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Nous sommes heureux de voir aussi le dévouement des fidèles, surtout des jeunes gens. 11 y en a beaucoup et de très-bons, qui savent combattre et résister. Autrefois, du temps des philosophes, la jeunesse se laissait entraîner et ne résistait pas; aujourd'hui, elle offre un contre-poids au mal : elle résiste. C'est d'un heureux augure.
Donc, nous vivrons, nous vivrons pour dire la vérité. Oui, la vérité, il faut la dire, la dire avec prudence, avec sagesse, avec charité; mais il faut la dire toujours. .. Moi, je n'ai pas peur de la dire. Et encore, quand on a dit la vérité, il faut signaler l'erreur : ici est la vérité, là est l'erreur. Et l'erreur, il faut la condamner.
Le Pape, à ce moment, se fit montrer le livre: c'est la liste des souscripteurs. Je vais vous bénir tous, vous, vos familles, vos amis, votre patrie. Benedictio Dei omnipotentis. . .
Chacun s'était agenouillé. Pie IX s'est approché successivement de tous, leur adressant un mot de bienveillance et leur laissant baiser sa main.
Le colonel Caïmi était le plus voisin de Sa Sainteté. Pie IX lui a aussitôt parlé de Mme la Duchesse de Parme avec un intérêt touchant; et, se tournant vers l'auditoire : « Coïncidence singulière! » a-t-il dit : « elle est née pendant que j'étais à Gaëte. Je l'ai baptisée dans la cathédrale : elle était bien petite. Puis je lui ai fait faire sa première communion ; je l'ai confirmée, et ensuite je l'ai mariée. Bientôt je vais être parrain. » Tout cela était dit du ton de l'affection la plus paternelle et avec une exquise délicatesse.
Une bénédiction particulière a été donnée à chacun de nous, et elle a été ensuite conférée à chaque comité et à tous ses membres.
L'audience avait duré près d'une demi-heure. Le Saint-Père paraissait heureux; les signes de la force et de la santé brillaient sur son teint et dans son attitude. La scène était éclairée par un magnifique soleil qui faisait resplendir le bel horizon qu'on découvre du Vatican. Cette fête de la nature semblait s'associer à la fête de nos cœurs.
Voilà un noble prix des efforts déjà réalisés par les comités : c'est une obligation d'avenir. « Nous continuerons, Très Saint-Père, » a dit en se retirant M. de la Chevasnerie. Sa parole sera tenue. L'artillerie romaine sera l'objet d'une sollicitude particulière, qui, sans nuire au recrutement des autres corps, lui amènera des hommes, — il en faut, — et maintiendra son armement à la hauteur des nécessités militaires.
La « France fidèle » sera persévérante, et elle perpétuera une œuvre si digne de la faveur qu'elle a reçue.
LE PAPE ET LES SOUSCRIPTEURS DE fUtlWtl.
Home, 8 janvier 1870.
Je n'ai pas le droit, j'ai encore moins l'envie de retenir, sans vous la transmettre immédiatement, la nouvelle faveur que le Saint-Père a daigné accorder à l'Union et aux œuvres qu'elle a été heureuse d'entreprendre.
J'avais tout à l'heure l'honneur enviable et envié de déposer aux pieds de Sa Sainteté, avec les listes de notre souscription pour l'armée romaine, le reliquat des offrandes produites par cette souscription, et en même temps le premier envoi de la souscription pour le Concile. Le Saint-Père, avec une bonté inexprimable, m'a témoigné sa satisfaction, et je puis dire ses remercîments et sa gratitude pour tous. 11 semblait heureux, ce Père des rois et des peuples, de la pauvreté qui lui attire les dons des fidèles, dons singulièrement nécessaires d'ailleurs pour le gouvernement de l'Église et pour le maintien de la souveraineté temporelle.
Le Pape aime la France ; il veut bien le dire, et on le voit à la grâce qu'il met à lui savoir gré de ses efforts.
Pie IX s'est enquis des éléments de la liste que je soumettais à sa bienveillance ; il a paru touché des huit mille noms de personnes ou de familles qui y figurent
et du chiffre auquel les offrandes se sont élevées. Il a accordé à tous les souscripteurs — et, a-t-il ajouté, « à leurs familles, à leurs amis, à leur patrie, » sa bénédiction apostolique.
