LETTRE IL
A LA MÊME
Neuchâtel, ce 6 août.
Départ de Besançon. — Traversée du Jura.
— Châteaux gothiques. — Pontarlier. — Chéteau de Joux. — Route nouvelle, taillée dans le roc. — Vue magnifique du lac de Neuchâtel. baba
L'ivvarrence que javois de commencer ma correspondance, m'a fait passer brusquement pardessus les détails d’un voyage dont tout le cours doit t’intéresser. Le loisir dont je jouis ici, et le repos dont j'ai besoin après le chemin que j'ai parcouru, me permettent de revenir sur mes pas et de recueillir mes souvenirs. Puis-je mieux me délasser et de la fatigue du voyage, et de l’admiration même qu'il m'a souvent fait éprouver,
qu’en te communiquant et les remarques que j'ai faites, et les impressions que jai recues ?
Je me proposois de t’entretenir d’abord de quelques objets agréables qui m'ont frappé dans la traversée de la Bourgogne et de la ŒÆranche- Comté ; mais tous.ces foibles souvenirs sont tellement effacés par imposant aspect des Alpes, que je ne retrouve plus dans ma mémoire , à l’intervalle de deux journées, que ledésir de les perdre tout-àa-fait. Arrivé à Besançon à neuf heures du. soir, jen suis reparti le lendemain matin à cinq heures. J’étois pressé d’entrer en Suisse, et de voir des hommes libres d’une autre manière que chez nous, des hommes qui ne fussent pas emprisonnés di des tours et cachés derrière des remparts. J’avois hâte de quitter ces forts placés dans les nues, ces épaisses murailles, ces larges et profonds fossés , ces ponts-levis, ces chaînes, et tout
cet appareil de guerre, si gênant pour. la liberté.
Besançon est cependant une ville agréable et qui le paroîtroit bien plus, si elle étoit moins forte. La seule chose qu’on en puisse juger favorable ment, puisque la ville se dérobe presque à la vue derrière les énormes boulevards qui la protégent et la menacent, c’est sa position qui est charmante , an sein in creux vallon, espèce. d’entonnoir formé de pics détachés de la chaîne du
Jura. Auü fond de cet entonnoir coule le Doubs, dont le lit, assez large en cet endroit, est hérissé de distance en distance de rochers qui forment des cascades, et rendent la navigation de ‘cette rivière absolument impraticable. Cet inconvénient n’existera plus, quand le canal qui doit porter les eaux du Doubs à celles de la S:ône sera ter-" miné ; et j'ai vu dans plusieurs endroits de la route les travaux de ce canal, qui se poursuivent avec beaucoup d'activité. |
Au sortir de Besançon, on commence à monter la chaîne du Jura , qui s'étend du nord au sud sur une ligne de près de cent lieues, et n’en a quelquefois pas moins de dix-huit dans sa largeur que j'ai traversée toute entière. Cette chaîne est une espèce d’avant-corps des Hautes-Alpes , et ne s'élève jamais jusqu’à la limite des neiges perpétuelles ; car la nature, qui entend l’art des dégradations de tons et de couleurs aussi bien que les Claude Lorrain et les Vernet, a placé au-devant des Alpes des barrières qui vont s’abaissant peu à peu jusqu’à ce qu’elles se confondent avec les plaines de la Bourgogne ; et ces énormes rochers du Jura ne sont en effet que des demi-teintes jelées par la puissante main du créateur sur le vaste tableau de la Suisse. Cependant 1l s’élance de la longue chaîne du Jura quelques croupes plus
élevées, et qui dans leurs formes brusques et heurtées forment avec la ligne ondulée des sommets secondaires un contraste fort pittoresque. Telle est celle qu’on apercoit distinctement à quelques lieues de la ville de Dole. Ses flancs nus, décharnés et d’une éclatante blancheur, surtout lorsqu'ils sont frappés des derniers rayons du soleil couchant, comme à lheure où je les vis, offrent de loi, à Poil agréablement trompé du voyageur, l'apparence d’une immense carrière de marbre. J'ai depuis retrouvé fréquemment les mêmes aspects et les mêmes illusions devant les énormes blocs de rochers qui dominent les sombres forêts de sapins dans la partie suisse du Jura. 1 me sembloit, en contemplant de loin ces masses blanchâtres, y découvrir de vastes colonnades, des portiques ouverts, des pilastres régulièrement disposés , et tout l’extérieur d’un vaste palais; et cette erreur-là même n’étoit pas bien éloignée de la vérité. Car ces rochers que n’atteignit jamais la main du hardi montagnard, et qui portent encore si visiblement empreints les sacrés caractères de la création, ne sont-ils pas en effet les palais du temps et les temples de la nature ?
