‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 10 sur 255 · Mère du P. Gratien · texte numérisé non relu

Mère du P. Gratien

3. Pendant l'absence du P. Gratien, elle était chargée non seulement de son couvent de Séville, mais encore de la direction de celui de Paterna, que plusieurs de ses filles étaient allées réformer.

niant ce que vous me dites avec tant de dédain : voici les couplets que vous envoient les sœurs! quand tout cela est de vous, je crois que ce ne sera pas mal. Puisque, comme vous le déclarez, vous n'avez personne dans votre monastère pour vous reprendre, je veux m'en charger, afin que vous n'ayez pas de vanité. Au moins, vous ne voulez pas dire de sottise, ni faire quoi que ce soit qui ne vous paraisse pas bien. Plaise à Dieu que vous n'ayez jamais en vue que sa gloire ! et ce ne sera point blâmable. Je ris de moi en ce moment, quand je me vois tellement chargée de lettres, et passer mon temps à vous dire des riens. Volontiers je vous pardonne votre prétention d'attirer cette postulante aux lingots d'or, pourvu que vous réussissiez, car j'ai le plus vif désir de vous voir à l'abri de toute préoccupation; à la vérité, mon frère est tellement avancé en vertus qu'il viendrait de grand cœur vous secourir dans tous vos besoins.

[Vous êtes plaisante de ne pas vouloir qu'il y en ait une autre comme Thérèse. Croyez-moi cependant, bien que ma petite B<dal n'ait pas les grâces naturelles ni certaines qualités dont Dieu a visiblement enrichi Thérèse, elle l'emporte sur cette dernière par l'intelligence, par l'habileté et la douceur; on peut la diriger comme on veut. C'est extraordinaire que l'adresse de cette enfant. Elle a des statues qui représentent de pauvres pasteurs, quelques petites religieuses et Notre-Dame : il n'est pas de fête où elle n'organise avec cela quelque chose de nouveau soit dans son ermitage, soit à la récréation; elle nous chante quelques couplets de sa façon d'un air tellement gracieux qu'elle nous ravit toutes. Je n'ai qu'un chagrin

1. Abréviation du mot Isabela; il s'agit d'une sœur du Père Gratien qui se trouvait au monastère de Tolède et était âgée de huit ans environ, comme nous l'avons vu.

avec elle : je ne sais comment lui redresser les lèvres, qui sont très pincées. Elle rit froidement, et cependant, elle est toujours souriante : je lui fais ouvrir, fermer la bouche, ou je l'empêche de rire; elle dit qu'elle n'y peut rien et (pic la faute en est à sa bouche, et c'est vrai. Quand on a vu combien Thérèse est pleine de grâces et de charmes en tout, on désire ia revoir encore; ainsi en est-il pour Bela, bien que je ne le lui dise pas? Tout cela est pour vous seule. N'en parlez à personne; niais vous auriez plaisir à voir comment je m'occupe à lui redresser les lèvres. Je crois qu'une fois plus grande, elle ne sera plus si pincée; du moins, elle ne l'est pas dans ses paroles. Je vous envoie ce portrait de vos deux petites, afin que vous ne pensiez pas que je vous trompe lorsque je vous dis que Bela l'emporte sur Thérèse. C'est pour vous faire rire un peu que je vous ai raconté cela. Quant au travail que je vous donne pour m'ob tenir et m'envoyer des lettres, ne craignez pas que je vous en dispense].

J'ai trouvé charmants les couplets qui me sont venus de Séviîle; j'ai envoyé à mon frère les premiers et quelques-uns des autres, car tous n'étaient pas également réussis. Je crois qu'on pourrait les montrer au saint vieillard1, et lui dire qu'ils vous servent à passer les récréations; d'ailleurs, en tout cela, on ne parle que le langage de la perfection ; il est juste de donner un petit divertissement à un homme à qui nous devons tant. J'avoue que sa charité excessive me ravit.

Sachez qu'on relate des choses graves de notre Père Garcia Alvarez; on prétend qu'il fait de vous de grandes orgueilleuses; veuillez le lui dire. En ce moment, nos sœurs d'Avila se demandent avec crainte ce qu'elles doivent vous répondre, car mon frère les en a chargées

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