Voir lettre du 24 juillet 1576 à don Laurent
2. Religieuse de l'Incarnation. Elle avait accompagné la Sainte dans quelques-uns de ses voyages.
a des inconvénients qui ne le permettent pas. Et si je viens à apprendre que vous l'avez fait, je me garderai de vous rien laisser lire à l'avenir.
Le Nonce m'a demandé de lui remettre une copie des patentes en vertu desquelles j'ai fondé nos monastères, de lui indiquer le nombre de nos maisons et l'endroit où elles sont, le nombre des religieuses, leur lieu de naissance, leur âge, et le nombre des sœurs qui me paraissent capables d'être prieures. Or, tous ces renseignements se trouvent dans la petite caisse ou dans le sac, je ne sais au juste. Enfin, j'ai besoin de tous ces papiers qui sont chez vous. On m'assure que le Nonce me réclame ces renseignements paire qu'il veut nous constituer en .province séparée. Je crains qu'il ne veuille pas se servir de nos religieuses pour aller réformer d'autres monastères, comme il en a été question déjà une fois; et, en effet, cela n'est pas notre affaire; mais pour les monastères de l'Ordre, passe encore qu'on s'en serve. Dites cela à la Mère sousprieure; recommandez-lui de m'onvoyer le nom des religieuses de son monastère, et de me marquer la date de leur naissance et celle de leur profession; que le tout soit écrit lisiblement, dans un cahier in-quarto, et signé de son nom. Mais je me rappelle que c'est moi qui suis prieure de cette maison, et que je puis signer le cahier. Il n'est donc pas nécessaire qu'elle y mette sa signature; qu'elle envoie tout le reste, bien que ce soit écrit de sa main, puis je le recopierai. Il n'y a pas de motif pour en parler aux sœurs. Je vous recommande de prendre soin de cet envoi, afin que les papiers ne se mouillent pas. Expédiezmoi, en outre, la clé.
Le livre qui traite de ce dont je vous ai parlé est celui où j'explique le Pater noster. Là, vous trouverez des considérations sur le degré d'oraison où vous êtes, bien
que le sujet ne soit pas aussi étendu que dans l'autre livre : il me semble que c'est à l'explication de cette parole : Aclveniat regnum taam. Relisez-la de nouveau, au moins celle du Pater noster; vous y trouverez peutêtre quelque chose qui vous satisfera.
Dans la crainte que je ne l'oublie, comment avez-vous fait un vœu sans me le dire ? Quelle charmante obéissance que celle-là ! J'en ai eu de la peine : votre bonne intention, il est vrai, me causait de la joie; néanmoins, cette promesse me paraît dangereuse. Veuillez consulter; car une chose qui, en soi, n'est que péché véniel, pourrait devenir mortelle à cause du vœu1. J'en parlerai, de mon côté, à mon confesseur2, qui est fort instruit. En tout cas, votre vœu me paraît de l'enfantillage. Pour moi, celui que j'ai fait l'a été avec des conditions : je n'oserais m'engager comme vous; je sais, en effet, que les Apôtres ont péché véniellement. Notre-Dame seule n'a jamais commis de faute. Dieu, je veux bien le croire, aura agréé votre intention; mais il me semble prudent de demander immédiatement commutation de ce vœu en une autre obligation. Si vous le pouviez, en vous procurant une bulle, ne tardez pas. Voici le jubilé, qui est une occasion favorable. On ne devrait jamais se lier par le vœu d'éviter des fautes tellement faciles à commettre, et dans lesquelles on peut tomber sans presque s'en apercevoir! Au regard de Dieu, il n'y a pas plus de faute que cela, car il connaît bien la faiblesse de notre nature ; mais, à mon avis, vous devez y remédier promptement, et à l'avenir, ne vous engagez plus par vœu; c'est chose dangereuse. Ce ne serait pas
1. La Sainte veut dire que le vœu en soi oblige gravement. Mais pour qu'il y ait péché mortel, il faut deux conditions : la gravité de la matière et l'intention de celui qui fait le vœu.