Chemin faisant, mon voiturier, dont javois gagné le cœur par Padmiration que je lui témoignois pour son pays, me faisoit remarquer les ruines de
quelques châteaux gothiques, bâtis sur des éminences isolées du Jura ; et particulièrement les châteaux de Montrond et de Scey , dont la décadence, au milieu de ce riant paysage, est tout à la fois si pittoresque et si effrayante. Depuis que les possesseurs de ces antiques manoirs ont cessé de les habiter et de les entretenir , le temps a déjà couvert de leurs débris une partie du terrain qu'ils protésèrent autrefois, et leurs ruines pendantes semblent menacer l’humble cabane du villageois, qui ne peut plus, comme au temps des guerres féodales, y chercher un asile avec sa famille et son bétail. J’aurois voulu m’écarter de la route, pour pénétrer à travers les broussailles qui en obstruent tous les passages, dans une de ces sauvages retraites abandonnées à la destruction ; et il me semble que sans beaucoup d’effort d'imagination , j'auroiïs pu y évoquer les ombres du temps passé, et contempler, assis sur ces ruines désolées , le génie même de la féodalité qui seul les anime encore. Mais mon conducteur , qui ne comprenoit rien à mon désir, m’opposa les retards et les dangers qui seroient le résultat d’une pareille excursion; et sans partager ses craintes, je fus obligé de céder à ses raisons. Je ne pus me défendre de même de quelques réflexions chagrines, à la vue de ces monumens des vieux âges ; 1l me sembloit ,
en les considérant, envisager la longue série des siècles qu’ils donnent à notre bete et je déplorois l'indifférence coupable avec lsenelle nous laissons ainsi disparoître chaque jour, du sol quiles possède, les vénérables titres de cette histoire. Ces réflexions m'ont un peu écarté du but de mon voyage, et jy reviens après ce détour, comme la route même qui m'y conduit. Les vallées du Jura , par lesquelles elle serpente à travers mille accidens variés du terrain , offrent une foule de points de vue admirables ; mais déjà l’habitude de Jes voir émoussoit le sentiment de la surprise et presque le charme de la contemplation. On arrive ainsi à Pontarlier, dernière ville de France, je veux dire placée sur Pextrême frontière; car sous tout autre rapport elle n’est certamement pas une des moins agréables, par sa position dans un vaste et fertile vallon que le Doubs arrose, et qu’enferment des deux côtés de hautes et menacantes cimes du Jura. Je m°y reposai la nuit, et le lendemain de grand matin, je pris par le courrier la roule de Neuchatel. Cest là, c’est dans ces 2orges, les plus pittoresques sans doute de la chaîne du Jura , .que je vis s'étendre et s’agrandir à chaque pas la scène de cette nature sauvage. Mon cœur palpitoit à la fois d’aise et d’effroi à chaque beauté nouvelle, à chaque horreur inattendue, que m’offroient ces
