j Jeunes 2ens, ‘introduits dans le conseil dela nation, ne peuvent y apporter
que le respect des lois; ils y animent, par Peffervescence de leur âge, la gravité des délibérations ; 1ls y ajoutent, parle charme de leur présence, l'intérêt d’une fête domestique; etl’Etat, qui, dans la réunion de tous les âges voit se confondre tons les intérêts et tous les vœux, peut s’applaudir à son tour d’une émancipation précoce, qui, multipliant le nombre de ses enfans, ajoute à sa force, sans rien ôter à sa dignité. | L'obligation de la milice commence au même âge, où l'Etat accorde la qualité de citoyen; et, comme cette obligation n’a de terme que celui des besoins de la république, tout citoyen est soldat tout le temps de sa vie. Aussi la population de Schwytz, qui est l’une des plus belles de la Suisse, en est-elle l’une des plus belliqueuses. Les armes de ce canton se sont distinguées dans toutes les guerres entreprises pour le maintien de la confédération helvétique; et, lorsqu’en 1798 une armée françoise pénétra sur ce territoire, resté constamment inviolable, un peuple pasteur, si éloigné, par sa position et par ses habitudes, du théâtre des guerres qui désoloient l'Europe, retrouva, dans la nécessité de défendre ses foyers, antique énergie de ses pères. Sans calculer l’énorme disproportion de leurs ressources à celles du colosse qui venait fondre sur eux, et sans avoir à lui opposer
d’autres armes que celles du patriotisme et du désespoir, la DO de cet Etat , depuis l'enfant de quatorze ans jusqu’au Vtatd Lib d'années, disputa obstinément, pendant plusieurs mois et sur plusieurs points, Paccès de ce territoire à une armée francoise trois fois supérieure en nombre. La liberté, accablée ici par les armes d’un peuple qui ailleurs s’en prétendoit l’'apôtre, se vengea par des insurrections souvent fatales aux vainqueurs. Mais, quoique opprimé par la force, ce sentiment continua de vivre et de fermenter au fond des cœurs; et Schwytz fut le centre de toutes les entreprises concertées pour rétablir Pancienne constitution helvétique, jusqu’au moment où la main d’un conquérant, prétendu Médiateur, étendit à l'Helvétie les fers qu'il avoit forgés à la France.
. Jai vu, dans plusieur$ endroits de ce canton, les tristes monumens de cette lutte à jamais déplorable ; et plût au ciel que tous les apôtres des idées nouvelles et de la gloire militaire vinssent apprendre ici quelle liberté on peut fonder, et quelle Hberté on peut détruire avec le sabre! La vallée de la Mutta, qui s'ouvre à quelque distance du bourg de Schwytz , et qui fut le principal théitre des opérations militaires entre les Russes, commandés par Souwarow, et les Francois, aux ordres de Masséna , perdit dans ces affreux combats, une
SCHWYTZ. 552 partie de sa population, dont le reste fat voué à une éternelle indigence. Un grand nombre de citoyens , préférant l'exil au joug étranger, s'éloigna de ses foyers, en même temps que la Liberté qui les avoit gardés durant cinq siècles; et une foule d’orphelins, restés sans ressource sur le seuil de leur chaumière incendiée , furent distribués dans divers cantons de la Suisse, pour y être nourris aux dépens de la charité publique. Puisse ce dernier titre, acquis par les habitans de Schwytz à la reconnoissance de la confédération, qui leur dut son origine et $on nom, ne pas être perdu pour leurs descendans! et puisse aussi cette grande et terrible lecon, donnée à la Suisse entière, qui manqua de force pour avoir manqué d'union, ne pas être bornée à Pinstruction de la génération qui la recut!
