‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 109 sur 255 · Cfr. L. CCI, p · texte numérisé non relu

Cfr. L. CCI, p

humblement avec ces Pères, car, en vérité, ils ont beaucoup travaillé pour nous, et un grand nombre d'entre eux nous favorisent encore. Pour moi, ce Père me paraît manquer de prudence dans les choses que j'ai vues. Il sera donc bon que vous ne perdiez pas de temps avec lui.

On m'écrit, en outre, de Tolède qu'ils se plaignent beaucoup de moi. Et cependant, je dois le dire, j'ai fait tout ce que j'ai pu et même plus que je ne devais. Le seul motif qu'ils aient de se plaindre de Votre Paternité et de moi, c'est, j'imagine, que nous ayons pris tant de précautions pour ne point leur déplaire. Supposé qu'ils n'eussent eu en vue que Dieu, et qu'ils n'eussent agi que pour sa gloire, comme un projet si louable le réclamait, ils seraient déjà clans la paix et plus contents : le Seigneur luimême aurait tout arrangé; voilà mon avis. Mais quand on se laisse guider par le respect humain, on n'obtient jamais le but qu'on s'était proposé, au contraire; et c'est ce que nous constatons maintenant. Eh quoi ! ce que l'on voulait était-ce donc une hérésie, comme je l'ai dit à ces Pères ! Mais ils éprouvent de la peine que cela se soit ébruité. Certainement, mon Père, nous avons tous agi, eux et nous, avec des vues bien terrestres. Malgré tout, je suis contente que cela ait eu lieu. Toutefois, je voudrais que Notre-Seigneur le fût de son côté.

J'ai déjà indiqué à Votre Paternité combien les Pères de la Compagnie de Jésus d'ici insistent pour que le Père Mariano vienne voir leur fontaine. Depuis longtemps ils le réclament. Pour lui, il leur a répondu ces jours derniers qu'il passerait dans le courant du mois. Mais je vous supplie de lui écrire pour qu'il n'y manque à aucun prix. N'oubliez pas de le lui dire.

Je suis étonnée de ce charme sous lequel on tient le

Père Jean de la Croix1, et du retard apporté à nos affaires. Que Dieu daigne y remédier ! On m'écrit de Tolède que le Père Tostado est déjà parti ; je n'en crois rien. Il aurait désigné, ajoute-t-on, le Père Ange2 pour le remplacer. Je ne sais que penser en ne vous voyant point venir à Avila. Mais que dis-je ? vous avez raison. Cependant, le temps se passe, et nous n'envoyons personne à Rome. Nous sommes tous perdus avec ces espérances qui vont durer mille ans. Je ne comprends pas cela; je ne sais, non plus, pourquoi le Père Nicolas n'irait pas à Rome. Son voyage n'empêcherait pas celui des autres. Je le sais déjà, Votre Paternité a plus de sollicitude que personne pour nous tous; mais il n'y a aucun inconvénient à user d'un bon procédé à l'égard du Père Général; et c'est maintenant le moment favorable. Si nous ne suivons pas ce plan, toute notre œuvre ne sera pas de longue durée. Les démarches ne sont pas mauvaises parce qu'elles sont nombreuses.

C'est une très bonne idée de donner le nom de Saint- Joseph à ce collège3. Que Dieu en récompense Votre Paternité, qu'il vous récompense, en outre, de ce que vous faites pour la réussite de cette fondation ! Ce serait très heureux pour l'Ordre qu'elle pût aboutir.

J'approuve ce que vous me dites de l'affaire de Tolède. La sœur est, en effet, très arrêtée dans ses idées, et la Prieure se montre vraiment simple, quand elle annonce que si Votre Paternité le veut, on peut plaider, parce qu'il s'agit d'un bien de la maison et d'une somme importante.

1. La Sainte ignorait, comme tout le monde d'ailleurs, ce que les Carmes mitig'és en avaient fait.

Page 1