foules de vallées étroites, enchaînées l’une dans Pautre, et dont les cimes, toutes couvertes de noirs sapins et placées au-delà des nues, ne semblent guère pouvoir être mesurées de l'œil. Par un accident fréquent dans ces montagnes, une pluie légère qui les enveloppoit, donnoit à tous les objets des formes vaporeuses et des aspects véritablement fantastiques. Des nuages blanchâtres, affectant mille figures bizarres, planoient au-dessus des abîmes en vagues transparentes ; el lorsqne les rayons du soleil, absorbant toutes ces humides vapeurs, éclaircissoient par degrés notre étroit horizon, je voyois le voile qui couvroit la montagne se déchirer tout à coup, et montrer, par plusieurs ouvertures à la fois, de longues files de sapins qui dominoient les nuages et la vallée. |
Ici peut-être, ma chère amie, devrois-je te prémunir contr#wes propres illusions, et mieux instruit par l'expérience , me défier de la vivacité de mes premières impressions. Mais pourquoi, habitué que je suis à te confier toutes mes pensées, chercherois-je à atténuer des sensations qu'il me fut si doux d’éprouver, et que je renouvelle en te les retraçant? Pourquoi me priverois-je du plaisir d'exposer à tes yeux mon âme toute entière, avec les émotions , même passagères, même exagérées
qu’elle a pu recevoir ? C'est encore moins sans : doute laspect de ces lieux inconnus, qui t’intéresse dans ma description, que le sentiment même avec lequel je les envisage ; c’est leur impression sur moi qui en fait pour toi tout le charme: et quand je m’éloignerois de la vérité que tu ignores, je suis sûr, en peignant fidèlement ce que j’éprouve, de rester dans la vérité que tu aimes. D'ailleurs, est-ce que l'enthousiasme retraceroit des objets si dignes de linspirer, avec moins d’exactitude que la froide et sévère raison ? Que l'homme, qui ne va dans les Alpes que pour ramasser des pierres ou pour compter des étamines, ne s’extasie et ne se passionne jamais , cela se concoit ; que, tout chargé de son lourd butin et de son orgueilleux savoir, il réserve pour lui-même toute son admiration , il faut bien encore qne cela se concoive, puisque cela se voit tous les jours. Mais moi, qui ne nv’élèves au sommet des montagnes que pour y chercher des sensations et des images, dois-je donc mesurer mes expressions d’après la hauteur réelle de ces montagnes, plutôt que d’après leur effet sur mon imagination , et ne dois-je plus marcher dans les Alpes, qu’armé de la toise où du compas d’un géomètre ? Non, sans doute ; je me moqne dn pédant qui n’endoctrine, pour contempler un tableau qui m’enchante ; et, voulant jouir à la fois de
la nature et de moi-même, je peins comme je vois, bien plus encore que ce que je vois.
Le château de Joux fut Pun des premiers objets qui atürèrent mes regards dans les vallées que je traversois. Placé comme il est, sur le sommet d’un des rochers les plus escarpés du Jura, il est impossible de trouver une position, à la fois plus pittoresque et plus triste ; tant les lieux varient suivant l’état de l’âme dans lequel on les contemple À À une époque voisine de nous, ce château renfermoit toujours quelques prisonniers d'Etat. H n’y loge plus aujourd’hui que la garnison qui se morfond à le défendre, et qui n’a plus à redouter que Pennui qui l'y assiége. Ainsi, ce formidable château ne renferme à présent que des prisonniers volon-
taires; et je sentis, par une réflexion bien naturelle,
que cette solitude qui y règne , adoucissoit pour moi l'horreur de la solitude qui l’environne.