Le conseil général du canton, ou Grand Conseil, est composé, outre le landamman et quelques magistrats secondaires , de soixante membres du district de Schwytz, et de trente que lui envoient les cinq autres districts du canton, en tout quatrevingt-seize conseillers. On trouvera peut-être que la prépondérance du bourg de Schwytz, dans cette composition du conseil suprême, n’est pas en rapport avec la population entière du canton ; et il est facile de juger qu’en admettant à l’exercice
de l'autorité législative des districts auparavant sujets, tels que ceux de Kusnacht et de la March $ mais en se réservant effectivement une plus grande part dans cette autorité, les habitans de ScArwytz ont cru faire à l'esprit du siècle une concession assez généreuse. Quoi qu'il en soit, c’est dans ce conseil que se discutent les projets de lois et d’ordonnances qui doivent être portés à la sanction de l’assemblée nationale Les mesures de haute police et celles qui concernent la sûreté et la prospérité du canton, font encore partie de ses attributions, ainsi que le jugement des causes criminelles , à l'exception de celles qui peuvent emporter la peine capitale. Dans ce cas-la, un nombre d’assesseurs , égal à celui des membres du Grand Conseil, eknommé de même parles assemblées des communes, a seul le droit de prononcer sur la vie des citoyens. Heureusement, cette circonstance est fort rare, et les fonctions de ce double conseil ne sont, la plupart du temps, que nominales. Il se passe bien des années sans qu’une seule exécution afflige les yeux de ce peuple; la prison est le plus souvent déserte ; et la même personne qui m’ouvrit le sanctuaire des lois, m’introduisit aussi dans l'asile des malfaiteurs. C’étoit une jeune fille de vingt ans; et d’après l’âge et le sexe de ce geoher, jai “4e naturellement conclure que son emploi
‘exige pas ici une surveillance bien active, ni bien rigoureuse. La rareté des délits est due, sans contredit, en ce pays , à Pinnocence des mœurs. Mais on doit l’'attribuer aussi en-partie à ce développement imposant des opimons, à cet appareil extraordinaire qui se déploie dans le tribunal chargé d’infliger la peine capitale. C’est une chose qu’on ne peut manquer d'observer, qu’en France, un très- petit nombre d'individus choisis, comme au hasard, dans une nation de vingt-neuf millions d'hommes, est appelé à décider souverainement de l’existence de leurs semblables; tandis que , dans chacun des petits Etats dont se compose; la confédération helvétique, c’est le conseil même de la république, extraordinairement convoqué, où même quelquefois doublé , comme à Schwytz ; ou la réunion de tous les membres du corps social, comme à Stantz, qui prononce sur la vie du dernier des citoyens. N’y auroit-1l pas dans cette différente manière d’évaluer le sang des hommes , un moyen d'apprécier les idées morales des deux peuples ?
Les peines infligées par la justice du canton sont la prison , le bannissement et le service militaire à l'étranger : ce qui, pour le remarquer en passant, ne me semble pas très-propre à honorer ce service , et à le faire goûter des nations qui croient en avoir besoin. Mais 1l est vrai que, si tous les peu-
ples s’accordoient à flélrir ainsi les malfaiteurs , le repos du genre humain y gagneroit mfailiblement ce qu’y perdroit l’esprit militaire.
J'ai déjà remarqué que, dans la formation du Grand Conseil, le bourg de Schwytz avoit une influence qui ne laissoit guère aux autres membres du sénat, que la faculté d'approuver ses résolutions. Il en est de même dans la formation des conseils de districts, auxquels celui de Schwytz n’accorde qu’une compétence aussi bornée que la juridiction en est étroite. Le conseil du bourg de Schwytz , lequel exerce proprement tous les pouvoirs de la souveraineté, s’assemble régulièrement le samedi de chaque semaine, et règle non-seulement les affaires de ce district particulier, mais encore celles de la totalité du canton qui ont quelque importance ou qui offrent quelque difficulté. Schwytz est en outre le chef-lieu exclusif des tribunaux supérieurs, tel quele Tribunal du Canton, composé de membres de tous les districts, dans la même proportion que le Grand Conseil, et qui juge en seconde et dermière instance les causes: donit la valeur surpasse la somme de deux cents florins; le Tribunal des Neuf, dont la compétence ne s’exerce que sur les causes qui touchent l'honneur et la réputation des citoyens; et celui des Sept qui ne s’occupe également que des pro-
SCHWYTZ, 555 cès concernant la propriété. Malgré cette espèce de centralisation de pouvoirs, les assemblées et les conseils des districts n’en jouissent pas moins d’une part d'autorité considérable pour ce qui regarde chacun en particulier, parce que toute ladministration est icientre les mains des communes. Ce système , sans lequel il ne sauroit y avoir de. Hberté politique, est poussé s1 loin à Scwyez, que les biens et les intérêts du clergé sontde même soumis à un régime particulier , et réglés par un conseil ecclésiastique. |
Les places des conseils sont à vie ; les magistratures seules qui ne sont pas incompatibles avec la charge de conseiller , se renouvellent tous les deux ans , ainsi que les offices de justice. |
Les revenus de la république sont aussi bornés que ses besoins. La principale branche de ces revenus consiste dans la vente du sel que PEtat tire de l'étranger, et sur lequel il se procure un léger bénéfice. Des droits infiniment modiques sur les boissons , ne laissent pas de produire encore une somme considérable , par la prodigieuse consommation de vins et d’eaux-de-vie qui se fait dans ce canton : car livrognerie est nationale à Schwytz; et peut-être qu’en eflet les citoyens ne s’y livrent avec tant de complaisance, que parce qu’un vice qui enrichit la république, change de nature à
leurs yeux, et se confond avec le patriotisme. Enfin, les contributions payées par les nouveaux cantons aux membres les plus pauvres de l’ancienne confédération, et en particulier par les cantons d’Argovie et de Thurgovie à celui de Schwytz, forment une troisième branche de revenus , dont la totalité s'élève de vingt à vingtcinq Le francs. Cest avec ces ressources que PEtat paye ses magistrats, les membres et les oreffiers des tribunaux, les exécuteurs de justice, et la force armée, chargée de la police du canton, et consistant en Auit gendarmes. On concoit que de pareils salaires sont peu faits pour tenter la cupidité des citoyens. Aussi, ne conseillerois-je point à nos grands publicistes d'aller se faire républicains à Schwytz ; mieux vaut encore exploiter une vieille monarchie.
