Le Père Ange de Salasar
LETTRE CCLXXI. 4579. 22 JUILLET 379
prieure, et j'en ai été très heureuse. Tout autre moyen n'aurait jamais pu réussir à mettre la paix dans les âmes. Ay< z donc patience. Puisque le Seigneur vous a donné un ardent désir de souffrir, réjouissez-vous de pouvoir le satisfaire en cela. Votre peine, je le vois, ne sera pas petite; mais si nous ne voulions avoir qúe les croix de notre choix et laisser les autres, nous ne pourrions imiter notre Époux, qui, éprouvant toutes les douleurs de sa Passion au Jardin des Oliviers, termina sa prière par ces mots : Fiat voluntas tua ! Cette volonté, il faut l'accomplir toujours. Puis, que Dieu fasse de nous ce qu'il voudra !
J'ai prié le Père Nicolas de vous donner les avis qu'il croira convenables ; il est très prudent, et d'ailleurs, il vous connaît; je m'en rapporte donc à ce que Sa Révérence vous écrira. Je vous demande seulement une chose, c'est que vous et vos filles, vous ayez le moins de rapports possible avec d'autres qu'avec nos Pères Carmes déchaussés pour la direction de vos âmes. Ne vous préoccupez pas beaucoup lorsqu'ils vous font défaut parfois, et ne soyez nullement en peine quand les communions sont peu fréquentes; l'important pour nous, c'est de ne pas retomber dans les anciens errements. Supposé que de temps en temps la Communauté ou quelque sœur veuille s'adresser à d'autres qu'à nos Pères, ne vous y opposez pas.
Je suis tellement pressée, que je ne songeais même pas a vous écrire. Je me recommande instamment aux prières de toutes les sœurs. Remerciez-les de ma part d'avoir donné une preuve de leur bon jugement1; elles ont parfaitement réussi à m'ètre agréables. Je supplie la Sainte Vierge de les récompenser, de les bénir et d'en faire des saintes.
1. La Sainte fait allusion à l'élection de la Mère Marie de Saint - Joseph, que la Communauté venait de nommer prieure.
Vous ne pourrez pas, à mon avis, vous dispenser de recevoir la fille aînée d'Henri Freyle1; vous avez de grandes obligations envers lui. Vous vous conformerez pour cette affaire aux conseils du Père Nicolas; je m'en rapporte à lui. La plus petite ne peut être reçue pour le moment; d'abord, sa trop grande jeunesse s'y oppose, et d'ailleurs, il ne conviendrait à aucun monastère d'avoir trois sœurs réunies; à plus forte raison, cela ne conviendrait-il pas aux nôtres, où les religieuses sont en nombre restreint. Tâchez de gagner du temps; prétextez son jeune âge, et ne mécontentez point les parents.
[Vous feriez bien de payer peu à peu mon frère, quand vos ressources vous le permettront; je sais qu'il a grand besoin d'argent en ce moment, vu qu'il a eu beaucoup de frais à la fois; n'oubliez point que vous lui devez]. Oh! si vous saviez comme il a été sensible à toutes vos épreuves ! Que Dieu vous donne le repos qui convient le mieux pour contenter Sa Majesté !
Ecrivez-moi le rapport détaillé de tout; parlez-moi, en particulier, de ces deux pauvres petites sœurs8; je suis très préoccupée à leur endroit. Montrez-leur de la bonté, et prenez tous les moyens convenables pour les amener, si c'est possible, à reconnaître leur faute.
Je partirai, Dieu aidant, le jour de Sainte Anne, et je resterai quelques jours à Salamanque. Vous pouvez m'envoyer vos lettres par Monsieur Roch de Huerta. Toutes les sœurs de cette maison se recommandent instamment à vos prières et à celles de la Communauté. Vous leur devez beaucoup.
1. Riche Portugais qui habitait Séville. Doña Valera, son épouse, avait fait de grandes aumônes aux religieuses de cette ville. Dieu la récompensa en appelant ses trois filles au Carmel.
2, La sœur Béatrix et la sœur Madeleine,
LETTRE CCLXXI. 1579. 22 JUILLET 381
Les monastères de ce pays vont tellement bien sous tous les rapports qu'il y a de quoi bénir le Seigneur. Mais veuillez recommander à Sa Majesté l'affaire de Malagon, et celle qui m'appelle à Salamanque. N'oubliez aucun de nos bienfaiteurs, surtout ceux qui nous ont aidées dans ces derniers temps.
C'est aujourd'hui la fête de Sainte Madeleine.
J'ai tant d'occupations que je ne sais même p;is comment j'ai fait cette lettre; j'ai dû m'y remettre à plusieurs reprises; je n'écris pas au Père Grégoire, comme je le pensais. Ecrivez-lui pour moi, et présentez-lui tous mes compliments; je suis contente de lui; après avoir eu sa bonne part à supporter dans cette guerre, il aura sa bonne part du butin. Donnez-moi des nouvelles de notre cher Père, le prieur de Notre-Dame des Grottes, afin que je voie ce que je dois lui écrire sur certaines affaires.
De Votre Révérence la servante,
Thérèse de Jésus.
LETTRE GGLXXII1.
1579. 22 Juillet. Valladolid.