‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 223 sur 255 · Celle de Villeneuve de la Xara · texte numérisé non relu

Celle de Villeneuve de la Xara

2. Fragment inédit, dont voici le texte : y dé à V. C. Su S. Spiritu

con abundancia desús divinos dones. Amen.

1580. 8 et 9 Février. Malagon.

A MARIE DE SAINT-JOSEPH, PRIEURE A SÉVILLE

Chagrin de l'accident survenu au Père prieur des Chartreux. Recette pour la sous-prieure. Le bon Serrano. Prudence dans l'achat d'une maison. Dette à don Laurent. Repas du Père Gratien au parloir. Beaux corporaux.

JÉSUS

Que la grâce du Saint-Esprit soit avec Votre Révérence, ma fille !

Aujourd'hui, 8 février, j'ai reçu votre dernière lettre datée du 21 janvier. J'ai été très peinée du mal de notre saint prieur*. Supposé qu'il vînt à mourir des suites d'un tel accident, j'y serais, je crois, plus sensible que si le Seigneur nous l'enlevait à cause de son grand âge ou par une maladie. Mais, je le vois, c'est là une folie de ma part; plus il souffrira, plus il en retirera de mérites. Cependant, quand je songe à toutes mes obligations envers lui, et au bien qu'il nous a toujours fait, je ne puis m'empêcher de gémir de ce qu'un tel saint quitte la terre, et que ceux dont le but est d'offenser Dieu demeurent icibas. Daigne Sa Majesté lui accorder ce qui convient le mieux à son âme I Voilà ce que nous avons à demander,

1. Cette lettre contient trois fragments traduits pour la première fois en français et deux fragments inédits.

2. Le Père Pantoja, prieur de la Chartreuse de Notre-Dame des Grottes.

nous qui lui devons tant, au lieu de penser à la perte qui en résultera pour votre monastère. Toutes les sœurs de cette maison prient pour lui. J'ai encore une autre peine. Je ne sais comment vous ferez pour m'écrire à la Roda ou à Villeneuve de la Xara, qui en est tout près, et pour me donner des nouvelles de sa santé. Ce serait un miracle que le Seigneur nous le laissât.

Vous supposez que nos monastères ont manqué d'attention envers vous, parce qu'ils ne vous ont pas écrit; mais s'ils l'avaient fait, c'eût été une sorte de compliment, et on devait l'éviter. Sachez-le, on a eu le plus grand soin de vous recommander à Dieu, vous et vos filles, et on a vivement compati à tous vos chagrins. A peine eus-je annoncé de quelle manière le Seigneur avait tout arrangé, que les sœurs ont été dans la joie. Les prières ont même été si nombreuses, qu'à mon avis votre monastère ne peut manquer de servir Sa Majesté avec une ferveur nouvelle ; les prières, d'ailleurs, ne nuisent jamais.

Je suis affligée de la maladie de la nouvelle sous-prieure. Je la croyais bien portante, comme d'ordinaire. Aussi ai-je désiré qu'elle le fût et pût vous aider dans votre travail. [D'après un excellent médecin, ceux de ce pays-ci qui souffrent de la sorte se trouvent très soulagés en buvant quatre ou cinq gorgées d'eau de rose. J'en éprouve moi-même les meilleurs effets. L'eau de fleur d'orange, au contraire, me nuit beaucoup; elle me remet le cœur quand je la respire, mais je ne puis en boire]. Veuillez me recommander à cette sœur. Malgré tout, j'espère de la bonté de Dieu qu'elle s'acquittera parfaitement de son office. Donnez-lui de l'autorité et punissez les religieuses chaque fois qu'eu votre absence elles ne lui obéissent pas comme à vous-même; ce sera là un moyen de les amener à la respecter; cette mesure est nécessaire.

[Quant à la petite Eléonore1, elle m'a toujours inspiré quelque crainte. Vous avez raison d'être prudente à son endroit, "je veux dire, de vous tenir sur vos gardes; elle pourrait avoir recours à sa parente. La vieille me semble très sérieuse, et c'est elle qui m'inspire le plus de compassion. Présentez-lui toutes mes amitiés].

J'ai remis à Serrano une longue lettre pour Votre Révérence; il va retourner bientôt à Séville, m'a-t-il dit, parce qu'il ne peut s'habituer à ce pays-ci. Veillez sur lui; il a communiqué au licencié, qui me l'a raconté, son intention de partir pour les Indes. J'en serais désolée, car c'est une folie. Jamais je ne saurais lui payer toute ma reconnaissance pour les bons offices dont il vous a entourées au milieu de vos grandes épreuves.

Je lui ai remis, en outre, une lettre pour le Père Nicolas, que je ne crois pas encore parti; mais je n'ai pas les siennes sous la main pour m'en assurer. Je vous ai adressé un pli où je vous donne plus de détails que je ne le fais présentement sur la fondation où je vais.

Je crois avoir dit dans une de mes lettres au Père prieur de ne point traiter de l'achat de la maison avant que vous ne l'ayez vue vous-même et examinée attentivement; demandez pour cela la permission au supérieur, et il vous la donnera aussitôt. Rappelez-vous ce qui s'est déjà passé, et n'oubliez pas combien ces Pères2 s'entendent peu à nous choisir une maison convenable. Toutes les choses demandent du temps, et comme on le remarque à bon droit, celui qui ne regarde pas en avant 3.

1. Il s'agit, non d'Éléonore de Saint-Gabriel, la sous-prieure dont il vient d'être parlé, mais d'Éléonore de Saint- Ange, qui avait fait profession depuis trois ans.

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