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vidence fondée par saint Augustin dans la Cité de Dieu et glorieusement représentée au milieu de nous par le discours sur l'histoire universelle. »
Ainsi s'exprimait M. Poujoulat, si bon juge des travaux de l'esprit et des grandes choses de l'histoire.
Et maintenant qu'ajouterais-je? A mon tour j'eus à dire mon avis de cette Histoire du monde, où je trouvais les mômes pensées qui avaient inspiré les longues études de ma vie. Mais Riancey parlait en toute rencontre de celui qu'il appelait son maître, avec de telles effusions de bienveillance qu'il embarrassait le suffrage de celui qui n'était que son ami; là où mon jugement décernait l'éloge, mon cœur semblait obéir à la tendresse; et il est vrai du moins que nul ne jouissait mieux que moi des justes applaudissements que d'autres lui donnaient avec une plus grande apparence de liberté. Et maintenant qu'il n'est plus, hélas! et que ma justice esta Taise, il me plairait de reprendre quelques-unes de mes louanges, inégales pourtant à mes regrets. Que tout se borne à noter dans son œuvre un mérite qui les vaut tous, le même qu'a loué M. Poujoulat, c'est-àdire le soin qu'il eut d'en faire la manifestation de la Providence dans la conduite des peuples et dans la marche de l'humanité. 11 reprenait en cela la pensée de lïossuet, mais en l'opposant à la théorie athée que Bossuet n'eût pas soupçonnée sans frémir
d'horreur, et qui dans les révolutions des empires n'a vu de nos jours que les fantaisies de la force et les coups inévitables du fatalisme. C'est le charme chrétien du livre de Riancey, de trouver partout la main divine. Ainsi explique-t-il les révolutions des empires; ainsi jette — t— il de l'intérêt sur les drames de l'histoire. C'est l'inverse de la philosophie qui divinise les succès. La pitié de la sorte s'attache aux vaincus, et la victoire a ses flétrissures. Grand enseignement du christianisme, sans lequel les désastres de l'humanité sont des mystères, et l'histoire n'est qu'un récit de malheurs ou de crimes, jeu stérile du hasard, où n'entre pour rien l'intelligence ni la liberté.
Il me faudrait dire ici comment Riancey en poursuivant cette grande œuvre, l'Histoire du monde, put faire marcher de front tant d'autres œuvres; ce fut le secret d'une activité sans trêve et sans repos, mais peut-être aussi sans prudence.
J'essayai parfois de tempérer cette ardeur par le conseil; sollicitude vaine! Riancey ne cédait pas seulement à sa nature, il obéissait à sa conscience; il voyait un devoir austère dans ce qui aurait semblé chez un autre un besoin et une habitude.
Ajoutons que tout ne se bornait pas à des écrits. Il y avait en France, il y avait en Belgique des réunions où se débattait la grande cause de la liberté
catholique dans le monde nouveau. Uiancey y courait porter sa parole facile et lumineuse.
A la réunion de Bruxelles en 4 864, il reçut des ovations, et le grand historien politique, Cantù, lui adressa de Brescia des félicitations qui étaient un applaudissement plus durable. « C'est vous, lui écrivait-il, parmi les laïques qui avez remporté le prix... Vous avez bien fait de montrer que nous ne renions aucune des libertés ; que c'est par la liberté que nous espérons arriver à triompher. »
Que serait-ce s'il fallait indiquer toutes les réunions où paraissait Uiancey, tantôt pour encourager des enfants, tantôtpour instruire des hommes, toujours pour semer l'édification et le conseil?
Etcependant chaque jour il était àlalutte dans Y Union, sans délaisser aucun des travaux qui se rapportaient à la défense des saintes causes qu'il avait embrassées.
Ses écrits, dans ces quinze ou vingt ans, furent infinis et toujours inspirés par le bien du peuple ou par la liberté de l'Église. Nous avons de lui une histoire de Y Instruction 'publique en deux volumes, un recueil des Actes épiscopaux pour la liberté de renseignement, un recueil des Actes de Pie IX, une biographie de Mgr Affre, l'illustre martyr, uncViedes saints, ornée de magnifiques lithochromies de M. Kcllerhoven,une traduction des Méditations delà vie du Christ, de saint Bonaventure, des articles sur l'enseignement dans la Revue du monde cathofiijue
et dans le Correspondant, une histoire du général Coutard, résumé des époques de la République, de l'Empire et de la Restauration, auxquelles appartient ce grand nom militaire, des brochures sans nombre, et entre autres une admirable revue de la grande Exposition de -1867, jugée au point de vue de Y ouvrier, nouveauté singulière, inspirée par le saint amour des classes laborieuses, et où serévélait, avec la connaissance réfléchie des choses techniques qui font la supériorité du travail, le sentiment délicat des choses d'art qui en fontl'ornement et la durée. Car Riancey était artiste; Dieu avait doué cette nature heureuse de ce qu'il faut d'énergie pour défendre la vérité et de grâce pour la faire aimer.
