‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 64 sur 255 · LETTRE CLXXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXXIX

1577. 4 Décembre. Avila.

au roi philippe ii.

Plaidoyer en faveur des Carmélites de l'Incarnation. Deux confesseurs jetés en prison. Demande de leur mise en liberté.

JÉSUS

Que la grâce du Saint-Esprit soit toujours avec Votre Majesté ! Amen.

Je suis intimement persuadée que Notre-Dame a choisi Votre Majesté afin de s'en servir comme d'un soutien pour le bien de son Ordre. Aussi, je ne puis m'empêcher de recourir à Votre Majesté au sujet des affaires qui nous concernent.

Pour l'amour de Notre-Seigneur, je vous supplie de me pardonner toutes mes hardiesses. Vous savez déjà, j'en suis persuadée, que les religieuses de l'Incarnation ont voulu m'avoir chez elles. Elles pensaient trouver par là le moyen de se délivrer de ces religieux qui, évidemment, leur sont d'un grand obstacle pour le recueillement et la régularité où elles ont le désir de vivre.

[Si la régularité n'a pas existé dans ce monastère, ce sont eux qui en ont toute la faute, bien qu'ils ne veulent pas en convenir. Tant que les religieuses dépendaient d'eux pour les confessions et les visites, mon séjour parmi elles n'était d'aucun profit, je veux dire d'aucun profit

i. Six fragments de cette lettre sont traduits pour la première fois en français.

durable. C'est ce que je ne cessais de répéter au Visiteur, qui était un Père de l'Ordre de Saint-Dominique; il le comprit parfaitement. Voilà pourquoi, dans l'espoir d'apporter quelque remède à cette situation, je fis établir, avec l'aide de Dieu, dans une maison proche du monastère, un Père Carme déchaussé1 et son compagnon pour diriger les religieuses].

Ce Père est un si grand serviteur de Notre-Seigneur qu'il édifie toutes les sœurs, et que cette ville est dans l'admiration à la vue du grand bien qu'il a réalisé parmi les religieuses; [aussi, on le considère comme un saint; pour moi, je suis persuadée qu'il l'est et qu'il l'a été toute sa vie].

Le Nonce précédent, avisé de cela et du tort que faisaient au monastère les Carmes mitigés2, par de nombreuses informations envoyées d'Avila, a donné l'ordre formel, sous peine d'excommunication, de rétablir les deux Pères Carmes déchaussés dans leurs fonctions; car on les avait chassés avec force injures, au scandale de toute la ville 3.

Le Nonce défendait, en outre, sous peine d'excommunication, à tout Carme mitigé de se rendre à ce monastère pour y traiter d'affaires, célébrer la messe, ou confesser. 11 ne le permettait qu'aux Carmes déchaussés et aux prêtres séculiers.

Après cette mesure, le monastère a bien marché. Mais à la mort du Nonce, les Carmes mitigés, sans même montrer en vertu de quels pouvoirs ils agissaient, sont retournés à l'Incarnation, et y ont ramené le trouble.

Page 1