1l n'existe d'autre distinction extérieure entre les citoyens, que celle qui résulte de l’inégalité des fortunes. Encore, cette inégalité est-elle peu sensible chez un UE où 1 n ; a presque qu’une profession , celle de pasteur ; où 1l n’existe aucun commerce de manufacture et d'industrie, À où par conséquent le luxe n’a pu rompre encore Péquilibre qui tend toujours à s’établir dans les propriétés , quand cette marche naturelle n’est pas contrariée par les institutions.
SCHWYTZ. 957 De cette égalité des conditions placées à peu près à la même distance de la misère et del’opulence, et de cette uniformité de vie que commande la nature même d’un paystout en pâturages, ilrésulte que la société , à Schwytz, offre peu de mouvement et d’attraits. Chacun y suit régulièrement le cours de ses habitudes, et ne se distrait de ses intérêts ou de ses affections privées , que pour vaquer quelques instans aux affaires publiques. Les plaisirs de famille sont les seuls qu’on connoisse dans ce peüt Etat, dont l’aspect paroîtroit sans doute bien morne, et le séjour bien mélancolique , aux désœuvrés de nos grandes villes. Les hommes se réunissent à la principale auberge du bourg, le soir d’une journée laborieuse, pour fumer tranquillement leur pipe, et vider fraternellement quelques bouteilles. Les femmes, retirées au sein de leur ménage, se fréquentent peu les unes les autres, et ne sortent guère de chez elles, que pour aller à l’église ou à la promenade. Il existe plus de liberté dans les relations du peuple, et l’on prétend même que.cette classe de citoyens affecte en général plus de dévotion que de morale. Mais, sans me rendre garant de cette observation , j'avoue que je ne puis être du nombre de ceux qui pensent que lune de ces deux choses est nécessairement Popposée de lPautre. |
La religion catholique n’est pas seulement dominante ; elle est exclusive dans le canton de Schwytz. Quelques établissemens pieux y conservent parmi le peuple Pattachement aux vieilles croyances , que du moins ce peuple n’a jamais séparé de Pamonr de la hiberté. Hexiste à Schwytz, un couvent de Capucins , peu riche et peu nombreux, et un autre de Bénédictins. Ge canton possède encore la fameuse abbaye d’Zinsidlen, queles soldats francois , grands ennemis des snperstitions richement dotées ,ont dépouillée des offrandes qu'y avoit accumulées la piété de cinq siècles, mais sans pouvoir arrêter ou refroidir le zèle des pélerins qui sy rendent habituellement de toutes les parties de l'Allemagne et de la Suisse. Aussi reprochet-on aux habitans de Schwytz de porter le joug des prêtres ; comme si ce n’étoit pas déjà assez d'avoir voulu leur imposer celui des philosophes! est vrai encore que, dans la dernière guerre, où ils défendirent si vaillamment leur mdépendance, on vit, au mulieu de leurs rangs, un moine , armé d’un cruaifix, leur montrer l’ennemi et leur promettre la victoire. Mais qu'importe, à mes yeux, qu'un héros se cache sous la casaque d’un soldat, ou sous le froc d’un capucin ? Et quelle philosophie vaut une religion qui ne servit jamais qu’à sceller Valliance de la Hberté et de la gloire ?