Voilà, certes, un noble encouragement à de nouveaux sacrifices. Les dépenses du Concile, qui sont, à proprement parler, des dépenses du budget de la catholicité, doivent être supportées par les diverses nations. La nôtre, qui n'a pas de rivale en fait de générosité, tiendra à honneur de se distinguer encore ici, et nos amis sauront garder le rang qui leur est acquis toutes les fois qu'il s'agit de venir en aide à une cause sainte. Je n'ai pas craint de le promettre au Pape en leur nom, et je suis assuré qu'ils tiendront ma parole.
Il est essentiel aussi de continuer les dons pour l'armée. Elle est excellente, cette petite armée, brave et parfaitement organisée; c'est la garde avancée que le monde chrétien place au poste d'honneur de la foi et de la civilisation. Mais elle doit être soutenue dans ses cadres et dans son personnel par le recrutement ; dans son matériel, par les armes, l'artillerie, les munitions. Elle est aussi, et au premier chef, une dépense de la catholicité : car c'est pour la catholicité qu'elle défend Rome, qu'elle veille aux portes du Concile, et qu'elle assure la liberté et la souveraineté du Pontife suprême.
Pour elle aussi, nos amis perpétueront les entreprises de leur zèle et les largesses de leur charité. Ils ne peuvent mieux les employer.
Le Saint-Père compte sur les persévérants efforts de
l'Union. 11 a daigné me le dire, et ses désirs sont des ordres pour ceux qui Taimentet le servent. D'elle-même, d'ailleurs, Sa Sainteté avait bien voulu témoigner de nouveau un intérêt spécial à nos travaux ; et, comme je me permettais de la remercier de la faveur avec laquelle Elle avait agréé la ligne de « modération, de respect et d'obéissance» que nous dicte notre dévouement, ainsi que l'assurance de soumission filiale avec laquelle nous adhérons à tout ce que le Saint-Siège et le Concile, aidé de l'Esprit d'en haut, préparent pour le bien de la société et la gloire de l'Église, Sa Sainteté a repris : « Oui, c'est bien, c'est très-bien; c'est ainsi « qu'il faut faire : continuez ! »
Je n'ai pas besoin de vous dire de quelle reconnaissance et de quelle joie j'étais pénétré; vous en jugerez par celles que vous éprouverez vous-mêmes, ainsi que tous nos amis.
Je n'avais point oublié nos collaborateurs et nos ouvriers, qui travaillent à notre œuvre avec zèle et fidélité. Pie IX a eu pour eux tous, et pour les derniers en particulier, des paroles de bonté paternelle. Il est sympathique aux intérêts du travail et aux besoins des classes laborieuses; il a fait énormément pour elles à Rome, et je me plairai, un de ces jours, à vous donner à ce sujet de touchants détails.
L'audience touchait à sa fin. Le Saint-Père s'est levé et m'a dit : « Je veux vous donner une médaille, à vous, « le directeur» , et il est allé chercher un écrin à ses armes, dans lequel est renfermé un beau médaillon de cornaline gravée et représentant saint Pierre.
Comme, évidemment, je ne dois cette marque de royale bonté qu'à la part que je prends à nos communs travaux, et comme c'est à propos des « ouvriers » que la pensée en est venue à Sa Sainteté, je n'hésite pas à vous le dire publiquement, pour vous reporter, ainsi qu'à notre œuvre, l'honneur qui vous en revient plus encore qu'à moi-même.
Le Saint-Père a daigné m'entretenir auparavant de la situation de l'Europe et de celle de la France, qui le préoccupent au point de vue le plus élevé. J'ai admiré une fois de plus sa sagesse, sa clairvoyance, la sérénité et la grandeur de ses aperçus , et l'incomparable confiance qu'il met, à si bon droit, dans la Providence.
La santé et la force sont toujours son apanage, autant que la douceur et l'affabilité.
Je m'arrête... Je serais plus libre dans la louange si Pie IX avait été moins généreux dans ses bontés et ses bénédictions. Votre reconnaissance achèvera ce que je laisse taire à la mienne.