À quelque distance delà, la route passe par une gorge trés-étroite, que resserrent des rochers élevés presque perpendiculairement à une grande liauteur. Du sommet de ces roches nues, quelques paysans , s’il en étoit d’assez hardis pour y grimper, écraseroient sans peine une armée entière avec les pierres qui s’en détachent. Cest ce.qui manqua d'arriver, lors de l'invasion de Charles, duc de
4 12 A . L ° Bourgogne. Ce prince, à qui ses contemporains,
NEUCHATEL. 15 bons juges en ces matières, donnèrent eux-mêmes le surnom de Téméraire , s'étoit engagé dans ces vallées pour opprimer la liberté récente des Suisses. Une lourde chaîne de fer scellée des deux côtés de
cerempart naturel, arrêta dans ce passage même la marche du hardi Bourguignon, tandis que des paysans , placés au sommet, menacoïent de l’accabler sous des quartiers de roche. Il recula devant ces obstacles, et, prenant un long détour, il alla perdre dans les plaines de Morat les restes de sa
* puissance et de sa renommée. La chaîne, monument de ce triomphe des Suisses, subsiste encore après quatre siècles ; elle est là, comme fixée des mains du temps. J’ai vu, jai compté ses énormes chaïnons qui reposent maintenant au pied du roc; le cœur d’un Suisse bat d’un juste orgueil en la montrant au voyageur; et je l'ai contemplée, je l'avoue , avec l'intérêt que doivent inspirer les trophées d’un peuple, qui ne fit jamais que défendre sa liberté ,sans attenter à celle des autres.
On touche enfin aux frontières de la France, et le dernier toit où l’œil s’y arrête, est un bureau de douanes. Il semble qu'il soit placé la tout justement pour montrer la différence de la France qui finit, et de la Suisse qui commence. Du côté de la Suisse point de barrières, point d’entraves; tout y est libre somme l'air qu'on y respire. En France. Mais j'ai
déjà dit qu'il y a un bureau de douanes. La différence paroît plus sensible encore , à quelques pas de là, au premier village suisse que l’on rencontre, et qui se nomme es F’errières. Le dernier hameau françois s’appelle aussi de ce nom ; mais voilà tout ce qu'ils ont de commun. La propreté, l'élégance des habitations , la belle culture des prés, tout, jusqu'aux palissades de bois qui entourent chaque domaine, annonce aux ’errières - Suisses cet amour et ce soin de la propriété , qui est le fon-
dement le plus solide du bonheur individuel et de*
la liberté publique.
Le reste de la route, dans le Y’al-de-Travers est un enchantement perpétuel. Je t'ai déjà parlé de Motiers, lun des plus jolis villages de cette délicieuse vallée ; eh! que ne puis-je m’y reporter encore en te le rappelant! Mais 1l faut s’arrêter, et craindre surtout de toucher à un tableau qu'a tracé la main d’un grand maître.
Je ne puis cependant sortir du Fal-de-Travers sans dire un mot de la route nouvelle qui aboutit à son extrémité, et qui est en ce genre un des plus beaux ouvrages de la Suisse. Cette route, d’environ une demi-heue, s’élève avec une grande hardiesse sur la croupe d’un effroyable rocher qui semble avoir été à denn-renversé sur sa base par une de ces convulsions de la nature, dont la Suisse
Ce
NEUCHATEL. Ÿ offre tant d'exemples. Les diverses couches de cet énorme rocher, disposées comme autant de ter-° rasses circulaires, laissent entièrement à nu le granit qui les compose. Cest là qu’il a fallu tailler avec des peines infinies le chémin qui domine la vallée et qui n’a jamais moins de deux toises de large. En plusieurs endroits le roc s'étend au-dessus de la tête du voyageur, et forme une voûte bien peu propre à le rassurer. De Pautre côté s'ouvre presque perpendiculairement un profond précipice , dans le fond duquel court de cascade gn cascade le torrent de la Reuse ävec un mu pissement sourd qui imite celui des vents engouffrés dans la vallée. La main du voyageur qui cherche un appui au bord de cet effrayant abîme, ne trouve de distance en distance que quelques quartors de la roche qu'on a percée, et de jeunes arbustes qui, lorsqu'ils seront fortifiés par l’âge, ofriront à la fois un rempart ütile et un ombrage agréable. Du point le plus élevé de la route j'ai contemplé avec uné émotion indéfinissable le peüt village de Noiraigue , dont ma vue, en plongeant avec effort dans le plus profond du. précipice, avoit bien de la peine à distinguer Les habitations. La Reuse, blanchissante d’écume , y fait mouvoir plusieur. moulins, et je voyois des enfans se jouer au bord du torrent, et des femmes en escalader
lestement les deux rives, sans se douter apparemment qu'ils eussent la mort à la fois sous leurs pieds et sur leur tête. Qu'un seul quartier de cette roche se détache et roule du haut des monts dans la vallée , c’en sera fait du village entier et de ses maisons 7 bois, qui de ont écrasées sous ses débris. Mais cette réflexion que je faisois à la vue de ces indolens #2ontagnons , n’a sans doute jamais troublé leur repos ni interrompu leur sommeil, quoique la nouvelle route ait été déjà le théâtre de quelques accidens de ce genre. Un médecm du 7’al-de-Travers, qui alloit visiter ses malades , fut atteint, sur le point le plus élevé du passage, do pierre tombée de la montagne et resta, mort sur la place.
