Forgeron voisin du couvent de Saint-Joseph
santé; et quand on l'est, au moindre avis on se corrige. Oh! quelle souffrance éprouvent nos sœurs de Malagon de ne pas avoir leur Mère Briande1! Je ris bien en voyant qu'elles désirent son retour.
Doña Louise de la Cerda a perdu la plus jeune de ses filles. Je suis extrêmement touchée de compassion à la vue de tous les chagrins que Dieu envoie à cette dame. Il ne lui reste plus que la veuve. Votre Paternité ferait bien, je crois, de lui écrire pour la consoler. Nous avons, d'ailleurs, de grandes obligations envers elle.
Veuillez examiner si votre sœur doit rester à Avila; je ne veux point m'y opposer, dans le cas où vous le trouveriez mieux et où Madame doña Jeanne préférerait l'avoir plus près d'elle. Mais je crains qu'ayant déjà résolu d'aller à Valladolid, elle n'ait quelque tentation, une fois entrée ici. Elle entendra parler des choses de là-bas qui ne se trouvent point dans ce monastère, ne fût-ce que le jardin, qui est fertile, tandis que celui d'Avila est très aride.
Plaise à Dieu de vous garder, mon Père, et de vous rendre aussi saint que je L'en supplie ! Amen. Amen. Mon bras commence à aller mieux.
C'est aujourd'hui le 15 avril.
L'indigne servante et fille de Votre Paternité,
Thérèse de Jésus.
Doña Yomar est près de nous; elle va beaucoup mieux et a un grand désir de voir Votre Paternité. Elle pleure son Père Jean de la Croix, et toutes les sœurs le pleurent comme elle. C'est une chose pénible que celle-là. Au monastère de l'Incarnation, on commence à reprendre le train ordinaire.
1. La Mère Briande, prieure de Malagon, était encore à Tolède.
LETTRE (JCIX. 1578. 17 AVRIL
LETTRE CGIX.
1578. 17 Avril. Avila.
au père gratien, a madrid.
Agissements des Pères mitigés, conseils. Voyage de doña Jeanne. Élection des Prieurs.
JÉSUS soit avec Votre Paternité, mon Père !
Oh ! comme vous avez mal fait de m'écrire une lettre si courte, quand vous aviez un messager tel que Jean ! J'ai été très contente de le voir et d'apprendre par lui des détails tout particuliers sur Votre Paternité. J'ai déjà répondu, dans la lettre dont le prieur de Mancéra s'est chargé pour vous, à plusieurs des points sur lesquels vous me priez de vous écrire. Vraiment, vous m'avez mortifiée en donnant tant d'importance à ma manière de voir. Je vous le répète, c'est ce que vous jugerez le plus à propos qui sera le meilleur.
Je suis devenue extrêmement craintive, depuis que je vois le démon tirer le mal de tout ce qui est bon ; je voudrais laisser passer l'heure de ces Pères1 et ne fournir à aucun d'eux le moindre prétexte de parler et d'agir encore contre nous. Je vous l'ai dit d'autres fois, tout leur réussit. Je ne saurais donc m'étonner maintenant de ce qu'ils pourraient faire. Comme ils ont de leur côté les supérieurs, ils ne s'imaginent pas aller contre la volonté de Dieu. Quant au Roi, ils ne le redoutent guère, dès lors- 1. Les Carmes mitigés.