Entre ces productions, dont quelques unes semblent n'être que d'un jour, parce qu'elles se rapportent à des questions que le temps efface ou modifie, il en est qui vivront parce qu'elles touchent à des choses qui ne doivent pas périr. H. de Riancey avait été, comme nous, vivement ému par les désastres de l'Italie, et sa plume avait été prompte à la défense des souverains de Naples, de Toscane, de Modène et de Parme, menacés ou déjà dépossédés par l'invasion de barbares piémontais. On le vit surtout s'attacher à la cause de la duchesse de Parme, la plus sympathique aux cœurs français. Il se fit, je ne dis pas l'avocat, mais le chevalier de cette femme héroïque, dont le nom était un charme
et une poésie, dont la destinée était comme un drame antique, et il se rendit auprès d'elle pour recevoir de sa bouche les communications qui devaient servir à la défense des droits de son fils.
Ce fut l'objet de deux écrits qui appartiennent à l'histoire; et quand les jours de la justice se lèveront sur l'Europe, la raison publique s'étonnera qu'il y ait eu un temps où de tels accents de vérité soient allés mourir comme un vain bruit de paroles au seuil des palais des rois. Triste signe d'une époque sans chevalerie et sans courage ! où les rois devaient tomber tour à tour, sans soupçonner que la cause de tant de chutes était en eux-mêmes, c'est-à-dire dans l'abandon qu'ils faisaient des droits que Dieu leur avait remis pour le bien des peuples.
Ce sera l'honneur de Riancey d'avoir été de ceux qui ont gardé la foi des vieux âges et n'ont pas désespéré de l'honneur des temps nouveaux, lia défendu avec l'Eglise de Dieu les royautés de la vieille Europe, non sans reconnaître les altérations qu'elles avaient subies sous l'action d'une philosophie athée et d'une politique égoïste et lâche. Nuls témoignages de gratitude ne lui ont manqué: la duchesse de Parme, la première, lui avait conféré la croix de Saint-Louis; le due de Modène lui remit celle de l'Aigle-d'Este ; a Gaëte, sous les débris de ses casemates, le roi François 11 lui conférait le titre de commandeur de Fran-
cois Ie* ; le grand pape Pie ÏX lui envoya le collier de commandeur de son ordre, et enfin un roi sans sceptre, mais l'aîné de tous les rois, à défaut de titres de chevalerie, l'entoura d'estime, d'affection et de gratitude; nobles témoignages et glorieux souvenirs, mais qui n'ajoutent rien, osons le dire, à la gloire que Henry de Riancey devra surtout à l'exemple qu'il nous a laissé de vertus qui n'ont leur prix que dans le Ciel. Le monde a aimé l'écrivain, il a honoré le chevalier des rois et glorifié le combattant de l'Eglise ; mais le chrétien édifiant, le père de famille exemplaire, l'homme des saints devoirs, l'homme de la vie cachée, le laïque à la fois aimable et austère, échappe aux honneurs que décerne l'admiration ; sa pensée est plus haute, et plus haute aussi doit être la pensée de ceux qui l'ont aimé; car c'est au Ciel qu'elle le voit couronné d'une gloire que la terre ne donne pas et qui est la seule que doive envier la piété et la vertu.
Ici je m'arrête.
Chacun a su la fin de la vie de Hiancey. 11 nous avait quittés pour s'en aller jouir de ce grand événement du concile du Vatican, dont il espérait le renouvellement de l'Europe catholique.
Et nous-mème nous espérions que sa plume nous ferait longtemps assister à ce drame, sur qui
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se sont levés tant de nuages, mais dont le dénoûment sera divin.
Hélas! quelques lettres seulement étaient venues au journal l'Union, préambule de récits qui auraient été solennels et touchants; mais la mort n'en a pas rompu l'intérêt; et ces lettres réimprimées seront, comment en douter? accueillies et conservées par tous ceux à qui est chère la mémoire d'un homme de bien dont la vie s'est épuisée au service de la religion et à la défense de l'Église.
URENTIE.