‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 79 sur 255 · Le Père Gonzalo d'Avila · texte numérisé non relu

Le Père Gonzalo d'Avila

2. Don Teutonio avait été sacré archevêque d'Ebora le troisième dimanche d'octobre de l'année précédente 1577.

eu de travailler à sa gloire. Vous êtes resté longtemps sans emploi, et Notre-Seigneur a grand besoin de quelqu'un qui favorise la vertu. Nous autres, ignorantes et faibles comme nous le sommes, bien que notre seule ambition soit de Le servir, nous pouvons peu de chose s'il ne sussite pas quelqu'un pour nous soutenir. La malice est montée de nos jours à un tel point, l'ambition et les honneurs sont en si haute estime auprès d'un grand nombre de ceux qui devraient les fouler aux pieds, que ce même Seigneur semble vouloir trouver un soutien dans les créatures, bien qu'il soit assez puissant pour amener le triomphe de la vertu sans leur secours. Mais comme ceux qu'il avait appelés a la défendre ne Le secondent point, Il en choisit d'autres qu'il voit résolus à l'aider.

Que Votre Seigneurie s'applique à répondre à cet appel. Vous n'y manquerez pas, j'en ai la conviction. Dieu vous donnera forces et santé, comme je l'espère de Sa Majesté; Il vous accordera sa grâce pour que vous réussissiez en tout. Nous soutiendrons d'ici Votre Seigneurie par nos prières constantes. Plaise à Dieu de vous donner des aides embrasés de zèle pour le salut des âmes, afin que vous puissiez vous reposer sur eux! Je suis très heureuse que vous ayez tant d'estime pour la Compagnie de Jésus, car elle est très apte à toutes sortes de biens.

J'ai été contente que Madame la marquise de Elche ait réussi à ce point. Cette affaire m'avait causé beaucoup de peine et de préoccupation jusqu'au jour où j'ai appris que tout était heureusement terminé. Que Dieu en soit béni î Lorsque le Seigneur envoie tant d'épreuves à la fois, Il nous ménage toujours le succès. Comme II connaît notre faiblesse, et qu'il agit toujours en vue de notre bien, Il mesure les épreuves à nos forces. Voilà pourquoi j'espère qu'il en sera de même pour nous, au milieu de la tem-

pète que nous essuyons depuis tant de jours. J'avais la certitude que les Cannes et les Carmélites de la Réforme s'appliquent à pratiquer leur Règle en toute droiture et vérité; sans cela, j'aurais craint parfois de voir nos adversaires réussir dans leurs prétentions. Le but de ces derniers, en effet, est d'en finir avec cette Réforme naissante que la Vierge très sainte a voulu réaliser; le démon agit avec la plus grande perfidie : on dirait que Dieu lui a donné la permission de montrer son pouvoir contre nous.

Si vous saviez ce qu'on a fait et les mesures qu'on a prises pour nous diffamer tous, mais spécialement le Père Gratien et moi, car nous sommes le but vers lequel on dirige les coups ; si je vous disais les faux témoignages qu'on a portés contre cet homme, les mémoires affreux qu'on a présentés au Roi contre lui et les monastères des Carmélites déchaussées, vous seriez stupéfait et vous vous demanderiez comment on a pu inventer tant de calomnies. Toutefois, cette tempête a été loin de nous nuire. Les religieuses sont demeurées dans un recueillement profond; on eût dit qu'il se fût agi d'une affaire étrangère.

Le Père Gratien a montré une perfection qui me ravit. C'est un grand trésor que Dieu a renfermé dans cette àme ! car ce Père prie spécialement pour ses détracteurs, et il supporte l'épreuve avec autant d'allégresse qu'un saint Jérôme. Mais comme il a passé deux ans à faire la visite des monastères de nos sœurs, et qu'il connaît leur genre de vie, il ne peut supporter qu'on les calomnie; il les regarde comme des anges : c'est le nom qu'il leur donne. Grâce à Dieu, nos calomniateurs se sont rétractés sur les points qui nous concernaient. Par ordre du Conseil royal, on a ordonné une enquête sur d'autres accusations portées contre le Père Gratien, et la vérité a été mise au grand jour. En outre, nos ennemis se sont dédits sur plu-

sieurs autres points, et on a découvert combien il y avait à la Cour de gens que la passion aveuglait contre nous. Soyez persuadé que le démon cherchait à anéantir tout le fruit que produisent nos monastères de la Réforme.

Maintenant, sans vous entretenir de tout ce qui s'est passé chez ces pauvres religieuses de l'Incarnation, qui, pour l'expiation de leurs péchés, m'ont élue leur prieure, Ce qui a été un vrai bouleversement, la ville entière est étrangement surprise de ce qu'elles ont souffert et de ce qu'elles souffrent encore. Pour moi, je ne sais quand elles voiront la fin de leur épreuve. Le Père Tostado s'est montré à leur égard d'une rigueur inouïe. On les a privées durant plus de cinquante jours d'entendre la messe : même maintenant, elles ne peuvent voir personne. On disait qu'elles étaient excommuniées, mais tous les théologiens d'Avila affirmaient qu'elles ne l'étaient pas. On les avait menacées d'excommunication pour les empêcher d'élire une personne qui ne fût pas du monastère; cependant, on n'a- Irait pas déclaré alors que celte censure était portée à cause de moi. Aussi, un certain nombre de religieuses crurent pouvoir me donner leurs suffrages, parce que j'étais professe du monastère, que j'y avais vécu de longues années, et que je ne devais pas, par conséquent, être considérée comme une étrangère; c'est tellement vrai que je pourrais même, si je le voulais, y retourner, puisque j'y ai ma dot et- que nous n'avons pas encore de province à part. Enfin, on a confirmé dans la charge de prieure une autre religieuse qui n'a pas obtenu le nombre de suffrages suffisant. Le Conseil royal s'occupe de celles qu'on tient en pénitence. Je ne sais où cela aboutira.

.l'ai été très affligée de voir qu'à cause de moi, il y avait tant de confusion et de scandale dans la ville, et tant d'âmes troublées; celles qui avaient été excommu-

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