‹ Lettres sur RomeChapitre 31 sur 34 · MARGUERITE · texte numérisé non relu

MARGUERITE

Parmi les lettres des nombreux amis que M. de Riancey comptait dans les rangs de l'épiscopat, nous ne savons lesquelles choisir ; cependant les deux suivantes nous semblent bien exprimer les sentiments que la nouvelle de sa mort excita dans le cœur de beaucoup d'évêques, et le jugement qui fut porté de lui par tous ceux qui l'ont connu.

Madame,

Hier seulement m'arriva la triste nouvelle qui a plongé tous vos amis dans la plus profonde douleur. Permettez-moi de venir, sans retard, vous exprimer toute ma douloureuse sympathie et mêler mes vifs regrets à ceux de tous les vrais amis de l\ religion et de la société.

Nous sommes tous atteints, chère Madame, par

le coup qui vous a frappée, et votre deuil est, en ce moment, le deuil de toute la France catholique. Moi, qui ai connu et pratiqué ce noble cœur, cette haute et lumineuse intelligence, cette àme si droite, si chevaleresque et si sincère, je perds un ami; mais nous tous, qui aimons l'Eglise , l'honneur et la patrie, nous perdons un des plus éloquents défenseurs de toutes ces nobles causes et un des chefs les plus vaillants de cette armée d'élite qui livre, non sans gloire et sans succès, son combat quotidien aux ennemis de Dieu , de l'Eglise et de son auguste chef.

Pendant trente ans il a été sur la brèche, ne laissant passer aucune occasion de démasquer l'erreur et le mensonge et de revendiquer les droits de la vérité et de la justice. Il a toujours lutté, toujours combattu au premier rang ; mais avec des armes si loyales, avec des formes si polies, si chrétiennes, qu'il emporte, j'en ai la confiance, non-seulement l'estime, mais môme l'affection de ceux qui furent ses adversaires.

Il haïssait l'iniquité et le mensonge, mais il aimait les hommes, et tout en combattant leurs erreurs avec cette ardeur et cette éloquence intrépides qui cherchent le triomphe du bien et non la popularité , il savait avoir pitié des faibles et des égarés, et laissait aux seuls maîtres des cœurs et des consciences le soin de juger leur bonne foi. Eh

bien ! en ce moment il va s'élever, je n'en doute pas, des rangs de ceux qu'il a combattus, un long cri de douleur respectueuse qui consolera ses amis et les encouragera à marcher résolument sur ses traces et à maintenir haut et sans tache le drapeau qu'il a si bien porté.

Ce sera certainement pour vous, Madame, et pour les siens , une vraie consolation. Mais il en est une autre infiniment plus précieuse au cœur d'une épouse chrétienne, et que vous avez déjà dû profondément ressentir, c'est la grande , la suprême , l'éternelle consolation des enfants de l'Eglise; c'est la pensée que celui que nous pleurons est allé dans le Ciel recevoir des mains de Dieu la couronne qu'il a si bien méritée par sa fidélité inébranlable et son obéissance filiale à la sainte Eglise, notre mère à tous.

C'est ici , dans cette Rome , qu'il était venu contempler et admirer dans ses incomparables fêtes, c'est auprès du Souverain Pontife, dont il s'est toujours montré le fils dévoué et fidèle, c'est au moment où il allait vénérer, dans la basilique du Vatican cette fameuse chaire de Pierre, dont il avait toujours été l'infatigable défenseur, que s'empara de lui cette douloureuse maladie dont le dénouaient a été si fatal. Il avait si bien travaillé et si vaillamment combattu qu'il méritait l'honneur et la consolation de tomber ici même, au milieu

du grand champ de bataille où sont réunis en ce moment tous les évêques du monde catholique, et la consolation d'expirer au milieu des siens et dans le baiser du Seigneur, après avoir reçu une dernière bénédiction du Vicaire de Jésus-Christ. Il a vécu et il est mort en grand chrétien; il me semble que ces mots résument toute sa vie.

Puissent, chère Madame, ces paroles sorties de mon cœur apporter au vôtre quelque consolation! et veuillez bien me croire

Votre tout respectueux et dévoué enN.-S. J.-C,

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