Les deux branches du Jura, qui ab cette vallée , se rapprochent un peu au-delà de Noiraigue , au point de ne laisser à leur base qu’un passage à peine suffisant aux eaux de la Reuse qui fait entendre là son mugissement le plus fort. L’écartement supérieur offre une ouverture plus large, et le revers de la montagne est sillonné des deux côtés de petits ravins que je croyois d’abord uniquement formés par la chute des eaux. Mais que dus-je penser, quand j je vis des hommes descendre par cette voie effroyable jusque sur le bord du torrent où elle aboutit ? Et ne t’imagine
pas que ces chemins s’écartent de la ligne directe et suivent les simuosités du terrain. Le hardi sentier s’élève droit avec la montagne , sans détour, sans déviation ; et le montagnard le descend ou le monte d’un pas également ferme, et même portant sur les épaules une lourde charge de bois de sapin. Veux-tu encore quelque chose de plus? Près de la cime du mont, à lendroit où sa pente est le plus roide, et à une hauteur où 1} semble que les corbeaux seuls puissent atteindre, j'ai vu des cabanes isolées, dont les toits pointus s’élevoient au-dessus des sapins qui les entourent. Ainsi des hommes naissent, vivent et meurent sur le penchant rapide de ces monts voisins des nues; et des deux côtés du roc où ils ont été obligés de tailler la place de leur misérable habitation, ils n’ont peutêtre pas de quei mettre un pied devant l'autre!
À quelques pas du singulier passage que je viens de te décrire, j’eus un des plus beaux spectacles dont on puisse jouir dans les Alpes, et j’éprouvai en même temps pour la première fois une des illusions qui y sont le plus fréquentes. La route, parvenue au plus haut point de son élévation entre les deux monts dont-je t'ai parlé, et qu’on appelle les monts de Tourne et de Boudry , laisse tout à coup apercevoir le lac de Neuchätel. Figuretoi les eaux de ce beau lac, encadrées en quelque
sorte par la bordure noire des sapins des deux montagnes opposées , au sein d’un vaste triangle dont la base semble formée par les nues, ét la pointe immédiatement fixée sur le lac même de Neuchâtel. Lefond de cet admirable tableau, dont le plus bed jour éclairoit en ce moment l’ensemble et les détails, offre sur le premier plan une partie des Alpes des cantons de Berne, de Fribourg et de Faud, à la distance de plus de vingt-cinq lieues; et derrière encore, la vue étonnée voit s’élever les sommets blanchis des moutagnes de neige des cantons d'Ury et d'Unterwald. Voilà bien, ma chère amie, la description exacte de ce tableau ; mais son effet magique et son impression sur l'âme , comment les retracer? et comment rendre’avec des expressions st foibles de si magnifiques images ? Ici tout est illusion, tout est prestige. La pureté, la vivacité de l'air donnent aux moindres objets un éclat inconnu dans notre atmosphère chargée de grossières vapeurs, et à l'horizon une étendue et une profondeur dont on ne peut se faire une idée juste. Il en est de même de la limpidité et de la transparence des eaux : on y plongé sa main, quand on croit l'en approcher ; et l’on se trompe à cet égard de quelques pieds, comme dans lévaluation des distances on se trompe de plusieurs lieues.