‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 78 sur 255 · LETTRE CXCVI · texte numérisé non relu

LETTRE CXCVI

1577 ? (Date incertaine).

AU PÈRE GRATIEN

Difficulté de trouver des postulantes ayant toutes les conditions requises.

Que Votre Paternité veuille bien, comme je le lui ai écrit d'autres fois, ne pas s'imaginer qu'on trouve toujours des postulantes qui apportent de l'argent et présentent toutes les qualités requises. Je vous l'assure, j'ai dù user d'accommodements, à cause du petit nombre de sujets qui se présentent; aussi, vous ne rencontrerez peut-être aucune religieuse remplissant l'une et l'autre condition.

Mon Père s'imagine que les circonstances où j'ai dù, dans nos fondations, user contre mon gré de certains accommodements, sont rares; je puis vous assurer, au contraire, qu'elles ont été nombreuses. Il faut bien souffrir quelque chose pour triompher des difficultés que nous rencontrons.

Je suis stupéfaite en voyant l'ambition de ces sœurs. Je fais allusion à cette prieure que vous avez là-bas. Sans doute, elle ne doit pas se comprendre elle-même. Voilà pourquoi, si, par ailleurs, elle s'acquitte bien de sa

\. Nous restituons ici à la Collection ces trois fragments qui ont quelque analogie avec le précédent. Dans l'édition de Madrid 1771, ils occupent les n°* 36, 37, 79.

charge, fermez un peu les yeux sur ses défauts, et ne la découragez pas

LETTRE GXCVII1.

1577? {Date douteuse).

Circidaire envoyée aux Prieures.

Examen sur la libertó d'entrée en religion laissée aux novices.

Nous défendons d'imposer le voile noir aux sœurs qui ne savent ni lire, ni écrire, et qui n'ont pas seize ans accomplis.

Au bout d'un an et trois jours, la novice demandera trois fois, au réfectoire ou au chapitre, à toutes les sœurs réunies la permission d'être admise à la profession.

L'examen se fera dans les quinze jours qui suivront l'avis qu'on en aura donné aux examinateurs; passé ce délai, si les examinateurs ne sont pas venus, l'examen n'aura pas lieu; on ne pourra plus l'exiger, ni s'enquérir de la volonté des novices.

L'évêque ou sou vicaire général ne devront pas pénétrer dans la clôture du monastère pour interroger la novice ; ils s'acquitteront de leur mandat en dehors de la clôture, à la grille de l'église, et là, ils se conformeront à ce que prescrit le susdit2 Concile de Trente : Nous

1. Ce document, attribué à la Sainte, a dû lui être dicté par le Père Visiteur. L'autographe qui se conserve à Médina del Campo n'est pas de la Sainte.

2. Cette expression laisse supposer qu'il a été question déjà du Concile de Trente, et que nous ne possédons qu'une pariie de la circulaire.

LETTRE CXCVlII. d578. 16 JANVIER ibl

défendons absolument à levêque et à son vicaire toute demande qui ne serait pas renfermée dans le susdit décret, et n'aurait aucun rapport audit examen. Et ainsi, nous voulons que les filles et novices ne soient pas obligées de répondre aux questions qui n'auraient pas pour but d'examiner si elles se sont déterminées librement ou non à entrer dans le monastère.

1578. 16 Janvier. Avila.

a don teutonio de bragance, archevêque -élu d'ebora.

Bonheur de le savoir nommé à l'archevêché d'Ebora. Encouragements. Persécution contre le Père Gratien. La Réforme. Le monastère de l'Incarnation, saint Jean de la Croix et le Père Germain. Père Gratien, ermite, chapitre général. Obstacles à une fondation en Portugal.

JÉSUS

Que la grâce du Saint-Esprit soit avec Votre Seigneurie Illustrissime I Amen.

Une lettre de Votre Seigneurie m'est arrivée, il y a plus de deux mois; j'aurais voulu y répondre aussitôt; mais j'espérais voir s'apaiser quelque peu les grandes tempêtes où nous sommes depuis le mois d'août, nous, Carmes et Carmélites de la Réforme, afin de vous en donner des détails, comme vous me le mandez dans votre lettre; voilà pourquoi j'ai attendu; depuis lors, les choses sont tou-

1 Plusieurs corrections ont été faites à cette lettre d'après la copie de la Bibliothèque Nationale de Madrid.

jours allées de mal en pis; je vous le dirai tout à l'heure.

Mon plus vif désir en ce moment serait d'être près de vous. Je vous exprimerais mieux de vive voix que par correspondance combien votre lettre, que j'ai reçue la semaine dernière par l'intermédiaire du Père recteur1, m'a procuré de joie. Il est vrai, depuis plus de trois semaines, des nouvelles plus détaillées de Votre Seigneurie m'étaient venues. A partir de cette époque, j'en ai eu encore par ailleurs; aussi, je me demande comment Votre Seigneurie s'est imaginé qu'un tel événement demeurerait secret2. Plaise à Sa Majesté que ce soit pour son honneur et sa plus grande gloire! Qu'Elle vous aide à grandir dans la plus haute sainteté, comme j'en ai le ferme espoir I C'est ce que l'on a demandé à Dieu avec les plus vives instances. Le Seigneur, soyez-en assuré, ne manquera pas d'exaucer les prières de ces âmes dont le but est de Le servir en tout. Pour moi, je ne cesse, malgré ma misère, de Le conjurer de vous ^accorder cette grâce. Voilà, en outre, quelle est, dans nos monastères, la conduite des vraies servantes de Votre Seigneurie, de ces âmes dont la vertu me couvre chaque jour de confusion. Notre-Seigneur semble aller les choisir lui-même un peu partout pour les amener dans nos maisons, et elles viennent de pays tellement éloignés que je me demande qui a pu leur parler de notre genre de vie.

Ainsi donc, que Votre Seigneurie prenne courage. N'allez pas vous imaginer que le choix qui a été fait de vous n'ait pas été voulu de Dieu. Pour moi, je suis persuadée que telle a été sa volonté formelle. Sa Majesté veut que vous mettiez maintenant en œuvre le désir que vous avez

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