‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 65 sur 255 · La Sainte les appelle encore ici : los del Paño · texte numérisé non relu

La Sainte les appelle encore ici : los del Paño

3. C'est ce que la Sainte a déjà dit dans la lettre 87, adressée au Përe Général, Rubéo de Ravenne.

LETTRE CLXXXIX. 1577. 4 DÉCEMRRE 437

Or, voici que l'un d'eux, venu pour relever les religieuses de l'excommunication, leur a causé tant de chagrin, et s'est conduit d'une manière si contraire à nos lois et à la justice, que ces religieuses sont très affligées; d'après ce qu'on m'a dit, elles ne sont pas délivrées de leurs peines antérieures. Il y a plus : ce Carme mitigé leur a enlevé les confesseurs. [On l'a [nommé, dit -on, Vicaire Provincial; cela doit être, car il a plus d'aptitude que d'autres pour faire des martyrs]. Il a donc emmené les deux Carmes déchaussés pour les emprisonner dans son monastère, après avoir enfoncé la porte de leurs cellules et s'être emparé de leurs papiers. Toute la ville en est scandalisée. On se demande comment il a eu tant d'audace, puisque, n'étant pas prélat et ne montrant pas en vertu de quels pouvoirs il agit, il ne craint pas de sévir contre des Carmes de la Réforme qui dépendent du Commissaire Apostolique, et cela dans une localité si rapprochée de celle où est Votre Majesté. [On semble ne redouter ni justice, ni Dieu]. Pour moi, je suis désolée de voir nos Pères entre les mains de ces gens. Il y a longtemps qu'on voulait s'emparer d'eux. [Mais je préférerais les voir entre les mains des Maures; ils y trouveraient peut-être plus de pitié]. Quant à ce Père Carme déchaussé, ce grand serviteur de Dieu1, il est tellement faible par suite de tout ce qu'il a enduré, que je crains pour sa vie.

Pour l'amour de Dieu, je supplie Votre Majesté de commander qu'on le remette immédiatement en liberté. Veuillez ordonner, en outre, aux Carmes mitigés de ne plus mettre à la torture tous nos pauvres Pères. Ces derniers ne font que se taire et souffrir, et ils doivent

1. Saint Jean de la Croix. La Sainte écrivait la présente lettre, le lendemain même de l'événement dont elle parle.

acquérir beaucoup de mérites. Mais le scandale est donné aux populations.

Ce même Carme mitigé qui est ici a, l'été dernier, emprisonné à Tolède, sans motif aucun, le Père Antoine de Jésus, un bon vieillard, celui qui, le premier, embrassa la Réforme. Les mitigés disent partout qu'ils vont détruire les religieux de la Réforme, parce que le Père Tostado l'a commandé. Que Dieu soit béni i [Ceux qui devaient être les premiers à empêcher qu'il ne fût offensé ne servent qu'à provoquer une foule de fautes; leur audace va grandissant de jour en jour].

Si Votre Majesté n'y met pas la main, je ne sais où tout cela aboutira ; car nous n'avons sur la terre d'autre soutien que Vous. Plaise à Notre-Seigneur que vous le soyez de longues années ! J'espère qu'il daignera nous accorder cette grâce, puisque nous en comptons si peu qui, comme vous, travaillent pour sa gloire. C'est ce que toutes mes filles, servantes de Votre Majesté, et moi, nous ne cessons de lui demander.

Fait à Saint-Joseph d' Avila, le 4 décembre 1577.

L'indigne servante et sujette de Votre Majesté.

Thérèse de Jésus, Carmélite.

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