Marie de Mendoza
notre Père vicaire. Il me prescrit, en outre, de ne rester que peu de temps à Valladolid.
Veuillez prévenir doña Marie et Monseigneur l'Évêque de ce qui se passe. Ils ont raison de se réjouir de ce que la charge de vicaire repose sur notre Père; son désir est d'être agréable à leurs seigneuries. Voilà pourquoi il a enlevé les obstacles nombreux qui s'opposaient à mon voyage. Mais Votre Révérence sait également parvenir à la réalisation de tous ses projets. Que Dieu vous le pardonne! Demandez-Lui comme fruit de mon voyage que vous soyez moins attachée à votre volonté. Pour moi, je le regarde comme impossible ; néanmoins, Dieu peut tout. Daigne Sa Majesté vous rendre aussi parfaite que je L'en supplie! Amen.
Je n'ai pas encore pu transmettre vos commissions aux sœurs. Quant à l'affaire de Gasilde, ne vous en mêlez pas jusqu'à mon arrivée. Puis, lorsque nous verrons ce que décide sa mère, nous en rendrons compte à Sa Paternité. Gomme les fièvres tierces dont souffre cette enfant sont bénignes, il n'y a pas à s'en préoccuper. Présentezlui mes amitiés, ainsi qu'à toutes les sœurs.
C'est aujourd'hui le dimanche dans l'octave du Très Saint Sacrement. Ce messager est arrivé à cinq heures, ce matin, et nous ne le dépêchons qu'un peu avant midi.
L'indigne servante de Votre Révérence,
Thérèse de Jésus.
1579. 24 Juin. Avila.
A MARIE DE SAINT- JOSEPH, A SÉVILLE
Vertu du P. Nicolas. Nécessité d'accepter humblement la charge de prieure. Demande d'informations sur les difficultés du monastère. Départ pour Valladolid.
JÉSUS
Que La grâce du Saint-Esprit soit avec Votre Révérence, ma fille !
Je ne sais pourquoi vous gardez un profond silence visà-vis de moi, dans un temps où je voudrais recevoir à tout moment de vos nouvelles. Pour ma part, je vous l'assure, je ne me tais point sur ce qui touche à votre monastère. Je vous annonce que le Père Nicolas est ici ; il est nommé prieur de Pastrana. J'ai été contente de sa visite, et je bénis Notre-Seigneur d'avoir donné à notre Ordre un sujet d'un tel mérite et d'une telle vertu. Sa Majesté a voulu, je crois, s'en servir comme d'un instrument pour rétablir votre monastère, tant il s'est imposé pour vous de travail et de fatigue. Recommandez-le instamment à Notre-Seigneur; vous le lui devez bien.
Pour vous, ma fille, laissez-moi immédiatement cette perfection mal entendue qui consiste à ne pas vouloir reprendre la charge de prieure. Quand nous le désirons
t. Cette lettre contient plusieurs corrections et un fragment nouveau, d'après l'autographe.
tous et que nous travaillons dans ce but, c'est un enfantillage de refuser, et pas autre chose. Cela n'est pas votre affaire, mais celle de tout l'Ordre. Je la voudrais déjà réalisée, tant elle est nécessaire pour la gloire de Dieu, pour l'honneur de votre monastère et de notre Père Gratien. N'eussiez-vous aucune qualité pour cette charge, vous ne sauriez vons y refuser ; à plus forte raison devezvous accepter, quand nous n'avons pas mieux, comme on dit. Si Dieu nous accorde cette grâce, veuillez obéir en silence et ne pas souffler mot ; sans cela, vous me fâcheriez beaucoup. Ce que vous avez dit suffit pour nous donner à entendre que vous ne briguez point cette charge; et, à la vérité, après en avoir fait l'expérience par moi-même, il n'est pas nécessaire d'insister pour me persuader que c'est une lourde croix. Mais Dieu vous viendra en aide; car déjà la tempête est apaisée en ce moment.
Ces deux sœurs1 ont-elles reconnu leur faute? Vous sont-elles opposées? Je désire le savoir. Dites-moi comment elles vont. Je suis très préoccupée des dispositions où se trouvent leurs âmes. Par charité, procurez-moi une relation détaillée de tout cela. Envoyez vos lettres par l'intermédiaire de l'archevêque à Monsieur Roch de Huerta, et ce dernier me les expédiera à l'endroit où je me trouverai.
La ;gœur Isabelle de Saint-Paul 2 va vous écrire au bas de ma lettre tout ce qui se passe ici : pour moi, je n'en ai pas le temps.
Présentez toutes mes amitiés à ma fille Blanche. Je suis très contente d'elle et très obligée à son père et à sa mère des attentions qu'ils ont eues pour Votre Révérence. Veuillez l'en remercier de ma part. Tout ce qui s'est
1. La Sainte parle ici de la sœur Eéatrix et de la sœur Marguerite.