Probablement au T. R. P. Général des Carmes
qui ne soit digne d'une fille très obéissante. Cela est absolument certain et on ne prouvera jamais le contraire. Il sait d'ailleurs que, pour rien au monde, elle ne proférerait un mensonge ; il n'ignore pas de quoi sont capables ceux qui se laissent égarer par la passion et qui n'ont aucun rapport avec elle, comme il l'a constaté. Qu'il veuille donc agréer nos informations, et, puisqu'il est pasteur, qu'il ne porte pas de condamnation en dehors de toute justice et sans entendre les parties. Supposé, cependant, qu'il veuille s'en tenir aux délations qui lui ont été faites, qu'il châtie sans retard Thérèse de Jésus et lui impose une pénitence; mais qu'il ne la laisse pas plus longtemps dans sa disgrâce; toute autre chose serait moins pénible pour elle que de le voir fâché.
Les pères ont coutume de pardonner à leurs enfants des fautes même très grandes; à plus forte raison, lui qui est père aussi, doit-il se montrer clément pour Thérèse de Jésus : elle n'a commis aucune faute; loin de là; elle n'a pas reculé devant les plus grandes épreuves afin d'établir ces monastères, dans la pensée qu'il en serait content. Non seulement elle le reconnaît comme son supérieur, mais encore elle lui voue l'affection la plus vive. Qu'il n'exerce donc plus ses rigueurs contre tant de servantes de Dieu, en les tenant dans sa disgrâce, puisque personne ne les juge coupables. Qu'il les considère comme ses filles, ainsi qu'il l'a toujours fait, et qu'il les reconnaisse comme telles; car elles ne l'ont point démérité par leurs œuvres.
Eñ second lieu, puisque le Visiteur apostolique a maintenant terminé son mandat, et que nos monastères de Carmélites déchaussées se trouvent sous la juridiction de Sa Seigneurie, qu'il désigne des supérieurs à qui l'on puisse recourir, soit pour les visites, soit pour une foule de choses qui se présentent, mais que ces supérieurs soient
pris parmi les Garnies déchaussés de la Règle primitive, et que l'on n'oblige pas les religieuses à être gouvernées par les Carmes de la mitigation. Ces derniers, suivant un genre de vie tout différent du leur en beaucoup de points, ne sauraient dès lors comprendre les manquements qui se rencontreraient chez elles; ils ne sauraient, non plus, y apporter un remède. D'ailleurs, notre Père Général n'ignore pas combien les religieuses ont eu à se plaindre de leur gouvernement. On pourra lui montrer, quand il le voudra, combien le Père1 qu'il avait chargé d'elles en dernier lieu a mal réussi; et cependant, les sœurs l'avaient choisi parce que c'était ce qu'il y avait de mieux. Ce ne fut peut-être pas de sa faute, mais, comme je l'ai dit, il n'avait pas l'expérience voulue, et c'est là un grave inconvénient.
Outre cela, les deux Visiteurs apostoliques ont stipulé dans leurs règlements qu'ils nous ont imposés sous précepte, que les Carmélites seront soumises à Sa Seigneurie et à son délégué, pourvu que ce soit un religieux suivant la règle primitive, c'est-à-dire un Carme déchaussé, à cause des inconvénients d'un choix contraire.
Dans le cas où Sa Paternité Révérendissime n'accepterait pas ce plan, vous pourriez lui donner à entendre, non comme le tenant des Carmélites déchaussées, mais comme l'ayant à moitié compris, qu'elles passeraient sous la juridiction des Ordinaires plutôt que de consentir à voiries Carmes chaussés entreprendre la visite chez elles ou les diriger. Cependant, Sa Seigneurie est tellement éloignée, qu'avant l'application d'une mesure efficace, on pourrait encore occasionner des troubles nombreux, comme cela est arrivé, vous ne l'ignorez pas ; ç'a été l'un
1. Probablement le Père Ange de Salasar, provincial des mitigés.
des motifs pour lesquels nos monastères ne se sont point opposés aux Visiteurs. En tant que Carmélites réformées, nons aurions pu nous opposer à accepter le gouvernement des Pères mitigés, dont l'expérience était déjà faite. Il n'y a pas lieu de parler de ce point, si ce n'est après avoir beaucoup insisté sur le précédent. Je ne voudrais pas, toutefois, en venir là, à moins que nous ne fussions complètement perdues, car, en vérité, ce serait pour les sœurs un tourment terrible de n'être plus les sujettes du Général de l'Ordre ; mais elles trouveront grâce auprès de lui. Outre que par leur vertu, elles sont tenues en très haute estime soit près du Roi, soit près d'autres personnages importants, il y a parmi elles des femmes de qualité. Pour ce qui les concerne, elles n'ont pas besoin d'argent. Tous leurs monastères se trouvent maintenant terminés et hors de besoin. Quelques-uns ont été fondés par des personnes de très haut rang. Que Dieu ne permette jamais qu'elles soient dans la nécessité que vous savez, et séparées de la juridiction d'un si bon pasteur! Qu'il daigne pardonner à celui qui a semé la zizanie! Le point qui est de la plus haute importance, et vers lequel je vous supplie pour l'amour de Notre-Seigneur de diriger tous vos efforts, c'est la constitution d'une province séparée pour les Carmes déchaussés1].
Les monastères des religieuses sont toujours sous la juridiction du Provincial. Les sœurs n'ont de rapport qu'avec Dieu. Relativement aux mortifications et à la
1. Tout ce fragment, depuis ces mots d'un si bon pasteur, n'avait jamais été publié. Nous le traduisons d'après l'autographe conservé a Alcalá de Hénarès. Voici le texte : No las traya Dios a tiempo que se vean en esa necesidad y apartadas de [tan buen pastor. Dios perdone a quien ha metido esta sizañu. Esto es una cosa ynportan.tisima y adonde há de ptoner v. m. mucha fuerza, por amor de nuestro Señor, echar provincia de descalzos].