II
niées étaient au nombre de plus de cinquante-quatre. Ma seule consolation, c'est que je n'ai rien négligé pour les détourner de me donner leurs voix. Une des grandes épreuves qui pourraient me venir en ce monde, je puis vous l'assurer, ce serait de me trouver dans ce monastère i tout le temps que j'y ai passé, je n'ai pas eu une seule heure de santé.
Je suis touchée de compassion pour ces âmes, dont un grand nombre sont très parfaites, comme on l'a vu par la manière dont elles ont supporté l'épreuve; mais je le suis beaucoup plus encore de ce que, sur l'ordre du Père Tostado, les Carmes mitigés1 ont pris, il y a plus d'un mois, les deux Carmes déchaussés qui confessaient les sœurs. Ces deux Pères sont de grands religieux; ils édifiaient toute la ville, depuis cinq ans qu'ils étaient là, et ils maintenaient le monastère dans l'état où je l'avais laissé. L'un d'eux surtout, appelé le Père Jean de la Croix, est considéré comme un saint par toute la ville et toutes les sœurs. Et, à mon avis, on n'exagère pas. Pour moi, c'est un homme de la plus haute valeur. Ils remplissaient l'un et l'autre leur office par l'ordre du Visiteur Apostolique, qui était un Père dominicain, et du Nonce précédent. Ils dépendaient, au moment où on les a pris, d'un autre Visiteur, le Père Gratien. Les enlever de là est donc une folie qui nous a jetées dans la stupéfaction. Je me demande ce qui en adviendra. Mon chagrin est qu'on les a emmenés nous ne savons pas où. On craint qu'ils ne soient traités avec rigueur. Pour moi, je redoute quelque malheur. Le Conseil royal s'occupe également d'une plainte qu'on a déposée sur cette affaire. Plaise à Dieu d'y apporter un remède !
Veuillez me pardonner mes longueurs; mais je prends